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L'histoire économique est l'étude de l'évolution de l'économie et des institutions économiques. Cette discipline est issue de l'histoire et de la science économique du XIXe siècle, et ses débuts au Canada remontent à 1888, lorsqu'un historien économiste anglais est nommé professeur d'économie politique à Toronto. L'histoire économique emprunte des matériaux et des perspectives à la science économique, à l'histoire, à la géographie et aux sciences politiques, disciplines auxquelles elle apporte aussi de l'information. On ne doit pas la confondre avec l'histoire des idées économiques ou avec l'histoire générale interprétée à la lumière des forces économiques.
Au cours des années 20 et 30, l'histoire économique du Canada s'enrichit grâce aux contributions d'économistes comme H.A. INNIS et d'historiens comme D.G. CREIGHTON, qui insistent sur l'importance de ce qu'ils appellent les « principales ressources » (fourrures, poisson, bois, blé, métaux), qui trouvent leurs débouchés à l'étranger. En faisant ressortir l'importance des caractéristiques géographiques du Canada (le Bouclier canadien et le réseau des Grands Lacs et du Saint-Laurent), ils font voir les actions réciproques de la géographie, des ressources, des marchés étrangers et de l'afflux d'immigrants et de fonds étrangers. Ils traitent du rapport entre la croissance régionale et les principales ressources. L'économie et les statistiques modernes viennent ajouter leurs démarches aux anciennes théories. Les travaux effectués dans différents domaines, comme l'HISTOIRE DES TRAVAILLEURS, la croissance urbaine, l'HISTOIRE DES AFFAIRES et le développement industriel dans le centre du Canada, concordent assez mal avec la THÉORIE DES PRINCIPALES RESSOURCES. Entre-temps, des géographes se spécialisant en histoire fournissent de précieuses données sur les types de peuplement et sur la croissance des villes, tandis que les études régionales, dans lesquelles les tenants de la théorie des principales ressources voient les éléments du développement de la nation, aident les régions à prendre de l'assurance, particulièrement au Québec et dans les Maritimes. Des chercheurs marxistes et d'autres aux idéologies très différentes s'intéressent à l'histoire du travail et à l'histoire des affaires. Bien que les sections ci-dessous décrivent l'histoire économique canadienne par région, le pays forme historiquement une seule et même unité économique. La TRAITE DES FOURRURES instaure une économie transcontinentale fondée sur les échanges commerciaux. Depuis la Confédération en 1867, les travailleurs et la finance se déplacent librement d'une région à l'autre, d'autant plus qu'on améliore transports : construction de chemins de fer entre 1867 et 1915 (voir CHEMIN DE FER, HISTOIRE DU) et, après 1945, des réseaux d'autoroutes et d'oléoducs. Les provinces deviennent des marchés et des fournisseurs importants les unes pour les autres, si bien que l'essor des investissements dans les Prairies pourrait amener un essor semblable dans tout le pays et que l'effondrement du secteur manufacturier ontarien pourrait se transformer en stagnation économique à l'échelle nationale.
Charpentiers sciant un rondinAu cours de l'ère économique préindustrielle, les artisans produisent des biens en fonction des besoins de leurs clients, et utilisent des outils à main (avec la permission des Musées nationaux du Canada/75-14258).
Scierie à vapeurAu début de l'industrialisation, seules les grandes fabriques peuvent généralement se permettre d'utiliser la coûteuse et lourde machine à vapeur. La scierie située à proximité du lac Matapedia (1880) utilise de manière ingénieuse une vieille locomotive à vapeur comme moteur en allongeant sa cheminée métallique (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C6354).
Centre du Canada
La plupart des peuples autochtones vivent de la chasse et de la cueillette; seuls les groupes iroquoiens (Hurons, Iroquois, Pétuns, Neutres) pratiquent l'agriculture. Ils se confectionnent des vêtements avec les peaux des animaux à fourrures qu'ils piègent, et l'argent et le cuivre leur servent à fabriquer des ornements. Le commerce d'une vaste gamme d'articles est pratique courante entre les groupes autochtones, mais il ne semble pas y avoir de classe marchande comme telle. Au XVIe siècle, les marchands français et anglais commencent à acheter des fourrures avec des outils de fer, des armes et de l'alcool, toutes choses que les autochtones apprécient grandement. Il en résulte de profonds changements économiques et culturels chez les autochtones qui, dès le début, jouent un rôle clé dans la traite des fourrures. Les premiers colons européens qui s'installent en permanence au Canada viennent d'abord pour y exploiter la PÊCHE et la traite des fourrures. En raison du climat et des sols peu fertiles, l'agriculture se développe très lentement jusqu'à la fin du XVIIe siècle (voir AGRICULTURE, HISTOIRE DE L'). À l'instar des Français, les marchands britanniques s'engagent dans la traite des fourrures. Après la Conquête (1759-1760), les nombreux hommes d'affaires britanniques qui, depuis Montréal, commencent à contrôler une grande part de la traite des fourrures, étendent bientôt leurs intérêts à tous les secteurs du commerce et de la finance. La population augmente sous l'effet de l'accroissement naturel et de l'immigration en provenance de Grande-Bretagne. Dans les années 1820, toutes les bonnes terres arables de la vallée du Saint-Laurent sont déjà occupées. Après la fusion de la Compagnie du Nord-Ouest et de la Compagnie de la baie d'Hudson (CBH) en 1821, la traite transcontinentale des fourrures cesse d'être gérée depuis Montréal. Toutefois, à cette époque, le Haut et le Bas-Canada ont déjà mis sur pied un immense commerce du bois, d'abord avec l'Angleterre puis, après la première moitié du siècle, avec les États-Unis et avec des acheteurs locaux (voir BOIS, HISTOIRE DU COMMERCE DU). Jusqu'aux années 1780, la population de ce qui est aujourd'hui l'Ontario compte très peu d'Européens, même si les marchands de fourrures en empruntent les cours d'eau. La colonisation commence avec l'arrivée des LOYALISTES de l'Empire-Uni, de colons britanniques et américains, ainsi que des troupes et des hauts fonctionnaires britanniques. Les terres forestières sont défrichées et les exportations de blé, de potasse et de bois de construction se développent. On construit quelques routes et canaux, dont les plus importants sont le canal Welland et les canaux du fleuve Saint-Laurent. Dès 1867, la plupart des bonnes terres de la province sont occupées, mais toutes ne sont pas cultivées. À l'époque de la Conquête, trois villes occupent le territoire du Québec actuel : Montréal, Québec et Trois-Rivières. Il n'y en a aucune sur celui de l'Ontario. Par la suite, des villes naîtront au fur et à mesure de la colonisation et du développement du commerce et du gouvernement. Mais même en 1871, la plupart des industries du centre du Canada, y compris les deux plus importantes, le débitage du bois et la minoterie, sont dispersées dans les campagnes ou dans de petits villages. Après la Confédération, cependant, l'industrialisation et l'urbanisation progressent rapidement dans les deux provinces et, dès 1911, la moitié de la population de l'Ontario vit dans des villes et des villages. De 1870 à 1900, quand certaines industries établies, comme celles du vêtement et de la chaussure, deviennent des activités d'usine, les gouvernements provinciaux commencent à réglementer les conditions de travail. La législation du SALAIRE MINIMUM viendra beaucoup plus tard : l'Ontario prend des mesures partielles à cet égard dans les années 20. Quelques syndicats voient le jour dans les années 1830 puis, dans les années 1880, le mouvement ouvrier prend de l'importance avec la montée et le déclin de l'organisation américaine les CHEVALIERS DU TRAVAIL. Toutefois, dans la population active non agricole, l'adhésion aux syndicats demeure faible jusque dans les années 1940, quand les gouvernements fédéral et provinciaux commencent à protéger les syndicats. Dans le centre du Canada, l'industrie connaît une croissance particulièrement rapide entre 1896 et 1914, période où l'investissement et l'exportation prennent de l'essor dans tout le pays. Après 1900, certains secteurs comme la carrosserie et le travail de forge périclitent. Par contre, de nouvelles industries émergent : celles du matériel électrique et des produits chimiques dans les années 1890, de l'automobile et de l'aluminium après 1900, des pâtes et papiers de 1890 à 1914, de la radio et des appareils ménagers dans les années 20 et de l'aviation dans les années 40. Durant cette période, l'évolution industrielle s'accélère à la faveur d'une énergie hydroélectrique bon marché, des deux guerres mondiales et, dans les années 70, de l'énergie nucléaire (du moins en Ontario). Dans les deux provinces, l'accroissement naturel de la population et l'immigration assurent une main-d'oeuvre suffisante. La conjoncture connaît des reculs au milieu des années 1870, au début des années 1890 et des années 1920 et, surtout, de 1929 à 1933; la CRISE DES ANNÉES 30 sévit jusqu'au début de la guerre. Par la suite, l'expansion économique se poursuit sans interruption jusqu'au début des années 80, frappées par un nouveau ralentissement cyclique (voir CYCLES ÉCONOMIQUES). Étant donné que la majorité des nouvelles industries sont concentrées en Ontario, l'essor de l'économie québécoise est beaucoup moins spectaculaire durant les années 20. Le Québec participe pleinement au développement des industries des pâtes et papiers et des métaux non ferreux, mais nullement à l'industrie automobile et très peu à celles des appareils électriques. En outre, parce que l'industrie au Québec compte une plus forte proportion d'activités à faible productivité qui ne peuvent donc payer des salaires élevés, les travailleurs de l'Ontario sont mieux payés en moyenne que ceux du Québec. Après 1945, et surtout après les années 60, ces écarts sont comblés. Les autorités fédérales et provinciales dépensent sans compter pour attirer des usines au Québec et le gouvernement du Québec acquiert même des usines sidérurgiques et de montage d'automobiles. Le taux de natalité du Québec devient le plus faible du Canada, et la moyenne des SALAIRES RÉELS augmente. Bien que le centre financier du pays déménage de Montréal à Toronto dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, le système financier du Québec se francise et devient plus complexe. Dans les années 70 et au début des années 80, les gens d'affaires et les professionnels anglophones quittent une province où ils ne se sentent plus chez eux, ce qui ouvre des perspectives à l'expertise des francophones. Menacées par les produits meilleur marché des pays en voie développement, les industries du textile et du vêtement du Québec connaissent cependant des problèmes beaucoup plus graves que l'incertitude des investisseurs. Les autorités fédérales fournissent au Québec des conseils, de nouvelles formes de PROTECTIONNISM et des fonds d'adaptation. De plus, grâce à la présence de Northern Telecom et de Bombardier, par exemple, le Québec devient un acteur de taille dans le secteur de la technologie de pointe. L'agriculture, dans le centre du Canada, commence par un combat contre la forêt et le climat, puis traverse une période d'exportation. En 1900, elle dépend déjà principalement des marchés urbains locaux qu'elle n'arrive pas à approvisionner complètement. Vers 1800, les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent produisent un excédent de céréales exportable mais, pendant la plus grande partie du XIXe siècle, les habitants du Québec dépendent du grain de l'Ontario. Pendant cette même période, l'Ontario exporte régulièrement son grain non seulement au Québec mais aussi outre-mer. À partir de 1880, cependant, lorsque la population de l'Ontario augmente et que ses emblavures diminuent, la province importe de plus en plus de blé de l'Ouest canadien tout en augmentant sa production d'avoine et d'autres fourrages. Entre 1871 et 1914, l'Ontario et le Québec se spécialisent de plus en plus dans l'élevage et les produits laitiers. Des années 1860 jusqu'au XXe siècle, l'Ontario exporte beaucoup de fromage, de beurre et de lard. Par la suite, une plus grande partie de ces produits est consommée dans le centre du Canada. Après la Première Guerre mondiale, avec l'abandon du cheval et, partant, la diminution de la superficie réservée à la culture de l'avoine, la culture des autres fourrages s'intensifie et certaines terres sont laissées en friche. Entre-temps, la croissance urbaine empiète sur les terres agricoles. De la Confédération à 1929, on tente de façon intermittente de repousser les frontières de la colonisation agricole en Ontario et au Québec. Ces efforts ne sont pas très fructueux mais, dès 1929, on trouve des îlots de terres agricoles autour du lac Saint-Jean, dans la ceinture d'argile de l'Ontario, dans la région de la rivière à La Pluie et de Thunder Bay. Dans le développement du Nord de ces provinces, toutefois, l'exploitation minière et l'industrie des pâtes et papiers jouent un rôle beaucoup plus important. Ces activités entraînent l'établissement de petites communautés dispersées dans tout le Nord de l'Ontario et du Québec, entre 1886 (lorsque commence l'exploitation des gisements de nickel de Sudbury) et 1929. En 1867, les grandes villes du centre du Canada sont Montréal et Toronto. Fondée en tant que port et centre de commerce, Montréal devient une ville industrielle dès le milieu du XIXe siècle et, en 1900, produit déjà vêtements et produits textiles en grandes quantités ainsi que des appareils électriques, des véhicules ferroviaires et de nombreux produits de l'industrie légère. C'est aussi un important centre financier. Toronto, après des débuts lents et de mauvais augure, se développe dans le même sens après 1867. Au début, la navigation sur les Grands Lacs est à la base d'une grande partie de sa prospérité. Dès 1900, les deux villes ont des banques et des compagnies d'assurance énergiques et des bourses fort actives. Par ailleurs, elles ont déjà commencé à attirer des immigrants d'Europe centrale et d'Italie. Entre la Confédération et 1914 ou même 1939, le développement des villes du centre du Canada est dû largement à l'accroissement naturel de la population et à l'immigration en provenance de l'Angleterre. Avant 1900, en fait, un grand nombre de Québécois et d'Ontariens partent aux États-Unis, où les perspectives sont meilleures, car le pays ne parvient pas à retenir l'accroissement naturel de sa propre population (voir FRANCO-AMÉRICAINS). Entre 1900 et 1929, toutefois, et de nouveau après 1939, les perspectives économiques sont tellement meilleures que l'émigration ne pose plus problème. La très forte immigration en provenance de l'Italie et de l'Europe centrale n'a lieu qu'après la Deuxième Guerre mondiale. Au Québec et en Ontario, comme dans le reste du Canada, l'urbanisation et l'industrialisation bénéficient de la faiblesse et du travail assidu de la population, laquelle accepte aussi d'emprunter des fonds et des compétences à l'étranger et, au moins jusque dans les années 70, de recevoir des immigrants en période de prospérité. Les mesures prises en matière d'éducation jouent elles aussi un rôle, en assurant d'abord l'alphabétisation générale, puis un enseignement supérieur professionnel et, à partir des années 1870, en offrant des études techniques de deuxième et de troisième degré, comme en génie et en agriculture. En 1987, les économies des deux provinces se sont urbanisées, le secteur des services et les emplois qu'il génère sont beaucoup plus importants que le secteur manufacturier, lequel est en revanche plus important que l'agriculture, la foresterie et l'exploitation minière. Les revenus du secteur des services aident à équilibrer les comptes du centre du Canada avec ceux du reste du pays, processus auquel contribue aussi la vente de manufactures. Ce modèle de spécialisation régionale prend forme entre la Confédération et 1900; l'industrialisation de l'Ontario et du Québec ne se fait pas aux dépens des autres régions. La plupart des marchés des deux provinces se sont toujours situés dans le centre du Canada puisque c'est là que vit la majorité des Canadiens. Depuis le XIXe siècle, il existe aussi des marchés d'exportation pour plusieurs produits du secteur manufacturier de l'Ontario et du Québec : fromage, bois de sciage, automobiles, matériel agricole, pâtes et papiers, nickel et aluminium raffinés. L'évolution du reste du pays, et particulièrement de l'Ouest, contribue à accélérer l'industrialisation du centre du Canada, mais elle n'en est pas la cause. L'économie évolue de la même façon au sud des Grands Lacs, où il existe un réservoir comparable de matières premières, de capitaux, de main-d'oeuvre et de compétences. En fait, sous certains aspects, les conditions sont plus favorables du côté canadien, qui dispose d'une plus grande abondance d'énergie hydroélectrique, de nickel, d'or, d'argent, d'uranium et de bois à pâte. Si les politiques tarifaires du Canada protègent les industries manufacturières depuis 1878-1879, la plupart de ces industries protégées s'installent dans le centre du Canada en raison des avantages géographiques et non pas des protections tarifaires.
Pêche en dorisOn voit les doris de la goélette « Albert J. Lutz » remorqués avant qu'ils ne soient détachés, en 1913 (avec la permission du Musée maritime de l'Atlantique).
Place d'Armes, MontréalDès 1847, cette place publique symbolise le pouvoir de Montréal comme métropole financière et commerciale du Canada. Illustration de Cornelius Krieghoff (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-48).
Usine de textile, ouvriers dans une (1908)La vie industrielle a changé la structure économique de la société (avec la permission des City of Toronto Archives/coll. James 137/SC244-37).
Canada atlantique
Dans les provinces de l'Atlantique, l'économie commence à se développer sérieusement non pas, au début, avec la traite des fourrures, mais avec la pêche maritime, dont les débouchés sont l'Europe et, plus tard, les Antilles. Durant la plus grande partie du XVIe siècle, ce sont les Britanniques et les Européens qui contrôlent la pêche. La colonisation est lente, surtout à Terre-Neuve. Des colons français débarquent sur le continent au cours du XVIIe siècle (voir ACADIE), suivis au XVIIIe siècle d'immigrants anglophones de Grande-Bretagne et de Nouvelle-Angleterre, mais la région demeure peu peuplée jusqu'à l'arrivée des Loyalistes, en partie parce que les bonnes terres agricoles y sont rares. Au début du XIXe siècle, des Écossais s'établissent au Cap-Breton. La pêche, l'exploitation forestière et le transport maritime sont sources de prospérité. Le bois de construction des colonies jouit d'un traitement préférentiel en Angleterre (voir BOIS, TAXES SUR LE), et l'industrie des transports sert le bassin atlantique dans son ensemble. Au milieu du XIXe siècle, le bois perd son traitement préférentiel et, dans le secteur des transports, le fer et la vapeur commencent à supplanter le bois et la voile. Le charbon du Cap-Breton trouve un marché à Boston, mais il est difficile de lui trouver d'autres débouchés. On encourage certaines activités dans le secteur manufacturier, mais les débouchés locaux sont faibles et la communication entre les colonies est mauvaise. L'arrivée au Canada du chemin de fer Intercolonial crée quelques nouveaux marchés pour l'industrie locale, mais n'élimine pas les désavantages géographiques. Lorsque le Dominion hausse le tarif douanier en 1879 (voir POLITIQUE NATIONALE), beaucoup de capitalistes des Maritimes construisent des usines, pour s'apercevoir aussitôt que les marchés sont plus petits qu'ils ne l'avaient prévu et qu'ils ont besoin de nouvelles compétences en gestion. Le charbon des Maritimes ne peut pas non plus concurrencer celui de la Pennsylvanie sur les marchés ontariens. Nombreuses sont les faillites et les prises de contrôle. Cependant, le tarif douanier, les primes du Dominion sur le fer et l'acier et, après 1900, l'essor provoqué par la construction des chemins de fer stimulent la production de fer et d'acier en Nouvelle-Écosse. En 1900, Halifax est déjà un centre local de la finance, dont les capitalistes réunissent des fonds non seulement pour l'industrie locale, mais aussi pour les services publics en Amérique latine. Les banques des Maritimes ont toutefois tendance à faire faillite, à fusionner ou à déménager leur siège social dans le centre du Canada (voir BANQUE DE NOUVELLE-ÉCOSSE; BANQUE ROYALE). Au XIXe siècle, la population qui s'établit à Terre-Neuve est surtout formée d'immigrants britanniques. Le reste de la région attire peu d'immigrants, du moins après 1867, et l'accroissement naturel de la population est lent et profite en grande partie aux États-Unis ou à d'autres régions du Canada. Les années 20 et 30 sont de tristes décennies dans les Maritimes. Les industries du fer, de l'acier et du charbon de même que le secteur des équipements connaissent des difficultés chroniques et, tout comme la pêche, souffrent gravement de la Crise des années 30. Les nouvelles entreprises manufacturières progressent peu, bien que le gouvernement fédéral ne cesse de subventionner les transports ferroviaires. Les seules lueurs d'espoir viennent des nouvelles usines de pâtes et papiers et, en Angleterre, des nouveaux marchés protégés pour la pomme et le bois. La Deuxième Guerre mondiale provoque un véritable raz de marée de prospérité dans les communautés qui desservent les bases navales et aériennes. La situation s'améliore après 1945 : de nouvelles centrales hydroélectriques et de nouvelles initiatives gouvernementales attirent de nouvelles industries, mais ces programmes connaissent plus d'échecs que de succès. La nouvelle base militaire installée au Nouveau-Brunswick est peut-être plus utile à la croissance économique. Au milieu des années 80, on découvre des gisements de pétrole marin commercialement rentables et, du côté du gaz naturel, les perspectives d'avenir sont favorables. Mais les vieilles industries lourdes et la pêche souffrent de problèmes chroniques et sont maintenues en vie par des subsides gouvernementaux (sous divers noms) et l'étatisation.
Ouest canadien
Le développement économique de l'Ouest canadien commence avec la traite des fourrures. Dès la fin du XVIIIe siècle, les activités des marchands des Prairies ont donné naissance à une petite population de Métis qui, comme les autochtones, dépendent du commerce des fourrures. Des postes de traite sont disséminés dans toute la région et, dans l'île de Vancouver, la ville de Victoria commence en tant que poste de traite de la CBH. La colonisation agricole commence en 1812 avec la colonie de la RIVIÈRE ROUGE de lord Selkirk. La construction du chemin de fer Canadien Pacifique dans les années 1880 donne au Manitoba une économie basée sur le blé. Winnipeg devient un centre commercial et ferroviaire et acquiert bientôt de nouvelles usines. À la fin des années 1890, les perspectives de développement s'améliorent avec la hausse des prix mondiaux, la baisse des frais de transport, le perfectionnement des méthodes d'aridoculture et la création de variétés de blé mieux adaptées. Jusqu'en 1929, les provinces des Prairies connaissent une formidable expansion de leur économie basée sur le blé, à laquelle se greffent, après 1914, un plus grand système ferroviaire, un réseau de villes et de villages, le charbonnage et l'élevage. En 1914, le front de colonisation a déjà atteint les régions du Nord-Ouest et attire des immigrants de nombreux pays. Il en résulte une économie régionale presque entièrement tributaire du prix mondial d'une seule culture et des récoltes locales, le tout soumis à de fortes fluctuations. Il y a peu de diversification, sauf en Alberta, où commence la production de petites quantités de pétrole et de gaz. L'économie de la Colombie-Britannique évolue de façon très différente avant 1929. Il y a peu de terres agricoles et la plupart des produits de la ferme sont consommés localement. À part les marchands de fourrures, les habitants européens y sont peu nombreux jusqu'à la RUÉE VERS L'OR du fleuve Fraser, dans les années 1850. Après la ruée vers l'or, le charbonnage dans l'île de Vancouver attire peu de gens, et la population de la province croît très lentement même un bon nombre d'années après la Confédération. Cependant, la construction des chemins de fer du CP, du Canadien du Nord et du Grand Trunk Pacific, entre 1900 et 1914, accélère beaucoup le développement et l'urbanisation. Les principales activités sont l'exploitation forestière, la pêche et, dans le Sud, l'extraction du cuivre, de l'argent, du charbon et des métaux communs. On y pratique aussi l'élevage et l'arboriculture fruitière. Quelques industries s'y établissent, particulièrement dans la construction et la réparation de bateaux et, en 1920, la grande fonderie de Trail entre en service. Grâce aux départs réguliers de navires vers l'Extrême-Orient et l'Australasie, le port de Vancouver devient important non seulement pour les produits de la Colombie-Britannique mais également pour le grain des Prairies. Après l'ouverture du canal de Panama en 1914, le commerce avec l'Angleterre devient beaucoup plus rapide et beaucoup plus économique. Le cabotage se développe également et dessert notamment le commerce du bois. Grâce à la croissance urbaine, l'hydroélectricité se développe rapidement. L'immigration est très forte, non seulement en provenance d'autres régions du Canada mais aussi de l'Angleterre et de l'Asie. Bien qu'on appréhende beaucoup l'immigration des Orientaux et qu'on la contrôle rigoureusement, une petite communauté orientale se développe. De 1914 à la fin des années 40, et surtout pendant la Crise des années 30, les conditions sont souvent difficiles. Les quatre provinces de l'Ouest canadien se considèrent comme des victimes de la politique tarifaire du Canada, qui augmente le prix des biens manufacturés en provenance d'ailleurs, mais qui n'a aucun effet sur le prix des matières premières et des produits qu'elles doivent vendre. La sécheresse dans les Prairies, la fluctuation désastreuse des prix et les tendances protectionnistes des pays étrangers, comme durant la récession de 1920-1922 et l'effondrement de 1929-1933, sont de graves problèmes. Ottawa fournit des allocations de secours, protège les gouvernements provinciaux contre la faillite et essaient d'améliorer par des négociations commerciales les conditions des exportations de l'Ouest (voir OTTAWA, ACCORDS D'). Après l'effondrement des syndicats du blé en 1929-1930, Ottawa soutient aussi la commercialisation du blé des Prairies, bien que, jusqu'au milieu de la Deuxième Guerre mondiale, les cultivateurs puissent vendre leur blé par l'intermédiaire de filières privées s'ils le désirent. La prospérité du temps de guerre aide les cultivateurs de l'Ouest à payer leurs dettes. Entre-temps, en Colombie-Britannique, la mise en marché coopérative de produits comme les pommes et les pêches prend de l'essor. Mais l'implantation de nouvelles usines de transformation est très lente. En 1939, l'usine d'assemblage de Ford près de Vancouver fournit déjà les marchés d'exportation de l'Inde et des pays du bassin du Pacifique mais, lorsque ces marchés disparaissent après 1939, l'usine disparaît elle aussi. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la construction navale et aéronautique se développe rapidement sur la côte ouest mais, après la guerre, ces industries périclitent ou disparaissent. Dans les années de l'après-guerre, le secteur primaire se développe, l'urbanisation bat son plein et les conditions de vie s'améliorent de façon spectaculaire. Les nouveaux projets les plus importants se forment dans les domaines du pétrole, du gaz, de la potasse et de la construction d'oléoducs et transforment les économies de l'Alberta et de la Saskatchewan. La Colombie-Britannique commence à produire du pétrole et du gaz et, tout comme le Manitoba, se dote de nouvelles et immenses centrales hydroélectriques. En 1951, on ouvre une aluminerie à Kitimat, en Colombie-Britannique. De nouveaux marchés d'exportation font leur apparition : le pétrole et le gaz sont écoulés en Ontario et aux États-Unis, et le Japon achète les produits du charbon et le bois de la Colombie-Britannique. Le blé des Prairies, qui perd graduellement ses vieux marchés britannique et européens, en trouve finalement de nouveaux en URSS, en Chine et dans les pays en voie de développement. La politique fédérale s'avère utile : Ottawa commence à verser des paiements de PÉRÉQUATION au Manitoba et à la Saskatchewan, assure au coûteux pétrole de l'Alberta un marché ontarien protégé de 1960 à 1973 mais, par la suite, maintient les prix du pétrole sous les niveaux mondiaux. De plus, le gouvernement fédéral réduit ou abolit plusieurs tarifs douaniers. Les industries forestières et des pâtes et papiers prennent de l'expansion et sont généralement prospères, grâce à l'essor fulgurant de la construction et des communications en Amérique du Nord. En 1967, on commence à exploiter les sables bitumineux de l'Alberta (voir BITUME). En 1987, l'Alberta avait mis sur pied une industrie pétrochimique et le Manitoba construisait des autobus et des avions légers. Les provinces de l'Ouest demeurent néanmoins fortement dépendantes de l'exportation de quelques matières premières et des investissements que peuvent générer les industries primaires. L'Ouest demeure orienté vers le développement, comme il l'a été entre 1896 et 1914. Dans les années 80, la plupart des Canadiens sont devenus des citadins et la plupart des travailleurs sont des employés de bureau, généralement dans le secteur tertiaire. Les disparités de revenus, de niveaux de vie et de modes de vie ont fortement diminué, surtout après 1945. Néanmoins, les économies régionales sont encore très différentes. La grande majorité des industries manufacturières se trouve en Ontario et au Québec, tandis que les quatre provinces de l'Ouest génèrent encore un immense excédent de ressources naturelles. Dans les provinces maritimes, le niveau de vie demeure comparativement bas et les perspectives d'avenir sont beaucoup moins bonnes. C'est pour cette raison, entre autres, que le système de péréquation fait maintenant partie intégrante du mode de vie canadien.
Auteur
IAN M. DRUMMOND
Bibliographie
W.T. Easterbrook et Hugh Aitken, Canadian Economic History (1956); W.L. Marr et D.G. Paterson, Canada: An Economic History (1980); R. Pomfret, The Economic Development of Canada (1981).
Liens supplémentaires
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