Sir James Douglas, commerçant de fourrures, gouverneur de l'île de Vancouver de 1851 à 1863 et de la Colombie-Britannique de 1858 à 1864 (Demerara, Guyane britannique, 15? août 1803 -- Victoria, C.-B., 2 août 1877). Ingénieux, énergique et intelligent, il aide la Compagnie de la baie d'Hudson (CBH) à monopoliser le commerce des fourrures dans le Pacifique Nord. En tant que gouverneur de la colonie, il est le premier à exercer l'autorité britannique à l'ouest des montagnes Rocheuses et, en tant que fondateur de la colonie, du commerce et de l'industrie, on le surnomme « le Père de la Colombie-Britannique ».

« Écossais antillais », il est le fils d'une « femme de couleur affranchie » et d'un marchand écossais. À l'âge de 12 ans, on l'emmène à Lanark pour qu'il y soit scolarisé. À 16 ans, il est en apprentissage à la Compagnie du Nord-Ouest et il devient employé de la CBH lors de la fusion des deux compagnies en 1821. En 1826, alors qu'il est attaché au fort St. James dans le district de Nouvelle-Calédonie, Douglas accompagne le commandant William Connolly dans la première brigade annuelle des fourrures à Fort Vancouver. Le 27 avril 1828, il épouse, selon la coutume du pays, Amelia, fille de Connolly dont la mère est autochtone, et confirme son mariage en 1837.

George Simpson, le gouverneur de la Terre de Rupert, qui rencontre Douglas au fort St. James en 1828, le décrit comme étant « un homme corpulent, fort, actif, de bonne conduite et aux talents estimables », mais qui devient « furieusement violent quand il est provoqué », une tendance qui lui crée des conflits avec les Indiens Porteurs et pousse Connolly à obtenir sa mutation à Fort Vancouver en 1830, où il est dirigé par John McLoughlin. Il y devient agent principal en 1835 et commandant en 1839. En 1842, il accompagne Simpson en Alaska pour négocier avec la Russian American Co. En 1843, il entreprend la construction du fort Victoria à l'extrémité sud de l'île de Vancouver, lequel remplacera les forts situés sur la partie nord de la côte.

Prévoyant le retrait de la CBH de Fort Vancouver après que les Britanniques ont accepté, en 1846, que la frontière soit fixée au quarante-neuvième parallèle, il fait ouvrir une nouvelle piste de brigade en territoire britannique, depuis la Nouvelle-Calédonie jusqu'au fort Langley, dans le bas Fraser. Le fort Victoria, où les fourrures de l'intérieur sont transbordées, devient le principal dépôt sur le Pacifique en 1849. Le 13 janvier 1849, craignant l'expansion américaine vers le nord, l'Angleterre décide de concéder l'île de Vancouver à la CBH pendant 10 ans. Douglas, chef de la traite des fourrures depuis 1845, est nommé agent de la CBH dans l'île.

Le gouvernement britannique choisit comme gouverneur Richard Blanshard, un avocat qui accepte de servir sans salaire. Blanshard arrive au fort Victoria en mars 1850, apprend que la construction de sa résidence n'est pas terminée et décide de rester à bord et de faire voile vers le nord. Au fort Rupert, il est choqué par la discipline sévère à laquelle la CBH soumet les grévistes de la mine et assume les craintes des résidants d'une attaque par les autochtones. Toutefois, Douglas ne tolère aucune ingérence dans sa politique à l'égard de ces derniers, qui repose maintenant sur la confiance mutuelle, et Blanshard démissionne peu après et part en août 1851.

Le 30 octobre, Douglas apprend sans plaisir ni satisfaction qu'il est choisi comme successeur de Blanshard. Il a de sérieuses inquiétudes : il lui sera difficile d'éviter les conflits d'intérêts dans ses fonctions de gouverneur et de dirigeant de la compagnie; les permis d'alcool sont la seule source de revenus dont il dispose pour la construction de bâtiments publics, d'écoles, d'une église et de routes; la pénurie d'hommes compétents est telle qu'il nomme son beau-frère, nouvellement arrivé de Demerara, juge en chef de la Cour suprême. Blanshard ayant nommé un conseil législatif en 1851, Douglas a pour instruction, en 1856, de former une assemblée pour l'île. Il s'oppose au suffrage universel et croit que les gens veulent vraiment que « les classes dirigeantes » prennent elles-mêmes les décisions. Les conditions fixées pour avoir le droit de vote et pour être membre de l'Assemblée sont à ce point exigeantes que seulement quelques propriétaires fonciers ont les qualités requises.

La première manifestation d'un changement imminent sur la côte du Pacifique survient le dimanche 25 avril 1858, quand arrive un bateau plein de mineurs turbulents de la Californie, la première vague des 25 000 nouveaux arrivants, en route vers les bancs de sable du Fraser pour y chercher de l'or. Douglas, qui a eu la prudence de revendiquer terres et droits miniers au nom de la Couronne, commence à émettre des permis aux mineurs et, pour endiguer une invasion, empêche les bateaux étrangers de s'engager dans le fleuve. Il est réprimandé pour ces mesures qui semblent destinées à protéger le monopole de la CBH.

La découverte d'or pousse l'Angleterre à retirer les privilèges particuliers accordés à la CBH jusqu'en mars 1859. Une loi du Parlement crée une nouvelle colonie sur le continent et Douglas se voit offrir d'en être le gouverneur à la condition qu'il rompe ses liens avec la traite des fourrures. Il jouira d'un pouvoir politique considérable, étant donné qu'il serait malavisé de tenter l'expérience d'un gouvernement autonome avec des hommes « aussi sauvages, aussi disparates et, sans doute, aussi transitoires ». Ayant abandonné le commerce des fourrures et les droits de son ancienne compagnie à l'ouest des montagnes ayant été éteints, Douglas, toujours gouverneur de l'île de Vancouver, est institué gouverneur de la Colombie-Britannique au fort Langley, en novembre 1858.

Il s'attend à ce qu'on choisisse d'établir la capitale de la colonie près du fort Langley. Toutefois, en janvier 1859, pour des raisons d'ordre militaire, le colonel Richard Clement Moody choisit plutôt un emplacement escarpé et densément boisé (New Westminster) sur la rive Nord du Fraser. Douglas est préoccupé par ce qu'il en coûtera d'y concevoir la ville. Il préfère aussi Victoria comme lieu du centre administratif et de sa résidence. Il visite rarement New Westminster et les citoyens, en dépit de l'autonomie gouvernementale octroyée à la municipalité en 1860, exigent un gouverneur résident et une réforme politique.

En tant que gouverneur de la Colombie-Britannique, Douglas se préoccupe avant tout du bien-être des mineurs. Il compte sur ses commissaires de l'or pour qu'ils planifient des réserves destinées aux autochtones afin de juguler toute menace de guerre, pour qu'ils enregistrent les revendications de terres et de droits miniers et pour qu'ils se prononcent sur les conflits miniers. Pour la colonie de l'or, il élabore une politique d'aménagement du territoire comprenant les droits miniers et de préemption. Sa loi sur l'eau satisfait aux besoins des mineurs qui utilisent cribles-laveurs et canaux sur appuis.

Au cours de l'hiver 1858, il fait appel à des bénévoles pour ouvrir une piste muletière menant jusqu'à la région aurifère située au-delà de la gorge du Fraser. Dès 1862, il projette de financer par des prêts (dont Londres n'est pas entièrement informée) la construction d'un chemin de roulage de 640 km longeant le fleuve Fraser, allant d'abord jusqu'à la région de Cariboo, où des pépites d'or ont été découvertes, puis jusqu'à l'effervescente communauté minière de Barkerville, en 1865 (voir Route Cariboo).

Peut-être à cause de la délicate question de ses antécédents et de ceux de sa femme, Douglas affiche un comportement singulièrement distant. Certains de ses vieux amis lui reprochent son air pompeux, ses nouveaux associés se plaignent de son despotisme et les marchands de New Westminster, d'avoir à payer des droits de douane. L'effet est cumulatif. Le mandat de Douglas comme gouverneur de l'île de Vancouver se terminant en 1863 et la Colombie-Britannique étant sur le point d'être dotée d'une forme de gouvernement plus libérale, le moment semble opportun pour le gouvernement de Londres de lui accorder sa retraite. Pour amortir le choc, on vante ses réalisations et ses talents et on le nomme Chevalier commandeur de l'Ordre du Bain.