Santé publique

La santé publique a pour objet la SANTÉ MENTALE et physique des individus. L'état de santé lamentable dans les villes surpeuplées à l'époque de la révolution industrielle éveille l'intérêt pour la santé publique. Au XIXe et au début du XXe siècle, le rôle des services de santé publique consiste à appliquer des mesures de quarantaine et à organiser des campagnes destinées à promouvoir l'hygiène publique et la vaccination, afin d'enrayer la propagation des MALADIES infectieuses les plus graves. De nos jours, la santé publique touche plusieurs domaines : éducation, conseils en matière d'habitudes de vie, lutte contre certaines maladies infectieuses, protection du bien-être des enfants, et, par l'intermédiaire de l'assurance-maladie et des subventions aux HÔPITAUX, la prestation des soins médicaux.

Pendant le XIXe et au début du XXe siècle, le Canada suit l'exemple de la Grande-Bretagne dans le domaine des réformes relatives à la santé publique. Les réformateurs alertent l'opinion publique et font valoir l'idée que la solution au taux de mortalité élevé (surtout chez les enfants) réside dans une amélioration des conditions du milieu ambiant. Vers la fin du XIXe siècle, des campagnes destinées à promouvoir l'hygiène et la propreté dans les maisons et les rues sont organisées dans les principales villes de l'Est du Canada. L'eau et le lait font aussi l'objet de mesures sanitaires. Au début du XXe siècle, le lait pasteurisé est introduit à Toronto et à Montréal, dans une tentative pour réduire la propagation de la tuberculose bovine, une cause importante d'infirmité chez les enfants. Les enfants en âge d'aller à l'école (et jusqu'à un certain point, ceux d'âge préscolaire) sont immunisés contre des maladies graves, telles la variole et la diphtérie, ou sont examinés afin de dépister des maladies chroniques telles que la tuberculose et les infections oculaires. Bien que des lits soient disponibles dans les hôpitaux, la plupart des cas sont traités à la maison.

Selon la LOI CONSTITUTIONNELLE DE l867, les pouvoirs en matière de santé sont répartis grossièrement entre le gouvernement fédéral et les provinces. Le Dominion du Canada est responsable des mesures de quarantaine, et les provinces ont juridiction sur les hôpitaux. L'autorité exercée par les municipalités varie d'une province à l'autre et même d'une ville à l'autre. Les trois niveaux de gouvernement prennent certaines mesures destinées à améliorer la santé de la population, mais la nature de ces initiatives est souvent fonction des intérêts personnels des hauts fonctionnaires responsables. En 1880 par exemple, le gouvernement fédéral prend en main la léproserie du Nouveau-Brunswick en grande partie à cause d'une campagne menée par le sous-ministre fédéral de l'agriculture. Les pouvoirs accordés en 1867 en vertu de la loi constitutionnelle sont renégociés en 1896, mais, bien que la plupart des fonctions non mentionnées auparavant soient placées sous la juridiction des provinces, les services médicaux seront encore régis au petit bonheur pendant quelques années.

L'ÉPIDÉMIE de grippe espagnole qui suit la Première Guerre mondiale en 1918-1919 cause la mort de 50 000 Canadiens (voir GRIPPE) et entraîne une première tentative de réforme administrative. Conscients de la nécessité de reconstituer leur population, surtout dans l'éventualité d'une reprise des hostilités, les gouvernements s'inquiètent aussi du problème des MALADIES TRANSMISES SEXUELLEMENT (MTS), qui entraînent la stérilité et sont responsables de la naissance d'enfants déficients et aussi du problème d'arriération mentale, qui empêche ceux qui en sont atteints de servir leur pays.

Comme bien d'autres pays à cette époque, le Canada crée un premier ministère de la Santé en 1919. Ce nouveau ministère assume toutes les anciennes fonctions du fédéral en matière de santé, en particulier celles qui touchent les services de quarantaine et les normes relatives aux aliments et drogues, ainsi que la coopération avec les provinces et les organismes bénévoles lors des campagnes contre les MTS, la tuberculose et l'arriération mentale, et les campagnes destinées à améliorer la santé et le bien-être des enfants. Le ministère met sur pied, dans toutes les régions du pays, un réseau de cliniques destinées au traitement des MTS et entreprend un programme de sensibilisation du public concernant les soins à donner aux enfants. La tuberculose et l'arriération mentale relèvent surtout des provinces et des organismes bénévoles. En 1928, le ministère de la Santé devient le ministère des Pensions et de la Santé nationale. Il fournit, notamment, les soins de santé aux anciens combattants.

La CRISE DES ANNÉES 30 place le système de santé du Canada dans une situation critique. Les demandes qui affluent à tous les ordres de gouvernement dépassent les ressources disponibles. De plus, les organismes bénévoles et le corps médical qui, traditionnellement, dispensaient certains services gratuitement, sont eux aussi complètement débordés. Les gouvernements canadiens sont en présence d'une population appauvrie, qui a besoin de plus de soins de santé, mais ne peut en assumer les coûts. Lorsque le gouvernement fédéral décide de réduire les fonds alloués aux soins de santé, provinces, municipalités et organismes bénévoles doivent en assumer le fardeau et relancer le secteur. Certaines régions du pays y réussissent mieux que d'autres. Le Québec peut compter sur les services de ses communautés religieuses, l'Ontario négocie un système de soins avec ses médecins, et la Saskatchewan met sur pied un programme destiné à l'établissement de cliniques médicales. En 1939, le gouvernement fédéral est cependant forcé de s'engager davantage dans le domaine de la santé.

La Deuxième Guerre mondiale entraîne une reprise du débat sur la santé. En 1941, le premier ministre Mackenzie King organise une conférence fédérale-provinciale afin de discuter des recommandations de la Commission royale Rowell-Sirois sur la santé publique, ainsi qu'un projet d'assurance-maladie. La proposition d'un régime d'assurance-maladie à l'échelle nationale s'effondre lors de la Conférence fédérale-provinciale de 1945-1946, en raison de l'opposition des provinces et du corps médical, mais aussi du fait que la prospérité du temps de la guerre a fait oublier la Crise et la pauvreté.

Le gouvernement fédéral décide plutôt d'instituer un régime de prestations à la santé par l'intermédiaire de l'assistance sociale (voir SANTÉ, POLITIQUE SUR LA; ÉTAT PROVIDENCE). Le ministère fédéral de la Santé, qui a de nouveau changé d'appellation en 1944 pour devenir le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social, s'intéresse alors au niveau de vie au lieu de s'intéresser à la santé. Les provinces doivent assumer la responsabilité des initiatives dans le domaine des soins médicaux, en échange de quoi le gouvernement fédéral distribue une série de subventions à la santé.

En 1968, le Canada s'engage dans un programme à frais partagés, qui permet à tous les Canadiens de participer à un système d'assurance-maladie national, ce qui signifie que les soins médicaux seront fournis par des médecins exerçant en pratique privée et que les coûts seront assumés par le gouvernement plutôt que par des établissements publics de santé. Cela veut également dire que le règne de la santé publique, comme il s'entend à l'époque, est bien terminé. L'objectif principal est dès lors la protection de la santé des individus. Des campagnes de sensibilisation et d'immunisation ont toujours cours, mais un grand nombre de batailles sont gagnées dans les domaines de l'hygiène et de la salubrité.

Si on fait abstraction des préoccupations soulevées par le sida, la plupart des maladies infectieuses graves ont été vaincues au Canada. De nouveaux défis surgissent dans les domaines de la génétique et des maladies dégénératives, mais ces deux domaines offrent peu de possibilités à des réformes radicales. Les traitements médicaux et la recherche médicale représentent le meilleur espoir de vaincre ces maladies, et les efforts du gouvernement et des organismes bénévoles s'orientent dans cette direction. Cependant, il est toujours nécessaire de s'assurer que la recherche et les traitements coûteux sont rentables.

Les coûts de santé, qui montent en flèche dans les années 70 et 80 et font couler beaucoup d'encre, et ont ainsi orienté la santé publique vers la santé communautaire. Maintenant reconnue comme matière d'enseignement dans les écoles de médecine et de sciences infirmières, la santé communautaire a pour objectif de combiner sciences médicales, sociales et comportementales afin d'offrir à la population les meilleurs soins médicaux tout en ayant une évaluation des besoins réels de la société. Ces mesures sont appuyées par des campagnes visant à réduire les causes sociales de la mauvaise santé, comme l'ALCOOLISME, l'abus des drogues, le TABAGISME et le manque d'exercice (voir CONDITION PHYSIQUE; DROGUES, USAGE NON MÉDICAL DES).

En ce début de millénaire, la tendance est par ailleurs de remettre en question l'hégémonie de la médecine organisée sur les soins de santé. On cherche de nouvelles solutions de santé communautaire en se tournant vers des traitements parallèles et une réglementation de l'environnement.