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Collèges classiques et séminaires au Québec. Maisons d'enseignement dirigées par des communautés religieuses catholiques qui dispensaient un cours dit classique - comprenant les humanités, les sciences et la philosophie - préparatoire aux études universitaires en vue des carrières libérales et, chez les garçons, aux études théologiques en vue de la prêtrise. Un collège classique de garçons situé dans une ville épiscopale était appelé séminaire ou encore petit séminaire pour le distinguer des grands séminaires consacrés aux études de théologie et de droit canon. Établissements séparés pour garçons et filles, certains collèges devinrent mixtes au cours des années 1960. Le présent article s'attache particulièrement aux collèges de garçons; un article séparé traite des collèges de jeunes filles et couvents.

Des cours de musique facultatifs étaient donnés dans la plupart de ces établissements, nombreux au Québec depuis les origines et riches d'une influence considérable sur le milieu. Le premier en Amérique du Nord fut le collège des Jésuites fondé à Québec en 1635 sous Samuel de Champlain. Martin Boutet y enseigna les mathématiques et la musique; il aurait compté Louis Jolliet et Charles-Amador Martin parmi ses élèves. Au nombre des institutions les plus anciennes, citons le Petit séminaire de Québec (1668) où enseignèrent à diverses époques Ernest, Gustave et Henri Gagnon, Célestin Lavigueur et Philéas Roy, et le Petit séminaire ou collège de Montréal (1767) où se signalèrent notamment L.-Arsène Barbarin, Alexis Contant, J.-J. Gagnier, J.-B. Labelle, Alphonse Lavallée-Smith, Joseph-Julien Perrault et Benoît Poirier. La plupart des fondateurs de collèges classiques recommandaient fortement les études musicales, et cela même au début du XIXe siècle. Ils dotèrent leurs institutions de vastes salles de musique, d'auditoriums pour les pièces de théâtre et les concerts, et de chapelles où la musique liturgique tenait une place importante presque quotidiennement. Des sommes considérables ont été aussi investies pour l'achat de pianos, d'orgues, d'instruments d'orchestre et d'harmonie. Même si la musique n'était pas intégrée au programme académique, elle occupait néanmoins une place de choix dans les activités parascolaires. Sporadiquement et selon la possibilité d'obtenir les services de professeurs spécialisés, des essais honnêtes de cours de solfège et d'initiation à la musique furent au programme. Il fallait aussi prévoir le temps nécessaire à des répétitions par sections et des exercices d'ensembles pour chorales et corps de musique, cela pendant les périodes d'étude, de récréation ou de congé. Les élèves pouvaient en outre travailler leur instrument individuellement à raison d'au moins deux périodes de 30 minutes par jour. La majorité des collèges étant aussi des pensionnats, les occasions de répéter en groupes, de donner des leçons individuelles, de créer des séances d'audition de disques et de concerts éducatifs s'avéraient nombreuses. Les fêtes traditionnelles, les célébrations d'anniversaires, les soirées de théâtre étudiant, la moindre conférence ou la visite d'invités de marque constituaient autant de prétextes à une participation musicale des étudiants. Les auditoriums ou les salles académiques de ces maisons, dont les balcons étaient réservés aux élèves, furent souvent les seules salles de concert régionales pour des activités culturelles telles que les JMC, les Community Concerts, la Société des Amis du collège et d'autres.

Cet encouragement aux études musicales a produit des musiciens de calibre professionnel, tels Paul Dufault et Alphonse Lavallée-Smith, étudiants au séminaire de Nicolet fondé en 1803, Calixa Lavallée et L.J. Oscar Fontaine à Saint-Hyacinthe (1811), Charles Marchand au collège de L'Assomption (1832), Clément Morin et Ernest Gagnon à Joliette (1846), Arthur et Édouard Dumouchel au collège Bourget de Rigaud (1850), Alphonse Tardif et J.-Alexandre Gilbert à Lévis (1853). Pour guider les jeunes musiciens, on faisait appel à deux catégories de professeurs. On demandait à l'un ou l'autre des membres du personnel enseignant de l'institution de diriger la chorale, l'orchestre ou l'harmonie tout en continuant à enseigner des matières académiques. Un religieux allait parfois se spécialiser dans les grandes écoles de musique pour ensuite enseigner tous les instruments et diriger les corps de musique instrumentale et la chorale. On engageait, pour les classes de piano et de violon, des professionnels laïques qui passaient une ou deux journées par semaine dans l'établissement afin de donner des leçons privées et d'aider les directeurs locaux de groupements musicaux. Les musiciens de carrière, sortant des écoles spécialisées ou revenant de séjours d'études en Europe, trouvaient dans les collèges classiques une occasion d'exercer leur art et d'obtenir des revenus d'appoint. La liste complète de ces professeurs serait longue à établir. Mentionnons, en plus de ceux déjà cités, Octave, Édouard et Robert Chatillon à Nicolet; l'abbé Charles-Joseph Ducharme, fondateur du collège de Sainte-Thérèse (1825); Pierre Martel, grand-père d'Oscar Martel, à L'Assomption; Guillaume Dupuis aux collèges Saint-Laurent (1847) et Notre-Dame (1869) à Montréal; Hervé Cloutier, J.-B. Labelle, Charles-Hughes Lefebvre, Paul et Arthur Letondal et Paul Wiallard au collège Sainte-Marie (1848) à Montréal; Joseph-Antoine Charlebois, Lucien Jolicoeur, Roméo Larivière et Agostino Salvetti à Rigaud; Joseph-Gers Turcotte à Trois-Rivières (1860); Armand Renaud au collège Loyola (1898) à Montréal; Jean Goulet aux collèges de Montréal et Notre-Dame; et Jean Papineau-Couture au collège Brébeuf (1928) à Montréal. Suite à la réforme de l'enseignement au Québec, les cégeps ont succédé aux collèges et séminaires en 1967.

Auteur Rolland Brunelle

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