Synagogues

Selon la définition du droit canonique judaïque, une synagogue est n'importe quel endroit où dix hommes peuvent se réunir pour prier et étudier. Selon la tradition, les synagogues sont apparues parce qu'on avait besoin de lieux de culte, en plus du temple, pour les personnes incapables de se rendre à Jérusalem. L'absence de rites sacrificiels, l'essor des enseignements rabbiniques et la cérémonie de lecture de la Torah dans les synagogues ont donné à ces institutions une réputation unique qui, peu après la destruction du second temple au cours de l'année 70 de notre ère, leur a permis de devenir le cénacle des cérémonies religieuses juives.

Afin de saisir l'architecture du sanctuaire, il est d'abord nécessaire de connaître les éléments clés et les traditions qui l'ont façonné. Le sanctuaire est formé de deux éléments essentiels : la bimah, qui consiste en une plate-forme sur laquelle on lit la Torah pour la congrégation, et l'aron kodesh (arche) où sont rangés les rouleaux de la Torah. L'aron kodesh est souvent incorporé dans l'architecture du sanctuaire, mais peut parfois être un coffret indépendant. En général, il se trouve sur le mur situé à l'est, car les fidèles prient dans cette direction, vers Jérusalem.

La relation entre ces deux éléments (bimah et aron kodesh) détermine l'architecture de la synagogue. À l'origine, la bimah était toujours placée au centre de la pièce et une allée menait tout droit à l'aron kodesh. Ce chemin direct entre les deux était utilisé durant la cérémonie. Le rituel consistant à prendre les rouleaux de la Torah de l'aron kodesh, à les transporter jusqu'à la bimah pour les lire, puis les replacer ensuite dans l'arche était un élément élaboré du service qui se pratiquait aussi bien dans les synagogues de l'Europe de l'Est (ashkénazes) que du Moyen-Orient (séfarades). Cependant, au fil du temps, et surtout en raison du mouvement de réforme du début du XIXe siècle, la disposition de ces éléments permettant ce rituel a été légèrement modifiée. Bien qu'elle existe encore dans nombre de synagogues traditionnelles, dans d'autres, les congrégations ont placé la bimah et l'aron kodesh côte à côte sur la même plate-forme le long du mur est. Ce changement a en partie diminué la tension intrinsèque entre les deux éléments et compromis le mouvement rituel entre eux.

D'autres traditions ont eu un effet tangible sur l'architecture de la synagogue. Par exemple, la coutume qui voulait que les hommes et les femmes soient séparés a conduit à la construction, sur les côtés de la pièce, de balcons ou de bancs surélevés réservés aux femmes. (Remarque : cette règle ne s'applique plus dans les congrégations des conservateurs, réformés et reconstructionnistes.)

En conformité avec le commandement : « Tu ne feras aucune image sculptée », les représentations des formes humaines sont interdites. L'ornementation est donc essentiellement composée de symboles (étoile de David, signes du zodiaque ou formes naturelles).

En raison des persécutions en Europe, les synagogues ont en général une façade plutôt modeste. C'était en fait une exigence établie par la loi. Souvent, le bâtiment et sa cour étaient cachés derrière un mur haut et sobre.

Vers la fin du XVIIIe siècle, période de construction des premières synagogues au Canada, est apparu un dilemme d'ordre stylistique : quel devait être le style adéquat pour un lieu de prière juif? Les styles néoclassiques et gothiques ne pouvaient pas être adoptés puisque réputés « chrétiens ». Toutefois, la résurgence d'un style du Moyen-Orient, tel que l'égyptien ou le maure, n'avait pas une telle connotation. Il était plutôt vu comme un lien avec la terre sainte. Ces deux styles ont donc été privilégiés durant tout le XIXe siècle.

Première congrégation au Canada

En 1768, après la conquête, la Shearith Israël, première congrégation au Canada, naît à Montréal lorsque les Juifs sont autorisés à s'installer au Québec. Neuf ans plus tard, la congrégation construit son premier édifice rue Chenneville (maintenant Chêneville), dans le faubourg Saint-Laurent, juste à l'extérieur de la cité fortifiée. En 1839, dans l'ouvrage de Newton Bosworth Hochelaga Depicta, apparaît un cliché intitulé Synagogue juive accompagné du texte suivant : « ... La synagogue... est un bel exemple du style d'architecture égyptien. La façade est faite de pierre taillée et enjolivée d'un superbe portique soutenu par deux colonnes. Cette synagogue est la seule en Amérique du Nord britannique... » (traduction libre)

Cet édifice demeure le seul lieu de culte judaïque officiel à Montréal jusqu'en 1846, année où des Juifs allemands, polonais et anglais y fondent ce qui deviendra la congrégation Sha'ar Hashomayim (Portes du paradis). La synagogue est d'abord établie rue De Bullion, en 1859.

L'établissement de deux synagogues dans une ville relativement petite démontre les différences liturgiques et de coutumes parmi les deux principaux groupes d'immigrés juifs : les séfarades, en provenance d'Angleterre, mais originaires d'Espagne et du Moyen-Orient, et les ashkenazes, qui commencent à affluer de l'Europe de l'Est.

À la fin des années 1870, d'autres congrégations voient le jour à Victoria, Winnipeg, Toronto, Hamilton, Montréal, Trois-Rivières et Québec. Le temple Emanu-el de Victoria, datant de 1863, est la seule synagogue qui subsiste de cette époque. Elle est fréquentée par la communauté juive depuis sa construction. L'édifice compte deux étages et est construit en briques d'argile; d'inspiration romane, il comporte un encorbellement sous les avant-toits et les pignons. Les vitraux présentent des motifs géométriques simples. La façade principale se distingue par un vitrail proéminent et circulaire en forme de rosace. Le sanctuaire occupe la quasi-totalité de l'espace intérieur; les hommes s'assoient au rez-de-chaussée, autour d'une bimah centrale. Sur le mur est, l'aron kodesh fait saillie à l'extérieur du bâtiment carré. Au premier étage se trouve la galerie des femmes, en forme de U, ce qui ménage un espace central de double hauteur entre le mur est et la bimah. L'espace central est en outre rehaussé par un plafond voûté.

Du milieu du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale

À plusieurs égards, cette typologie caractérise l'architecture des synagogues construites au Canada entre le milieu du XIXe siècle et le début de la Seconde Guerre mondiale. Ordinairement, la façade combine des particularités vernaculaires locales avec des éléments revivalistes censés refléter idéalement l'image d'une synagogue. Le temple Emanu-el de Victoria illustre le plan traditionnel du sanctuaire.

En 1887, la congrégation Shearith Israel de Montréal fait construire sa nouvelle synagogue rue Stanley, selon un style qualifié de « judéo-égyptien » - caractérisé par un temple couronné d'un imposant fronton. En effet, même si la composition s'inspire d'une architecture classique, les détails rappellent l'Égypte ancienne. Ce style mixte est également présent dans la deuxième synagogue Shaar Hashomayim (1885) de la rue McGill, à Montréal, et la première synagogue torontoise Holy Blossom, construite en 1897, qui conjuguent toutes les deux l'artisanat local de la pierre finement ciselée avec l'influence byzantine.

Les premières vagues importantes d'immigration de Juifs de l'Europe de l'Est se produisent autour du début du XXe siècle (plus ou moins dix ans). Une grande majorité d'entre eux sont attirés par les villes, dotées de plus grandes possibilités économiques et d'une vie sociale florissante. Cependant, plusieurs s'installent aussi dans les provinces des Prairies et dans les régions situées à l'extérieur des centres urbains. On y construit des lieux de culte de nature plus provisoire que ceux des villes.

Édifices remaniés

Jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, les synagogues canadiennes demeurent essentiellement des lieux de culte, mais elles abritent bientôt d'autres activités communautaires qui entraînent leur transformation architecturale. Ainsi, le temple Emanu-el de Montréal, construit en 1911 et agrandi en 1922, est une des premières synagogues au Canada où l'on professe le culte réformé. Le plan cruciforme et les détails romans du bâtiment pourraient faire croire, à tort, qu'il s'agit d'une église. Les membres fondateurs prévoyaient y tenir d'autres activités éducatives et sociales et accueillir des groupes auxiliaires. Aussi, conformément au culte réformé, le sanctuaire de type auditorium comprend des places destinées autant aux hommes qu'aux femmes. (Un incendie a détruit cette synagogue.)

En 1921, la congrégation montréalaise Sha'ar Hashomayim achète un terrain à l'intersection du chemin de la Côte-Saint-Antoine et de l'avenue Kensington. Melville Miller est l'architecte de la nouvelle synagogue, que certains comparent à une cathédrale. Les façades se composent de briques vitrifiées grises et de pierres de grès, tandis que les petites coupoles mauresques évoquent un « orientalisme mystique ». Dans le sanctuaire, surmonté d'un plafond à caissons et où la bimah côtoie l'aron kodesh, les femmes s'assoient à l'écart des hommes dans deux galeries latérales plutôt qu'au premier étage.

Dernières innovations majeures

En 1938, la construction du temple Holy Blossom par Chapman et Oxley avec Maurice D. Klein, sur la rue Bathurst à Toronto, donne lieu aux dernières innovations importantes dans l'architecture religieuse juive antérieure à la période moderne (après la Seconde Guerre mondiale). Mentionnons notamment une planification de type campus comprenant une aire de stationnement ainsi que l'utilisation de matériaux modernes. Bien que le nouveau sanctuaire de cette synagogue s'inspire en grande partie du temple Emanu-el de New York, construit en pierre dix ans plus tôt, cet édifice est fait de béton armé, de la structure à la finition des surfaces.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs rescapés de l'holocauste arrivent au Canada. Au lieu de s'établir dans les quartiers centraux de la ville, ces immigrants s'installent plutôt dans les banlieues en pleine expansion. Cet exode, qui entraîne la création de plusieurs nouvelles congrégations et le déplacement de communautés établies, a pour conséquence l'abandon des anciennes synagogues (souvent converties à d'autres fins) et une vague de construction de nouvelles synagogues. La quête d'un « style approprié » n'est plus une préoccupation essentielle et, durant les années 1950 et 1960, les architectes font preuve d'un esprit plus audacieux et expressif, typique des tendances architecturales de l'époque.

À l'instar du temple Holy Blossom, le sanctuaire représente souvent un élément distinctif en évidence dans la composition globale. Parmi les formes et les motifs habituels, mentionnons des cours ouvertes (Beth El à St. John's, Terre-Neuve, construite en 1959), des murales en mosaïques colorées sur la façade (Young Israel, à Montréal, construite en 1953 par Harry Mayerovitch) et un fenêtrage intéressant qui laisse filtrer indirectement la lumière du jour dans le sanctuaire, grâce à de hautes fenêtres ou à des baies verticales imposantes (Shaarey Tzedec, à Calgary, par Abugov et Sunderland et Beth Tzedec, à Toronto, 1955, par Peter DICKINSON).

Durant les années 1970, l'augmentation des coûts de construction et de maintenance freine l'apparition de nouvelles synagogues. Les congrégations moins nombreuses doivent vendre leurs édifices pour faire face aux changements démographiques. Toutefois, l'intérêt croissant pour la protection du patrimoine sensibilise davantage à la préservation des anciennes synagogues et entraîne la restauration de celles qui sont encore utilisées. Ces travaux de réfection auxquels s'ajoutent la rénovation et l'embellissement des bâtiments actuels, l'interprétation artistique contemporaine et la construction de synagogues souvent plus petites destinées aux communautés nouvelles établies en banlieue représentent désormais les principaux champs d'activités dans ce volet architectural.