Soins infirmiers

C'est à Marie Rollet Hébert que reviendrait l'honneur d'avoir été la première personne au Canada à dispenser des soins infirmiers. Épouse de Louis HÉBERT, apothicaire-chirurgien, elle arrive à Québec en 1617 et assiste son époux auprès des malades. Les premières infirmières « formées » qui immigrent à Québec, en 1639, sont membres d'ordres religieux. En fait, ces infirmières ne sont pas comme celles d'aujourd'hui; elles exercent la fonction d'administrateur la plupart du temps, celle de médecin plus souvent qu'autrement (elles fabriquent des produits médicaux et pratiquent des chirurgies) et plusieurs miracles leur sont attribués.

Ces trois infirmières sont des augustines dont le voyage est financé par la duchesse d'Aiguillon. Nièce de Richelieu, elle est touchée par la lecture des RELATIONS DES JÉSUITES, portant entre autres sur les besoins des missionnaires jésuites en Nouvelle France. En 1642, à Ville-Marie (Montréal), Jeanne MANCE érige un hôpital de 30 lits, l'HÔTEL-DIEU. Elle est assistée peu après par des soeurs infirmières de la Société de Saint-Joseph de La Flèche.

Les Soeurs de la Charité de l'Hôpital général de Montréal (SOEURS GRISES) entreprennent leur oeuvre à Québec, en 1737, et elles pourraient être considérées comme les premières infirmières de la SANTÉ PUBLIQUE. Bien qu'elles aient construit un hôpital et un orphelinat, elles se concentrent sur les soins gratuits à domicile. Ceux-ci sont financés par des dons philanthropiques mais surtout par les revenus des activités de leurs entreprises, notamment une brasserie et une compagnie de transport de marchandises.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, les problèmes de santé les plus fréquents au Canada sont les nombreuses ÉPIDÉMIES de variole, la GRIPPE, la rougeole, la scarlatine, la typhoïde, le typhus et la tuberculose. Reconnaissant la nécessité d'isoler les malades et constatant la mobilité d'une population souvent sans domicile fixe, les soeurs grises entreprennent la construction de nombreux hôpitaux, dont un à Bytown (Ottawa). En 1844, ces femmes migrent vers des régions reculées. En 1855, elles construisent un hôpital dans la COLONIE DE LA RIVIÈRE ROUGE et fondent un orphelinat ainsi qu'une résidence pour personnes âgées au lac Sainte-Anne près du fort Edmonton, en 1859. Plus tard, elles construiront d'importants hôpitaux à Fort McMurray, en Alberta (1938), et dans les Territoires du Nord-Ouest, à Fort Resolution (1939) et à Fort Rae (1940).

En 1819, l'Hôpital général de Montréal ouvre 24 lits dans un immeuble de la rue Craig. En 1822, il déménage dans un nouvel édifice et s'agrandit : il compte désormais 72 lits. Il s'affilie à la Montreal Medical Institution qui, par la suite, sera absorbée par la faculté de médecine de l'U. McGill. À la même époque, les premiers médecins allopathes essaient de faire entrer des infirmières laïques sans formation dans l'hôpital, une chose qui ne s'est jamais vue dans la communauté française, qui croit que les malades ne doivent être soignés que par des religieuses consacrées au service de Dieu. Le débat se termine par un duel, sans victimes cependant, entre un des médecins anglophones, le Dr Caldwell, et un membre du corps législatif, Michael O'Sullivan. Ces infirmières laïques sans formation seront finalement engagées.

Au XIXe siècle, au plus fort des épidémies, les hôpitaux des soeurs infirmières sont combles et on doit monter des tentes ainsi que d'autres abris de fortune. Pour pallier le manque de place, des femmes de la haute bourgeoisie créent des sociétés de bénévoles au sein de leur collectivité. Aidés financièrement par les municipalités et les provinces, beaucoup de ces groupements féminins réussissent à ériger des hôpitaux qui rappellent les institutions anglaises d'avant l'époque de Florence Nightingale; les conditions sanitaires ne sont pas considérées comme importantes et les soins aux malades sont pris en charge par un personnel sans formation, payé en bière et partageant la nourriture et le logement des patients.

D'autres hôpitaux sont érigés par des particuliers comme institutions à bénéfices. C'est dans un de ces hôpitaux, le General and Marine Hospital de St. Catharines, en Ontario, ouvert par un médecin doué pour l'entreprise, le Dr T. Mack, qu'est fondée la première école de soins infirmiers au Canada, en 1874.

Après plusieurs tentatives infructueuses, des écoles d'infirmières, fondées suivant une méthode Nightingale modifiée, ouvrent aussi leurs portes au Toronto General Hospital (1881) et à l'Hôpital général de Montréal (1890). Outre la directrice des soins infirmiers, et parfois l'instructeur-surveillant, le corps étudiant englobe généralement tout le personnel des hôpitaux laïcs. Souvent, les étudiantes sont envoyées à l'extérieur pour des cas spéciaux mais leur salaire se trouve récupéré de façon illégitime par les hôpitaux. Les infirmières diplômées, dont la plupart ne sont pas employées dans ces institutions, offrent leurs services aux citoyens les plus aisés contre rémunération.

Pour combler le fossé entre les soins aux classes favorisées et ceux dispensés aux travailleurs plus pauvres, l'organisme des INFIRMIÈRES DE L'ORDRE DE VICTORIA est mis sur pied en 1897 par lady ABERDEEN, épouse du gouverneur général. L'opposition des médecins à un ordre de travailleurs de la santé choisis par leur communauté et y retournant après une brève période de formation en premiers soins, en hygiène, etc., change cet organisme national à but non lucratif en une institution employant plusieurs infirmières professionnelles à des conditions plus restrictives que celles qui avaient été prévues au départ.

À ses débuts, toutefois, l'Ordre de Victoria oeuvre surtout dans le traitement et la limitation des maladies transmissibles et dans les soins de santé aux enfants. Pour répondre à un besoin pressant en hôpitaux, surtout dans l'Ouest, l'Ordre de Victoria érige et administre 40 hôpitaux dont la taille s'échelonne de 6 à 40 lits. Ses infirmières prennent également soin des mineurs pendant la RUÉE VERS L'OR DU KLONDIKE et constituent le personnel du nouvel hôpital de Dawson City. À partir de 1924, après le transfert de la gestion de leur dernier hôpital à l'administration municipale, l'Ordre de Victoria s'oriente vers les services à domicile.

Encouragées par le Conseil international des infirmières, organisme né du mouvement des femmes à la fin du XIXe siècle, les infirmières canadiennes, dirigées par Mary Agnes Snively, infirmière en chef du Toronto General Hospital de 1884 à 1910, fondent un organisme national au Canada et font pression pour une législation octroyant aux infirmières un statut professionnel. Leur but est d'assurer la qualité des soins par l'amélioration des programmes de formation des infirmières et l'octroi de diplômes aux finissantes pour protéger leur titre. En 1907, l'Association nationale canadienne des infirmières, précurseur de l'actuelle Association des infirmières et infirmiers du Canada, est constituée. En 1908, elle se joint à l'association internationale. En 1916, elle entreprend la publication d'un magazine mensuel national : The Canadian Nurse.

L'obtention d'une législation pour les infirmières n'est pas chose facile. Du point de vue juridique, la femme a le même statut que le débile mental et l'enfant, et plusieurs membres du Parlement ne croient pas qu'elle est en mesure de prendre en main de telles responsabilités. Les écoles d'infirmières et les hôpitaux sont dirigés par des médecins et des administrateurs (tous des hommes) qui ne désirent pas perdre leur maîtrise sur les programmes de soins infirmiers au bénéfice des infirmières professionnelles. Même après l'adoption de lois dans toutes les provinces (la première l'est en Nouvelle-Écosse, en 1910), des changements dans les programmes d'études des infirmières n'entrent pas facilement en vigueur.

Le premier programme de niveau universitaire en sciences infirmières, celui de l'Université de la Colombie-Britannique en 1919, est longtemps le seul au Canada. Dans un rapport de 1932 sur la formation en soins infirmiers au Canada, le Dr G. Weir constate que, de 1913 à 1930, le nombre d'écoles en milieu hospitalier s'est multiplié par sept mais qu'elles ne fournissent pas l'enseignement voulu pour former des infirmières hautement compétentes. Les 220 écoles fournissent un personnel discipliné destiné à rendre les hôpitaux plus attirants pour les patients. L'argent demandé aux patients n'est pas versé aux étudiantes infirmières, mais investi dans l'agrandissement des locaux. La journée de travail d'une infirmière dure en moyenne de 12 à 20 heures, avec une journée (parfois seulement une demi-journée) de congé par semaine. Les écoles elles-mêmes sont exiguës et rudimentaires. En réponse à cette situation, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada et la CROIX-ROUGE canadienne (qui a fondé la Metropolitan Demonstration School of Nursing à Windsor, en Ontario, en 1946) lancent un programme d'enseignement, indépendant de la direction hospitalière, pour prouver qu'une école de soins infirmiers, à condition de garder la main haute sur la formation de ses élèves, est en mesure de former des infirmières compétentes en deux ans.

Un autre rapport, issu du projet pilote pour l'évaluation des écoles au Canada en 1960, recommande que l'Association des infirmières et infirmiers du Canada entreprenne une étude sur l'enseignement de soins infirmiers au Canada, qu'un programme national d'amélioration des écoles soit mis en oeuvre et qu'une évaluation des programmes de services en soins infirmiers soit entreprise. En 10 ans, dans toutes les provinces sauf celles de l'Atlantique, le réseau de l'enseignement a pris en main celui des soins infirmiers. En 1984, il existe 142 départements de sciences infirmières octroyant des diplômes. Bien que quelques-uns de ces départements soient situés au sein d'hôpitaux, la plupart sont rattachés aux collèges publics et aux universités. Tous les programmes sont de niveau post-secondaire, selon les exigences provinciales en matière d'éducation. La durée des programmes varie de deux à trois ans, selon la province. En 1985, 28 universités offrent des diplômes de premier cycle (B. Sc. inf. et B. I.) en sciences infirmières et 11 universités offrent des diplômes de deuxième cycle.

Le premier but des écoles d'infirmières sises dans les hôpitaux étant d'approvisionner les établissements en main-d'oeuvre à bon marché, peu d'importance est accordée aux programmes de formation et aucune à la demande de la population qui a besoin d'infirmières en service privé. Le nombre constant de nouvelles diplômées entraîne un fort taux de chômage, aggravé par la CRISE DES ANNÉES 30. Au cours des années 30, très peu de gens peuvent s'offrir des infirmières privées. Les gouvernements du temps répondent à ce besoin en fournissant les fonds nécessaires pour envoyer les malades dans les hôpitaux et engager des infirmières diplômées pour en prendre soin. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, le haut taux de chômage et les salaires peu élevés sont toujours une plaie pour la profession. Beaucoup d'infirmières entrent dans les forces armées avec le rang d'officier. Néanmoins, bien des femmes sont encore attirées par la profession parce qu'il s'agit de l'une des rares occupations « respectables » auxquelles elles ont accès.

Au Canada, le recrutement des infirmières par l'armée entraîne un manque qui est comblé par des femmes plus âgées qui effectuent un retour à la profession après avoir été forcées de la quitter au moment de leur mariage. À cause des exigences de la famille et du travail au foyer, les administrations des hôpitaux ne peuvent plus exiger de leurs infirmières qu'elles résident sur place, et de nombreuses femmes célibataires profitent de cette occasion pour sortir des résidences. Les infirmières se rendent vite compte que le coût de la vie est sans rapport aucun avec leur salaire et elles commencent à réclamer des augmentations. Les infirmières mariées, pour leur part, exigent une diminution des heures de travail leur permettant de faire face à leurs obligations familiales. La loi garantit un statut professionnel et leur donne des droits et une certaine influence sur leur formation, mais elle ne leur donne pas le pouvoir d'améliorer leurs salaires ni leurs conditions de travail. C'est ainsi qu'elles se tournent vers la syndicalisation.

Le premier groupe d'infirmières à négocier une convention collective de travail, en 1939, s'en donne les moyens par une organisation professionnelle mise sur pied par une soeur infirmière de Québec. En 1945, l'association professionnelle des infirmières de la Colombie-Britannique devient la première à aider ses membres à se syndicaliser à l'échelle de la province. Ce n'est que 20 ans plus tard que les infirmières du reste du pays emboîteront le pas. En 1973, la Cour suprême de la Saskatchewan décide que l'association professionnelle de cette province ne peut plus désormais s'engager dans des activités syndicales. En réaction, la section de négociation collective de l'association se sépare et devient un syndicat en bonne et due forme. Des séparations similaires se produisent dans d'autres provinces avec autant de succès. En 1980, toutes les infirmières médicales ont deux organisations provinciales pour les représenter et défendre leurs intérêts : un ordre professionnel et un syndicat.

En 1981, les trois fédérations (syndicats) d'infirmières du Québec s'unissent pour former un front commun appelé la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec. La même année, les syndicats de la plupart des autres provinces forment la Fédération nationale des syndicats d'infirmières et d'infirmiers. À l'échelle nationale, les intérêts des infirmières sont dès lors représentés par leur syndicat et leur ordre professionnel, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada.

En 1986, il y a 240 000 infirmières ou infirmiers autorisés au Canada dont 205 000 sont actifs. La plupart d'entre eux sont employés dans des hôpitaux, les autres travaillant comme professeurs ou praticiens. Environ 7 p. 100 d'entre eux sont employés dans des secteurs comme la santé communautaire, la santé publique, les avant-postes en soins infirmiers, les soins à domicile et dans les établissements industriels. Il n'y a que 2 p. 100 (quelque 5500) des membres de la profession qui soient des hommes.

Soins infirmiers psychiatriques

L'histoire des soins infirmiers psychiatriques est séparée de celle du domaine médical mais suit un chemin semblable. Les premières infirmières psychiatriques sont les religieuses françaises qui, en 1714, ouvrent une salle de 12 lits à l'hôpital de Québec. Les précurseurs des infirmières psychiatriques contemporaines sont employées comme surveillantes au nouvel asile de Brandon, au Manitoba. En 1921, des programmes de formation réguliers sont organisés par cet hôpital psychiatrique. D'autres programmes de formation sont bientôt mis sur pied dans les hôpitaux psychiatriques des trois autres provinces de l'Ouest.

Contrairement aux infirmières médicales, celles du secteur psychiatrique se syndicalisent avec le reste de la fonction publique dans les années 40. Elles sentent toutefois rapidement le besoin de diriger leur profession. Le mouvement pour l'obtention du statut professionnel des infirmières psychiatriques a débuté en Saskatchewan en 1948. Les infirmières psychiatriques de la Colombie-Britannique ne seront reconnues qu'en 1968. Quelques années auparavant, le précurseur de l'Association canadienne des infirmières et infirmiers psychiatriques du Canada a été constitué. En 1961, le Canadian Journal of Psychiatric Nursing succède à une publication antérieure consacrée aux problèmes de la profession.

En 1987, il y a 5400 infirmiers et infirmières psychiatriques autorisés et actifs dans l'Ouest canadien; la plupart sont employés dans des hôpitaux psychiatriques et des foyers pour les handicapés mentaux. Une nouvelle ère débute pour les infirmières psychiatriques en santé communautaire et quelques-unes se sont engagées dans ce type de travail.

Santé publique

En 1919, on crée un ministère fédéral de la Santé en réponse aux épidémies de grippe, et des ministères provinciaux de la Santé commencent à remplacer les conseils de santé provinciaux. Des services provinciaux de soins infirmiers en santé publique sont mis sur pied, en commençant par le Manitoba en 1916, pour travailler à des programmes municipaux d'immunisation et de protection de la santé chez les enfants. Le ministère fédéral de la Santé, qui est remplacé en 1944 par le ministère de la SANTÉ NATIONALE ET DU BIEN-ÊTRE SOCIAL, est maintenant responsable de tous les dossiers fédéraux concernant la promotion et la préservation de la santé, la sécurité sociale, les services d'urgence de santé, ainsi que les services de santé, médicaux et hospitaliers, offerts aux Amérindiens, aux Inuits et à l'ensemble de la population des deux territoires (voir AUTOCHTONES, SANTÉ DES). Depuis 1945, des postes sont créés pour conseiller le ministère, dispenser des services consultatifs aux provinces et des services directs à certaines couches de la population. La Direction générale des services médicaux de Santé et Bien-être social dispense aussi des soins infirmiers directs à une partie de la population (comme aux Amérindiens, aux Inuits et aux autres résidents des territoires). La Direction générale administre et fournit en personnel les avant-postes de soins infirmiers et de services de santé où des infirmières professionnelles posent des actes habituellement réservés aux médecins praticiens.

Voir aussi INFIRMIÈRES MILITAIRES.