Cet article est l’un de trois articles de survol consacrés à l’histoire économique du Canada. (Voir aussi Histoire économique du Canada atlantique et Histoire économique de l’Ouest canadien.)

Naissance de l’économie

La majorité des peuples autochtones du Canada central actuel vivent de la chasse et de la cueillette, bien que plusieurs nations, particulièrement de langue iroquoienne (Huron, Haudenosaunee, Petun, Neutres) pratiquent l’agriculture. Les animaux à fourrure sont trappés pour fabriquer des vêtements et l’argent et le cuivre servent à fabriquer des ornements. Les peuples autochtones pratiquent couramment le commerce pour une variété de produits, mais ne possèdent pas de classe marchande spécialisée. Au 16e siècle, les commerçants français et britanniques commencent à acheter des fourrures, offrant comme paiement des outils en fer et des armes. Ceci entraîne chez les peuples autochtones d’importants changements économiques et culturels, qui jouent un rôle essentiel au début du commerce des fourrures.

Les premiers colons européens arrivent au Canada pour pratiquer le commerce de la pêche et de la fourrure (voir Nouvelle-France). Jusqu’à la fin du 17e siècle, l’agriculture progresse très lentement à cause d’un climat et d’un sol peu encourageants (voir Histoire de l’agriculture). Après les Français, des marchands anglais se lancent dans le commerce de la fourrure. Après la Conquête (1759-1760), des hommes d’affaires britanniques commencent à contrôler une bonne partie du commerce de la fourrure depuis Montréal et se lancent dans d’autres types de commerce et d’activités financières. La population augmente grâce à la croissance naturelle et à l'immigration en provenance de Grande-Bretagne.

Vers 1820, les bonnes terres agricoles de la vallée du Saint-Laurent sont presque toutes occupées. Après la fusion de la Compagnie du Nord-Ouest et de la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1821, le commerce transcontinental de la fourrure ne passe plus par Montréal. Toutefois, à la même époque, le Haut-Canada et le Bas-Canada développent un important commerce du bois d’œuvre, qui est vendu d’abord en Grande-Bretagne, puis, un demi-siècle plus tard, aux États-Unis et sur le marché domestique (voir Histoire du commerce du bois).

Jusqu’aux années 1780, l’Ontario actuel est peu peuplé, bien que les commerçants de fourrure utilisent les voies navigables de la région. Les colonies se développent avec l’arrivée de loyalistes, de colons britanniques et américains ainsi que des troupes et représentants britanniques. Les forêts sont défrichées petit à petit et on développe l’exploitation du blé, de la potasse et du bois d’œuvre pour les marchés d’exportation. Quelques routes et canaux sont construits. Les plus importants sont le canal Welland et celui du fleuve Saint-Laurent. En 1867, la majorité des bonnes terres de la province sont concédées, bien qu’elles ne soient pas toutes cultivées.

Confédération et industrialisation

Au moment de la Conquête, le Québec actuel comporte trois villes : Montréal, Québec et Trois-Rivières. L’Ontario n’en possède aucune. Des villes se développent avec la colonisation et le développement du commerce et du gouvernement. Néanmoins, encore en 1871, la plus grande partie de l’industrie du Canada central, incluant la meunerie et l'exploitation forestière, ses deux principales industries, est dispersée dans la campagne ou des petits villages. Après la Confédération, cependant, les deux provinces connaissent une industrialisation et une urbanisation rapides. En 1911, la moitié de la population de l’Ontario réside dans les villes.

De 1870 à 1900, certaines activités bien établies, comme la confection de vêtements et de chaussures, sont de plus en plus pratiquées dans des usines. Les gouvernements provinciaux commencent à réglementer les conditions de travail. Les lois sur le salaire minimum arrivent beaucoup plus tard, l’Ontario les adoptant partiellement dans les années 1920. Des syndicats sont créés dans les années 1830. En 1880, l’activité syndicale augmente, avec l’arrivée puis le déclin des Chevaliers du travail, basés aux États-Unis. Mais relativement à l’effectif des travailleurs non-agricoles, la syndicalisation demeure faible jusque dans les années 1940, quand la protection fédérale et provinciale s’étend aux syndicats (voir Histoire des travailleurs).

Croissance de nouvelles industries

Les progrès industriels du Canada central sont particulièrement rapides entre 1896 et 1914, quand le pays connaît un boom de l’investissement et de l’exportation. Après 1900, quelques industries, comme l’ouvrage de forge et la construction de voitures hippomobiles, sont en déclin. D’autres industries apparaissent : l’équipement électrique et les produits chimiques durant les années 1890, les voitures et l’aluminiumaprès 1900, les pâtes et papiers entre 1890 et 1914, les appareils électroménagers et de radiodiffusion dans les années 1920 et, durant les années 1940, l’aéronautique. Cette transformation de l’industrie est accélérée par le faible coût de l’énergie hydroélectrique, les deux Guerres mondiales, puis l’apparition du nucléaire dans les années 1970 (en Ontario, notamment). Dans les deux provinces, les nouveaux emplois sont comblés grâce à la croissance naturelle de la populationet à l’immigration.

L’économie connaît des replis cycliques au milieu des années 1870, au début des années 1890 et 1920 et, surtout, de 1929 à 1933. La crise des années 1930, qui commence à cette époque, se poursuit jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale. Après ces événements, la croissance économique se poursuit sans interruption jusqu’à une nouvelle récession au début des années 1980 (voir Cycles économiques).

Comme une grande partie des nouvelles industries se concentrent en Ontario, la croissance économique du Québec durant les années 1920 est moins impressionnante. La province participe amplement au développement des industries des pâtes et papiers et des métaux non-ferreux, mais ne joue aucun rôle dans celle de l’automobile, et n’a qu’un apport mineur dans le secteur des électroménagers. En outre, comme une grande partie des industries québécoises appartiennent à des secteurs à bas rendement qui ne peuvent offrir des salaires élevés, les travailleurs du Québec gagnent moins que ceux de l’Ontario. Cet écart s’amenuise après 1945, et encore plus après 1960. Les autorités fédérales et provinciales ne lésinent pas sur les dépenses pour attirer les usines au Québec. Le gouvernement du Québec devient même propriétaire d’aciéries et d’usines de montage automobile. Le taux de natalité diminue au Québec et devient le plus faible du pays, et le salaire réel moyen augmente.

Bien que le centre financier du pays se déplace de Montréal à Toronto au début de la Deuxième Guerre mondiale, le système financier du Québec se perfectionne et se francise. À mesure que des entreprises et des professionnels anglophones quittent la province, ne se sentant plus bienvenus, l’expertise francophone se développe. Bien plus que l’incertitude politique, ce qui inquiète les investisseurs au Québec est le sort des industries du textile et du vêtement, de plus en plus menacées par des produits à bon marché venant de pays en voie de développement. Le gouvernement fédéral fournit des services conseils, une nouvelle forme de protectionnisme et des ajustements financiers. Grâce à la présence de Northern Telecom et Bombardier, notamment, le Québec devient un gros joueur dans les secteurs de la haute technologie et de l’aérospatiale.

Agriculture

L’histoire de l’agriculture dans le Canada central commence par une véritable guerre contre le climat et la forêt. L’industrie traverse ensuite une phase d’exportation et, vers 1900, elle dépend principalement des marchés urbains locaux, qu’elle n’arrive plus à ravitailler complètement.

Vers 1800, les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent produisent un surplus de céréales pour l’exportation, mais pendant la plus grande partie du 19e siècle, les résidents du Québec dépendent des récoltes de l’Ontario. L’Ontario exporte à son tour des céréales pendant la plus grande partie du siècle, non seulement au Québec, mais aussi outre Atlantique. Toutefois, après 1880, la population croît et la quantité de terres consacrées à la culture du blé diminue. L’Ontario importe de plus en plus de blé de l’Ouest canadien et accroît sa production d’avoine et d’autres cultures fourragères. Finalement, entre 1871 et 1914, le Québec et l’Ontario se spécialisent dans la production de lait et de bétail. De 1860 jusqu’au début du 20e siècle, la plus grande partie du fromage, du beurre et du bacon ontariens est vendue à l’étranger (voir Porcheries). Plus tard, une plus grande partie de ces produits est consommée au Canada central. Après la Première Guerre mondiale, avec le déclin de l’utilisation du cheval, et celui de la culture de l’avoine qui en résulte, cette transition vers d’autres cultures fourragères s’accentue, et certains terrains sont abandonnés. Simultanément, les villes en croissance empiètent sur les zones agricoles.

De la Confédération à 1929, des tentatives sporadiques sont faites pour conquérir de nouvelles zones agricoles au Québec et en Ontario. Ces efforts n’ont pas beaucoup de succès, même si on retrouve vers 1929 quelques terres agricoles autour du lac Saint-Jean, de la Clay Belt ontarienne, de Rainy River et de Thunder Bay. Les secteurs des mines et des pâtes et papiers jouent un rôle plus important pour le développement nordique, amenant la naissance de petites communautés au nord de l’Ontario et du Québec entre 1886 (quand commence l’exploitation des gisements de nickel à Sudbury) et 1929.

Croissance urbaine

Vers 1867, les grandes villes du Canada central sont Montréal et Toronto. Cette dernière est à l’origine un port et un centre commercial. Vers la moitié du 19e siècle, elle devient un centre industriel, et vers 1900, elle produit une grande quantité de vêtements, de textiles, d’appareils électriques, de véhicules ferroviaires et de petits accessoires industriels. Elle est aussi un important centre financier. Après un début lent et difficile, Toronto connaît, à partir de 1867, un développement similaire à celui de Montréal, basé sur la navigation sur les Grands Lacs. En 1900, les deux villes possèdent des banques dynamiques, des compagnies d’assurance et un marché boursier actif (voir Bourse de Toronto). Toutes deux attirent un grand nombre d’immigrants de l’Europe centrale et de l’Italie. Mais c’est surtout la croissance naturelle de la population et l’immigration britannique qui assurent la croissance des villes du Canada central entre la Confédération et 1939. En fait, avant 1900, de nombreux Québécois et Ontariens migrent vers les États-Unis, où les perspectives sont meilleures. Le Canada n’arrive pas à retenir l’accroissement naturel de sa population. Toutefois, entre 1900 et 1929, et à nouveau après 1939, les perspectives économiques s’améliorent à tel point que l’émigration ne pose plus un problème. L’immigration à grande échelle de l’Italie et de l’Europe centrale ne commence vraiment qu’après la Deuxième Guerre mondiale.

Au Québec et en Ontario, comme ailleurs au Canada, l’urbanisation et l’industrialisation bénéficient de l’épargne et de l’application de sa population, dont les membres n’hésitent pas à emprunter des fonds ou importer des talents de l’étranger et, au moins jusqu’aux années 1870, à accueillir des immigrants durant les périodes de prospérité. Des mesures pour l’éducation contribuent en assurant une alphabétisation générale, puis une formation professionnelle et libérale accrue et, à partir des années 1970, des études techniques secondaires et supérieures spécialisées, par exemple en ingénierie et en agriculture.

Vers 1987, les deux économies sont devenues très urbaines et le secteur des services dépasse en importance le secteur manufacturier, qui supplante lui-même l’agriculture et l’exploitation forestière et minière. Les bénéfices du secteur des services aident à équilibrer les comptes du Canada central et du reste du pays, un processus auquel la vente des manufacturiers contribue également. Cette spécialisation régionale s’établit d’elle-même entre la Confédération et 1900. Bien que certains estiment que les politiques commerciales fédérales (voir Politique nationale) ont aidé le Canada central au détriment d’autres régions, l’industrialisation de l’Ontario et du Québec ne s’est pas faite elle-même aux dépens du reste du pays. La plus grande partie du marché de ces deux provinces s’est toujours trouvée au Canada central, parce que c’est là que le plus de Canadiens vivent. En outre, depuis le 19e siècle, il existe des marchés d’exportation pour beaucoup de produits manufacturés du Québec et de l’Ontario, dont le fromage, le bois de sciage, les automobiles, le matériel agricole, les pâtes et papiers, le nickel affiné et l’aluminium.

Certains développements ailleurs au pays, particulièrement dans l’Ouest, contribuent à accélérer l’industrialisation du Canada central, mais ils n’en sont pas la cause. L’évolution de l’économie est semblable au sud des Grands Lacs, où l’on retrouve un réservoir comparable de matériaux bruts, de capitaux, de main-d’œuvre et de compétences. Cependant, dans la mesure où le côté canadien dispose d’un meilleur potentiel hydroélectrique, de gisements de nickel, d’or, d’argent, d’uranium et de bois à pâte, les circonstances sont plus favorables à certains égards. Les tarifs du gouvernement canadien protègent l’industrie manufacturière depuis 1878, mais ce sont les avantages géographiques et non les tarifs qui ont fait en sorte que les manufactures s’installent au Canada central.

Déclin du secteur manufacturier

À la fin du 20e siècle, la devise canadienne demeure très faible face au dollar américain, car le prix des marchandises est bas (voir Taux de change). Mais le 21e siècle ouvre un nouveau chapitre pour l’économie canadienne, particulièrement en Ontario. En 2001, le dollar canadien chute à 0,64 dollar US. Mais le prix des marchandises augmente et le dollar canadien remonte, finissant par atteindre la parité avec le dollar US en 2002 (voir Opérations sur les marchandises). Depuis, la valeur du huard oscille autour de celle du dollar US. En raison de ce retournement, beaucoup de Canadiens craignent la « maladie hollandaise ». Ce phénomène se produit lorsqu’une hausse soudaine de la valeur des ressources naturelles d’un pays, entraînant celle de sa devise, nuit grandement aux exportations et par conséquent au secteur manufacturier. En 2012, le gouverneur de la Banque du CanadaMark Carney réagit à cette crainte en déclarant, railleur : « Certains considèrent la richesse du Canada en ressources naturelles comme une bénédiction. D’autres la voient comme une malédiction. » Effectivement, le prix des marchandises augmente, et la hausse de la devise canadienne est accompagnée par une baisse de l’activité manufacturière. Ce secteur qui représentait 18 % du PIB du Canada en 2000 chute à 10 % en 2016.

Mark Carney, ainsi que la plupart des économistes les plus éminents, pensent que la question du prix des marchandises cache ce qu’ils appellent une transformation structurelle de l’économie canadienne. S’il est vrai qu’une devise forte peut être partiellement responsable des difficultés du secteur manufacturier, le déclin de celui-ci relève d’une tendance généralisée dans l’ensemble du monde industrialisé. Comme le remarque Carney dans le même discours, le ratio de la contribution du secteur manufacturier au PIB canadien se situait six points sous la moyenne des autres pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) en 1970; en 2012, il se situait trois points sous la moyenne de l’OCDE.

Les États-Unis ont connu simultanément une récession encore plus importante dans le secteur manufacturier, même s’ils sont des importateurs nets alors que le Canada est un exportateur net. Le dollar américain a amorcé une descente régulière en 2002, tandis que la valeur du huard montait. Durant la même période, les devises de deux autres importateurs nets, le Japon et l’Europe, ont connu une hausse semblable à celle de la devise canadienne.

Nulle part au Canada les changements structurels de l’économie au 21e siècle n’ont été plus apparents qu’en Ontario, où l’emploi dans les manufactures est passé 23 % de l’ensemble des emplois de la province en 1976 à 11,8 % en 2012. Dans un rapport commandé par le gouvernement ontarien, l’économiste Don Drummond affirme que les résidents de l’Ontario n’ont pas encore compris comment l’érosion de la base manufacturière détruit l’avantage économique traditionnel de la province. Selon lui, un dollar canadien fort et la performance inégale de l’économie américaine en sont responsables.

En 2012, l’Ontario subit un autre coup dur, lorsqu’elle perd la distinction de produire plus d’automobiles que le Michigan, berceau de l’industrie automobile nord-américaine. L’Ontario était le plus grand producteur d’autos au Canada et aux États-Unis depuis 2004. Le Michigan produit 1,6 million de véhicules en 2012, contre 1,5 million pour l’Ontario, malgré des ventes record sur le marché automobile canadien. Le Michigan et l’Ontario subissent tous deux une très dure concurrence du Mexique, qui jouit d’investissements inégalés de la part des fabricants d’automobiles internationaux, à cause de sa main-d’œuvre peu coûteuse. En fait, depuis dix ans, le Mexique produit plus de véhicules que chacun de ces joueurs.

Cercle de feu de l’Ontario

Au cours de la première décennie du 21e siècle, l’Ontario découvre des ressources naturelles abondantes, particulièrement dans le nord. Situé à 500 km au nord de Thunder Bay, le Cercle de feu attire rapidement l’attention du gouvernement provincial et des marchés financiers, qui visent aussitôt son exploitation minière. Surnommée « les sables bitumineux de l’Ontario », la région comporte des réserves de chromite, de nickel et d’or, dont la valeur est estimée à plus de 60 milliards de dollars. Mais la région a besoin d’un énorme investissement en infrastructures, comme des routes et des chemins de fer, pour transporter les minéraux jusqu’aux raffineries. Un important investisseur du secteur privé s’est retiré du développement du Cercle de feu parce que le gouvernement tardait à fournir les fonds pour construire l’infrastructure nécessaire. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Ontario se querellent pour savoir qui doit payer quoi.

Libre-échange international

Une autre victime du tournant du siècle, au moins au début, est la balance des paiements du Canada. Le pays entame le 21e siècle avec d’importants excédents commerciaux, grâce à la faible valeur de sa devise. Mais sa remontée soudaine du dollar canadien entraîne un déficit commercial durable durant la deuxième décennie, poussant le gouvernement du premier ministre Stephen Harper à demander à ses diplomates à l’étranger de se concentrer sur les intérêts économiques du Canada. En 2013, un emploi sur cinq est lié à l’exportation. En conséquence, le changement de stratégie en politique étrangère vise à créer 40 000 nouveaux emplois liés aux exportations en cinq ans. Le ministre du Commerce Ed Fast, qui a joué un rôle majeur dans les négociations de libre-échange avec l’Europe en 2013, souligne qu’un autre objectif important de la stratégie durant cette période était de doubler le nombre des petites et moyennes entreprises (s’élevant alors à 11 000) qui font affaire dans des marchés émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Ce nouvel intérêt pour le commerce canadien à l’étranger fait suite à l’annonce du gouvernement Harper, en 2007, de son intention de négocier de nouveaux accords de libre-échange. Cette politique poursuit celles du gouvernement progressiste conservateur deBrian Mulroney et du gouvernement libéral deJean Chrétien,dans les années 1980 et 1990. Le gouvernement Mulroney réalise l’entente de libre-échange avec les États-Unis en janvier 1989, et entreprend rapidement de travailler à élargir l’accord pour y inclure le Mexique, ce qui sera finalement réalisé par le gouvernement de Jean Chrétien en janvier 1994. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) remplace alors l’Accord de libre-échange Canada−États-Unis.

En 1997, le gouvernement de Jean Chrétien conclut deux nouveaux accords de libre-échange, un avec l’Israël et un autre avec le Chili. Puis, en 2002, il négocie un accord de libre-échange avec le Costa Rica. Après 2007, le gouvernement de Stephen Harper poursuit sur la lancée de ses prédécesseurs et signe des accords avec la Jordanie, l’Association européenne de libre-échange, qui comprend l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, et le Pérou, en 2009, puis avec le Panama en 2010 et avec le Honduras et la Colombie en 2011.

La signature des deux accords de libre-échange nord-américains est censé projeter l’économie canadienne dans une nouvelle ère. Cependant, le Canada dépend trop du marché des États-Unis. En effet, durant les premières années qui suivent l’entrée en vigueur de l’ALENA, les États-Unis représentent 86 % du marché d’exportation. Cette dépendance amène le gouvernement de Stephen Harper à viser une diversification de ses marchés, comme l’a fait le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau en 1972 avec sa « troisième option ». Cependant, le gouvernement de Stephen Harper réussit là où les autres ont échoué. En 2013, il conclut un accord de principe avec l’Union européenne pour réaliser l’Accord économique et commercial global (AECG), qui entre en vigueur en septembre 2017. Au début de 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau signe une entente sur le partenariat transpacifique, un accord commercial entre l’Australie, le Brunei, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. L’accord entrera en vigueur lorsqu’il aura été ratifié par tous les États membres.

Aperçu de l’économie régionale

En 2016, le Québec compte pour 394,8 milliards de dollars, ou près de 20 % du PIB du Canada. Le Québec, qui détenait auparavant le statut économique enviable qui est aujourd’hui celui de l’Ontario, a connu un déclin relatif durant le dernier demi-siècle. Trois développements ont joué un rôle majeur dans cette tendance. Le premier est l’achèvement de la Voie maritime du Saint-Laurent au début des années 1950, qui a permis aux bateaux de contourner Montréal, réduisant de manière drastique son importance en tant que port.

Ceci a été exacerbé par l’instabilité politique (voir Crise d’octobre, Référendum québécois de 1980 et Référendum québécois de 1995) et par les lois sur l’utilisation du français qui, depuis 1960, ont considérablement réduit l’incitation des entreprises internationales à s’y installer. Le rythme de développement plus rapide d’autres régions du Canada a aussi contribué au déclin relatif du Québec. Malgré ces facteurs, les secteurs manufacturier et agricole ont beaucoup bénéficié du libre-échange avec les États-Unis. Montréal demeure la deuxième métropole du Canada et son deuxième centre des affaires.

En 2016, l’Ontario compte pour 794,8 milliards de dollars, ou 39 % du PIB du Canada. La plus grande partie du secteur manufacturier du Canada (particulièrement, des industries comme la fabrication automobile, la nourriture et les boissons, les métaux ouvrés, etc.) est concentrée en Ontario. (Et en Ontario, l’activité manufacturière est en grande partie concentrée au sud, entre Windsor et Oshawa.) Toutefois, la province s’est beaucoup tournée vers l’économie des services. Le secteur de services représente aujourd’hui 77,5 % du PIB de l’Ontario, contre seulement 11,9 % pour le secteur manufacturier.

Le succès de l’Ontario vient en grande partie de sa position géographique centrale au Canada, de sa proximité des marchés américains et de son accès aux voies navigables, qui facilite le transport des matériaux et des produits manufacturés vers les autres ports canadiens et les marchés internationaux. Deux villes de l’Ontario, Ottawa, la capitale nationale, qui détient beaucoup d’emplois du secteur public, et Toronto, devenue un centre financier mondial, sont aussi d’importants moteurs du développement de la province.

(Voir aussi Économie régionale.)