Autre avril, autre guerre... les soldats canadiens combattent en terre étrangère. Le long d'un desinnombrables canaux qui quadrillent les basses terres hollandaises, l'ennemi se bat avec l'énergie dudésespoir et une furie suicidaire. Dans un engagement typique, un tireur isolé allemand tue un membre del'équipage d'un char canadien. On le poursuit en lui lançant des grenades, mais il les retourne aussivite jusqu'à ce qu'il soit finalement tué.

On est en avril 1945. De toute évidence, le régime allemand agonise. Néanmoins, son armée entendrésister jusqu'à la fin.

Troupes canadiennes signant des autographes dans une ville hollandaise libérée (ANC).

Après leur prise spectaculaire du pont de Remagen sur le Rhin, les Américains se concentrent, avec lesAnglais, à établir des têtes de pont le long du fleuve. Sur leur flanc gauche, en Hollande, il resteencore une garnison de quelque 120 000 hommes, y compris les vestiges de la première armée deparachutistes. Le commandant Bernard Montgomery ordonne aux Canadiens de les chasser.

Le 31 mars, les Canadiens quittent Cleve en convoi. Ils se dirigent vers le sud-est et Calcar, puis traversent le Rhin sur un pont flottant Bailey près de Rees. Le 3 avril, à la faveur de la nuit, desingénieurs canadiens jettent un pont sur les écluses du canal Twente et repoussent une contre-attaque. Le lendemain, le régiment Lake Superior traverse le pont et se précipite vers Delden où il trouve le Lincoln récupérant de l'accueil tumultueux des Hollandais.

Le 5 avril, le Lake Superior franchit la frontière sinueuse vers l'Allemagne revenant ensuite en Hollande en banlieue de Coevorden, la forteresse hollandaise. Ici, les Canadiens se heurtent aux Jeunesses hitlériennes qui s'acharnent dans des missions suicidaires insensées, mais s'emparent néanmoins de la forteresse.

Partout, ils rencontrent des hollandais affamés mais jubilants ainsi qu'un flot soutenu de prisonniers débraillés, d'ouvriers asservis et de collaborateurs hollandais cherchant protection contre leurs compatriotes assoiffés de revanche.

Les Canadiens se tournent maintenant vers le village de Friesoythe, en Allemagne, qui bloque l'accès du canal Kusten. Des transmissions radio allemandes interceptées révèlent que le haut commandement allemand considère le canal comme étant une zone cruciale et que le commandant local a reçu l'ordre de ne reculer en aucune circonstance. Aux abords du village, une compagnie du Lake Superior essuie un feu nourri qui fait de nombreux morts et blessés. Profitant de la nuit, le régiment Argylles approche furtivement et prend la petite localité par surprise. Bon nombre d'édifices sont déjà en feu quand les Canadiens, furieux de la mort de leur commandant, brûlent ce qui tient encore debout.

Comble de malheur, ils subissent ce qu'on appelle aujourd'hui paradoxalement le «tir ami» des Spitfire anglais. Maudissant ces stupides «pigeons» incapables de distinguer leurs amis de leurs ennemis, ils demandent et obtiennent des excuses. Un peu plus tard, ils trinquent avec les pilotes.

De retour sur le front ouest, la 3e division canadienne fait face à une violente opposition à Zutphen. De là, elle se dirige vers le nord et, le 15 avril, libère la ville hollandaise de Leeuwarden. Entre-temps, le 17e Hussar oblique vers l'ouest pour capturer le pont-jetée qui relie la Hollande de l'est à celle de l'ouest, à la pointe nord de l'IJsselmeer (prononcer a-i-ssel-mer), la mer intérieure qui délimite la Hollande de l'ouest. Ils rejoignent le 18e, coinçant du coup les forces allemandes.

Le 17 avril, la division blindée canadienne atteint la rive sud de l'IJseelmeer à Harderwijk. Quand le Strathcona arrive, il aperçoit un navire allemand, dont une patrouille met peut de temps à s'emparer. Au retour, on remet les prisonniers sans s'étendre sur la cargaison... de vin et de fromage.

La libération des Pays Bas, 1945 (Grant, ANC PA-136176).

Le 28 avril, Oldenburg, une autre petite ville allemande, échappe au sort de Friesoythe quand un prêtre du coin négocie sa reddition - il serait tragique de perdre des vies si près de la fin des hostilités. Le 4 mai, un officier et l'aumônier des Canadian Grenadier Guards s'écartent de leurs lignes pour tenter de porter assistance à des blessés allemands. Ils y trouvent la mort. Ce jour-là, un message tombe annulant toutes les opérations. Le cessez-le-feu est fixé à «08:00» le lendemain, mais la plupart des hommes sont trop sonnés pour fêter.

Il serait exagéré de dire que le Canada a choisi de combattre dans la Deuxième Guerre mondiale. De fait, nous sommes en guerre dès que la Grande-Bretagne la déclare, même si Mackenzie King laisse passer une semaine symbolique avant d'engager le Canada. Il est vrai que la plupart des Canadiens sont d'accord pour soutenir la Grande-Bretagne. Leurs doutes, s'ils en ont, s'envoleront en Hollande lorsque nos soldats seront traités en libérateurs.