Résumé

Capitale de la Colombie-Britannique, la ville de Victoria est située sur la pointe sud de l’île de Vancouver, à environ 100 km de Vancouver. Elle occupe une péninsule bordée par les détroits de Juan de Fuca et de Haro. Au sud de la ville se trouvent les monts Olympic; à l’est, les îles San Juan; et à l’ouest, le bras de mer Saanich, semblable à un fjord, et les monts densément boisés Malahat et Sooke.

Le Grand Victoria fait partie du District régional de la capitale (DRC), une fédération composée des territoires constitués suivants : les villes de Victoria, de Colwood, de Langford, de Sidney et de View Royal; et les municipalités de Saanich, d’Oak Bay, d’Esquimalt, de Central Saanich, de North Saanich, de Sooke, de Metchosin et de Highlands. Le DRC comprend également les circonscriptions de Juan de Fuca, du sud des îles Gulf et de l’île Saltspring. La population du Grand Victoria est de 345 615 habitants; et celle du DRC, de 359 991.

Peuplement

Peuples autochtones

Le Grand Victoria repose sur les terres ancestrales des peuples autochtones qui ont partagé la culture et la langue des Salish de la côte. Les Pauquachins, les Tseycums, les Tsawouts et les Tsartlips ont des villages sur la péninsule Saanich; les Scia’news et les T’Soukes sont originaires de Metchosin et Sooke. Les Kosampsons (auj. les Esquimalts) occupent les lieux qui longent le port d’Esquimalt et le bras Portage dans la ville de View Royal. Les Lekwungens (auj. les Songhees) occupent les terres intérieures et latérales des frontières de la ville de Victoria. Des découvertes archéologiques confirment plus de 4 000 ans d’activité humaine dans la région. Les Songhees y pêchent et récoltent les bulbes de quamassie et l’écorce de cerisier. Une légende Songhees de cette région raconte qu’une jeune fille entêtée appelée Camossung y aurait été changée en pierre par Haylas, la divinité transformatrice. Un promontoire dominant le port de Victoria est un lieu sacré où, avant l’arrivée de l’homme blanc, les berceaux d’enfants sont bénis.

Colonisation européenne

En 1843, James Douglas, agent principal de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), dont le siège se trouve au fort Vancouver (Washington), choisit un emplacement près de l’embouchure du fleuve Columbia pour y fonder l’établissement qui deviendra Victoria. On prévoit un règlement frontalier entre les États‑Unis et l’Amérique du Nord britannique, et au cas où le 49e parallèle serait étendu jusqu’au Pacifique, ce qui arrive en 1846; la CBH veut qu’un autre poste de traite y soit en voie de développement.

Son choix s’arrête sur le petit port naturel de Camosack (port de Victoria), plutôt que celui d’Esquimalt, pour y ériger le fort Victoria (nommé en l’honneur de la reine Victoria), parce que l’endroit est bordé de grandes étendues de terrains plats ou en pente douce propices à l’agriculture. La CBH s’intéresse également aux possibilités qu’offrent les eaux affluentes du chenal Gorge et songe y installer un moulin.

Victoria abrite le gouvernement à partir de 1849, lorsque la colonie de l’île de Vancouver y est créée. James Douglas, successeur de Richard Blanshard au poste de gouverneur, conclut 11 traités avec les groupes autochtones de la région entre 1850 et 1854 pour obtenir les titres de propriété sur les terres des environs de Victoria. Au terme des traités du gouverneur, la Couronne reconnaît l’existence des villages et des droits de chasse et de pêche traditionnels autochtones, mais les chefs amérindiens cèdent leurs titres territoriaux à la Couronne en échange d’argent et de marchandises de traite. Ces traités sont remis en question dans plusieurs revendications territoriales à Victoria et dans les communautés avoisinantes.

Développement

Victoria demeure une petite bourgade de moins de 1 000 habitants jusqu’à ce qu’elle devienne un centre d’approvisionnement et un point de débarquement pour les prospecteurs dans la foulée de la ruée vers l’or du fleuve Fraser en 1858. Alors centre de commerce pour la ruée vers l’or du Cariboo, elle est constituée en ville en 1862. En 1865, l’Amirauté britannique choisit le vaste port d’Esquimalt, tout près, comme base navale, rôle qu’il joue toujours pour la base des Forces canadiennes Esquimalt. Victoria conserve sa fonction politique tout au cours de son histoire : capitale, d’abord, de la colonie de l’île de Vancouver, puis de l’entière colonie de la Colombie-Britannique (1866) et, finalement, de la province de la Colombie-Britannique (1871).

Son titre de principale ville de la Colombie-Britannique n’est pas disputé avant l’essor de Vancouver, engendré par l’arrivée, en 1886, du chemin de fer Canadien Pacifique au bras de mer Burrard. Bien qu’elle soit le terminus du chemin de fer d’Esquimalt et Nanaimo (1886), une compagnie ferroviaire importante, la santé économique de Victoria décline. Au tournant du XXe siècle, Victoria se retrouve privée d’une grande partie de ses activités d’expédition, de commerce et de fabrication au profit de Vancouver, et se concentre progressivement sur son rôle de centre gouvernemental, naval et touristique, prisé par les retraités.

Paysage urbain

Le port de Victoria, étroit et sinueux, et son long prolongement, le chenal Gorge, confèrent à la ville un aspect pittoresque. Selon la légende des Songhees, le gros rocher se trouvant sous les rapides de marées dans la voie navigable du chenal Gorge est en fait l’infortunée Camossung, la jeune fille changée en pierre. Le port intérieur est flanqué des imposants édifices de l’Assemblée législative, terminés en 1898, et de l’hôtel Empress du Canadien Pacifique (1908). Depuis quelque temps, les aménagements urbains misent sur le caractère unique du secteur, qui rappelle l’Ancien Monde. On y construit ainsi un vaste réseau piétonnier sur une grande partie des rives. Depuis 2002, les installations et les équipements portuaires sont administrés par l’autorité portuaire du Grand Victoria.

C’est dans les années 1980 qu’on entreprend la restauration du Vieux-Victoria, le quartier commercial de la fin du XIXe siècle situé autour de Bastion Square. Le quartier chinois de Victoria, le plus vieux au Canada, est restauré à la même époque, et la « porte des intérêts harmonieux », une arche décorative colorée, rehausse la beauté des lieux. Toutefois, plusieurs édifices patrimoniaux y sont remplacés par des édifices élevés modernes dans le centre-ville, alors que les commerces du centre-ville luttent pour concurrencer les nouveaux quartiers commerciaux et résidentiels voisins de Saanich et de Langford. Cette nouvelle expansion des banlieues entraîne une aggravation des bouchons de circulation près de Victoria, que l’on surnomme le « Colwood crawl » (le long trajet de Colwood).

Population

La population de Victoria est plus âgée que celle des autres grandes villes canadiennes, et ses origines britanniques sont plus marquées malgré l’arrivée d’autres groupes ethniques au cours des 50 dernières années. En 2011, la ville a la plus grande proportion de personnes de 80 ans et plus de tous les centres urbains au Canada. Par ailleurs, parmi les municipalités canadiennes, Sidney, ville de la région urbaine de la ville de Victoria, présente le troisième pourcentage le plus élevé de personnes de 65 ans et plus. L’âge médian des habitants de Victoria est de 41,9 ans, comparativement à 40,6 au pays. Enfin, entre 2006 et 2011, la population augmente de 2,5 %, moins que la population nationale qui augmente de 5,9 %.

Les tendances démographiques de Victoria et de ses présumées « villes-dortoirs » montrent des différences marquées. Par exemple, entre 2006 et 2011, Langford augmente de 30 %. La ville présente un âge médian de 37,5 ans, et son nombre d’enfants âgés de moins de 15 ans augmente de 21 %. Au contraire, le nombre d’enfants âgés de 0 à 14 ans à Victoria diminue de plus de 5 %.

En 2011, la langue maternelle de la grande majorité de Victoriens est l’anglais (84 %), suivi de l’allemand, du chinois et du pendjabi. De plus, 12 % des résidents de la ville font partie de groupes de minorités visibles, et ce sont les gens d’origines chinoise et asiatique du Sud qui y sont les plus nombreux. Les Autochtones comptent pour un peu plus de 4 % de la population, et ce sont les membres des Premières Nations des Songhees et des Esquimalts ainsi que les Tsawouts et les Tsartlips de la péninsule de Saanich qui y sont les plus nombreux.

Économie et main-d’œuvre

Étant donné la prépondérance du gouvernement et du tourisme dans l’économie de Victoria, une grande proportion de la population active est employée dans l’administration publique, les services personnels et le commerce de détail. L’éloignement de Victoria des grands marchés continentaux décourage fortement les industries manufacturières. Depuis quelques années, certaines d’entre elles quittent l’île pour la terre ferme, mais d’autres, spécialement dans la recherche et le développement de hautes technologies, s’établissent dans la région.

Communications

Les victoriens peuvent écouter plusieurs émissions de radio de Vancouver et Seattle.

Le seul quotidien offert est le Victoria Times-Colonist, mais plusieurs journaux hebdomadaires gratuits rejoignent un large lectorat. Plusieurs petites maisons d’édition sont établies à Victoria. Une revue de poésie de renommée internationale, Malahat Review, est publiée par l’Université de Victoria.

Transports

La liaison par bateau avec la terre ferme est depuis toujours d’une importance vitale pour les résidents de Victoria. Le service de navigation du chemin de fer Canadien Pacifique entre Vancouver et Victoria est remplacé, en 1960, par celui de BC Ferries, une société de la Couronne, entre la baie Swartz, au nord de Victoria, et Tsawwassen, au sud de Vancouver. BC Ferries, dont le siège social est à Victoria, est exploitée par un organisme indépendant du gouvernement provincial depuis 2003. Il existe aussi un service de traversier assuré par l’État de Washington entre Sidney et Anacortes, le service de Black Ball entre Victoria et Port Angeles. Un service de catamaran à grande vitesse est également offert aux passagers sans véhicule entre Victoria et Seattle.

Le transport aérien atténue particulièrement l’isolement des insulaires grâce à l’aéroport international de Victoria situé à 22 km au nord de la ville, tandis que des hydravions offrent un service de navette entre plusieurs points de la terre ferme et le port de Victoria. Le port de chargement de Victoria connaît un ralentissement de ses activités. Mais la popularité de Victoria comme destination maritime de choix auprès des passagers de croisières incite les croisiéristes de luxe à venir amarrer leurs navires à la jetée d’Ogden Point chaque année. Les chantiers navals locaux se sont donc adaptés aux activités de carénage de grands navires. Les chantiers navals devraient subir des travaux sous contrats du gouvernement fédéral pour de nouveaux navires de la garde côtière.

Gouvernement et politique

Le Grand Victoria compte plus d’une douzaine de villes et de municipalités administrées par leurs propres maires et leurs conseillers municipaux, ce qui en fait, d’un point de vue administratif, l’une des régions métropolitaines les plus fracturées au Canada. La question de la fusion municipale est classée septième en importance selon une enquête documentaire urbaine menée en 2014. Bien que cette question soit soulevée aux élections municipales de 2014, elle demeure dans la phase de consultation. Le Grand Victoria comprend trois districts scolaires et une douzaine de services d’incendie et de pompiers volontaires, et quatre services de police distincts et plusieurs détachements de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Malgré les efforts du gouvernement pour fusionner les services de police de la région, les autorités locales s’y opposent. Cependant, la police de la ville de Victoria dessert maintenant Esquimalt. Les tentatives qui visaient à fusionner les commissions scolaires ont également été vaines. Toutefois, les parcs régionaux et les services d’eau et d’égouts sont administrés par le DRC. Depuis 2006, le DRC prévoit construire une installation terrestre du traitement des eaux usées pour remplacer la méthode actuelle de la ville qui consiste à déverser l’effluent filtré dans le détroit de Juan de Fuca. Les gouvernements fédéral et provincial insistent sur l’installation et offrent des subventions pour la construction de celle-ci. Cependant, la proposition des planificateurs du DRC pour construire l’usine à Esquimalt, à l’entrée du port de Victoria, est rejetée par le conseil municipal d’Esquimalt en 2014.

Vie culturelle

Victoria est dotée d’excellents établissements d’enseignement et d’institutions des beaux-arts. L’Université de Victoria (fondée en 1963) naît du Victoria College (1903), qui est à l’origine affilié à l’Université McGill, puis à l’Université de la Colombie-Britannique. Parmi les autres institutions reconnues figurent le Victoria Conservatory of Music (1964) et le Camosun College (1971). En 1995, l’ancien Royal Roads Military College est restructuré et renommé Royal Roads University. L’University Canada West, une des premières universités privées canadiennes à but lucratif, est en fonction de 2005 à 2011.

Le British Columbia Provincial Museum et les Butchart Gardens (à 20 km au nord-ouest) sont d’importantes attractions pour les visiteurs. L’Art Gallery of Greater Victoria, le Victoria Symphony Orchestra, le Pacific Opera Victoria ainsi que les festivals annuels de musique et de théâtre contribuent à la réputation artistique de la ville. La première patinoire de glace artificielle est construite à Victoria en 1911 (voir Établissements sportifs). Depuis, les citoyens de Victoria ont pu à quelques reprises encourager leurs équipes professionnelles de hockey ainsi que des équipes professionnelles de baseball et de crosse. En 1994, Victoria est l’hôtesse des Jeux du Commonwealth et, en 1979, du marathon annuel Royal Victoria, une des premières compétitions de ce genre à être organisée au Canada.