Toronto, la capitale de l’Ontario, a une histoire animée de changement et de croissance, du tout début de son occupation, il y a plus de 1000 ans, à son statut actuel à titre de la quatrième plus importante ville d’Amérique du Nord. Toronto est la plus grande municipalité du Canada, et est composée des anciennes villes de Toronto, North York, Scarborough, York et Etobicoke, et de l’ancien arrondissement de East York. La ville possède la plus importante population d’immigrants, et est une plaque tournante nationale et internationale des finances, des communications et de la vie culturelle.

Peuplement

Population des premières nations

Il y a près de 12 500 ans, l’Inlandsis laurentidien, un glacier continental recouvrant le nord-est de l’Amérique du Nord, se retire de l’endroit où se trouve aujourd’hui Toronto. Peu de temps après, un petit groupe d’Autochtones s’installent dans la région pour chasser les animaux comme le caribou. Il y a près de 5000 ans, des colonies commencent à se former sur les territoires de chasse, et des gens se regroupent lors d’importants rassemblements au printemps et en été à l’embouchure des rivières pour pêcher, s’adonner au commerce et enterrer leurs morts. En l’an 500 de notre ère, la population du Sud de l’Ontario atteint 10 000 personnes, principalement des personnes qui parlent l’algonquin.

L’introduction du maïs, il y a 1400 ans, mène à l’avènement de l’agriculture et à l’établissement permanent de colonies. En l’an 1000 de notre ère, les personnes qui parlent l’iroquois s’installent dans la région où se trouve aujourd’hui Toronto, et, en 1300, y ont établi des villages. En 1400, les Iroquois vivent dans des villages fortifiés qui incluent habituellement de longues maisons et des palissades qui donnent une vue sur les champs et les récoltes.

Pour différentes raisons, y compris un sol plus fertile et la guerre avec les Haudenosaunees (Cinq-Nations iroquoises) de l’État de New York, les Iroquois installés dans la région de Toronto se déplacent lentement vers le nord pour se joindre à la confédération Huron-Wendat, à Huronia. En 1650, la guerre entre les tribus et les maladies transmises par les Européens mènent à la chute et à la dispersion de la confédération Huron-Wendat. Les Haudenosaunees établissent une série de colonies en Ontario, y compris deux villages sénécas, là où se trouve actuellement Toronto.

Au même moment, les personnes qui parlent l’algonquin commencent à se déplacer au sud du Bouclier canadien, dans la région de Toronto. À la suite de négociations, les Anishnabes, qui parlent algonquin, s’allient aux Haudenosaunees. Les Anishnabes établissent des colonies à Toronto, alors que les Haudenosaunees retournent dans l’État de New York. Certains membres des Anishnabes deviennent les Mississaugas et dominent la région jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

Le nom « Toronto » provient du mot mohawk « tkaronto », qui signifie « là où il y a des arbres dans l’eau ». À l’origine, le mot renvoie aux Narrows, aujourd’hui Orillia, là où les Hurons et d’autres groupes enfoncent des piquets afin de créer des barrages de pêche. Les cartes françaises de 1680 à 1760 identifient le Lac Simcoe d’aujourd’hui comme étant le « Lac Taronto ». L’orthographe du mot passe à « Toronto » au cours du XVIIIe siècle, et le terme est petit à petit employé pour désigner une large région qui inclut l’endroit où se trouve aujourd’hui la ville de Toronto.

À un certain moment entre 7000 et 2000 ans avant notre ère, les Autochtones découvrent un raccourci terrestre entre le Lac Ontario et la baie Georgienne. Ce passage, qui sera connu plus tard comme étant le « passage de Toronto », est une route importante qui relie le nord au sud pour les Autochtones et les Européens.

Population européenne

Le passage de Toronto, emprunté dès le début du XVe siècle, est bien connu des commerçants de fourrures français. Ils installent un petit commerce à l’entrée en 1720 sur la rivière Humber. Le commerce fait faillite et est abandonné en 1730. En 1750, les Français construisent un autre poste de traite plus petit. Le Fort Rouillé, qui se trouve aujourd’hui sur le site du parc des expositions de Toronto, est incendié en 1759 par la garnison française lorsque les troupes anglaises battent en retraite.

Après la conquête britannique, en 1759, l’emplacement n’est fréquenté que par de petits commerçants et des Mississaugas. La guerre de l'Indépendance américaine pousse les loyalistes plus au nord, vers le territoire appartenant encore aux Britanniques. Les villages qu’ils construisent en amont du Saint-Laurent et près de la partie inférieure des lacs mènent à la création de la province du Haut-Canada en 1791. Le premier gouverneur de la province, John Graves Simcoe, planifie la création d’une ville centralisée là où se trouve actuellement Toronto. Il voit surtout dans cet endroit un site stratégique pour une base navale et un poste de garnison pour protéger la frontière américaine, source de troubles. En 1793, une petite ville, que Simcoe nomme « York » en l’honneur du duc de York, fils du roi George III, voit le jour près du port. Simcoe en fait d’emblée la capitale du Haut-Canada, fait construire les immeubles du Parlement et dresse le tracé des rues. En 1796, on ouvre la rue Yonge, en l’honneur du secrétaire d’État à la guerre britannique du moment, sir George Yonge. La rue va vers le nord, vers la rivière Holland, qui donne accès au lac Simcoe, et constitue la première étape d’une route vers la baie Georgienne sur le Lac Huron, qui commence dans le passage de Toronto.

L’administration et la garnison de York attirent les marchands, les artisans et les ouvriers, alors que les gens des villages, qui se multiplient tout autour, s’y donnent rendez-vous pour leurs affaires. En 1812, ce village de frontière ne compte encore que 700 habitants. Toutefois, sa fonction administrative, son port et ses routes encore rudimentaires vers l’intérieur du Haut-Canada lui donnent alors un avantage économique dans la région du lac Ontario.

Croissance

Pendant la guerre de 1812, York est à deux reprises victime d’attaques et de pillages de la part des troupes américaines (1813), laissant au peuple probritannique des sentiments profondément antiaméricains. Par la suite, le village est un de ceux touchés par la vague toujours croissante d’immigration britannique vers le Haut-Canada. York devient ensuite le centre des activités bancaires de la province grâce à la conclusion d’ententes commerciales avec les commerçants ruraux. En 1834, alors qu’elle compte plus de 9000 habitants, la ville change pour le nom de « Toronto », avec une administration municipale élue dirigée par William Lyon Mackenzie, son premier maire. Ce journaliste et politicien réformiste essaie de s’emparer de la ville de force lors des Rébellions de 1837 du Haut-Canada, mais sa tentative échoue, plus dans la confusion que dans l’effusion de sang, consolidant les tendances conservatrices de Toronto.

Dans les années 1840, Toronto augmente son avance commerciale. Sa grande activité portuaire et ses rues principales pourvues d’égouts et de réverbères au gaz marquent son ascension. Dans les années 1850, la construction d’un chemin de fer permet de la relier à New York, à Montréal, à la baie Georgienne, à la partie supérieure des Grands Lacs, et à Detroit et à Chicago.

Toronto devient la capitale de la nouvelle province de l’Ontario lors de la Confédération de 1867 et s’industrialise à grands pas à partir de 1870. La population de la ville quintuple entre 1831 et 1891. Dans les années 1880, l’entreprise de matériel agricole appartenant à Hart Massey, les manufactures de vêtements, les imprimeries et les fonderies de métal prennent une grande expansion. La croissance de la ville est favorisée par les droits de douane instaurés en 1879 comme mesure de protection pour l’industrie et par l’élan que lui donnent des entrepreneurs tels que le constructeur de chemins de fer Casimir Gzowski et le fondateur de grands magasins Timothy Eaton.

Au tournant du XXe siècle, la colonisation de l’Ouest canadien et l’exploitation des forêts et des mines du Nord de l’Ontario mettent de nouveaux marchés et de nouvelles ressources à la disposition de Toronto. Le commerce avec le Nord et l’Ouest crée un flux vers la ville, ce qui fait de Montréal et de New York des débouchés ou des sources d’approvisionnement. D’importantes sociétés, comme Eaton, étendent leur commerce par correspondance jusque dans l’Ouest. L’énergie hydroélectrique à bon marché des chutes Niagara (1911) facilite l’expansion des usines. L’influence des banques, les sociétés de placement et les compagnies d’assurances envahissent des régions bien au-delà de l’Ontario.

En 1914, bien que Montréal, plus ancienne et plus grande, conserve toujours la première place, les sièges sociaux des institutions financières, les usines et les commerces font de Toronto la deuxième métropole du pays. La Première Guerre mondialeentraîne une augmentation des investissements et la croissance du secteur manufacturier, depuis la transformation de la viande à grande échelle jusqu’à l’industrie des munitions, les deux industries favorisées par l’homme d’affaires sir Joseph Flavelle.

Durant les prospères années 1920, l’expansion se poursuit, alors que de nouvelles municipalités de banlieue se développent autour d’une ville d’environ 500 000 habitants. Cette croissance est arrêtée par la Crise des années 1930. L’exploitation de l’or et de l’argent dans le Nord de l’Ontario aide certains secteurs financiers à rester en meilleure forme que d’autres, mais l’ensemble de la ville est grandement touché. La construction ralentit de beaucoup, et le taux de chômage grimpe radicalement. Bien que le taux d’emploi s’améliore petit à petit en 1934, le taux de chômage élevé ne cesse qu’à l’avènement de la Deuxième Guerre mondiale. La guerre ranime la croissance dans les industries de l’électronique, de l’aviation et des machines de précision. Durant l’après-guerre, Toronto connaît une vague de prospérité en raison de la consommation, du baby-boom, de la construction de maisons et de la guerre de Corée, de 1950 à 1953. La population de la ville augmente encore pour atteindre plus d’un million dans la grande région de Toronto en 1951.

Les besoins en services des banlieues conduisent à l’instauration d’une administration métropolitaine. Mise sur pied en 1953 par Frederick Gardiner, la Commission métropolitaine de Toronto, dirigée par cet homme énergique, répond aux besoins de toute la région, alors que les anciens territoires de compétence s’occupent des préoccupations locales. La Commission achève la construction du métro, entreprise en 1949, effectue des opérations de drainage, aménage des parcs et construit des voies rapides. En 1967, on y rattache de petites banlieues pour former une ville composée du Grand Toronto et de cinq municipalités, dont toutes, excepté East York, deviendront des villes en 1991.

En 1998, toutes ces villes perdent leur structure municipale individuelle lors de la fondation de la nouvelle « mégapole » de Toronto. La ville prend le pas sur Montréal comme centre national et international de la finance. Elle l’emporte au Canada pour la concentration de ses services spécialisés, y compris des services professionnels et des agences de publicité. Elle a aussi une énorme emprise sur les médias d’information.

Paysage urbain

Toronto jouxte le port derrière lequel, à 4 km, la plaine côtière s’élève en une pente assez abrupte, la ligne de rivage du Lac Iroquois de la Préhistoire, lac formé par les glaciers il y a 12 500 ans au niveau d’eau bien plus élevé que le Lac Ontario. Ce rivage mène à des plaines plus élevées, puis à des collines aux formes adoucies. La situation de Toronto a ses débuts sur les basses terres le long du rivage, avec ses marais froids et humides responsables des rues boueuses de York, et l’élévation des terres, qui rend le tracé de routes difficile, n’auront pas constitué d’obstacles à long terme au développement régulier du paysage urbain. De nos jours, Toronto s’étend loin à l’est et à l’ouest du port, et ses limites s’enfoncent profondément dans les terres. La région du Grand Toronto, qui compte plus de 5,6 millions d’habitants (recensement de 2011), atteint Barrieau nord, Oshawa à l’est et Hamilton à l’ouest.

La zone entourant le port constitue toujours le cœur de Toronto. Le plan conçu en 1793 par le gouverneur Simcoe représente un petit village de quelques rues parallèles à l’extrémité est du port et une réserve militaire en vue d’un poste de garnison à l’entrée ouest de la colonie. À mesure que la ville grandit, on se contente de prolonger les rues initiales, mais à partir de 1834, lorsqu’elle est constituée en municipalité, le plan d’urbanisme fait place à un développement sauvage de bâtiments privés.

Le profil de la ville commence toutefois à se former. De 1840 à 1850, la rue King est l’artère commerciale en direction est-ouest, la rue Yonge, l’axe nord-sud menant à la route du nord vers l’intérieur de la province. Dans les années 1850, lors de la construction du chemin de fer, le long de la rive, on installe une aire de transport entre la ville et le lac. Par la suite, des zones industrielles voient le jour aux deux extrémités du port le long des lignes de chemin de fer et dans les quartiers ouvriers denses du Nord. De grandes résidences s’établissent près du centre-ville, tandis qu’on construit de riches demeures sur les hauteurs derrière la plaine du rivage.

Les voitures tirées par des chevaux, qui apparaissent après 1860, et les voitures électriques, peu avant le tournant du siècle, entraînent la classe moyenne vers la banlieue plus aérée. Yorkville est la première ville annexée en 1883, et Toronto-Nord, la dernière, en 1912. D’autre part, à partir de 1880, les ascenseurs électriques, les immeubles à charpente d’acier et le téléphone facilitent la concentration des commerces sur les terrains chers du centre-ville. Au tout début du XXe siècle, on y élève des gratte-ciel d’acier et l’utilisation judicieuse des terrains se divise en commerces de gros autour de la rue Yonge, en dessous de la rue King, importants commerces de détail le long de la rue Yonge, près de la rue Queen, et la finance sur Bay et le long de King.

Grâce, en partie, à l’arrivée de l’automobile, la densification de peuplement à l’intérieur de la ville et sa dispersion à l’extérieur se poursuit après la Première Guerre mondiale, jusqu’à l’avènement de la Crise des années 1930 et de la Deuxième Guerre mondiale. L’urbanisme planifié est rétabli dans les années 1940, et la croissance de la ville se poursuit avec seulement de courts répits. L’action de l’urbanisme planifié se fait surtout sentir à partir de 1950 et coïncide avec la formation de la métropole. Il est encore plus poussé lorsque les réformateurs de l’environnement (ou protecteurs) commencent leurs attaques dans les années 1960 et 1970. L’équilibre entre la circulation automobile et la qualité de la vie y demeure précaire. Les édifices en hauteur dominent maintenant Toronto et se trouvent dans le quartier des affaires du centre-ville, dans les ensembles d’appartements et les bureaux regroupés autour des principales intersections et des stations de métro.

Malgré son aspect naturel modeste et un tracé des rues simple, Toronto possède des bâtiments intéressants et quelques constructions anciennes remarquables, dont l’ensemble du Fort York (réplique de l’ancien fort de 1813-1815); la Grange, hôtel particulier datant d’environ 1817; le St. Lawrence Hall (1850), un édifice public contenant des magasins et une salle de conférence à l’origine, l’Osgoode Hall (reconstruit de 1857 à 1860), administration centrale de la Société du barreau du Haut-Canada, le Collège universitaire (1859), l’annexe d’enseignement de l’Université de Toronto, le Parlement (1892), l’hôtel de ville (dessiné en 1890, terminé en 1899), le théâtre Royal Alexandra (1907) et la Union Station (ouverte en 1927), témoin de la splendeur des anciens chemins de fer.

Plus tard de nombreux immeubles s’y ajoutent, immeubles à bureaux, hôtels, centres commerciaux toujours plus gros, bien que certains édifices se démarquent : le nouvel hôtel de ville (1965), remarquable par sa conception et son emplacement, et le Roy Thomson Music Hall (1982), d’une audacieuse originalité. Bien que controversé, l’agrandissement du Musée royal de l’Ontario, de Michael Lee-Chin Crystal, ouvert en 2007, est un impressionnant ajout au bâtiment original. Le profil du centre-ville se dessine en masse et en hauteur, dominé par la First Canadian Place, tour de 290 m, dépassée par la Tour du CN (1976) avec sa flèche de 553 m servant aux télécommunications. En 1989, on achève un stade, le SkyDome, où jouent les Blue Jays et les Argonauts de Toronto. Rogers Communications l’achète en 2005 pour ensuite le renommer le « Centre Rogers ». Bien que la construction s’inspire en général de l’étranger, elle porte la marque des architectes torontois. Les rangées de hautes maisons de briques victoriennes dans le vieux quartier, par exemple, lui donnent un caractère qui la distingue des autres villes.

Population

En raison de ses débuts comme siège administratif colonial, Toronto possède une population d’origine très largement britannique, en comparaison de la société rurale plus américaine des débuts du Haut-Canada. Les immigrants anglais qui arrivent après les années 1820 accentuent cette prédominance. Ils sont accompagnés d’un nombre important d’Irlandais protestants de l’Ulster. Un peu avant 1850, d’autres immigrants fuyant la famine qui sévit en Irlande s’y ajoutent et viennent former une importante minorité catholique, ce qui entraîne des dissensions religieuses. l'ordre d'Orange, formé de natifs de l’Ulster, se fait le gardien de l’influence britannique protestante et domine la politique municipale.

À la fin du XIXe siècle, les immigrants britanniques, en majorité d’Angleterre, continuent d’arriver. Toutefois, en 1871, il y a plus d’habitants nés au Canada de parents britanniques. Toronto demeure remarquablement homogène, et plusieurs résidents respectent la vie religieuse, le repos dominical et la moralité.

À partir de 1870, l’exode rural, conjugué à l’accroissement naturel que favorise l’amélioration des soins de santé publique, fait augmenter la population. L’immigration augmente de nouveau après les années 1900, et amène de plus en plus d’Européens, dont des Juifs, des Italiens et desUkrainiens. D’abord entassés dans les quartiers pauvres de la ville, les nouveaux venus forment en 1920 une portion petite (13 %) mais compacte au sein d’une population anglo-celtique et généralement protestante. Ils continuent d’affluer pendant la décennie suivante.

Après la Crise des années 1930 et la guerre, une autre vague d’immigrants déferle sur Toronto et se poursuit. Les Britanniques sont toujours en nombre supérieur. Les Italiens forment toutefois une part importante de la population dans les années 1960, alors que les Allemands, les Polonais, les Hongrois, les Slaves des Balkans, les Grecs et les Portugais continuent d’agrandir la proportion de la population non anglo-celtique.

Dans les années 1970 et 1980, des personnes venues des Antilles anglaises, du Sud et de l’Est de l’Asie accroissent la population immigrante de Toronto. Les chiffres du recensement de 2011 relèvent que 49 % des personnes qui vivent en ville sont des immigrants, 26 % d’entre elles sont nées en Europe, 11 %, nées en Chine, et 8 %, nées aux Philippines. Cette communauté très vivante d’immigrants fait de Toronto une des villes les plus multiculturelles du monde.

Économie et main-d’œuvre

L’économie de Toronto évolue en suivant les étapes suivantes : commerce portuaire sur le lac, activité ferroviaire et industrielle, réseau financier et centre de services et d’information de très haute qualité. Aujourd’hui, ses fonctions portuaires et commerciales, bien que d’une façon relativement moindre, demeurent importantes, et on y pratique largement le commerce de détail. Son rôle ferroviaire persiste, mais se transforme à cause des transports aériens et automobiles. Bien que son industrie perde du terrain au profit de la concurrence étrangère et de la décentralisation canadienne, elle conserve sa vitalité. Son pouvoir financier continue de s’accroître, et son secteur de service de bureau garde sa prééminence au Canada. Toronto a une économie variée, qui n’est pas dominée par une seule industrie ou un seul secteur. Les trois plus importantes industries de la ville sont les services financiers, l’immobilier, et la vente en gros et le commerce de détail.

À Toronto, on retrouve les sièges sociaux des banques, notamment la Banque Canadienne Impériale de Commerce, la Banque de Nouvelle-Écosse et la Banque Toronto-Dominion. Les principales compagnies canadiennes d’assurances et de placements y sont concentrées. La Bourse de Toronto est l’une des plus importantes banques en Amérique du Nord, après celle de New York.

Les sièges sociaux de sociétés canadiennes d’exploitation des ressources, de commerce de détail ou de sociétés industrielles y sont très nombreux, tout comme ceux de géants américains ou de multinationales, d’Avalon Rare Metals, à Xerox. Malgré sa diversité, Toronto a connu des moments difficiles à cause des effets combinés de l’Accord de libre-échange avec les États-Unis et de la récession du début des années 1990, qui ont provoqué une hausse du taux de chômage. La crise économique mondiale de 2008 touche aussi l’économie de l’Ontario, engendrant une chute de 4 % du taux emploi entre septembres 2008 et le point le plus bas de la récession, en juin 2009. Depuis, l’économie reprend lentement, bien que le taux de chômage de Toronto en juillet 2013 demeure élevé, à 8,5 %.

La main-d’œuvre de la ville est surtout concentrée, par ordre d’importance, dans les professions libérales, les bureaux, les usines, les commerces de détail et le secteur des services. Les secteurs publics, les grandes entreprises privées et les métiers qualifiés sont largement syndiqués.

Depuis la création du syndicat des imprimeurs de York, en 1832, Toronto constitue un centre d’organisation ouvrière, bien que celle-ci n’y implante pas majoritairement ses bases avant l’industrialisation des années 1870. À la fin de la Première Guerre mondiale, le syndicalisme est solidement ancré. Bien qu’il ne se soit pas toujours bien porté, par exemple durant la période noire des années 1930, la main-d’œuvre syndiquée est, depuis la Deuxième Guerre mondiale, un agent économique et politique important au sein de la ville. Jusqu’à présent, les salariés torontois font preuve de stabilité et de conservatisme en comparaison de ceux des autres villes.

Transport

La circulation maritime, qui constituait autrefois le lien vital de Toronto avec l’extérieur, se poursuit pour le transport des produits en vrac sur le lac et des cargaisons en direction de l’océan. Depuis 1911, année de création de la Commission du port de Toronto, les installations portuaires s’améliorent sans cesse, particulièrement après l’inauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent (1959), qui ouvre le port de Toronto au transport océanique. Aujourd’hui, elles comportent des quais destinés aux navires de mer, de nouvelles constructions derrière des îles artificielles et d’importants aménagements récréatifs et résidentiels le long de la rive. Bien que les glaces ferment la navigation chaque hiver, Toronto tire avantage du double transport, maritime et terrestre.

Sur terre, le réseau ferroviaire sert à approvisionner la ville et distribue ses produits par la voie du Canadien National ou du Canadien Pacifique, tandis que les trains Metrolinx « GO » font la navette avec la banlieue. La circulation par autobus, par camion et par automobile emprunte un réseau semblable formé de routes principales, en particulier l’autoroute 401, une route à plusieurs voies qui traverse la ville, et l’autoroute 400, qui constitue présentement la principale route vers le nord. L’aéroport international Lester B. Pearson est le plus fréquenté au Canada, et offre des liaisons intérieures et avec le reste du monde, tandis que le petit aéroport Billy Bishop de Toronto offre des vols commerciaux de courte durée vers le nord-est du Canada et les États-Unis.

Ce réseau de transport extérieur se double d’un réseau intérieur bien organisé. Les voies rapides d’automobiles comme la Gardiner, longeant le sud du centre-ville, ou le boulevard de ceinture Don Valley, qui monte vers le nord, sont encombrées. Toutefois, la ville maintient des services de transport public par tramway, autobus et métro. Au milieu de toute cette activité, la métropole offre des pistes cyclables et des voies piétonnes qui serpentent à travers des terrains boisés agrémentés de ravins.

Communications

Toronto est considérée à juste titre comme le centre des communications de langue anglaise au Canada. On y trouve les sièges sociaux de chaînes de journaux nationaux comme Southam et le Thomson Group. L’origine du Globe and Mail remonte au premier journal le plus influent de Toronto, le Globe (1844). La ville possède deux autres quotidiens : le Toronto Star (1892), qui a le plus fort tirage quotidien au Canada, et un tabloïd, le Toronto Sun (depuis 1971, voir les journaux de Sun), et un autre quotidien national, le National Post (1998). L’agence de presse, la Presse Canadienne (1917), dont le siège social est situé à Toronto, fournit l’information de presse aux journaux membres dans tout le pays.

De nombreuses revues y sont aussi publiées, dont trois revues d’intérêt général d’envergure nationale, The Walrus (2003), Maclean's (1896) et la revue féminine Châtelaine (1928). L’Édition voit ses débuts avec la Methodist Book Company (1829, par la suite The Ryerson Press), qui se trouvait alors dans la ville de York. D’autres maisons d’édition importantes comme Macmillan of Canada, Clarke Irwin et McClelland & Stewart contribuent grandement à la vie littéraire au Canada et assurent la prééminence de Toronto dans ce domaine.

La première compagnie de Télégraphe est fondée à Toronto en 1846. Un an plus tard, Toronto est reliée par télégraphe à Montréal, à la ville de Québec et au système américain à Buffalo, dans l’État de New York. Le premier système téléphonique de Toronto est installé en 1879. Un an plus tard, la Compagnie de Téléphone Bell du Canada (maintenant Bell Canada) est créée et commence à développer l’infrastructure. Au cours des années 1920, les premières stations de radio voient le jour, et la Société Radio-Canada (SRC, 1936) y installe sa direction pour la programmation de langue anglaise. Des stations privées telles que CFRB, CHUM, CJRT et la multiculturelle CHIN conservent une large audience.

En 1952, la Société Radio-Canada commence les services de télévision au Canada, situés à Toronto (voir Programmation télévisuelle). Actuellement, la ville abrite CBLT, la station de télévision clé de la SRC; TVO, la station éducative du gouvernement de l’Ontario; du côté privé, CFTO, le premier diffuseur du réseau CTV; les réseaux Global et City; des canaux spécialisés comme Vision TV (religieux), et des chaînes d’information, de sports, de variétés, etc.

Administration et politique

Lors de sa première constitution municipale, en 1834, Toronto est dirigée par un maire et un conseil municipal élu par quartier. Le maire, d’abord choisi par le conseil en son sein, est directement élu après 1870 par les électeurs. Dans les années 1890, un comité de surveillance s’ajoute à la suite d’une vague de Réformes urbaines en faveur d’une administration « propre » et efficace. Il est aboli dans les années 1960. Des départements assez importants sont formés pour s’occuper de services tels que les routes, l’approvisionnement en eau, la police et la santé, tandis que le comité d’éducation devient en lui-même un puissant corps municipal.

Le premier Gouvernement métropolitain au Canada est constitué à Toronto en 1953, alors que 13 municipalités, y compris la ville de Toronto, se réorganisent pour former la municipalité du Grand Toronto. Sous la direction de son président, le conseil de la métropole a la responsabilité générale et unique des finances, de l’éducation, du transport, de l’aide sociale et de l’approvisionnement en eau, responsabilités auxquelles on ajoute la police et le logement. Bien que la ville même et les municipalités associées conservent les tâches liées aux services locaux, les responsabilités et les dépenses les plus importantes relèvent maintenant de la métropole. La population des municipalités environnantes s’étant accru, le président de la métropole, élu par son conseil, en vient à remplacer le maire de Toronto comme chef de file de la gestion municipale.

En 1996, le gouvernement conservateur provincial, dirigé par Mike Harris, propose de remplacer la structure métropolitaine existante de Toronto et de fusionner ses municipalités pour former une énorme « mégapole » relevant d’une administration unique. Le projet est controversé. Les partisans du métro de Toronto ont peur que ces changements détruisent les quartiers locaux, alors que les partisans du gouvernement Harris veulent couper les coûts. Cette mégapole existe depuis le 1er janvier 1998. La nouvelle structure municipale se compose d’un maire et de 57 conseillers. Chacune des six municipalités précédentes est représentée par un conseil local, qui élit un président. Les présidents élus de chaque conseil local et le maire forment le comité exécutif. Le Conseil local de Toronto est le plus important, élisant 16 conseillers.

La politique municipale ne fonctionne pas vraiment sur une base partisane, même si les conservateurs y sont généralement majoritaires. Au coursdu XIXe siècle, ces partisans sont appuyés par l’Ordre d’Orange protestant, très influent à l’époque. Le premier maire, le radical William Lyon Mackenzie, fait exception, tout comme celui d’après 1880, le réformateur William Howland. Les maires prudents qui gouvernent de façon généralement compétente, mais qui prennent peu de risques, sont de loin plus représentatifs. Des maires pragmatiques occupent également longtemps ce poste en raison de leur popularité. C’est le cas de Tommy Church, pendant et après la Première Guerre mondiale, et de Nathan Phillips (des années 1950 aux années 1960), qui se fait le promoteur d’un nouvel hôtel de ville.

Certains autres maires sont davantage liés au changement, comme Horatio Hocken, qui doit répondre au besoin accru de services avant la Première Guerre mondiale, David Crombie et John Sewell, dans les années 1970, qui sont entourés de réformateurs d’une nouvelle trempe prônant la qualité de la vie urbaine plutôt que l’expansion anarchique. Arthur « Art » Eggleton défait John Sewell lors des élections municipales de 1980. Eggleton détient le plus long état de service à titre de maire et est suivi de la première mairesse de Toronto, June Rowlands, en 1991. Bien que Mme Rowlands s’efforce de réduire les taxes foncières, on s’en souvient surtout pour avoir, dit-on, interdit un concert des Barenaked Ladies à l’hôtel de ville. Cependant, Rowlands ne reste que pendant un mandat et est défaite au cours des élections de 1994 par Barbara Hall. Quelque peu gauchiste, elle ne réussit pas à se faire élire à nouveau après la fusion de 1998.

S’appuyant sur le nouveau pouvoir de vote des banlieues, le maire de North York Mel Lastman est devenu le premier maire de Toronto après la fusion. M. Lastman entreprend de nombreuses initiatives populaires comme l’amélioration du service d’enlèvement des déchets et la prise en charge du développement du secteur riverain de Toronto. Toutefois, il demeure un personnage controversé, et les dernières années de son mandat comprennent bon nombre de gaffes et de scandales publics.

M. Lastman se retire de la vie politique en 2003 et est remplacé par l’avocat de Toronto David Miller, qui entreprend certaines initiatives environnementales et étend le service de transport en commun et le programme de logement social. M. Miller est réélu en 2006, mais la grève des employés de la Ville, en 2009, laquelle dure 39 jours, a une incidence négative sur sa réputation. Il décide de ne pas se présenter aux élections de 2010.

Cette même année, les Torontois élisent Rob Ford, qui promet lors de sa campagne la fin des dépenses inutiles et des avantages pour le gouvernement. Il promet aussi de réduire les taxes et la taille du gouvernement municipal. M. Ford est un personnage polarisant, et le conseil municipal est séparé en deux camps, ce qui engendre des débats prolongés et parfois amers concernant différentes questions, comme les négociations avec les syndicats et l’avenir du système de transport en commun de la ville. Bien que M. Ford ait tenu sa promesse d’éliminer la taxe d’immatriculation de la voiture de la Ville et de réduire les dépenses, une série de scandales, y compris des cas de conflit d’intérêts et des allégations d’état d’ébriété en public, entachent l’administration de M. Ford.

Vie culturelle

Toronto constitue le principal centre culturel urbain au Canada anglais. Elle abrite la grande Université de Toronto (1827), la Ryerson University (1948), l’Université York, plus récente (1959), le Musée des beaux-arts de l'Ontario, l’Ontario College of Art and Design. le Musée royal de l’Ontario, de renommée internationale, le Centre des sciences de l'Ontario, institution d’avant-garde, l’Orchestre symphonique de Toronto et le Ballet national du Canada. On y trouve d’autres institutions artistiques et musicales, des bibliothèques connues partout dans le pays, des centres de recherche médicale et scientifique parmi les meilleurs au Canada et le Toronto Zoo, connu dans le monde entier. Cette ville est la plus importante au Canada anglais pour son activité théâtrale. Sa riche variété multiculturelle se reflète dans les arts du spectacle, et dans les journaux ethniques et les restaurants.

La ville joue depuis longtemps un grand rôle dans la littérature canadienne-anglaise comme siège national des périodiques littéraires, des maisons d’édition et le lieu de résidence d’écrivains célèbres comme Goldwin Smith, sir Charles G.D. Roberts, E.J. Pratt, Morley Callaghan, Marshall McLuhan, Northrop Frye, Margaret Atwood et Robertson Davies. Dans le domaine des arts, c’est également la ville de Paul Kane, du Groupe des Sept, de Tom Thomson et de nombreux peintres contemporains, dont Harold Town, et de musiciens comme Glenn Gould.

Les concerts populaires attirent de vastes foules, en particulier à Ontario Place, parc aménagé en bordure du lac, ou encore à l’Exposition nationale canadienne, la plus grande exposition annuelle au Canada. Le High Park aux nombreux vallons, le Fort York (restauré comme au temps de 1812), la Casa Loma (le grandiose château d’un magnat de la finance des années 1900), la tour du CN et les îles de Toronto (réserve érigée en parc près du port) constituent d’autres attractions publiques.

Les principales équipes du sport professionnel à Toronto sont l’équipe de hockey, les Maple Leafs de Toronto, l’équipe de base-ball, les Blue Jays de Toronto, l’équipe de football, les Argonautes de Toronto, l’équipe de basket-ball, les Raptors de Toronto, l’équipe de soccer, les Toronto FC, et l’équipe de crosse, les Toronto Rock. Le sport amateur va de la navigation de plaisance au curling en passant par le patinage olympique, la natation et l’aviron. Le soccer et le criquet sont extrêmement populaires parmi la communauté immigrante. La ville offre une variété d’installations récréatives du Centre Air Canada aux patinoires locales, aux piscines publiques et aux terrains d’athlétisme situés dans les parcs.