|
Le terme « préjugé » désigne habituellement un jugement négatif non confirmé, porté a priori sur des gens ou des groupes en raison de leur IDENTITÉ ETHNIQUE, de leur race ou de leur RELIGION (voir RACISME). La discrimination est l'exclusion d'individus ou de groupes d'une participation sociale entière en raison de leur origine ethnique, de leur race ou de leur religion. Le préjugé (une attitude) et la discrimination (un comportement) sont ordinairement liés mais demeurent des phénomènes distincts. Dans un cercle vicieux, un préjugé entraîne souvent un comportement discriminatoire, tandis que la discrimination renforce ou crée des inégalités sociales et économiques, qui renforcent à leur tour des préjugés.
Relations avec les autochtones
Les premiers contacts entre les AUTOCHTONES et les colonisateurs européens arrivés en Amérique du Nord au cours des XVIIe et XVIIIe siècles sont déjà marqués par des préjugés. Les Européens entretiennent une attitude complexe et ambivalente à l'égard des autochtones, certains les considérant comme de « nobles sauvages », alors que pour d'autres, ils ne sont que des barbares inhumains. Malgré les différences importantes qui caractérisent les relations avec les citoyens d'origine française et ceux d'origine britannique avant la Confédération, dans les deux cas, les intérêts économiques liés à la TRAITE DES FOURRURES permettent d'instaurer des relations de travail acceptables entre les colonisateurs et les autochtones. Cependant, l'expansion de la colonisation à grande échelle entraîne une détérioration de ces liens, car les autochtones sont maintenant devenus un obstacle au développement économique plutôt qu'un appui. À la suite de la création de colonies européennes durant les XVIIIe et XIXe siècles, de la CONQUÊTE britannique de 1759-1760 et de l'isolement géographique des populations autochtones, les RELATIONS ENTRE AUTOCHTONES ET BLANCS perdent graduellement de leur importance par rapport à celles qui existent entre les puissances coloniales. La coopération et les rivalités économiques, politiques, sociales et religieuses entre les colons français et britanniques façonnent une grande partie du développement du Canada depuis les années 1750. Il existe des préjugés et de la discrimination dans les deux camps. En raison du partage par les deux groupes d'une culture occidentale basée sur la technologie, la nature de leurs relations, les genres de discrimination et de préjugés qui les caractérisent sont fort différents de ceux qui marquent les rapports entres les autochtones et les Blancs.
Komagata MaruEn 1914, l'arrivée du « Komagata Maru » à Vancouver, avec à son bord des immigrants des Indes orientales, provoque de violentes manifestations à Vancouver. Résultat : on leur refuse l'autorisation de séjour (avec la permission de la Vancouver Public Library).
Les Noirs et l'esclavage
À l'époque de la Confédération, en 1867, les ALLEMANDS constituent le groupe ethnique le plus important, à l'exclusion des Britanniques, des Français et des autochtones. Ils ont très peu de difficulté à être acceptés au sein de la société canadienne. Toutefois, les NOIRS sont la cible de préjugés importants durant la période précédant la Confédération. Malgré ses adversaires, l'ESCLAVAGE existe en NOUVELLE-FRANCE et en AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE. Dans les années 1860, les 40 000 Noirs du Canada comptent des descendants d'esclaves noirs de la Nouvelle-France, des LOYALISTES noirs, des Jamaïcains marrons, des réfugiés noirs américains de la GUERRE DE 1812 ainsi que des Noirs venus s'établir dans le HAUT-CANADA pour fuir l'esclavage. Nombre de Canadiens de race blanche luttent contre l'esclavage pour des raisons d'ordre moral et prêtent assistance à des réfugiés venus des États-Unis, mais de nombreux autres craignent l'arrivée de colons noirs qu'ils considèrent comme rétrogrades, ignorants, immoraux, criminels et menaçants sur le plan économique. Les Noirs sont avant tout perçus comme une main-d'oeuvre à bon marché. Après l'abolition définitive de l'esclavage dans tout l'Empire britannique, en 1833, les Noirs sont moins la cible d'obstacles légaux mais doivent néanmoins subir de nombreux préjugés sociaux.
Impérialisme et racisme
Le nombre de personnes d'origine autre que britannique, française ou autochtone reste limité jusqu'à l'arrivée des vagues d'immigrants s'installant au Canada, surtout dans l'Ouest, à la fin du XIXe siècle. La plupart des Canadiens anglophones considèrent cette immigration non britannique et non française avant tout comme un moyen d'accélérer le développement économique du pays. Toutefois, d'autres s'inquiètent de l'impact social et économique de cette immigration non britannique et s'élèvent contre une POLITIQUE D'IMMIGRATION trop ouverte. Le Canada français s'y oppose en faisant valoir qu'une telle politique minerait davantage son statut à l'intérieur de la Confédération. La plupart des Canadiens anglophones sont nourris de préjugés en ce qui a trait aux avantages relatifs qu'apportent ces groupes d'immigrants. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la croyance en l'avancement et en la suprématie de la race blanche n'est pas mise en doute en Occident. Influencés par des théories pseudo-scientifiques relatives à la race, tirées surtout du DARWINISME SOCIAL, certains Canadiens anglophones estiment que les peuples anglo-saxons et les principes britanniques de gouvernement constituent le sommet de l'ÉVOLUTION biologique et que la grandeur du Canada repose sur son héritage anglo-saxon (voir IMPÉRIALISME). Leur évaluation des avantages qu'apporte la venue d'un groupe par rapport à un autre dépend presque donc directement du degré de conformité de ses membres par rapport au type physique britannique et à sa culture. Les immigrants britanniques et américains sont au sommet de la pyramide. Viennent ensuite les immigrants de l'Ouest et du Nord de l'Europe, ceux de l'Europe centrale et orientale, puis les JUIFS et les immigrants originaires du Sud de l'Europe. Presque au bas de cette pyramide hiérarchique, on trouve les sectes religieuses pacifistes, les HUTTÉRITES et les MENNONITES de langue allemande et les DOUKHOBORS parlant le russe, qui sont considérés de la même façon, tant par les fonctionnaires que par le grand public. Leur SÉPARATISME social rend leur intégration problématique, leur zèle au travail et leur sens de l'économie en font de redoutables concurrents commerciaux, et leur PACIFISME soulève des doutes quant à leur loyauté envers le Canada. Les Noirs et les immigrants asiatiques, les CHINOIS, les CANADIENS D'ORIGINE JAPONAISE et les ASIATIQUES DU SUD, qu'on considère comme inférieurs et non assimilables, occupent le palier le plus bas. L'immigration chinoise est ralentie au moyen d'une taxe d'entrée et interrompue avec la promulgation, en 1923, de la Loi de l'immigration chinoise visant à la restreindre. Un « engagement d'honneur » est conclu avec le Japon en 1907 afin de restreindre l'immigration en provenance de ce pays. La même année, un DÉCRET interdit l'immigration en provenance de l'Inde. Les Noirs se voient dans les faits refuser l'accès au pays à compter de 1910. Le gouvernement fait également voter des lois restrictives sur l'immigration en 1906, 1910 et 1919 pour limiter l'immigration européenne. Entre 1896 et la Deuxième Guerre mondiale, des nationalistes canadiens-français qualifient l'immigration à grande échelle de complot canado-britannique visant à éroder le statut du Canada français, surtout parce qu'on compte très peu de francophones parmi les immigrants. L'immigration n'est pas un sujet aussi brûlant d'actualité au Québec qu'en Ontario ou dans l'Ouest à cause du peu d'immigrants qui s'y établissent. Toutefois, en 1914, la communauté juive de Montréal est victime d'un ANTISÉMITISME virulent qui puise sa source en bonne partie dans les préjugés religieux du NATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS. Les Juifs sont considérés comme des exploiteurs, comme une menace à la moralité et à la civilisation chrétiennes et sont le symbole des maux que représentent l'internationalisme, le LIBÉRALISME, le bolchévisme, le matérialisme et la vie urbaine. Des controverses publiques impliquant des francophones et des anglophones de Montréal éclatent au sujet de la place à accorder aux juifs à l'intérieur du système scolaire confessionnel et de la législation touchant la fermeture des commerces le dimanche. L'opposition aux Juifs prend la forme de profanations de cimetières et de combats de rue occasionnels. L'hostilité des Canadiens français par rapport à l'immigration juive fait pendant à celle des ultra-protestants du Canada anglais à l'égard des immigrants catholiques originaires d'Europe, qu'ils considèrent comme des suppôts de Rome et d'éventuels alliés politiques des Canadiens français catholiques. Au début du XXe siècle, les stéréotypes ethniques en vogue au Canada font ressortir les origines paysannes des immigrants venus du centre, de l'Est et du Sud de l'Europe et des Asiatiques. On affirme alors qu'ils sont pauvres, illettrés, porteurs de maladies, que leurs moeurs sont relâchées, qu'ils sont politiquement corrompus et peu pratiquants. La prédilection supposée des immigrants d'Europe centrale et méridionale pour l'alcool, la violence et le CRIME et celle des Chinois pour les drogues, les JEUX D'ARGENT et les femmes blanches sont des images profondément ancrées dans la société dominante. Les insultes à caractère ethnique sont fort répandues avant les années 50. Avant la Deuxième Guerre mondiale, on voit naître, partout au Canada, de forts courants de discrimination sociale, économique et politique à l'endroit des non Anglo-Saxons. Les immigrants de l'Europe du Nord et de l'Ouest sont victimes de relativement peu de discrimination comparativement aux Juifs et aux autres venus d'Europe centrale et méridionale, tandis que les personnes qui ne sont pas de race blanche, particulièrement en Colombie-Britannique, sont soumises à des formes répandues de discrimination qui touchent pratiquement chaque aspect de leur existence. La discrimination est l'un des facteurs qui entraîne la transformation de « l'ordre des préséances » ethnique, suivie par les politiques d'immigration, en une MOSAÏQUE VERTICALE des occupations et des revenus. Les Britanniques s'y trouvent au sommet alors qu'on confie des emplois subalternes aux Chinois et aux Noirs, au bas des échelons. Les groupes non britanniques et non français disposent d'une très faible puissance économique, de sorte qu'ils ne parviennent pas à effectuer de percée importante au niveau des échelons intermédiaires de la politique, de l'enseignement ou de la FONCTION PUBLIQUE avant la période qui suit la DEUXIÈME GUERRE MONDIALE (voir ÉLITES). La forme la plus répandue de discrimination légalisée frappe les Asiatiques, en Colombie-Britannique, où des sentiments anti-asiatiques prévalent de façon endémique pendant un siècle à partir des années 1850. Les Asiatiques sont considérés comme des étrangers, des êtres inférieurs qu'il est impossible d'assimiler. Les syndicats prétendent que les Asiatiques s'emparent des emplois des Blancs et abaissent le niveau de vie de tous les travailleurs en acceptant de travailler à des salaires moindres que ceux des Blancs. Les Asiatiques sont exclus de la majorité des syndicats et les employeurs adoptent comme ligne de conduite de rémunérer les ouvriers asiatiques à des taux inférieurs. En Colombie-Britannique, en raison d'une législation et de pratiques sociales discriminatoires, les Chinois, les Japonais et les Asiatiques du sud ne peuvent voter, être membres du barreau ou pharmaciens, être élus à des fonctions publiques, être jurés ou obtenir un poste rattaché aux travaux publics, à l'enseignement ou à la fonction publique. L'opinion publique s'exprime sur la question de l'immigration asiatique à l'occasion de plusieurs émeutes violentes dirigées contre les Chinois et les Asiatiques. Les plus sérieuses se produisent à Vancouver en 1887 et 1907. Des groupes anti-asiatiques tentent également à quelques reprises d'exclure les Asiatiques des ÉCOLES PUBLIQUES, de limiter la vente de terrains à des Asiatiques et de restreindre de façon stricte le nombre de permis délivrés aux pêcheurs japonais. En 1892 et en 1907, des émeutes anti-chinoises moins importantes surviennent en Alberta. À la même époque, le Québec, la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan adoptent des lois interdisant aux femmes de race blanche de travailler dans des restaurants, des blanchisseries ou toute autre entreprise commerciale appartenant à des Chinois ou à des Japonais. Les Noirs sont également la cible d'une discrimination largement répandue dans les domaines du logement, de l'emploi et de l'accès aux services publics à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ils ont de la difficulté à être servis dans les hôtels et les restaurants ou à être acceptés dans les théâtres et les piscines. En outre, à certains endroits, ils sont parfois confinés à des écoles séparées, particulièrement en Ontario et en Nouvelle-Écosse où ils sont en plus grand nombre. La discrimination contre les Noirs dégénère à l'occasion en actes de violence. Lors des deux guerres mondiales, les unités des forces armées sont réticentes à accepter dans leurs rangs des Noirs, des Chinois, des Japonais et des Asiatiques du sud, ce qui n'empêche pas certains membres de ces groupes ethniques de servir finalement sous les drapeaux.
Nationalisme et « étrangers ennemis »
Le degré de préjugés et de discrimination à l'endroit des immigrants de race blanche n'est égal à celui dont sont l'objet les minorités non blanches que lors des périodes de NATIONALISME intense engendrées par la guerre. Pendant la PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, les Allemands et les immigrants originaires de l'Empire austro-hongrois sont victimes de graves persécutions et préjugés. Les « étrangers ennemis » sont congédiés, certains sont placés sous surveillance policière ou gardés à l'intérieur de camps d'INTERNEMENT. Leurs écoles de langue et beaucoup de leurs églises sont fermées. On censure d'abord leurs journaux avant de les supprimer peu à peu. Lors de périodes de crise, durant la guerre, des meutes de soldats et de civils attaquent les locaux de clubs privés et d'entreprises appartenant à des Allemands. Tenant pour acquis que le loyalisme et l'uniformité culturelle et linguistique sont synonymes, les gouvernements provinciaux des Prairies abolissent les écoles et les classes bilingues. Le GOUVERNEMENT D'UNION dépouille de leurs droits les « étrangers ennemis » devenus citoyens canadiens après le mois de mars 1902. L'opposition aux sectes religieuses pacifistes s'intensifie également pendant la guerre, pour aboutir finalement au décret de 1919 (abrogé au cours des années 20) qui interdit spécifiquement l'entrée du pays aux membres de ces groupes. De 1919 à 1953, les Doukhobors de Colombie-Britannique sont privés du droit de vote. La même mesure est en vigueur au niveau fédéral de 1934 à 1955. Le retour des anciens combattants de la Première Guerre mondiale et la dépression qui marque l'après-guerre poussent l'hostilité contre ces sectes pacifistes à son maximum et engendrent un « chauvinisme » anti-radical, soit la conviction que le radicalisme politique des immigrants constitue une menace à la vie nationale du Canada. On cesse de percevoir les immigrants d'origine slave comme « d'impassibles paysans », mais on les considère comme de dangereux révolutionnaires. Dans l'opinion publique, la relation entre les immigrants et le radicalisme se voit renforcée par la GRÈVE GÉNÉRALE DE WINNIPEG. L'adoption d'un projet de loi prévoyant la déportation en certaines circonstances de citoyens canadiens nés à l'étranger est l'une des mesures votées par le gouvernement fédéral pour mettre un terme à cette grève. Des anciens combattants et des ouvriers radicaux d'origine slave en viennent aux coups à l'occasion de violents incidents syndicaux qui éclatent dans tout le Canada en 1919, lorsque les anciens combattants revendiquent ce qu'ils considèrent comme leurs droits prioritaires à bénéficier des emplois. Au début des années 20, on classe officiellement les immigrants originaires d'Europe centrale, méridionale et orientale à l'intérieur des catégories d'immigrants « non préférentielles » et « restreintes ». Toutefois, au milieu des années 20, en réaction aux pressions publiques, le gouvernement fédéral assouplit les restrictions sur l'immigration en provenance d'Europe de manière à favoriser le développement économique. Le gouvernement fédéral permet aux compagnies ferroviaires de faire venir plus de 185 000 immigrants originaires de l'Europe orientale et centrale et des Mennonites pour travailler comme ouvriers et employés agricoles et domestiques à la fin de la décennie. Cette nouvelle vague d'immigration réveille de vieux préjugés. Des organisations telles que le KU KLUX KLAN (KKK), les Fils natifs du Canada et l'ORDRE D'ORANGE prennent à partie les nouveaux immigrants en qui elles voient une menace au caractère anglo-saxon du Canada. Plusieurs de ces organisations, surtout le KKK, s'opposent aussi à la venue d'immigrants catholiques. Au début des années 20 toujours, le Klan commence à s'organiser à Montréal, en Ontario, en Colombie-Britannique et au Manitoba, et le nombre de ses adhérents en Saskatchewan approche 20 000 à la fin de cette décennie. Le Klan incite au boycottage des entreprises commerciales catholiques, intimide des politiciens qui paraissent favorables aux intérêts français ou catholiques, s'oppose à la législation fédérale sur l'immigration, lutte contre les écoles catholiques et la soi-disant influence catholique dans les écoles publiques. Il tente aussi d'empêcher les mariages mixtes entre catholiques et protestants. Le Klan acquiert suffisamment d'autorité en Saskatchewan pour contribuer à la défaite des libéraux lors de l'élection provinciale de 1929. Au moment de la CRISE DES ANNÉES 30, de nombreux citoyens non anglo-saxons sont contraints à dépendre de l'assistance publique parce que des travailleurs anglo-saxons exigent et reçoivent souvent un traitement prioritaire puisque ce sont ces derniers qui obtiennent et conservent les emplois. Des immigrants originaires d'Europe centrale et orientale souffrent d'une discrimination voilée au moment de l'application des programmes d'aide, tandis que les Chinois sont victimes d'une discrimination ouverte de la part de l'administration responsable de l'aide sociale en Colombie-Britannique et en Alberta. Dans sa Loi sur l'immigration, le gouvernement fédéral prévoit la déportation de citoyens non canadiens bénéficiaires de l'aide sociale. Les fonctionnaires gouvernementaux utilisent le prétexte de la loi pour réduire leurs listes de bénéficiaires. Un cercle vicieux fait de préjugés et de discrimination prend davantage forme durant les années 30. La discrimination qui touche les non Anglo-Saxons les incite à appuyer des mouvements politiques radicaux, par exemple, le communisme (voir PARTI COMMUNISTE DU CANADA) et le FASCISME, ce qui a pour effet d'accroître la discrimination à leur endroit. Entre 1930 et 1935, le premier ministre R.B. BENNETT a recours à la déportation pour contrecarrer les appuis dont bénéficient les communistes. À l'occasion de conflits de travail qui sévissent dans l'Ouest du Canada et en Ontario pendant la Dépression, les forces ouvrières à prédominance non anglo-saxonne sont souvent aux prises avec une administration anglo-canadienne qui s'efforce de détruire la solidarité ouvrière et de jeter le discrédit sur les grévistes en évoquant leurs origines étrangères. Au cours des années 30, des formes de discrimination sociale à l'égard des Juifs (par exemple, restrictions officieuses en matière de logement, contingentements dans les facultés universitaires et exclusion des clubs sociaux, des plages et des endroits de villégiature réservés à l'élite à Montréal, à Toronto et à Winnipeg) se développent, sous l'action de groupes fascistes, en un antisémitisme haineux et virulent qui influence bientôt les politiques d'immigration du pays. Le Canada ferme ses portes aux immigrants juifs au moment où ils sont désespérément à la recherche d'un refuge pour fuir la persécution nazie en Europe. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Allemands, les Italiens et les membres de sectes pacifistes sont la cible d'actes d'hostilité. Dans les régions rurales de la Colombie-Britannique au cours des années 20 et 30, les préjugés populaires à l'égard des Doukhobors, qui se manifestent avec force, sont renforcés par les attitudes engendrées par la guerre. En 1942, le gouvernement de l'Alberta vote une loi interdisant toute vente de terrain aux Huttérites pour la durée de la guerre. De 1947 à 1972, il promulgue des restrictions relatives à la quantité de terrains que peuvent posséder les colonies huttérites et aux régions de la province dans lesquelles on leur permet de se développer. L'hostilité à l'égard des Canadiens d'origine japonaise, avant et après la guerre, est continue, répandue et profonde, particulièrement en Colombie-Britannique. Des vagues de sentiments anti-japonais déferlent sur la province en 1937-1938, en 1940 et en 1941-1942. L'attaque de Pearl Harbour par la marine japonaise déclenche les plus violents courants d'hostilité à l'endroit des Canadiens d'origine japonaise. Par suite de l'arrêté du gouvernement fédéral du 24 février 1942 obligeant tous les Japonais à quitter la côte du Pacifique, quelque 22 000 Canadiens d'origine japonaise sont relogés à l'intérieur de la Colombie-Britannique et dans d'autres provinces, où ils continuent à souffrir de préjugés raciaux. Le gouvernement vend leurs biens pour empêcher leur retour à la fin de la guerre. Vers la fin du conflit, le gouvernement encourage également les Japonais à demander leur déportation volontaire, et après la guerre, il donne suite à ces projets. Des pressions considérables exercées par des groupes de défense des droits civils entraînent finalement le retrait des ordres de déportation (1947), la remise de compensations partielles pour les pertes de biens et l'annulation des restrictions qui empêchent les Japonais de retourner dans la région du littoral (1949). (Voir LIBERTÉS CIVILES). Néanmoins, plusieurs événements survenus pendant et après la guerre érodent certains préjugés tenaces à l'égard des groupes minoritaires. Des communautés telles que les Chinois et les UKRAINIENS acquièrent une nouvelle respectabilité grâce à leur appui à l'effort de guerre. La participation de toutes les couches de la société aux industries de guerre ébranle les barrières sociales. De plus, la répugnance que suscitent Hitler et le nazisme entraîne finalement une réaction contre le concept hitlérien de supériorité raciale et contre les manifestations publiques d'antisémitisme. L'adhésion du Canada à la charte de l'ORGANISATlON DES NATIONS UNIES, en 1944, et à la Déclaration universelle des droits de l'homme, en 1948, a pour effet d'étaler les politiques discriminatoires du Canada au grand jour. À la suite de l'action énergique de divers groupes de pression asiatiques et d'une opinion publique blanche sans cesse plus favorable, on accorde finalement le droit de vote aux Asiatiques (les Asiatiques du Sud et les Chinois en 1947, les Japonais en 1949), et on fait disparaître l'interdiction qui touche l'immigration des Chinois et des Asiatiques du Sud, bien que seuls les enfants et les femmes de citoyens canadiens soient autorisés à immigrer.
Nouvelle tolérance
L'immigration après 1945 favorise encore les Européens, même si le gouvernement permet un léger contingentement d'immigrants en provenance de l'Inde, du Pakistan et de Ceylan (1951). Les immigrants arrivés après la Deuxième Guerre mondiale sont mieux acceptés, en partie parce que plusieurs d'entre eux sont plus instruits et possèdent un métier. L'éclatement des postulats intellectuels et de la respectabilité sociale du racisme anglo-saxon est sans doute le facteur le plus important qui entraîne une plus grande tolérance à l'endroit des immigrants des années 50 et 60, avec pour conséquence l'adoption de lois provinciales et de codes relatifs aux DROITS DE L'HOMME, l'adoption par le fédéral de la DÉCLARATION CANADIENNE DES DROITS (1960) ainsi que la création de commissions fédérale et provinciales des droits de l'homme. Ce changement d'attitude découle, entre autres choses, du dégoût suscité par le racisme d'Hitler, du déclin du Royaume-Uni en tant que puissance mondiale et de la montée des mouvements de droits civiques aux États-Unis. La prospérité des années 50 et 60 facilite la progression socio-économique des non Anglo-Saxons de la deuxième et de la troisième générations et favorise l'affaiblissement du lien jusque-là plutôt rigide existant entre la classe et l'origine ethnique.
Traitement des groupes d'autochtones
Au cours des XIXe et XXe siècles, les attitudes envers les autochtones suivent en bonne partie celles à l'égard des immigrants et d'autres groupes ethniques. Toutefois, le traitement des autochtones est toujours conditionné par un statut particulier, résultat de leur statut d'autochtones et d'un statut légal particulier, confirmé dans les TRAITÉS INDIENS et la LOI SUR LES INDIENS qui « protègent » les Indiens de la société blanche et qui favorise une approche paternaliste de la part des gouvernements, approche qui existe d'ailleurs toujours plus ou moins. On considère les autochtones soit comme nobles sauvages, soit comme alliés militaires ou comme partenaires essentiels à la traite des fourrures pendant la période d'avant la Confédération, mais on commence à les considérer peu à peu comme un obstacle au progrès. Les gouvernements les isolent dans des réserves et, en accord avec les principales communautés chrétiennes, essaient d'éliminer leur culture indigène par l'instauration de l'agriculture, de l'éducation de type européen et du CHRISTIANISME (voir PENSIONNATS). À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les Anglo-Canadiens dominants placent les autochtones au bas de l'échelle de l'évolution biologique et sociale. Comme dans le cas des nouveaux immigrants, on pense que leurs langues et leurs cultures doivent être éliminées et qu'il faut les intégrer à un nouveau mode de vie supérieur. Les missions protestantes chez les autochtones, les Chinois, les Juifs et les Ukrainiens au Canada, ainsi qu'à l'étranger, sont toutes motivées par la même conviction sous-jacente de la supériorité du mode de vie des protestants canadiens de descendance britannique. L'idée couramment admise au sujet de l'assimilation inévitable des immigrants va de pair avec l'idée de l'assimilation inévitable ou de l'extinction des autochtones. À la consternation des agents des Amérindiens et des MISSIONNAIRES, on encourage de temps en temps les autochtones à présenter leur culture indigène aux visiteurs d'importance ou lors de foires locales, mais ces démonstrations sont perçues comme des vestiges pittoresques du passé plutôt que comme une part intégrante de la société canadienne en évolution. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, ironiquement, pour faire augmenter le nombre d'engagés, le gouvernement commence à encourager le sentiment guerrier chez les autochtones du Canada alors qu'il a tenté de l'éliminer pendant des décennies. Toutefois, cet encouragement s'arrête rapidement à la fin de la guerre, lorsque le gouvernement fédéral exige que les anciens combattants d'origine autochtone retrouvent un statut inférieur sur le plan légal, politique, social et économique, similaire à celui qu'ils ont avant la guerre. Comme la majorité des immigrants qui ne sont pas blancs, les autochtones ne peuvent voter. Ils sont relégués au bas de l'échelle en matière d'économie, sont stigmatisés sur le plan social et sont l'objet de nombreux préjugés et de discrimination. Comme dans le cas des premiers immigrants de l'Europe orientale et centrale, les impressions de PAUVRETÉ et d'abus d'alcool sont des facteurs déterminants dans les attitudes envers les autochtones. Pendant l'entre-deux-guerres, les autochtones cessent d'être les sujets principaux du débat public. En raison de leur pauvreté, de leur absence en matière de concurrence économique et de leur isolement sur le plan géographique, ils n'attirent pas l'attention du public. À la différence des Asiatiques et des Noirs, qui sont largement exclus de l'immigration vers le Canada durant cette période, les racistes ne peuvent évidemment pas exclure les autochtones du pays. Leur statut de peuple indigène les protège de certaines formes de nationalisme virulent que les groupes autres que les Blancs doivent affronter. La période qui suit la Deuxième Guerre mondiale amène des modifications dans les relations entre les Blancs et les autochtones, qui vont de pair avec certains changements d'attitude envers les immigrants et les groupes ethniques autres que britanniques ou français. Les autochtones sont peu à peu plus instruits et mieux organisés. De plus, un certain nombre de porte-parole indigènes commencent à défier leur statut de deuxième classe. En 1960, le gouvernement de DIEFENBAKER abolit la mesure discriminatoire qui empêche les autochtones de voter au niveau fédéral. Le public devient plus sensible aux valeurs des autochtones et à leur culture. Les programmes d'assimilation qui devaient éliminer la culture des immigrants et des autochtones tombent dans le discrédit et les programmes du gouvernement commencent à promouvoir la fierté des racines, le progrès économique et social ainsi que le maintien de la langue et de la culture pour les minorités d'immigrants et les autochtones. La forte opposition au LIVRE BLANC de 1969 du gouvernement fédéral qui propose de mettre un terme au statut particulier des autochtones, constitue une transformation des mentalités. En réaction à cette opposition, le gouvernement fédéral désavoue ses objectifs d'assimilation. Comme ils s'établissent de plus en plus dans les centres urbains dans la période d'après 1950, les autochtones se heurtent encore à des préjugés et à la discrimination en matière de logement, dans les restaurants et autres lieux publics, mais ils ont des recours pour redresser la situation grâce à la législation des droits de la personne. Les gouvernements professent le désir d'instaurer une nouvelle approche à l'égard des autochtones, et les discussions prolongées au sujet des REVENDICATIONS TERRITORIALES et d'un nouveau statut constitutionnel s'accompagnent d'un appui du public pour les modestes revendications des autochtones. Les autochtones, comme de nombreux groupes ethniques autres que britanniques ou français (particulièrement, les minorités visibles) subissent encore des préjugés et de la discrimination, mais moins que par le passé. Bien que peu de personnes font ouvertement preuve de préjugés, les minorités d'immigrants et d'autochtones souffrent encore psychologiquement et socialement des effets des préjugés et de la discrimination. HOWARD PALMER Révision : LEO DRIEDGER
Préjugés et discrimination depuis 1960
Dans les années 60, les recommandations de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR LE BILINGUISME ET LE BICULTURALISME et l'instauration d'une POLITIQUE D'IMMIGRATION plus juste, ainsi que l'accent mis sur le MULTICULTURALISME par Pierre Trudeau dans les années 70, entraînent, depuis plusieurs décennies, le passage d'une immigration essentiellement européenne vers un plus grand afflux d'immigrants d'origine asiatique. Le recensement de 1971 démontre que près de 95 p. 100 de la population canadienne se compose de descendants de Blancs européens et qu'il est difficile de trouver plus de 5 p. 100 de personnes considérées comme non européennes. Seulement 25 ans plus tard, la population de non-Européens et de groupes de la minorité visible a doublé pour atteindre 11 p. 100, et on s'attend à ce qu'elle double encore au cours des prochaines décennies. Une telle modification de base dans les races a changé les attitudes de la population canadienne à majorité blanche.
Modification de la politique d'immigration
En 1965, John PORTER publie son ouvrage The Vertical Mosaic, devenu un classique, dans lequel il classe les Britanniques et les Français comme groupes fondateurs. Tous les autres qui entrent plus tard au Canada appartiennent au groupe issu des entrées, et les autochtones appartiennent au groupe issu des traités. Ce sont les membres des deux groupes fondateurs qui composent plus de 90 p. 100 de la population canadienne au moment de la Confédération en 1867. Toutefois, au fil du temps, leur proportion diminue et la population issue des entrées augmente. En 1963, la RÉVOLUTION TRANQUILLE au Québec s'intensifie au point où la mise sur pied de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme (1965) s'impose. Les auteurs du quatrième rapport de cette commission, intitulé L'apport culturel des autres groupes ethniques (1970), reconnaissent plus que les deux cultures officielles britannique et française. En 1971, le premier ministre Pierre TRUDEAU déclare le pays officiellement bilingue (voir BILINGUISME) et multiculturel. Toutefois, on ne discute pas encore de race, puisque seulement 5 p. 100 des Canadiens ne sont pas blancs. La Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme réveille plus que les questions de langues officielles des groupes fondateurs (voir POLITIQUE LINGUISTIQUE). En fait, les Québécois qui veulent l'égalité pour la LANGUE FRANÇAISE et le statut culturel trouvent bientôt que les questions d'ouverture en matière de langue et de culture soulèvent d'autres problèmes. En réalité, l'agitation des années 60 soulève beaucoup de questions au sujet de la politique d'immigration préférentielle qui favorise les Européens de race blanche et au sujet de l'injustice à l'égard des minorités visibles originaires du Tiers-Monde dont on limite les chances. De 1967 à 1977, on instaure une nouvelle législation qui favorise les immigrants indépendants, parrainés ou désignés. Comme les candidats indépendants peuvent maintenant faire demande à partir de n'importe quel endroit dans le monde, le Canada s'ouvre plus à l'immigration de minorités visibles. Dans les années 90, la proportion de minorités visibles de la population canadienne est passée de 5 à 11 p. 100 sur une période de 25 ans.
Recherche sur les préjugés et la discrimination
Dans les années 70, les chercheurs canadiens deviennent plus conscients du besoin de faire des recherches sur les minorités visibles, les préjugés, la discrimination, les stéréotypes et le racisme. Des études sur ces sujets commencent donc à proliférer. En 1976, on définit le préjugé comme une catégorisation illégitime et la discrimination comme un traitement injuste. Toutefois, le problème est plus complexe en raison des attitudes et des actions, considérées comme légitimes pour tous, qui peuvent reposer sur les attentes de la société en ce qui concerne les minorités et les immigrants dans cette société. D'un côté, les personnes en faveur de l'intégration souhaitent que toutes les personnes s'intègrent dans un creuset culturel. D'un autre côté, les pluralistes estiment que la différentiation et la multitude des sous-identités constituent le droit légitime des minorités. Des questions se posent au sujet des droits des membres d'une société de transformer leur diversité religieuse et politique en un pluralisme ethnique. Au Canada, un tel droit légitime est étendu aux deux peuples fondateurs (britannique et français), et en 1982, la CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS accorde aussi plus de droits aux autres groupes. John Hagan (1977) ne relève que quatre dénotations des termes préjugés et discrimination dans la documentation canadienne (traitement différentiel, traitement préjudiciable, traitement défavorable et négation du désir) qui constituent plutôt un continuum utile. La différentiation représente la prédisposition aux préjugés, alors que le traitement défavorable représente des formes flagrantes de discrimination. Le traitement différentiel peut constituer une prédisposition à la discrimination, surtout parce que les Canadiens tiennent à un idéal de droit à un traitement égalitaire dans une société démocratique. Le traitement préjudiciable est perçu comme une prédisposition négative au comportement qui conduit à la discrimination. Le préjugé est un jugement antérieur pour autant qu'on admette que des opinions préconçues sont vraies avant de les avoir évaluées. La négation du désir peut être une forme de discrimination si on suppose que toute personne peut obtenir l'égalité de traitement et la liberté de choix. On présume que ceux qui cherchent une plus grande liberté et plus d'égalité subissent de la discrimination si on leur refuse des occasions d'emploi, si on ne leur donne pas entière liberté en matière de logement ou s'ils n'ont pas accès aux activités de loisirs et institutionnelles. Le traitement défavorable représente une forme nette de discrimination. Celle-ci se produit quand la victime des préjugés est placée dans certaines conditions défavorables non méritées. On peut définir la discrimination comme le traitement injurieux réel de personnes pour des motifs non pertinents sur le plan rationnel.
Changement d'attitudes envers les minorités
Au moyen de trois sondages à l'échelle nationale, Berry, Bibby and Reid analysent les attitudes des Canadiens entre les années 70 et 90, au moment où la proportion de minorités visibles double au Canada, passant de 5 à 10 p. 100 de la population totale. En 1976, cinq ans après que Trudeau a déclaré le Canada pays multiculturel, John Berry, Rudolf Kalin et Donald Taylor publient Multiculturalism and Ethnic Attitudes in Canada, une étude menée sur une période de trois ans dans laquelle les auteurs analysent l'étendue du soutien au multiculturalisme. Berry et coll. (1977) classent les 26 groupes ethniques et raciaux en demandant au groupe échantillon national d'évaluer chacun de ces groupes ethniques au moyen de critères spécifiques. Selon les résultats représentatifs, les Japonais se classent 8e rang et il s'agit du seul groupe de minorité visible dans la moitié supérieure du classement. On trouve les cinq autres groupes dans la moitié inférieure : les Antillais (16e), les Chinois (21e), les autochtones (24e), les Noirs (25e) et les Indiens orientaux (26e). Il est clair que les répondants ont peu d'estime pour la majorité des minorités visibles. En 1991, le groupe Angus Reid entreprend une enquête par sondage au niveau national afin de savoir jusqu'à quel point les Canadiens sont en faveur de la diversité. Il constate qu'une grande majorité de Canadiens sont en faveur d'une politique gouvernementale qui favorise l'égalité et la garantit, élimine la discrimination raciale dans l'éducation, dans les soins de santé et le système judiciaire, aide la police à améliorer ses services ainsi que les nouveaux immigrants à acquérir des habiletés pour s'intégrer. La grande majorité est aussi en faveur d'activités à l'appui telle que l'élaboration de manuels scolaires. Elle reconnaît que la diversité est acceptable et qu'il faut aider les organisations à refléter la diversité canadienne. L'enquête Reid demande aussi aux personnes interrogées quelle est leur perception des immigrants récents faisant partie d'une liste de 13 groupes. Quelque 70 à 80 p. 100 sont à l'aise à l'égard de six groupes de Blancs européens et les deux tiers se disent très à l'aise par rapport aux Chinois, aux Juifs ainsi qu'aux Antillais de race noire. Toutefois, seulement une petite majorité a les mêmes sentiments à l'égard des ARABES, des MUSULMANS, des Indo-Pakistanais et des Sikhs, qui appartiennent clairement à des minorités visibles ethniques et religieuses. De 10 à 20 p. 100 sont mal à l'aise par rapport à ces quatre derniers groupes. Ces chiffres sont le reflet d'un malaise qui augmente nettement lorsque les personnes témoignent de sentiments prêtés aux deux groupes fondateurs européens blancs au sujet des autres minorités visibles asiatiques et africaines. Reginald Bibby dirige cinq enquêtes en 1975, en 1980, en 1985, en 1990 et en 1995. En 1985, il demande à son groupe échantillon national de Canadiens s'ils préfèrent le modèle de la mosaïque ou celui du creuset. Si plus de la moitié (56 p. 100) préfère le modèle de la mosaïque, un quart (27 p. 100) aime mieux celui du creuset. Toutefois, en 1995, l'attrait pour la mosaïque diminue (44 p. 100) et le soutien pour le creuset (40 p. 100) est presque aussi élevé. Bibby constate qu'en 1975, une grande majorité de Canadiens sont à l'aise à l'égard des Juifs, des autochtones du Canada, des Orientaux et des Noirs, et cette tendance augmente légèrement en 1995.
Perception de la discrimination à l'échelle nationale
Reginald Bibby pose aussi la question suivante : « Pensez-vous qu'il existe de la discrimination raciale et culturelle envers certains groupes de votre communauté? ». Il constate qu'en 1980, près de la moitié des répondants pense que certains groupes sont victimes de discrimination tandis qu'en 1995, deux tiers des gens le croient. Des résidants de toutes les régions, sauf de la Colombie-Britannique, témoignent d'une discrimination accrue à partir de 1980. Bibby constate aussi une augmentation graduelle du nombre de personnes qui approuvent les mariages mixtes, passant de 57 p. 100 en 1975, pour ceux qui approuvent les mariages entre les Blancs et les Noirs, à 81 p. 100 en 1995. En 1975, les trois quarts des répondants approuvent les mariages entre Blancs et Amérindiens, chiffre qui augmente à 84 p. 100 en 1995. Deux tiers approuvent les mariages entre Blancs et Asiatiques, chiffre qui augmente aussi et atteint 83 p. 100 en 1995. Le nombre de ceux qui approuvent les mariages de membres de différentes religions est plus élevé en 1995 qu'en 1975, passant de 78 à 86 p. 100, et ces chiffres augmentent même plus puisqu'environ 9 personnes sur 10 approuvent les mariages entre catholiques, protestants et juifs. En plus des recherches quantitatives, une recherche conceptuelle de plus en plus qualitative est faite dans les années 80 et 90. Frances Henry (1973), Wilson Head (1975, 1981) et Daniel Hill (1981) commencent des études sur les Noirs. Subhas Ramcharan (1982) publie les résultats d'une recherche sur le racisme des non-Blancs. En 1977, John Hagan amorce une analyse conceptuelle des préjugés et de la discrimination, suivi par John Berry et coll. (1977) ainsi que Leo Driedger et coll. (1981, 1984). Ces premières recherches des années 70 et 80 mènent aux nombreuses publications de Frances Henry et coll. (1984, 1994, 1995), Evelyn Kallen et coll. (1974, 1982, 1995), Peter Li et coll. (1983, 1988a, 1988b), Karl James (1990, 1992) et beaucoup d'autres auteurs sur les préjugés, la discrimination et le racisme. La diversité ethnique et raciale de la population canadienne est devenue un terrain fertile pour accroître la recherche, comme le démontre le CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES DU CANADA (CRSH) en allouant des fonds pour la recherche sur l'immigration canadienne. Voir ÉTUDES SUR LES ETHNIES; RELATIONS ENTRE RACES ET ETHNIES. LEO DRIEDGER Auteurs ayant contribué à cet article:
Auteur
LEO DRIEDGER, HOWARD PALMER
Bibliographie
B.S. Bolaria et P.S. Li, Racial Oppression (1988); L. Driedger et S. S. Halli, dir., Race and Racism (2000); L. Driedger et S. S. Halli, Visible Minorities (1998); A. Fleras et J.L. Elliott, Unequal Relations (1999); F. Henry, W. Mattis, T. Rees et C. Tator, The Colour of Democracy (2000); F. Henry et coll., The Colour of Democracy (1995); C.E. James, Seeing Ourselves (1999); E. Kallen, Ethnicity and Human Rights in Canada (1995); A.H. Richmond, Global Apartheid (1994); V. Satzewich, dir., Racism and Social Inequality in Canada (1998).
Liens supplémentaires
Commission canadienne des droits de la personne.
Site officiel de la commission canadienne des droits de la personne. La Commission canadienne des droits de la personne applique la Loi canadienne sur les droits de la personne. Elle est aussi chargée de veiller au respect de la Loi sur l'équité en matière d'emploi. Ces deux lois visent à assurer le respect des principes de non-discrimination et d'égalité des chances dans tous les domaines de compétence fédérale.
Glossaire : Multiculturalisme
Glossaire de termes reliés au multiculturalisme.
Conseil ethnoculturel du Canada
Le Conseil ethnoculturel du Canada est un organisme sans but lucratif, non partisan qui regroupe un éventail d'organisations ethnoculturelles nationales représentant à leur tour différents groupes d'un bout à l'autre du Canada.
la recherche des Loyalistes noirs, des communautés noires de la Nouvelle-Écosse
Ce site de Musée virtuel et du Musée de la Nouvelle-Écosse illustre la vie et l’époque des Loyalistes noirs en Nouvelle-Écosse par des histoires captivantes et des images.
Déclaration universelle des droits de l’homme
Site Web du Musée canadien des droits de la personne. L’objectif du Musée consiste à étudier le sujet des droits de la personne afin de faire mieux comprendre au public la question des droits de la personne, de promouvoir le respect des autres et de favoriser la réflexion et le dialogue.
Le projet Metropolis
Un forum international favorisant la recherche comparative et l'élaboration de politiques publiques sur la migration des populations, la diversité culturelle et les défis que présente l'intégration des immigrants dans les villes au Canada et dans le monde entier.
Visions autochtones
Un site Web destiné aux élèves du secondaire et de la fin du primaire ainsi qu’à leurs enseignants et enseignantes. Ce site contient plusieurs documentaires de l’Office national du film du Canada réalisés par des Autochtones sur des sujets qui concernent les peuples autochtones au Canada.
Le Sénat canadien et le combat contre la Loi de l'immigration chinoise de 1885
Un article à propos de la réaction du Sénat aux premières tentatives du gouvernement de contrôler l’immigration chinoise entre 1885 et 1887 s’avère riche en enseignements sur au moins deux grands points. Par la Revue parlementaire canadienne.
Finissons-en avec l’antisémitisme sans tarder
FAST est une coalition de dirigeants d’entreprises et de leaders communautaires non-Juifs canadiens qui se sont réunis pour s’élever contre l’antisémitisme et financer des projets éducatifs et d’autre nature qui encouragent d’autres non-Juifs à faire de même.
Glossaire : les questions d’équité et la lutte contre le racisme
La liste suivante comprend la plupart des termes couramment utilisés dans les discussions portant sur les questions d’équité et la lutte contre le racisme.
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
Site Web de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. La Commission a pour mission de veiller à la promotion et au respect des droits au Québec.
|
|
|
|
 |
|
| Le temps n’attend personne… pas plus que les trains... |
|
| Parmi les espèces animales déjà disparues au Canada ou éteintes, on compte le Putois ... |
|
|
| L'allocation familiale, une prestation mensuelle allouée aux familles pour les aider à faire face aux ... |
|
|
| La Révolution tranquille est une période de changements rapides vécue par le Québec de 1960 ... |
|
|
| Kondiaronk, chef des HURONS des Grands Lacs (1625-Montréal, 2 août 1701). Les Français le ... |
|
|
| Septième province du Canada et également la plus petite, l'Île-du-Prince-Édouard est ... |
|
|
| Introduction Les blessures décrites ci-dessous sont liées au refroidissement du corps ou d'une partie ... |
|
|
| Relevant de l' INDUSTRIE DES ALIMENTS ET DES BOISSONS, la distillerie gère la clarification, l'aromatisation, le ... |
|
|
| L'origine de l'Acadie remonte aux voyages effectués au service du roi de France par l'explorateur italien ... |
|
|
| Janette Bertrand, journaliste, comédienne, auteure, dramaturge, professeur (Montréal 25 janvier 1925). ... |
|
Consultez les innombrables ressources visuelles de L'Encyclopédie canadienne en vous promenant dans les galeries thématiques : peinture, histoire, nature, population, sciences et techniques du Canada.
Des illustrations, des textes motivants, des animations, des extraits sonores et des jeux permettent au lecteur d'approfondir ses connaissances de l'histoire, de la peinture, de la géographie, de l'architecture du Canada, et d'une foule d'autres sujets tous aussi amusants qu'instructifs.
Le jeu idéal pour vérifier vos connaissances anecdotiques ou non du Canada. Vous pouvez choisir un des 60 questionnaires rangés par niveau de difficulté. Votre résultat dépendra de la vitesse à laquelle vous répondez et du nombre d'indices demandés. Vous recevrez vos résultats par courriel et les meilleurs seront affichés sur le site.
Cette ressource exceptionnelle couvre plus de 6000 faits et événements qui ont marqué l'histoire du Canada et du monde. La recherche peut s'effectuer selon l'époque, le sujet, un mot clé ou une date. Voulez-vous savoir ce qui s'est passé le jour de votre anniversaire? Entrez l'année, le mois et le jour de votre naissance.
James H. Marsh, rédacteur en chef, a choisi les cent événements les plus marquants de l'histoire du Canada parmi ceux qui ont eu des répercussions importantes sur les générations qui les ont suivis.
| Encyclopédie de la musique au canada |
|
| Barber, Kimberly. Mezzo-soprano, professeure (Guelph, Ontario, 21 décembre 1959). B.Mus. ( Université de Toronto ) 1983. Kimberly Barber étudie le chant avec Patricia Kern à la faculté de ... |
|
|