Terre-Neuve-et-Labrador est la plus jeune province du Canada; elle se joint à la Confédération en 1949. Sur sa côte figurent sans doute les premières pointes de terre aperçues par les Européens. La province représente une superficie de 405 720 km2, dont presque les trois quarts, soit 294 330 km2, sont occupés par le Labrador. L’île de Terre-Neuve est la région la plus à l’est du Canada, tandis que le Labrador se situe sur le continent au nord-ouest de l’île. C’est à l’explorateur Jean Cabot, que Terre-Neuve, jadis surnommée la « nouvelle île », doit son nom. Depuis sa découverte, l’île est désignée sous le nom de « Terra Nova », ou « Newfoundland » pour les anglophones. Le Labrador a probablement reçu son nom de l’appellation portugaise « Terra del Lavradors ».

Terre et ressources

La province se divise en deux régions d’étendue inégale : au nord se trouve la partie continentale, le Labrador, et au sud se trouve l’île de Terre-Neuve, beaucoup plus petite. Elles sont différentes de par les caractéristiques physiques de leur environnement, la disponibilité de leurs ressources naturelles et la nature et les caractéristiques de l’occupation humaine.

Le Labrador compte trois sous-régions. Au nord s’étend une région littorale peu habitée aux montagnes escarpées, aux fjords profonds et à la végétation naine caractéristique de la zone subarctique. Au sud, région peu ou moyennement habitée, se trouve une région littorale rude, aux terres arides, et couverte de forêts vers l’intérieur. Enfin, la partie la plus vaste, l’intérieur, comprend un plateau disséqué, bien boisé, où la population est concentrée dans quelques grandes villes.

L’île de Terre-Neuve compte quatre régions distinctes : la côte ouest, l’intérieur, la côte nord-est et la côte sud. La côte ouest est dominée par les monts Long Range aux sommets à surface plane, qui culminent à 814 m. Ils sont bordés à certains endroits par une étroite plaine côtière bien boisée et alternent avec des vallées profondément marquées par les glaciers et avec des baies à l’allure de fjords, dont les plus grandes sont la baie des Îles et Bonne Bay.

Des localités s’étendent presque tout le long de cette côte, dans les baies et les anses. Certaines se sont également installées à l’intérieur, dans la Codroy Valley, au sud, ainsi qu’autour du lac Deer, qui s’étend sur une petite plaine enclavée entre les montagnes. L’intérieur est une région semblable à un plateau aux nombreuses ondulations, aux crêtes et aux versants ponctuant la ligne de partage dessinée par les cours d’eau les plus importants, soit la rivière des Exploits, la rivière Gander, la rivière Humber et la rivière Terra Nova, qui drainent la majeure partie de la zone.

La région est couverte de vastes forêts, surtout sur les rives en pente douce des principaux cours d’eau. La population est disséminée et est concentrée surtout dans quelques villes axées sur l’exploitation forestière ou minière et reliées par les services de transport.

La côte nord-est, caractérisée par de nombreux promontoires, îles et baies et bordée par l’Atlantique, s’étend de la péninsule Great Northern jusqu’à la péninsule d’Avalon. Les parties intérieures de cette région sont généralement bien boisées, sauf les promontoires et les îles côtières, où la végétation est rabougrie. Le littoral est caractéristique des terres recouvertes par la glaciation et soulevées à certains endroits par suite de la fonte de la calotte glaciaire. Il présente d’innombrables baies, anses, îles et fjords qui, souvent, constituent d’excellents ports. Chaque année, pendant tout l’hiver et jusqu’au début du printemps, cette région peut être bloquée par les glaces descendues de l’Arctique. Des localités se sont développées le long des côtes de la plupart des baies et de certaines îles au large.

La côte sud comprend toute la partie méridionale de l’île de Terre-Neuve. Elle comporte aussi des baies profondes, caractéristiques d’un littoral recouvert par la glaciation. Elle n’est pas bloquée par les glaces de l’Arctique, mais certaines années, la partie orientale de la péninsule d’Avalon, jusqu’à St. John’s, peut parfois se retrouver isolée pendant quelques jours.

Les régions intérieures sont en général vallonnées et accidentées, parfois couvertes de marécages peu profonds et de plantes éricacées. Les variations climatiques et la nature du sol conditionnent la végétation et sa croissance. Les terres basses et bien drainées sont en général propices à l’accroissement forestier et le peuplement forestier est suffisant pour constituer une ressource importante.

Géologie

Le Labrador occupe la partie la plus orientale du Bouclier canadien; elle est constituée de roches éruptives et métamorphiques dures de l’époque précambrienne. Il existe aussi certaines zones de roches sédimentaires plus tendres, surtout à l’ouest, dans une formation appelée la fosse du Labrador, où se trouve le plus grand gisement de minerai de fer d’Amérique du Nord. La région intérieure est formée par un plateau de 450 m d’altitude en moyenne au-dessus du niveau de la mer, traversé en grande partie par des cours d’eau importants coulant vers l’est, comme le fleuve Churchill et ses affluents. Ces cours d’eau traversent la bordure est du bouclier en forme de cuvette et se jettent dans la mer du Labrador. Cette bordure est très montagneuse, surtout dans le nord, où les monts Torngat s’élèvent à plus de 1500 m d’altitude et dont le point culminant est le mont Caubvick, à 1652 m.

En 1993, on découvre un gisement important de nickel, de cuivre et de cobalt à Voisey Bay (à environ 35 km au sud-ouest de Nain). On le considère comme le gisement le plus riche découvert depuis la Deuxième Guerre mondiale.

L’île de Terre-Neuve fait partie du système appalachien et présente l’alignement typique sud-ouest nord-est par la disposition de ses principales baies et péninsules, de son réseau de cours d’eau et de ses chaînes de montagnes. Les roches sont plus variées sur l’île qu’au Labrador. Cette grande diversité dans les types géologiques et les âges des formations rocheuses résulte de la dérive des continents suivie de fréquentes périodes de déformation de la croûte terrestre et entrecoupée par de longues périodes d’érosion et de soulèvement de terrain.

Les roches les plus anciennes sont de l’époque précambrienne et se retrouvent dans l’est, dans les péninsules d’Avalon et de Burin, ainsi qu’aux alentours. Ce sont essentiellement des roches sédimentaires plissées mais, dans quelques régions, elles ont été ensuite solidifiées en roches volcaniques par le processus d’intrusion. Quelques vestiges de roches sédimentaires ordoviciennes et cambriennes formant des pentes douces se trouvent dans des poches le long de la côte. Les plus importantes se trouvent dans la baie de la Conception, où les roches ordoviciennes qui forment l’île de Bell contiennent des couches de minerai de fer (hématite) estimées à des milliards de tonnes.

Dans la partie centrale et occidentale de l’île, le sous-sol contient une grande variété de roches sédimentaires, ignées et métamorphiques datant de l’ère paléozoïque et l’on constate que la déformation de la croûte terrestre est très marquée. De longues périodes d’érosion à la suite de périodes de soulèvement ont laissé un paysage polycyclique qui comporte des restes d’anciennes surfaces d’érosion qu’on retrouve dans l’intérieur, qui ressemble à un plateau, ainsi que sur les montagnes aux sommets à surface plane des Long Range. De la côte sud, juste à l’est de Channel-Port aux Basques, jusqu’à la partie occidentale de la baie Notre Dame, sur la côte nord-est, s’étend un long gisement de roches paléozoïques riches en minerai de cuivre, de plomb, de zinc, d’oret d’argent.

Les roches paléozoïques les moins anciennes et les moins altérées sont sur la plaine côtière ouest. Elles sont mississippiennes et pennsylvaniennes. Elles contiennent du calcaire et une bonne quantité de gypse, que l’on extrait. On y trouve aussi du charbon et il y aurait du pétrole, mais aucun gisement ayant une valeur commerciale n’a été découvert. Au large de la côte terre-neuvienne, de vastes dépôts de roches du crétacé s’étendent le long des Grands Bancs.

Surface

Sur toute l’étendue de la province, on peut encore constater les effets de la période de glaciation continentale de l’époque pléistocène, qui remonte à 7000 ans. À ce moment-là, le mouvement des couches de glace a décapé et sculpté la surface. Une grande partie du matériau d’origine non consolidé sous le sol actuel se compose de débris glaciaires ou de sédiments marins.

Les régions intérieures de l’île et du Labrador sont aujourd’hui parsemées de lacs et couvertes de moraines, traces d’une immense calotte glaciaire qui s’est déplacée d’abord vers l’extérieur, à partir du centre ouest du Labrador, puis qui, vers la fin de l’ère pléistocène, s’est fragmentée en plusieurs petites calottes glaciaires dont les centres se trouvent au Labrador, au centre ouest de l’île et sur la presqu’île Avalon.

Les glaces qui creusent des canaux en descendant les vallées du système fluvial préglaciaire dessinent les fjords qu’on trouve sur la presque totalité des côtes. Les plus longs et les plus profonds de ces fjords se trouvent dans le nord du Labrador et autour de la péninsule Great Northern de l’île, mais il existe quelques endroits exempts de ces traces de décapage provoquées par le mouvement de la glace. La majorité des baies sont profondes et possèdent les caractéristiques des fjords. À cause du soulèvement postglaciaire, bon nombre de rivages du nord de l’île et du Labrador sont élevés et présentent de larges bandes de sédiments marins.

Les dépôts les plus vastes et les plus impressionnants de sédiments marins sont dans les restes des deltas soulevés près de la baie St-Georges et dans les environs de Happy Valley-Goose Bay, au Labrador, à l’embouchure du fleuve Churchill. Les caractéristiques typiques d’un littoral qui a été recouvert par les glaces, comme les îles au large, les flèches littorales, les tombolos et les pouliers (barachois), sont courantes dans les régions côtières du sud et du sud-est.

Dans le nord du Labrador et dans les endroits élevés de la province, le sol est généralement immature et de texture grossière. À cause du froid et des conditions environnementales difficiles, il n’y a pas de végétation ou il ne pousse que des espèces rampantes de lichen propres à la toundra de la zone subarctique.

Dans les régions intérieures, comme à la ligne de partage des eaux du fleuve Churchill ainsi que des rivières des Exploits, Humber et Gander, les couches de surface sont plus profondes et permettent d’excellents peuplements de forêts. De vastes terres marécageuses sont installées dans les nombreuses dépressions de ces étendues à modelé glaciaire. La forêt se compose de plusieurs espèces communes de la forêt boréale, qui s’étend dans le nord de l’Amérique du Nord.

Le sapin baumier est l’arbre le plus répandu à Terre-Neuve, et le deuxième plus répandu au Labrador. Les forêts denses sont majoritairement peuplées d’épinette noire et de sapin baumier, mais leur proportion varie selon le site. Le sapin baumier, par exemple, pousse mieux dans les endroits où a eu lieu une coupe à blanc. Néanmoins, l’épinette noire pousse particulièrement bien, surtout dans les forêts claires et dans celles régénérées après des incendies. Elle représente le tiers des forêts de Terre-Neuve et le deux tiers des forêts du Labrador. Parmi les autres espèces figurent le mélèze, le pin ainsi que des espèces à feuilles caduques typiques de la forêt boréale comme le bouleau à papier, le peuplier tremble, l’aulne, le cerisier de Pennsylvanie et le sorbier.

Une grande partie des régions non boisées sont couvertes de plantes basses semblables à des mousses, dont certaines constituent la nourriture des animaux sauvages. D’autres portent des baies, comme le bleuet, l’airelle et le chicouté (mûres blanches), qui peuvent être consommées par l’homme.

Eau

Grâce à l’affouillement et aux dépôts glaciaires, on trouve un paysage marqué capable d’emmagasiner de grandes quantités d’eau dans les milliers de lacs, étangs et marais formés lors du retrait des glaces. Beaucoup d’étangs sont peu profonds, mais les lacs sont encaissés dans de grandes vallées anciennes, creusées par les débris glaciaires et contenues par les dépôts glaciaires. À l’intérieur du Labrador, des centaines de lacs sont aménagés par des canaux, des digues et des barrages pour créer le réservoir Smallwood de 6527 km2(à peu près le tiers du lac Ontario) derrière l’imposant aménagement hydroélectrique des chutes Churchill.

Le climat humide et la grande quantité de neige permettent au niveau phréatique de demeurer élevé dans toutes les régions. En général, les lacs sont pleins et les cours d’eau ont un écoulement permanent. Il existe naturellement certaines fluctuations saisonnières et certaines années peuvent être ou très humides ou très sèches, mais l’eau manque rarement pour l’usage domestique ou industriel.

Climat

Le climat varie considérablement d’une région à l’autre. À l’intérieur du Labrador, le climat est continental, alors que dans les régions du sud-est, vers les péninsules de Burin et d’Avalon, il est de type maritime. Entre ces deux extrêmes se situent des zones variables qui permettent tout de même certaines généralisations.

Le nord du Labrador se trouve dans la zone subarctique caractérisée par une température froide et sèche toute l’année. À Nain, la température maximale moyenne en janvier est d’environ -13 °C et de 15 °C en juillet. Quant à la température minimale moyenne, elle est d’environ -20 °C en janvier et de 5 °C en juillet. Les hivers à l’intérieur du Labrador sont aussi extrêmement froids.

Les précipitations varient d’une région à l’autre, même dans le nord du Labrador. Par exemple, les précipitations annuelles moyennes à Nain sont de 892,7 mm, dont environ la moitié tombe en neige. Toutefois, les précipitations annuelles à cap Chidley sont d’environ 460 mm. Dans les régions côtières, la proximité de l’océan réduit les écarts de température entre l’été et l’hiver. Dans les régions littorales du sud du Labrador, il fait froid en hiver et les étés sont frais, alors que dans les régions intérieures, il fait extrêmement froid en hiver, mais doux en été.

Le climat sur l’île est presque le même, mais les différences sont moins grandes entre les régions côtières et intérieures. À St. John’s, la température moyenne en janvier est de -1 ºC et de 20 ºC en juillet. Quant à la température minimale moyenne, elle est d’environ -8 °C en janvier et de 11 °C en juillet.

Les précipitations varient selon l’axe nord-ouest et sud-est. Les précipitations tombent en quantité à peu près égale tous les mois, mais dans le nord, près de la moitié tombe en neige, alors que dans le sud-est, les chutes de neige en représentent seulement près de 12 pour cent. La moyenne annuelle dans les environs des péninsules de Burin et d’Avalon est de plus de 150 cm.

Le mélange des masses d’air du courant du Labrador et du Gulf Stream produit du brouillard sur les Grands Bancs et dans les régions littorales de l’est et du sud, surtout au printemps et au début de l’été.

Faune

Comme l’intérieur de la province est en grande partie inhabité, il offre un vaste espace et un habitat idéal pour la faune, dont certaines espèces constituent une ressource appréciable. Les espèces sont plus variées au Labrador que sur l’île. Parmi celles-ci figurent le caribou, l’orignal, l’ours noir ainsi que l’ours polaire dans les régions côtières du nord. On trouve aussi beaucoup de petits animaux à fourrure comme le castor, le renard, le lynx, le lapin, la loutre et le rat musqué. On les capture pour leur fourrure ou pour leur chair. La chasse sportive est également pratiquée.

Conservation

Sur pratiquement toute la côte, des colonies de millions d’oiseaux marins nichent chaque année, surtout des goélands, des fous de Bassan, des guillemots, des mouettes et des macareux. Pour les protéger, des refuges ont été érigés dans six réserves écologiques provinciales, notamment dans les îles Gannet au large du Labrador, à l’île Funk, située sur la côte est de la péninsule d’Avalon, et au cap Ste-Marie, sur la côte sud. Trois refuges pour oiseaux migrateurs se trouvent dans les îles Grey et dans le parc national Terra Nova.

Le parc national du Gros-Morne protège une région naturelle spectaculaire sur la côte ouest et le parc national Terra-Nova sur la côte est. Le territoire compte aussi 32 parcs provinciaux et 11 autres réserves écologiques.

Population

Centres urbains

La colonisation par les Européens s’est faite lentement et reflète la prépondérance de la pêche. Les premiers colons prêtent peu d’attention à la terre ou au manque de commodités et s’installent dans les baies et les anses, à proximité de la mer et des lieux de pêches, surtout sur la côte est. Graduellement, la colonie s’étend et devient permanente. Les premiers centres se développent autour de St. John’s et de la baie de la Conception, puis généralement le long des côtes est et sud. Aujourd’hui, St. John’s est la capitale de la province et la ville la plus peuplée, suivie de Corner Brook, Grand Falls-Windsor et Bay Roberts. En 2011, 59 pour cent de la population est urbaine, ce qui va de pair avec la tendance nationale à l’urbanisation.

Main d’œuvre

Avant l’effondrement de la pêche dans les années 1990, entre cinq et six pour cent de la population active travaillait dans le secteur de la pêche, de la chasse et du trappage. Depuis, ce nombre à rapidement chuté de 52 pour cent, passant de 9400 en 2002 à 4500 en 2012, soit moins de deux pour cent de la population active. Durant cette même période, le nombre d’emplois dans le domaine de l’exploitation minière, de l’exploitation des carrières et de l’extraction pétrolière et gazière a augmenté de 96 pour cent, passant de 5 700 en 2002 à 11 200 en 2012.

Malgré l’importance de l’industrie primaire dans la province, c’est le secteur tertiaire qui emploie le plus de gens, soit 74 p. 100 en 2012. Grand nombre d’entre eux travaillent dans les soins de santé, les services d’assistance sociale, le commerce de détail et l’administration publique.

À Terre-Neuve-et-Labrador, depuis 1977, le taux de chômage est souvent le plus élevé du Canada et toujours supérieur à la moyenne nationale; pendant bien des années, il est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. En 2012, il est de 12,5 pour cent alors que la moyenne nationale est de 7,2 pour cent.

Langue et ethnicité

La province est habitée par plusieurs communautés aborigènes, dont les Micmacs, qui résident sur l’île, ainsi que les Innus, les Inuits et les Inuit-Métis, dont les réserves se trouvent au Labrador.

Ailleurs, la population est principalement d’origine européenne, surtout de descendance d’immigrants du sud-ouest de l’Angleterre et du sud de l’Irlande. La côte ouest est habitée par quelques groupes de descendants de Français (surtout des Acadiens) et quelques Écossais dont les ancêtres venaient du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Religion

Les religions pratiquées reflètent essentiellement l’origine ethnique. La plupart des habitants sont de religion chrétienne et s’identifient comme catholiques ou protestants.

Histoire

Arrivée des autochtones

Durant la préhistoire, de 8000 à 3200 av. J.-C. approximativement, un peuple de la période dite archaïque maritime habite la région maintenant connue sous le nom de Terre-Neuve-et-Labrador. Ils sont suivis par les Paléoesquimaux, qui habitent la région de 2800 à 600 av. J.-C. approximativement, puis par des autochtones d’une époque récente à partir d’environ 2000 av. J.-C. Les autochtones d’époque récente qui habitent l’île sont des ancêtres des Béothuks; ceux qui habitent le Labrador sont les ancêtres des Innus. Les ancêtres des Inuits du Labrador sont les Thule.

À l’arrivée de Jean Cabot en 1497, l’île est entièrement peuplée de Béothuks. Bien qu’ils aient quelques contacts avec les Européens, ils préfèrent les éviter. Ils reculent alors vers l’intérieur de l’île. Par conséquent, ils n’ont plus accès au littoral, leur principale source de nourriture. Ils souffrent également des maladies que les Européens ont apporté avec eux, particulièrement de la tuberculose. Les Béothuks les plus connus étaient deux femmes, Mary March (Desmasduwit) et Shawnadithit, qui ont été capturées en 1819 et amenées à St. John’s. Elles meurent peu après, tout le comme le reste de leur peuple.

Après l’arrivée de Cabot, les Micmacs, originaires des régions maintenant connues sous les noms de Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Gaspésie et Nouveau-Brunswick, commencent à voyager dans le golfe du Saint-Laurent dans le but d’échanger des fourrures pour des produits européens. Certains d’entre eux s’établissent à Terre-Neuve-et-Labrador. Une communauté Micmac réside aujourd’hui à Conne River.

Tous comme les Béothuks, les Innus et les Inuits du Labrador souffrent de l’arrivée des Européens. Plusieurs meurent des maladies de l’autre continent et l’on empiète sur leurs terres. Aujourd’hui cependant, il reste deux communautés Innu au Labrador, Sheshatshiu et Natuashish. En 2004, les Inuit gagnent le droit de s’autogouverner. Cette victoire mène à l’établissement du gouvernement Nunatsiavut, dont le territoire se trouve dans le nord du Labrador. Celui-ci comprend cinq communautés Inuit : Nain, Hopedale, Rigolet, Makkovik et Postville.

Exploration

À la fin du Xe siècle, des Vikings, dont Leif Ericsson, effectuent plusieurs voyages d’exploration du Groenland jusqu’aux terres situées outre-mer, à l’ouest et au sud-ouest, et établissent un campement temporaire à L’Anse aux Meadows, dans la péninsule Great Northern de l’île. En 1497, un explorateur vénitien, Jean Cabot, à la solde du roi d’Angleterre Henri VII, découvre de nouvelles terres, qu’on croit situées entre la Nouvelle-Écosse et le Labrador et qui comprennent une « nouvelle île ». En 1500, un autre explorateur, le portugais Gaspar Corte-Real, pousse un peu plus loin son exploration et baptise plusieurs baies et caps le long de la côte est de l’île. En 1535-1536, Jacques Cartier démontre que Terre-Neuve est une île en empruntant tour à tour le détroit de Cabot et celui de Belle-Isle. Enfin, en 1583, sir Humphrey Gilbert navigue jusqu’au Port de St. John’s et s’empare de l’île au nom de l’Angleterre.

Peu après le voyage de Jean Cabot, les Européens commencent à pêcher dans les riches bancs de morue près des côtes de Terre-Neuve. Au XVIe siècle, des équipages provenant de la France, de l’Espagne, du Portugal et de l’Angleterre arrivent au printemps et remportent de la morue salée-séchée chez eux à l’automne. À partir des années 1540, des Basques de France et d’Espagne s’adonnent également à la chasse à la baleine sur la côte sud du Labrador. Bien que l’Angleterre participe aux premiers voyages à Terre-Neuve, son rôle dans cette pêche migratoire est mineur avant les années 1570. Cependant, la guerre en Europe paralyse la pêche dans les autres pays et ouvre des marchés pour la morue salée-séchée de l’Angleterre. En 1600, la pêche anglaise compte 150 navires, principalement dans les ports du sud-ouest de l’Angleterre et la côte de Trepassey à Bonavista devient connue sous le nom de la Côte anglaise.

Colonisation européenne

Au début du XVIIe siècle, la paix en Europe occidentale mène à plusieurs tentatives de colonisation de la côte est de l’Amérique du Nord. Terre-Neuve est réputée pour ses pêches dans plusieurs ports de l’ouest européen. Cependant, les Anglais hésitent à utiliser la colonie pour autre chose que la pêche. Par conséquent, on interdit aux femmes d’aller sur l’île, car on croit que leur présence pourrait inciter les gens à s’y établir de façon permanente. La couronne britannique et leurs marchands préfèrent que la population terre-neuvienne demeure flexible et transitoire. Ils peuvent ainsi utiliser le territoire comme site d’entraînement pour les officiers de la marine. De plus, ils ont peu de responsabilités envers ceux qui visitent l’île et peuvent continuer de profiter de la pêche, qui s’est déjà révélée fort rentable. Bientôt, on réalise que l’établissement d’une colonie pourrait s’avérer encore plus avantageux pour l’industrie de la pêche et on permet éventuellement aux femmes de venir s’y établir. La première colonie est fondée par la London and Bristol Company à Cupers Cove (aujourd’hui Cupids), dans la baie de la Conception, en 1610. Un an plus tard, 40 hommes et 16 femmes débarquent sur l’île pour amorcer la colonisation. En 1618, des marchands de Bristol établissent une deuxième colonie, appelée Bristol’s Hope, à Harbour Grace. En 1621, George Calvert établi des colons à Ferryland, et Carbonear est colonisée au plus tard en 1627. Dans les 50 années suivantes, la colonisation se poursuit et, en 1675, on compte 1655 personnes vivant dans les 31 petits villages de pêche sur la Côte anglaise.

La tradition de nommer le capitaine du premier navire de pêche arrivé au port chaque printemps « amiral » de l’endroit remonte au XVIe siècle. Toutefois, malgré ce que l’on pense généralement, il semblerait que les fonctions de ces « amiraux de la pêche » se limitent à diverses questions de pêche. Dans la première moitié du XVIIe siècle, les différents gouverneurs propriétaires, comme John Guy à Cupids et David Kirke à Ferryland, sont responsables de maintenir l’ordre parmi les colons et, pendant l’interrègne de l’Angleterre (qui n’a pas de roi de 1649 à 1660), le Parlement nomme un commissaire, John Treworgie, pour superviser les affaires de l’île. Cependant, malgré plusieurs pétitions signées par certains des plus éminents colons, la gouvernance de l’île ne suscite que peu d’intérêt de 1660 à 1697.

Certains aspects de la pêche dans le sud-ouest de l’Angleterre ne permettent pas de s’installer sur l’île à longueur d’année, et on instaure des lois dans le but de restreindre cette pêche. En 1675, ceux qui s’opposent à la colonisation persuadent le gouvernement anglais d’ordonner à tous les colons de rentrer au pays. Cependant, John Berry, le commandant naval envoyé pour faire appliquer cette politique, comprend vite que ces tentatives sont vaines et devient un fervent défenseur de la colonisation, soutenant qu’elle constitue un atout pour la pêche et une défense contre les Français. Deux ans plus tard, le Conseil privé anglais donne aux colons le droit de demeurer à Terre-Neuve.

En 1662, la première colonie française de Terre-Neuve s’établit à Placentia. Au cours des vingt années suivantes, d’autres colonies apparaissent et, en 1687, on compte plus de 600 colons français à Terre-Neuve et sur l’île voisine de Saint-Pierre. La guerre entre l’Angleterre et la France éclate en 1689 et se poursuit jusqu’en 1713, malgré un bref répit. C’est pendant ces conflits, connus sous les noms de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et la guerre de Succession d’Espagne, que la question du contrôle de Terre-Neuve est enfin réglée.

Les Français lancent deux campagnes dévastatrices. À l’hiver 1696-1697, une force française et des alliés autochtones, dirigés par Pierre Le Moyne d’Iberville, détruisent presque tous les villages anglais. Cependant, les Français ne réussissent pas à consolider leur victoire : à l’été 1697, les villages sont de nouveau occupés, et une garnison anglaise est établie à St. John’s. À l’hiver et au printemps 1705, une autre force française, dirigée par Jacques Testard de Montigny, détruit une grande partie des colonisations anglaises, mais la victoire est brève et les Anglais reprennent rapidement leur territoire. Malgré les ravages des attaques françaises, le Traité d’Utrecht, signé en 1713, remet Terre-Neuve à l’Angleterre et accorde aux Français des droits de pêche sur la côte française, qui s’étend du cap Bonavista à Point Riche. En 1762, à la fin de la guerre de Sept Ans, les Français prennent brièvement possession de St. John’s, qui leur sert de base pour attaquer d’autres colonisations, mais les Anglais les chassent peu après.

La loi adoptée en 1699 par le roi Guillaume III (Loi de Terre-Neuve) reconnaît les droits des colons, mais ne favorise en rien un gouvernement définitif. Elle confirme plutôt l’autorité des amiraux de pêche et donne aux commandants des navires de la Marine royale qui accompagnent la flotte de pêche anglaise le droit d’agir en tant que juges d’appel. Au cours du XVIIIe siècle, la Marine royale devient la principale autorité judiciaire et politique à Terre-Neuve.

En 1729, on nomme le premier gouverneur naval, le capitaine Henry Osborne. Les gouverneurs navals se rendent à Terre-Neuve au printemps et retournent en Angleterre à l’automne. Afin de maintenir l’ordre le reste de l’année, Osborne crée six districts judiciaires. Des juges de paix et des policiers sont également nommés parmi la population locale. Vingt et un ans plus tard, la première cour d’« oyer et terminer » (entendre et déterminer) est tenue à St. John’s à l’aide d’un jury composé de résidents de la région. En 1776, un bureau de douane est bâti à St. John’s pour réglementer le commerce et enrayer la contrebande. En 1792, on met en place une cour suprême de justice.

Le départ des Français en 1713 stimule la colonisation anglaise, qui s’étend au-delà de la Côte anglaise d’origine. Sur la côte sud, des villages se forment dans la baie St. Mary’s, la baie de Plaisance et la baie de Fortune. D’autres apparaissent au nord-ouest, sur la côte française. L’île Fogo et Twillingate, dans la baie Notre-Dame, sont colonisées en 1728 et en 1732, respectivement.

On ne compte que peu d’Irlandais parmi les premiers colons à Terre-Neuve, qui sont majoritairement des Anglais. Ils arrivent davantage dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il s’agit majoritairement de femmes domestiques, dont la plupart épousent des domestiques et des planteurs de la région. Certains des soldats irlandais stationnés à St. John’s en 1697 s’installent aussi sur l’île. Dans les années 1720, beaucoup de domestiques irlandais arrivent à Terre-Neuve. Ce mélange des cultures du sud-ouest de l’Angleterre et de l’Irlande façonne encore aujourd’hui l’identité de la population de l’île.

En 1775, Terre-Neuve compte près de 12 000 habitants. Bien que la pêche à la morue y reste l’industrie principale, l’augmentation du nombre d’habitants diversifie l’économie : l’exploitation forestière, la construction navale, le trappage, la pêche au saumon et la chasse au phoque finissent par y jouer des rôles plus importants, et de plus en plus d’hommes de métier qualifiés sont nécessaires. Cette période voit également les débuts de la pêche saisonnière entre Terre-Neuve et le Labrador, et des marchands s’établissent sur la côte du Labrador pour collecter des fourrures et profiter de la pêche à la morue, au saumon et au phoque.

La Révolution française (1789-1799) et les guerres napoléoniennes (1799-1815) entraînent des changements drastiques à Terre-Neuve. La pêche anglaise cesse et ne s’en remet jamais vraiment puisque les dangers de la traversée transatlantique augmentent et que beaucoup de pêcheurs du sud-ouest de l’Angleterre doivent se joindre à la Marine anglaise. La multiplication des dangers en mer pousse aussi davantage les gens à rester sur l’île, ce qui fait augmenter la population. La défaite des Français en Espagne en 1811 entraîne la réouverture des marchés de la morue salée-séchée de Terre-Neuve dans le sud de l’Europe, fait exploser l’économie et stimule l’immigration, en particulier en provenance d’Irlande. Lorsque la paix s’installe, en 1815, la population de Terre-Neuve compte plus de 40 000 personnes, et la pêche est fermement contrôlée par ses résidents.

Développement

Dès qu’une importante population permanente est installée, des pétitions pour obtenir une représentation locale accrue et un meilleur gouvernement circulent. Grâce à une campagne de pétitions et de dépliants envoyés aux Britanniques, le Dr William Carson et Patrick Morris réussissent à obtenir un gouvernement représentatif en 1832. Leur objectif : obtenir un gouvernement responsable et un statut de colonie. Ils y parviennent en 1855.

La colonisation progresse tout au cours du XIXe siècle. La production de morue salée est l’activité économique principale, mais on pratique aussi la coupe de bois, l’exploitation minière et l’agriculture. Vers la fin du XIXe siècle, le chemin de fer qui traverse l’île commence à sortir l’intérieur de l’île de son isolement et rend les marchandises et les services accessibles à beaucoup d’endroits auparavant isolés en hiver.

Les représentants de divers gouvernements de Terre-Neuve assistent aux conférences sur la Confédération, mais choisissent de ne pas s’associer aux autres provinces qui forment le Canada, malgré un soutien important du mouvement. En 1904, lors de la révocation des droits de pêche des Français, les côtes nord et sud sont ouvertes à la colonisation.

Jusqu’en 1925 environ, l’économie est basée sur les industries primaires (pêche, exploitation minière, pâtes et papiers). Cependant, les dettes contractées pour la construction du chemin de fer et l’appui à l’égard d’un régiment lors de la Première Guerre mondiale, en plus des effets de la Crise de 1929, entraînent la faillite et la chute du gouvernement. Terre-Neuve doit faire appel à l’Angleterre et redevient une colonie administrée par une Commission de gouvernement.

La situation économique se redresse nettement vers la fin des années 1930, surtout grâce à l’augmentation de la demande pour les produits de l’industrie minière, forestière et de la pêche, mais aussi grâce au regain d’activité provoqué par la construction de bases militaires en prévision de la Deuxième Guerre mondiale. Pendant la guerre, de nombreux jeunes gens s’enrôlent dans les forces armées pour combattre outre-mer, et Terre-Neuve connaît une période de plein emploi. Les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne établissent plusieurs bases militaires, deux grandes bases navales et cinq aéroports à Terre-Neuve. L’aéroport de Gander est le plus grand et le plus important en raison de son rôle de traversier outremer dans le Ferry Command. En 1949, lorsque la Commission de gouvernement est dissoute, Terre-Neuve n’a plus de dettes et enregistre même un surplus de 40 millions de dollars.

Après la Deuxième Guerre mondiale, une convention nationale est élue pour débattre de l’avenir de Terre-Neuve et faire des recommandations. On propose la tenue d’un référendum afin que la population choisisse entre la Commission de gouvernement, la confédération avec le Canada ou un retour au gouvernement responsable avec un statut de dominion. Le référendum n’est pas concluant, sauf sur le fait que les Terre-Neuviens ne veulent pas d’une Commission de gouvernement. Un deuxième référendum comportant le choix de la Confédération ou d’un dominion est alors tenu. Les partisans de la confédération, dirigés par Joseph Smallwood, mènent une chaude lutte contre ceux qui s’y opposent et au final, l’emportent par une mince majorité, soit 52 pour cent contre 48 pour cent. Le 31 mars 1949 à minuit, Terre-Neuve devient une province canadienne et Smallwood est le premier ministre du premier gouvernement provincial.

Pendant les deux décennies suivantes, des changements importants et profonds bouleversent l’économie et le mode de vie des Terre-Neuviens. Une véritable révolution redéfinit l’industrie de la pêche puisque des douzaines d’usines de transformation remplacent l’ancienne méthode familiale de pêche, de salaison et de séchage de la morue qu’on vendait dans les Caraïbes ou dans les régions méditerranéennes. Laissant aux chalutiers le soin de faire la pêche hauturière, les propriétaires d’embarcations de taille réduite se concentrent sur la pêche d’espèces différentes qu’on apporte aux usines afin de les congeler rapidement pour les distribuer sur de nouveaux marchés, surtout aux États-Unis. Le nombre des pêcheurs diminue beaucoup, mais les possibilités de travail dans les usines augmentent.

Les usines de pâtes et papiers de Corner Brook et de Grand Falls intensifient leur production de manière substantielle. Les mines de Buchans, de St. Lawrence et de Wabana fonctionnent à plein régime. De nouvelles industries s’implantent, financées par le gouvernement. Bien que la plupart fassent faillite, y compris une usine de produits de caoutchouc, une autre de cuir et une fabrique de tricots, quelques-unes réussissent, dont une usine de placoplâtre et de ciment à Corner Brook, de panneaux de particules près de St. John’s et une usine de phosphore à Long Harbour, dans la baie de Plaisance. Une immense raffinerie de pétrole est également construite à Come by Chance (1973-1976). L’entreprise n’obtient pas le succès escompté, mais reprend ses activités en 1987. Depuis, elle se spécialise dans l’exportation de pétrole aux États-Unis.

La production des immenses mines de minerai de fer de l’ouest du Labrador débute dans les années 1950. À partir de la Deuxième Guerre mondiale, les petites communautés assistent à l’exode de leur population vers les grandes villes et les lieux de croissance. Comme les possibilités d’emploi sur place diminuent, les habitants dans la force de l’âge partent au rythme de 5000 personnes par année. Ils profitent, pour ce faire, de moyens de transport peu onéreux par voie terrestre, maritime et aérienne et déménagent, pour la plupart, dans le centre ou l’ouest du Canada.

Les récessions économiques de la fin des années 1970 et du début des années 1980 et 1990 sont vivement ressenties à Terre-Neuve, sans comparaison toutefois avec les conditions désespérées de la Crise des années 1930. L’assurance-chômage, la pension de vieillesse, l’assistance sociale et les autres avantages de l’État providence garantissent une vie et des normes de santé décentes.

Le chômage élevé touche plus durement les jeunes. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’économie florissante dans l’ouest du Canada attire beaucoup de gens. Depuis 1997, le budget de la province ne tend plus vers un déficit annuel à long terme grâce à la mine de nickel située à la baie de Voisey, dans le nord du Labrador, et à la production pétrolière en mer. L’augmentation de l’activité économique, en particulier la région métropolitaine de St. John’s, stimule également l’immigration.

Économie

La province est richement dotée en ressources naturelles et l’exploitation périodique de chacune de ces ressources a profité à des producteurs des secteurs primaire et secondaire. L’économie, qui jadis reposait entièrement sur la pêche, s’est diversifiée. D’autres ressources naturelles sont aujourd’hui exploitées, dont le minerai, le pétrole et l’hydroélectricité.

Agriculture

L’agriculture est peu développée à Terre-Neuve-et-Labrador en raison de la pauvreté du sol et des conditions climatiques difficiles. Les terres agricoles de la province ne représentent que un pour cent de la superficie agricole totale du Canada et la moitié de celles-ci se trouvent dans la partie septentrionale des péninsules d’Avalon et de Burin. Il existe néanmoins des îlots où le sol fertile et les conditions permettent la culture de fourrages et la pâture.

En 2012, les légumes les plus cultivés sont la pomme de terre, la carotte, lerutabaga et le chou. La culture des fruits, soit du bleuet, de la fraise et de la canneberge, est également importante. Entre 2006 et 2011, la quantité de terre agricole destinée à la culture de canneberges augmente de 850 pour cent.

Exploitation minière

Les minéraux sont l’une des plus importantes ressources naturelles de Terre-Neuve-et-Labrador. La province exploite, notamment, le minerai de fer, le nickel, le cuivre, le zinc, l’or, les granulats, le cobalt, l’argent, la dolomite, le calcaire, la tourbe et la pyrophyllite. Le minerai de fer représente à lui seul plus de la moitié de la valeur économique de l’industrie, suivi par le nickel et le cuivre. La valeur totale des expéditions de minerai est de 4,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 22 pour cent par rapport à 2010. Ceci est en grande partie dû aux prix et aux niveaux de production.

Énergie

L’énergie est la ressource la plus exportée de Terre-Neuve et du Labrador. En fait, la province n’utilise qu’une fraction de l’énergie qu’elle produit et exploite à peine son potentiel énergétique. L’électricité est produite par deux compagnies : Newfoundland Power et Newfoundland and Labrador Hydro. La province possède plusieurs centrales hydroélectriques, dont la plus importante est celle de Churchill Falls. Celle-ci a une puissance de 5400 mégawatts (MW), ce qui en fait la deuxième plus puissante centrale hydroélectrique en Amérique du Nord, tout juste derrière la centrale Robert Bourassa, au Québec. En 2012, le gouvernement provincial approuve le projet hydroélectrique du bas Churchill, projet qui prévoit la construction de deux centrales au Labrador : Une à Muskrat Falls et l’autre à Gull Island. Ce projet permettra d’exploiter la meilleure source d’hydroélectricité non aménagée en Amérique du Nord. Sa capacité de production totale est évaluée à 3000 MW.

Pour ce qui est du pétrole, trois champs pétroliers extracôtiers sont en production : Hibernia, Terra Nova et White Rose. Un quatrième, Hebron, est au stade de la planification. La production devrait débuter en 2017. En 2010, ces projets extracôtiers génèrent environ 10 pour cent de la production de pétrole brut du Canada.

En 1983 et en 1984, la Cour suprême de Terre-Neuve et celle du Canada déclarent que les ressources en mer (particulièrement le champ de pétrole Hibernia) appartiennent au gouvernement fédéral. Toutefois, le 11 février 1985, un accord signé entre le gouvernement de Terre-Neuve et le nouveau gouvernement conservateur fédéral (l’Accord atlantique) donne à Ottawa et à St. John’s un droit de regard conjoint sur la gestion du pétrole et du gaz exploités en mer et permet à la province de taxer les ressources comme si elles se trouvaient sur ses terres.

Exploitation forestière

Les forêts de Terre-Neuve et du Labrador sont très substantielles. En 2011, la province compte 10 730 hectares de terres forestières, dont 26 pour cent sont réservées à des fins de récolte. L’industrie forestière emploie, de façon directe ou indirecte, 5500 personnes en 2009 et est évaluée à 250 millions de dollars.

Pêche

Après la découverte de l’île vers 1497, la pêche à la morue constitue sa principale ressource pendant près de 400 ans, jusqu’à ce qu’on commence à exploiter les ressources forestières et minérales. Avant 1930, l’industrie de la pêche repose essentiellement sur la production de la morue salée et séchée au soleil. Les progrès dans la congélation rapide et dans la capacité de transport des produits congelés par bateaux jusqu’aux points de vente changent radicalement l’industrie. Petit à petit, la production et les ventes de morue salée diminuent au profit de la morue congelée et d’autres espèces, dont le turbot, la plie et le sébaste. Le marché lui-même se diversifie, et les États-Unis deviennent les principaux acheteurs.

Les changements qui surviennent à partir de 1930 dans le domaine de la pêche créent de l’emploi dans les usines de transformation et provoquent une diminution du nombre de pêcheurs. En plusieurs endroits, le long de la côte, les pêcheurs parviennent à augmenter leurs revenus saisonniers en pêchant le homard, le saumon, le capelan, le hareng, le maquereau, le calmar, l’anguille, le pétoncle et le crabe. Le 2 juillet 1992, le gouvernement fédéral impose un moratoire total touchant la pêche de la morue du Nord afin de protéger les stocks après des années de surpêche. En compensation, 25 570 pêcheurs sans emploi reçoivent de 250 à 400 dollars par semaine. Ce programme prend fin en mai 1999.

Aujourd’hui, l’industrie se concentre principalement sur les mollusques et les crustacés. En 2012, la valeur totale des débarquements de poisson, c’est-à-dire les poissons pêchés au large de la province, est d’environ 575 millions de dollars, dont 83 pour cent provient de la pêche aux mollusques et crustacés. Le crabe des neiges est l’espèce la plus rentable de cette catégorie, suivi par la crevette et le mactre de l’Atlantique. Les poissons de fond, tels que le turbot, morue et la limande à queue jaune, est également abondant dans les eaux de la province, tout comme les poissons pélagiques, tels que le hareng et le maquereau. La chasse au phoque génère également quelques revenus (moins de 1 pour cent de la valeur annuelle des débarquements en 2012).

Industrie

Les plus importantes activités industrielles gravitent autour des matières premières locales, notamment les usines de transformation du poisson. Le tourisme contribue aussi de façon significative à l’économie. En 2012, plus de 504 400 touristes ont visité la province. Il s’agit d’une augmentation de près de 10 pour cent par rapport aux chiffres de 2011.

Transport

Au début de la colonie, tout le transport se faisait par bateaux ou, en hiver, dans le nord, par attelages de chiens. Puis les chemins de fer, les routes et enfin les aéroports sont arrivés et ont facilité les déplacements. Le chemin de fer de l’île, allant de St. John’s à Channel-Port aux Basques, est inauguré vers 1880 et des lignes secondaires se développent rapidement pour desservir Argentia (dans la baie de Plaisance), Bay de Verde (dans la baie de la Conception), Trepassey (dans le sud de la péninsule d’Avalon) et Bonavista. Plus tard, on construit des lignes vers Lewisporte, situé dans la baie des Exploits, et vers Stephenville. La ligne, exploitée plus tard par le CN, est étroite et le train est rudimentaire, mais elle constitue un apport essentiel au développement de l’île pendant la première moitié du XXe siècle. Le chemin de fer est complètement abandonné en septembre 1988.

Jusqu’en 1949, le réseau routier est rudimentaire. Les routes locales sont étroites et généralement non asphaltées. À partir des années 1950, un programme continu de construction et d’amélioration des routes permet d’agrandir le réseau routier qui est maintenant en grande partie asphalté et comprend la route transcanadienne entre St. John’s et Channel-Port aux Basques. Quelques îles éloignées de la côte, comme Fogo, Ramea, Bell et les îles de Little Bay, ont un service de traversier. Plusieurs îles importantes, dont Random, Twillingate et Greenspond, sont maintenant reliées entre elles par des ponts-jetées. Les communautés du Labrador sont reliées entre elles par la route translabradorienne.

Il existe également des services de traversier intra-provinciaux, dont un qui relie Terre-Neuve à la partie continentale du Labrador, un autre entre Port Aux Basques à Sydney, en Nouvelle-Écosse, et un dernier qui relie Fortune à Saint-Pierre et Miquelon.

L’aviation de brousse joue un rôle important à Terre-Neuve-et-Labrador depuis les années 1920 et quelques endroits isolés dépendent encore des services de petits hydravions ou d’hélicoptères pour la distribution du courrier ou pour les urgences.

La province possède huit aéroports locaux (situés à St. John’s, Gander, Deer Lake, Stephenville, Happy Valley-Goose Bay, St. Anthony, Churchill Falls et Wabush). Elle possède également 13 pistes d’atterrissage communautaires au Labrador. Terre-Neuve de son côté, en compte huit. Ces différents points sont desservis par des compagnies aériennes locales et nationales selon un horaire régulier.

La situation géographique stratégique de Terre-Neuve-et-Labrador en a fait un point idéal pour les premières tentatives de traversée de l’Atlantique par avion. Les 14 et 15 juin 1919, Alcock et Brown réussissent le premier vol de St. John’s à Clifton, en Irlande, à bord d’un biplan bimoteur. Par la suite, de nombreuses traversées sont effectuées à partir de Terre-Neuve dans les années 1920 et 1930, mais surtout pendant la Deuxième Guerre mondiale, lorsqu’un véritable pont aérien de bombardiers est établi entre Gander et l’Angleterre (voir Ferry Command). Un service d’hydravion dessert aussi Botwood et, avant l’arrivée des avions à réaction, un service aérien transatlantique régulier passe par Gander. Cet aéroport est encore utilisé comme carrefour international pour les avions transportant des marchandises et des passagers vers différentes régions éloignées du monde.

Gouvernement et politique

Gouvernement provincial

L’Assemblée législative provinciale de Terre-Neuve-et-Labrador (officiellement appelée la Chambre d’assemblée) compte 48 sièges. Comme pour les autres provinces, ce modèle s’appuie sur le système parlementaire britannique et des élections générales sont déclenchées tous les quatre ans. Le lieutenant-gouverneur est le chef officiel du gouvernement et le représentant de la Couronne. Il est nommé par le premier ministre pour un mandat d’au moins cinq ans. (Voir Lieutenants-gouverneurs de Terre-Neuve-et-Labrador).

Le premier ministre provincial et chef véritable du gouvernement est le chef du parti qui détient la majorité des sièges à l’Assemblée. Le Cabinet est formé de tous les ministres choisis par le premier ministre au sein des élus de son parti. Les domaines de compétence fédérale et provinciale sont fixés dans la Loi constitutionnelle de 1867.

Considéré à l’origine comme un simple poste de pêche, Terre-Neuve-et-Labrador était au départ assujetti au droit maritime britannique. La Loi de Terre-Neuve, décrétée en 1699, confère au territoire son premier gouvernement et marque le début de l’établissement permanent. Toutefois, malgré une population grandissante et diversifiée, le droit maritime britannique est maintenu dans la région.

1832 marque l’avènement d’un gouvernement représentatif à Terre-Neuve-et-Labrador. Celui-ci est dirigé en grande partie par un gouverneur et un conseiller nommés par le gouvernement britannique. La Chambre d’assemblée est élue par le peuple lors d’un scrutin public. Les lois doivent être approuvées par les deux chambres. En 1855, à la demande du peuple, un gouvernement responsable, basé sur le système parlementaire britannique, remplace l’impossible forme de gouvernement précédente.

En 1934, en raison de la grande dépression, le « Dominion » endetté revient à son statut de colonie britannique et est gouverné par une commission composée d’un gouverneur, de trois commissaires britanniques et de trois Terre-Neuviens, tous nommés par le gouvernement britannique.

De 1832 à 1933, aucun parti politique ayant une vision idéologique bien définie ne s’impose. Les partis libéraux, conservateurs ou « du peuple » ne sont que des coalitions mal structurées, représentées par des individus ou des groupes d’intérêt particulier. La religion, l’appartenance ethnique et le statut social sont des facteurs déterminants à cette époque. Par exemple, le Parti libéral catholique, au milieu des années 1800, se consacre à la défense des intérêts de la communauté irlandaise de l’île. Les partis forment des coalitions sur des questions telles que la Confédération canadienne, la construction d’un chemin de fer et les intérêts des pêcheurs opposés à ceux des marchands de poisson.

La campagne pour l’entrée dans la Confédération est couronnée de succès en 1949. Elle est menée par Joseph R. Smallwood, journaliste, personnalité de la radio et homme d’affaires. Il faut deux référendums pour que Terre-Neuve fasse partie du Canada, et elle y entre par une faible majorité. Un lieutenant-gouverneur est nommé et Smallwood est mandaté pour former un gouvernement intérimaire. À la première élection générale de la nouvelle province, la première depuis 1932, les libéraux de Smallwood obtiennent 22 sièges, les conservateurs, cinq, et un indépendant est élu. Ce résultat reflète non seulement l’opposition des ports et de St. John’s, mais aussi celle des défenseurs et des détracteurs de la Confédération.

Les libéraux de Smallwood ont continué de dominer la scène politique terre-neuvienne pendant les années 1950 et 1960. Des conflits entre le premier ministre et quelques ministres influents de même qu’une mauvaise presse affaiblissent le gouvernement, et les libéraux sont défaits en 1972. Le Parti conservateur prend la direction de la province, sous la gouverne de Frank Moores. En 1979, Brian Peckford, l’ancien ministre des Mines et de l’Énergie, succède à Moores à la direction du parti.

L’élection de 1982 se solde par un balayage des conservateurs, qui remportent 44 des 52 sièges de la législature. Les libéraux remportent les huit autres. En 1985, Peckford gagne de nouveau avec une majorité moins forte, obtenant 36 sièges. Les libéraux en remportent 15 et le premier néo-démocrate de l’histoire de Terre-Neuve est élu. Au début des années 1980, les relations entre le gouvernement fédéral et celui de Terre-Neuve sont tendues en raison des dissensions sur la propriété des ressources pétrolières, la vente de l’hydroélectricité du Labrador et la restructuration de l’industrie de la pêche dans l’Atlantique Nord.

Un changement de gouvernement à Ottawa mène à l’instauration de relations nettement meilleures entre Terre-Neuve et le fédéral. Vers la fin de 1987, au moment où certaines provinces sont indécises au sujet de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, Peckford donne un soutien clé aux projets du gouvernement Mulroney. Le premier ministre terre-neuvien est aussi un important défenseur de l’Accord du lac Meech. On estime en grande partie que son soutien à cet accord est l’élément déclencheur de la négociation avec Ottawa sur le mégaprojet Hibernia de forage en mer. En 1989, Tom Rideout succède à Peckford comme premier ministre, mais perd le pouvoir la même année aux mains de libéraux plus dynamiques sous la direction de Clyde Wells.

Contrairement à ses prédécesseurs, Wells est fermement opposé à l’Accord du lac Meech (voir Accord du lac Meech : document) et annule la ratification de Terre-Neuve. Sa position sur la réforme constitutionnelle est un peu plus modérée au cours du débat sur l’Accord de Charlottetown (voir Accord de Charlottetown : document). Il se fait le porte-parole d’une réforme du Sénat selon la proposition « des trois e », qui devient l’élément clé de l’Accord de Charlottetown.

Wells est l’un des rares premiers ministres qui convainc sa province de voter en faveur de cette dernière entente lors du référendum de 1992, mais l’entente est rejetée. Wells obtient un nouveau mandat en 1993 après avoir fait campagne pour équilibrer le budget de la province. Il réussit en partie à limiter la dette et le déficit de la province, malgré la ferme opposition des syndicats. Toutefois, la ruine de l’industrie de la pêche dans l’Atlantique accroît les difficultés financières de la province. Le successeur de Wells, un ancien ministre du Cabinet fédéral, Brian Tobin, déclare que les nouveaux revenus des projets Hibernia et Voisey Bay devraient jouer un rôle clé dans l’amélioration de l’économie de la province.

Roger Grimes est élu premier ministre en 2001, mais son mandat est relativement court. Il est suivi par le chef du Parti progressiste-conservateur Danny Williams, qui dirige la province de 2003 à 2010. Réputé pour son esprit pugnace, William entreprend un bras de fer avec les pétrolières pour que sa province obtienne une plus grande partie des revenus provenant des champs pétroliers. Malgré quelques prises de bec avec le gouvernement fédéral à ce sujet, Williams finit par obtenir des revenus pétroliers pour Terre-Neuve-et-Labrador. En 2008, il annonce que la province, pour la première fois de son histoire, cesserait de recevoir des paiements de péréquation.

Kathy Dunderdale, également membre du Parti progressiste-conservateur, devient la 10e première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Elle est assermentée le 3 décembre 2010. Elle est la première femme à être Première ministre de la province et la deuxième femme à diriger un gouvernement provincial au Canada. En 2014, après un mandat de quatre ans, Dunderdale quitte ses fonctions. Le ministre des Finances Tom Marshall lui succède par intérim.

Le 26 septembre 2014, à la suite du départ de Marshall, Paul Davis est assermenté et devient le 12e premier ministre de la province. Davis, un ancien membre du cabinet, a été choisi comme nouveau chef du Parti progressiste-conservateur à l’issue d’une course à la chefferie qui s’est tenu plus tôt en septembre.

Voir Premiers ministres de Terre-Neuve-et-Labrador.

Système judiciaire

Le système judiciaire provincial de Terre-Neuve-et-Labrador comprend la Cour suprême de la province (constituée de la Cour d’appel, de la Section de première instance et d’un tribunal unifié de la famille) et de la Cour provinciale pour les instructions préliminaires concernant toutes les infractions criminelles et les infractions réglementaires. La Cour suprême compte six emplacements : St John’s, Grand Bank, Gander, Grand Falls-Windsor, Corner Brook et Happy Valley-Goose Bay. La Cour provinciale, elle, compte 10 districts judiciaires et siège « en circuit » dans 22 autres lieux.

Représentation fédérale

Selon les modalités inscrites lors de l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949, la province est représentée par six députés (sept par la suite) et six sénateurs. Il est de tradition qu’au moins un de ces députés fasse partie du Cabinet, mais en général, la représentation de la province est faible et, par conséquent, son influence est restreinte sur le plan des décisions d’intérêt national.

Finances publiques

Les Terre-Neuviens connaissent le taux d’imposition provincial le plus élevé au Canada jusqu’en avril 1997, moment où la taxe de vente harmonisée (TVH) entre en vigueur. Ce niveau élevé de taxation ne suffit pas et la province reçoit en plus environ la moitié de ses revenus du gouvernement fédéral sous forme de paiements de transfert et de paiements de péréquation. Aujourd’hui, grâce aux revenus tirés de l’activité pétrolière, la province ne reçoit plus de paiements de péréquation. En 2012-2013, la province reçoit 632 millions de dollars en transferts fédéraux, soit 8 pour cent des revenus engrangés par le gouvernement provincial durant l’année.

Gouvernement municipal

Historiquement, le gouvernement municipal à Terre-Neuve-et-Labrador offre peu de ressemblance avec ceux qu’on retrouve ailleurs au Canada. L’isolement de la province empêche la subdivision en comtés et en districts et retarde généralement la mise en place de gouvernements municipaux. St. John’s, la première municipalité, est constituée en ville en 1888 et reçoit sa charte en 1921.

Les autres grands centres établissent leurs gouvernements municipaux beaucoup plus tard. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que cela devient courant, et St. John’s est restée la seule ville constituée à Terre-Neuve jusqu’en 1938.

Aujourd’hui, la province compte 282 municipalités et 182 districts de services locaux, lesquels représentent les intérêts des groupes de communautés. Santé [H3]

Le système des soins de santé repose sur le régime des petits hôpitaux de campagne (cottage hospital system) et les établissements de l’International Grenfell Association. Le régime des petits hôpitaux de campagne, institué par une commission gouvernementale en 1936, est conçu pour donner aux résidents des villages isolés des services de santé de grande qualité. De petits hôpitaux existent dans les principaux centres de l’île, mais leur nombre diminue en faveur des hôpitaux régionaux plus importants. Dans les régions du nord, particulièrement sur les côtes du Labrador, les soins sont dispensés dans les établissements de l’International Grenfell Association, dont le bureau central est à St. Anthony. Cette association est fondée par sir Wilfred GRENFELL au début des années 1900. En 1981, l’Association lègue à la province tous ses avoirs, y compris ses hôpitaux, ses postes infirmiers, son matériel médical et ses terres consacrés aux soins de santé.

L’hôpital général de St. John’s est le plus grand et le mieux équipé des hôpitaux de l’île. Il est affilié au Health Science Centre situé sur le campus de l’Université Memorial, qui possède aussi une faculté de médecine et une école de sciences infirmières. En vertu de la Loi sur les soins médicaux de 1969, la majorité des soins de santé sont gratuits pour tous les résidents de la province.

Éducation

Les premières écoles de Terre-Neuve-et-Labrador sont mises sur pied par un mouvement missionnaire de l’Église anglicane appelé « Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts » (SPG), qui fonde une école à Bonavista dans les années 1720. Plus tard, au XVIIIe siècle, cette même société ouvre des écoles à St. John’s et dans plusieurs grands ports. On y admet, semble-t-il, des enfants de toutes religions. Au début du XIXe siècle, plusieurs écoles sont ouvertes, dont la principale est tenue par la Newfoundland School Society. Fondée en 1823, cette société a pour but l’instruction des enfants pauvres. Au début des années 1840, elle compte des écoles non confessionnelles dans plusieurs villes et ports de l’île.

La Loi sur l’éducation de 1836 représente la première intervention directe du gouvernement dans ce domaine. Des fonds sont distribués aux sociétés qui s’occupent de promouvoir l’éducation et des conseils scolaires non confessionnels voient le jour. En 1843, les subventions à l’éducation ont plus que doublé et sont divisées entre les conseils scolaires catholiques et protestants. Les subventions aux écoles protestantes sont plus tard partagées entre plusieurs confessions de souche protestante. Après la Confédération, on fusionne plusieurs réseaux scolaires protestants, mais l’éducation subventionnée par le gouvernement et administrée par l’Église existe encore aujourd’hui. Le système d’éducation confessionnel est protégé par les Conditions de l’union de Terre-Neuve au Canada de 1948.

Mis à part quelques petites institutions privées, les 268 écoles de Terre-Neuve-et-Labrador sont administrées par cinq conseils scolaires dont l’un d’eux, le Conseil scolaire francophone, couvre l’ensemble de la province. Ceux-ci ont pour principale responsabilité de distribuer les fonds gouvernementaux et d’établir le programme d’éducation religieuse.

Les décisions de principe relèvent du ministère de l’Éducation. En 2011-2012, la province compte 67 933 élèves de la maternelle à la 12e année. Cela représente une diminution de 22 pour cent par rapport au nombre d’inscriptions d’il y a 10 ans (86 898 étudiants étaient inscrits en 2001-2002).

L’Université Memorial de Terre-Neuve, fondée en 1925 sous le nom de Memorial University College, devient la seule université de la province en vertu d’une loi spéciale, The House of Assembly Act, votée par la Chambre d’assemblée en 1949. Elle est située dans la banlieue de St. John’s. Sir Wilfred Grenfell College, établissement fondé en 1975 et qui décerne ses propres diplômes universitaires, est situé sur le campus de l’Université Memorial à Corner Brook, sur la côte ouest. Le Fisheries and Marine Institute, à St. John’s, est affilié à l’Université Memorial depuis 1992. Parmi les autres institutions post-secondaires se trouve le Collège de l’Atlantique Nord, ainsi que 26 autres collèges spécialisés dans les arts appliqués, la technologie et l’éducation permanente.

Vie culturelle

Les ancêtres de la plupart des habitants de Terre-Neuve-et-Labrador sont venus du sud-est de l’Irlande et du sud-ouest de l’Angleterre et ont apporté avec eux une culture distincte et durable. Ce patrimoine, forgé par des siècles d’un mode de vie maritime et par l’isolement insulaire, produit une culture particulière et dynamique qui s’exprime dans les dialectes, l’artisanat, les traditions, l’art culinaire, la musique et la littérature.

Arts

De nombreux artistes de Terre-Neuve-et-Labrador orientent leur art vers des formes propres à leur province et à leur région, dont ils s’inspirent, sans toutefois ignorer les techniques ou les courants artistiques internationaux. Parmi eux, citons le poète E.J. Pratt, les peintres David Blackwood, Christopher et Mary Pratt, la troupe de théâtre Mummers Troupe (voir Mumming), les romanciers Margaret Duley et Wayne Johnston et le journaliste Ray Guy. La troupe d’humoristes CODCO, composée de Andy Jones, Cathy Jones, Bob Joy, Greg Malone, Diane Olsen, Tommy Sexton et Mary Walsh, fait fureur avec son sens de l’humour typiquement terre-neuvien. Elle inspire toute une génération d’humoristes et de satiristes politiques, dont Rick Mercer, Mark Critch et Shawn Majumder.

Le cinéaste William MacGillivray, membre fondateur de la Coopérative des cinéastes de l’Atlantique, est réputé pour ses nombreux films primés qui explorent la relation entre l’art et la vie, dont son documentaire intitulé The Man of a Thousand Songs (2010), qui dépeint la vie du chanteur folk terre-neuvien Ron Hynes. Hynes, l’un des auteurs-compositeurs les plus appréciés au Canada, fait ses débuts au cinéma en interprétant le rôle du légendaire chansonnier terre-neuvien Johnny Burke. Les chansons de Hynes ont été reprises par plusieurs autres artistes locaux, dont le groupe The Irish Descendants qui, grâce au succès de l’album Great Big Sea, certifié multi-platine, a contribué à la popularité de la musique traditionnelle des Maritimes au Canada dans les années 1990.

La musique folk et celtique fait partie de l’ADN culturel des terre-neuviens, comme en font foi plusieurs musiciens, dont Émile Benoit, Rufus Guinchard, Dick Nolan, Harry Hibbs, Omar Blondahl et Kelly Russell, ainsi que les groupes Figgy Duff, le Wonderful Grand Band et Rawlins Cross. Parmi les autres artistes connus, notons les musiciens Ignatius Rumboldt et Arthur Scammell.

Communications

Le premier journal publié à Terre-Neuve est l’hebdomadaire de St. John’s, le Royal Gazette, fondé en 1807. Dans les années 1830, il existe déjà plusieurs hebdomadaires et bimensuels à St. John’s et dans les principaux ports. Très politisés, ils sont le reflet des tensions politiques, religieuses et sociales qui marquent périodiquement la vie à Terre-Neuve au XIXe siècle; ils les enflamment peut-être d’ailleurs. Parmi les premiers quotidiens de la province, on trouve le Daily News de St. John’s et le Newfoundland Journal of Commerce (1860), le Morning Chronicle (1862), l’Evening Telegram de St. John’s (1879) et des journaux éphémères, notamment le Free Press and Daily Advertiser (1877) de St. John’s et le Daily Ledger (1879).

Aujourd’hui, la province compte trois quotidiens : le Telegram, le Western Star et le Independent. 14 journaux régionaux sont également publiés, dont un en français : le Gaboteur.

La première station radiophonique publique de St. John’s naît dans les années 1920 et, dans les années 1930, toute l’île peut en capter les émissions. La Société Radio-Canada dessert l’île depuis avril 1949 et ses émissions FM y sont diffusées depuis 1975. La première station de télévision, CJON, entre en ondes en 1955. D’abord affiliée à Radio-Canada, elle s’associe, en 1964, au réseau national CTV, après l’ouverture par Radio-Canada de ses propres studios à St. John’s. La câblodistribution arrive sur l’île en 1977. Le câblodistributeur le plus important est Cable Atlantic, qui possède des stations à Corner Brook, à Gander, à Grand Falls-Windsor, à Port aux Basques et à St. John’s.

Lieux historiques

Le gouvernement fédéral contribue largement à l’établissement et à l’entretien des lieux historiques de Terre-Neuve-et-Labrador. Plusieurs parcs historiques nationaux rappellent le passé riche et mouvementé de la province. Signal Hill surplombe le port de St. John’s, théâtre de l’une des dernières batailles entre Français et Anglais en Amérique du Nord. Castle Hill, près de Placentia, commémore la présence des pêcheurs et des militaires français sur l’île. Le cap Spear, site de l’un des derniers phares canadiens, est le point le plus à l’est de l’Amérique du Nord. Port au Choix est le lieu d’anciennes cultures maritimes et autochtones. Enfin, L’Anse aux Meadows est l’unique site viking attesté en Amérique du Nord. L’endroit est désigné comme site du patrimoine mondial des Nations Unies en 1978. Le site archéologique des Basques et de la pêche à la baleine, situé à Red Bay, au Labrador, présente le seul baleinier du XVIe siècle entièrement conservé.