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La police frappe aux portes à toute heure du jour et de la nuit, ordonnant aux occupants terrifiés de rassembler le strict nécessaire – ce qu’ils peuvent porter. N’ayant pourtant commis aucun crime, parents et enfants sont poussés hors de leur foyer, parqués dans un entrepôt avant d’être entassés dans des trains et menés vers des camps reculés. Une scène de l’Allemagne nazi? Non, cela se passe en Colombie-Britannique en 1942, et ce sont des Japonais qu’on interne.


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Ils sont victimes de racisme depuis que le premier d’entre eux, un marin dénommé Manzo Nagano, a mis le pied à New Westminster en 1877.

Les premiers colons de la Colombie-Britannique sont jaloux de leurs origines britanniques et très soucieux de celles des nouveaux arrivants. Ils veulent à tout prix exclure les «indésirables». Cette obsession les amène à adopter des lois pour empêcher les Japonais d’exercer leur droit de vote et de travailler dans les mines. On leur interdit même de travailler à des projets financés par le gouvernement provincial.

C’est alors que tombe la nouvelle stupéfiante de l’attaque japonaise de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. À Hong Kong le 25 décembre, la garnison britannique, qui inclut deux bataillons canadiens, est forcée de se rendre. Dans ces terribles circonstances, la peur d’une invasion japonaise, attisée par la presse à sensation, se répand sur toute la côte du Pacifique. La GRC arrête des gens qu’on soupçonne d’être des espions japonais. On confisque 1200 bateaux de pêche et ferme les écoles et journaux japonais.

«Du point de vue de l’armée, je ne pense pas que les Canadiens japonais menacent le moindrement la sécurité nationale», déclare le major général Ken Stuart. Néanmoins, les politiciens de la province ne déragent pas. Ils traitent les Nippons «comme les Nazis auraient traité les Juifs allemands, de dire le diplomate canadien Escott Reid. Quand ils parlent d’eux, je sens la présence physique du diable dans la pièce.»

Le 24 février 1942, le premier ministre King prend une série de décrets visant à expulser toute personne d’origine japonaise vers des «zones de protection». Tous les biens laissés derrière seront «confisqués». Dix jours plus tard, la Commission de sécurité de la Colombie-Britannique entasse un premier groupe de 2500 Japonais dans le parc Hastings. «C’était terrible, incroyable, se souvient une femme. Ils les enfermaient dans les stalles où on mettaient le bétail et les chevaux.»

Puis, des trains spéciaux les amènent à Slocan, New Denver et d’autres petites villes fantômes de la Colombie-Britannique continentale. Les camps sont improvisés dans un décor spectaculaire, mais les conditions sont primitives. Ce ne sont pas des «camps de concentration» ni même des enclos hérissés de barbelés comme aux États-Unis, mais les abris sont grossiers, extrêmement restreints, sans électricité ni eau courante.

Le 19 janvier 1943, un autre décret ordonne la liquidation des biens «confisqués».

Certains Japonais caressent peut-être l’espoir que le racisme se cantonne en Colombie-Britannique, mais ce fléau gagne tout le Canada. Malgré un besoin pressant de main-d’œuvre, les Albertains les éloignent. Les fermiers les confinent dans des baraques de chantier et les privent de leurs salaires. Pour les Japonais, travailler à la betterave à sucre est un véritable enfer.

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En 1942, le gouvernement canadien ordonne le déplacement de tous les Japonais en Colombie-Britannique, saisissant tous les biens qu'ils ne peuvent emporter (NAC C-45350).
Ainsi 20 881 personnes sont déracinées, dont 13 309 pourtant nées au Canada. La plupart des ressortissants d’un certain âge sont au pays depuis 25 à 40 ans.

Les Japonais ne résistent pas à l’internement. Leur culture même les en empêche : le sens du devoir faisant partie de leur gaman (racines profondes). Kaoru Ikeda écrira : «Shikata-ga-nai. Ça se prononce rapidement et ça signifie ‹on n’y peut rien›. C’est pour ça que la plupart d’entre nous se sont laissé faire. C’est dans notre nature.»

Même à la fin de la guerre, King continue d’acquiescer aux revendications hystériques. Il donne le choix aux Japonais : retourner dans leur pays natal ou se disperser «à l’est des Rocheuses». Contrairement à ses homologues américains, il n’exprimera aucun regret et déclarera même avoir réglé le problème de façon charitable.

Le 2 mai 1947, le SS Marine Angel lève les amarres à Vancouver emportant vers le Japon dévasté par la guerre un premier contingent de 3964 déportés. Ces déportations soulèvent enfin un vent de sympathie dans la population canadienne. Malgré tout, les dernières mesures de contrôle ne seront pas levées avant le 31 mars 1949 lorsqu’on permettra aux Japonais de voter. La société canadienne commencera alors à s’ouvrir aux Japonais.

La menace militaire invoquée pour justifier l’expulsion n’aura existé que dans l’imagination survoltée des Britanno-Colombiens. Face à l’enthousiasme actuel à juger les actes de nos prédécesseurs, beaucoup de gens se disent que le recul donne facilement une perspective exaltée. Lorsque les Japonais ont fait campagne pour obtenir compensation, Pierre Trudeau a demandé où s’arrêterait la compensation. L’histoire est jonchée de victimes.

«Une injustice tend fatalement à se répéter», écrit B.K. Sandwell de Saturday Night. L’accomplissement le plus durable de la campagne japonaise pour le dédommagement est l’abolition de la Loi sur les mesures de guerre, qu’on avait invoquée pour déloger les Japonais de leur foyer. C’est un rappel des effets pernicieux du racisme sur la société. James H. Marsh est rédacteur en chef de L’Encyclopédie canadienne.

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