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Territoire et environnement naturel
Le territoire culturel des Indiens des Plaines s'étend depuis le Sud du Manitoba et du fleuve Mississippi vers l'ouest jusqu'aux Rocheuses et vers le sud, depuis la rivière Saskatchewan Nord jusqu'à l'intérieur du Texas. C'est une région au climat continental, avec des étés chauds et secs et des hivers très froids. De hautes herbes recouvrent les plaines onduleuses à l'est. Des herbes courtes, de la sauge et des cactus forment la végétation des hautes plaines à l'ouest. Terres plates et collines se profilent dans toutes les directions. Coulant vers l'est, des rivières découpent profondément les terres et fournissent le peu d'eau disponible. Les arbres ne croissent que dans les vallées des hautes plaines, mais se font plus abondants à la périphérie de la région.


Mots-clés
Autochtones

La culture et la subsistance des Indiens des Plaines reposent principalement sur les immenses troupeaux de BISONS qui parcourent les plaines et s'y nourrissent jusqu'au début des années 1880. Les troupeaux de bisons y côtoient les antilopes d'Amérique, les orignaux, les cerfs-mulets, les lièvres, les chiens de prairie, différents petits herbivores, les lagopèdes, les oies, les canards et les grues. Les prédateurs de cette faune sont les loups, les coyotes, les grizzlis, les pumas, les aigles et autres OISEAUX DE PROIE et, enfin, l'homme.

Autochtones : les Plaines

Art indien
Calumet, Cri-des-Plaines; vers 1846. Ce tuyau de calumet sacré est recouvert d'une peau d'aigle. Acquis en 1846 par Paul Kane, peintre de « L'homme qui lance le cri de guerre », portrait d'un chef cri au fort Pitt (photo de Pat Morrow, avec la permission du Manitoba Museum of Man and Nature).


Principaux groupes tribaux et linguistiques

Les langues parlées par les diverses tribus des Plaines appartiennent à six familles linguistiques, dont trois se trouvent dans les plaines canadiennes. Les PIEDS-NOIRS, les Gros-Ventres (Atsina), les CRIS des Plaines et les OJIBWÉS des Plaines parlent des langues algonquiennes; les ASSINIBOINES, les STONEYS-NAKODAS et les Sioux-DAKOTAS, des langues siouennes; et les SARSIS, une langue athapascane. Les langues de familles différentes divergent autant que l'allemand et le chinois et, à l'intérieur de chaque famille, les langues sont aussi éloignées les unes des autres que l'anglais et le hollandais. Cette diversité linguistique et la grande mobilité des populations nomades des plaines favorisent le développement du langage gestuel (voir AUTOCHTONES, LANGUES DES).



Avant que les épidémies du début du XIXe siècle ne déciment la population, on compte environ 33 000 Indiens dans le nord des Plaines. La population des groupes de cette région varie alors d'environ 700 pour les Sarsis à près de 15 000 pour les trois tribus de Pieds-Noirs.


Résumé historique

Il y a environ 10 000 ans, de petites bandes de chasseurs nomades parcourent les plaines (voir PRÉHISTOIRE). La plupart d'entre eux, toutefois, se déplacent graduellement vers le sud et sont remplacés par d'autres groupes nomades. Vers l'an 200 de notre ère, un peuple pratiquant l'horticulture quitte la vallée du Mississippi pour se diriger vers le nord-ouest et s'installer temporairement dans le Sud de la Saskatchewan et de l'Alberta (voir CLUNY, SITE ARCHÉOLOGIQUE DE). Ils s'établissent dans des villages semi-permanents situés à proximité de leurs jardins disposés le long des rivières. Forts de leurs contacts avec des cultures plus avancées du Sud-Est de l'Amérique du Nord, ces jardiniers jouent un rôle important dans la propagation vers le nord-ouest de certaines idéologies et de cérémonies religieuses. Ce sont les chasseurs et les jardiniers préhistoriques qui établissent les modèles culturels sur lesquels est fondée la culture des Indiens des Plaines de la période historique.

Au XVIe siècle, des colons espagnols du Mexique introduisent les CHEVAUX dans le Sud des Plaines. Grâce au commerce intertribal et à la suite de razzias, ces animaux gagnent graduellement le nord pour atteindre les plaines canadiennes vers 1730. L'utilisation des chevaux modifie les techniques de chasse et permet aux nomades de transporter plus facilement davantage de biens lors de leurs déplacements. L'amélioration évidente qu'ils apportent aux conditions de vie des chasseurs nomades entraîne des pillages de chevaux qui deviennent la forme la plus courante de guerre entre tribus. De petites expéditions guerrières mènent des incursions en territoire ennemi et en ramènent les chevaux, non sans tuer parfois quelques personnes. Cette guerre est un jeu dangereux, aussi ritualisé que l'étaient les combats de la chevalerie médiévale en Europe, et dont les enjeux sont le prestige et la richesse.

À peu près à l'époque de l'apparition des chevaux dans le Nord, les marchands de fourrures venus de l'Est introduisent les armes à feu. De 1730 à 1870, les Indiens des Plaines jouent un rôle important dans la TRAITE DES FOURRURES, lequel, par contre, bouleverse profondément leur mode de vie. Contraints d'adapter leur façon de chasser aux exigences des marchands, les Indiens troquent peu à peu leur indépendance initiale pour les commodités que leur procure la traite des fourrures.


Bison, utilisation du
Cette illustration montre de quelle façon les Indiens des Plaines, comme les Pieds-Noirs, les Gens du Sang, les Dakotas Peigans et les Sarsis, dépendent entièrement du bison (oeuvre de Gordon Miller).

Massue de guerre
Indiens des plaines : objet composé d'une massue en pierre reliée à un manche en bois (oeuvre de Gordon J. Miller).


Culture traditionnelle

Les femmes font la cueillette saisonnière de racines et de baies comestibles, mais c'est la chasse, et particulièrement la chasse au bison, pratiquée par les hommes, qui est leur principale source de nourriture. Seuls les Cris et les Ojibwés des Plaines complètent leur régime avec du poisson. Afin de pouvoir s'approcher suffisamment du gibier et le tuer à l'aide d'arcs et de flèches, les chasseurs se déguisent avec des peaux d'animaux. Ils poussent les troupeaux de bisons dans des enclos ou des corrals, ou les font fuir à la débandade vers des falaises escarpées (voir CHASSE AU BISON). Si l'acquisition du cheval facilite grandement la chasse au bison, les armes à chargement par la bouche se révèlent inférieures aux arcs, qui ne sont abandonnés qu'après l'arrivée des armes à chargement par la culasse vers 1860.

Quand les hommes chassent, les femmes s'emploient à transformer le produit de la chasse et surtout à faire sécher les aliments. Elles font cuire un peu de viande pour la manger immédiatement, mais la plus grande partie est tranchée et séchée au soleil en prévision de l'hiver, ou broyée et mêlée à du gras et à des baies pour en faire du PEMMICAN. Les peaux de bison servent à confectionner des robes, des toits de tente, des MOCASSINS et des boucliers. Les cornes, les sabots, la queue, le poil, les os et les tendons du bison servent à fabriquer des outils et des ustensiles. Quant à la bouse, elle sert de combustible dans ces plaines dépourvues d'arbres. On préfère les peaux d'antilope et d'orignal pour la confection de vêtements : pagnes, jambières et chemises pour les hommes, longues robes et jambières pour les femmes.

Les biens familiaux sont transportés sur des TRAVOIS (cadres triangulaires formés de perches) tirés par des chiens. Les travois servent aussi de structures pour les abris de forme conique appelés TIPIS, qui sont recouverts de peaux de bison cousues ensemble. Après l'arrivée du cheval, on construit de plus grands travois et tipis. Quelques tribus du Nord des Plaines utilisent des RAQUETIES pendant l'hiver.

La riche inspiration artistique des Indiens des Plaines se manifeste, différemment selon les groupes, dans les articles utilitaires qu'ils fabriquent. En témoignent : les tatouages, les vêtements peints ou décorés de piquants de porc-épic teints, les peintures sur les tipis, les boucliers et les paniers en cuir brut, les sculptures sur les bols de bois, les cuillères de corne et les pipes de pierre, l'usage répandu de plumes sur les insignes réservés aux cérémonies et les énormes monuments en pierre disposés sur le sol (voir ART AUTOCHTONE). Certains individus sont reconnus et recherchés pour leur maîtrise exceptionnelle d'un art particulier, mais la production artisanale ne constitue pas, même pour eux, une occupation exclusive. La plupart des articles pittoresques des Indiens des Plaines qui sont exposés dans les musées sont fabriqués par des femmes. Les hommes fabriquent les articles nécessaires à la chasse, à la guerre et aux cérémonies.

L'adaptation de leur mode vie à l'environnement naturel et, particulièrement, à l'obligation de suivre les déplacements des troupeaux de bisons, a des répercussions sur l'organisation sociale des autochtones. La plupart des tribus sont constituées de bandes indépendantes et vaguement organisées. Les chefs de bande s'attirent le respect et l'appui de leurs partisans tant que la quête de nourriture et la défense contre les attaques des ennemis sont couronnées de succès. Les chefs sont davantage des conseillers que des dirigeants. Leurs décisions s'inspirent du consensus de l'assemblée des Aînés ou Anciens. L'humiliation et la risée publiques sont les principaux moyens de discipline sociale. Durant la majeure partie de l'année, chaque bande se déplace seule. En période de pénurie, il arrive que même la bande se divise en petits groupes afin de multiplier les chances de trouver de la nourriture.

Les bandes ne se réunissent dans un seul et immense campement que pendant quelques semaines, à la mi-été, au moment où les bisons se rassemblent en vastes troupeaux. Elles s'adonnent alors à des festivités cérémonielles et militaires, qui constituent les principaux éléments de cohésion de la tribu. Après l'exécution de la DANSE DU SOLEIL et, parfois, une chasse tribale au bison, les bandes se dispersent de nouveau. À l'automne, elles se déplacent vers des campements bien protégés situés dans des vallées fluviales, dans les contreforts et les forêts-parcs, où elles passent l'hiver.

Les idées et pratiques religieuses imprègnent tous les aspects de la vie quotidienne. La religion des Indiens des Plaines est fondée sur la croyance que les animaux et les autres phénomènes de la nature possèdent une puissance spirituelle que l'on peut, dans des conditions précises, faire servir à son avantage. L'individu désireux de s'approprier une telle puissance se retire en un endroit isolé où il s'adonne au jeûne et à la prière jusqu'à ce qu'un gardien spirituel lui apparaisse dans un rêve (quête de la vision). La différence entre les individus ordinaires et les chefs rituels augmente de façon progressive et découle avant tout de la quantité de puissance spirituelle acquise par des visions personnelles ou par des achats ritualisés auprès de quelqu'un d'autre. Ces expériences mystiques donnent naissance à des cultes qui meurent avec leur initiateur ou deviennent de plus en plus populaires. Tous les rituels tribaux tirent leur origine de ces cultes personnels.


Canaliser le troupeau de bisons
Avant de posséder des chevaux, les populations des plaines, comme les Pieds-Noirs, avaient recours à des tactiques pour canaliser le troupeau de bisons en direction d'une falaise (oeuvre de Lewis Parker).

Chasse aux bisons : saut de bison
Pied-Noir guidant le bison vers le saut de bison (oeuvre de Lewis Parker).

Travois
Le travois tiré par des chevaux s'inspire du travois qui, à l'origine, était tiré par des chiens (oeuvre de Gordon Miller).

Parflêche
Le parflêche était un sac léger en peau brute utilisé par les Amérindiens des Plaines pour l'entreposage du pemmican. Il était souvent décoré de piquants de porc-épic (oeuvre de Gordon Miller).

Bison, peau de
La peau de bison est la principale protection des Indiens des Plaines contre le froid. Le commerce des peaux accélère la disparition des troupeaux de bisons (oeuvre de Gordon Miller).


Changements culturels

Le rythme normalement lent et graduel de l'évolution sociale des Indiens des Plaines s'accélère subitement à la suite de leurs contacts avec la civilisation européenne. Bien que de caractère distinctement autochtone, la culture historique des Indiens des Plaines aurait été tout autre sans l'apport du cheval et du marchand européens. L'introduction, au milieu du XVIIIe siècle, d'articles de métal rend la poterie, les ciseaux de pierre et les pointes de flèches désuets. Les perles de verre remplacent les piquants de porc-épic à partir de 1830. Après 1850, on se vêt autant de tissus que de peaux. Pendant plus d'un siècle, la traite des fourrures est le seul moyen de contact entre la société euro-canadienne et les Indiens des Plaines.


Indiens des Plaines, outils des
Couteaux en os (en haut, à gauche), panse servant à entreposer la nourriture (en haut, à droite) et une lance (oeuvre de Gordon Miller).
Au cours de cette période, les autochtones sont généralement libres d'accepter ou de rejeter ce que les Européens ont à leur offrir et, comme telle, la traite des fourrures est une certaine forme d'adaptation qui les prépare aux profonds changements culturels qui leur sont plus tard imposés. L'origine des MÉTIS, descendants d'Indiens et d'Européens, remonte au début de la période des échanges commerciaux. Le commerce des fourrures n'apporte toutefois pas que l'abondance matérielle. Des épidémies de maladies européennes ravagent le nord des Plaines en 1781, 1819, 1837, 1845, 1864 et 1869 (voir AUTOCHTONES, SANTÉ DES). Chaque fois, des milliers d'Indiens meurent. Les survivants sont laissés à eux-mêmes, leurs conceptions du monde et leurs croyances sapées.

La consommation d'alcool se propage, particulièrement après l'arrivée des marchands de whisky américains au cours des années 1860 (voir AUTOCHTONES, CONDITIONS SOCIALES DES). Pendant ce temps, les troupeaux de bisons sont décimés par une chasse aveugle, motivée par le profit, et surtout par la construction du chemin de fer transcontinental aux États-Unis.

En réponse à la violence croissante dans la région, la Police à cheval du Nord-Ouest, récemment constituée, se rend dans l'Ouest en 1874 et réussit, en peu de temps, à y faire régner l'ordre et la loi. Elle ne peut cependant empêcher la disparition des troupeaux de bisons ni mettre un terme à l'arrivée des colons qui construisent fermes et villages partout dans les Plaines. En 1870, le gouvernement fédéral achète le territoire du Nord-Ouest de la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON et, par une série de traités entre 1871 et 1877, obtient des Indiens la cession de leurs territoires (voir TRAITÉS INDIENS). En 1880, la population totale des plaines s'élève à 120 000 habitants, les quelque 30 000 Indiens qui restent étant devenus minoritaires. La plupart d'entre eux vivent alors dans des réserves (voir RÉSERVE INDIENNE), où des agents du gouvernement tentent de les initier à de nouveaux moyens de subsistance, surtout à l'agriculture. Suivent des années de disette et de famine pendant lesquelles les Indiens dépendent des rations souvent insuffisantes du gouvernement. Durant cette difficile période d'adaptation sociale et économique, de nombreux missionnaires de diverses confessions religieuses jouent un rôle primordial dans la création d'un système d'éducation et agissent souvent comme médiateurs entre les autochtones et la société des Blancs.

Au début, certaines de ces Églises appuient la volonté des chefs autochtones de créer des organisations provinciales qui leur permettront de faire valoir leurs besoins sociaux et économiques. À partir des années 20, ces organisations luttent contre le harcèlement du gouvernement et l'apathie des autochtones, en se libérant lentement du paternalisme oppressif des politiques gouvernementales. Après la Deuxième Guerre mondiale, les organisations autochtones exercent davantage de pressions et forcent le gouvernement à assumer ses responsabilités plus sérieusement. Dans les réserves, on lance divers programmes économiques et les agents du gouvernement transfèrent de plus en plus leurs responsabilités administratives aux chefs et aux conseils de bande élus. Il est difficile d'obtenir des chiffres précis sur la population autochtone mais, en 1986, on estime à environ 65 000 le nombre d'Indiens vivant dans les plaines canadiennes : environ 16 000 dans le Sud de l'Alberta, 20 000 dans le Sud de la Saskatchewan et 28 000 dans le Sud du Manitoba.

Auteur TED J. BRASSER


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