Saint John

  Saint John, Ville, const. 1785, pop. 70 063 (recens. 2011), 68 043 (recens. 2006) ville la plus importante du Nouveau-Brunswick, est située à l'embouchure du FLEUVE SAINT-JEAN dans la baie de FUNDY.

Colonisation

Les premiers habitants connus de Saint John sont les MICMACS et, plus tard, les MALÉCITES. Samuel de CHAMPLAIN arrive au port de Saint John le 24 juin 1604, jour de la fête de saint Jean le Baptiste, et donne son nom au fleuve. Aucun colon ne s'y établit de façon permanente avant 1630, lorsque Charles de LA TOUR construit un fort (le fort La Tour) sur le site actuel de Saint-Jean.

En 1701, le nouveau gouverneur français de l'ACADIE, Jacques-François de Brouillan, détruit le fort et regroupe ses forces à PORT-ROYAL, de l'autre côté de la baie. Ce n'est pas avant les années 1730 que les Acadiens des autres parties de la baie de FUNDY commencent à se réinstaller le long du fleuve.

Dès 1749, la souveraineté sur le territoire entourant Saint John l'objet d'un conflit entre l'Angleterre et la France. Dans la lutte qui suit, les déportations des Acadiens sont entreprises dès le milieu des années 1750 et se poursuivent jusqu'au début des années 1760. En 1758, les Anglais rebâtissent l'ancien fort français, qu'ils nomment fort Frederick, mais les Américains le détruisent en 1775. En 1778, les Anglais construisent le fort Howe sur une colline surplombant Portland Point.

Le peuplement anglais permanent débute dans les années 1760, avec l'arrivée des Bostoniens James Simonds et James White, chacun construisant des habitations au pied de la colline du fort Howe. Ces marchands préloyalistes du XVIIIe siècle commercent avec les Autochtones et la garnison, et créent des liens avec les Britanniques de Halifax.

 En 1783, cette communauté portuaire connaît une importante croissance lorsque les LOYALISTES s'établissent sur la rive est du port à Parr Town, sur la rive ouest à Carleton et sur la rive nord à Portland. En 1785, Carleton et Parr Town sont constituées sous le nom de Saint John, première localité constituée dans ce qui est aujourd'hui le Canada. Le NOUVEAU-BRUNSWICK devient une province autonome en 1784; Saint John en est la capitale pendant quelque temps avant que FREDERICTON, en amont sur le fleuve, ne la remplace.

Développement

 L'économie de la ville se développe grâce au commerce du bois (voir BOIS, HISTOIRE DU COMMERCE DU), au commerce en général et à la construction navale (voir CONSTRUCTION NAVALE ET RÉPARATION DE NAVIRES). L'importance du port croissant rapidement, les parcs à bois de Saint John fournissent du bois équarri et, plus tard, du bois de sciage à la Grande-Bretagne et aux Antilles. Dès 1770, ses chantiers navals construisent des navires qui transportent les produits forestiers; ces navires deviennent aussi des produits d'exportation. Bon nombre des constructeurs de navires et des navires de la ville, tel le MARCO POLO, deviennent célèbres. Autre fait important, les débardeurs créent le plus important syndicat ouvrier de la ville, lequel s'affilie à l'Association internationale des débardeurs dès 1911.

À partir des années 1820 jusqu'aux années 1840, des milliers d'immigrants, écossais et surtout irlandais, changent la trame ethnique et religieuse de la ville. Dès 1849, des tensions entre protestants et catholiques se terminent par des émeutes et entraînent des pertes de vies. Au cours des années 1850, une épidémie de CHOLÉRA touchant surtout les secteurs catholiques les plus pauvres incite l'évêque de la localité, Thomas Louis Connolly, à se joindre à Honoria Conway afin de fonder la première congrégation au Canada de religieuses autochtones anglophones, les Sisters of Charity of the Immaculate Conception, en 1854.

 Dès le milieu du XIXe siècle, l'économie, basée sur « le bois, le vent et la voile », est menacée de l'extérieur par la nouvelle technologie de la vapeur et du fer. De plus, la ville connaît une série de déboires économiques. De 1860 à 1880, Saint John est sérieusement touchée par la fin du protectionnisme britannique sur le bois des colonies, la diminution de la demande pour les navires en bois et la baisse générale du commerce. À cette situation s'ajoute une crise économique mondiale qui sévit depuis le début de 1874. En 1877, un incendie désastreux réduit en cendres le quartier des affaires et une grande partie des quais et de la zone résidentielle.

À ces malheurs s'ajoutent les conséquences négatives de la CONFÉDÉRATION puisque l'arrivée de l'INTERCOLONIAL RAILWAY, en 1876, fait entrer les manufacturiers de Saint John en concurrence avec ceux du Canada central, ce qui les désavantagera à long terme.

Population

 Le profil démographique de la ville reflète ces perturbations politiques et économiques. Même si Saint John demeure, en 1871, la plus importante agglomération de la région de l'Atlantique, la population cesse de croître dès les années 1860. Durant les années 1870 et 1880, les journaux locaux qualifient d'exode le mouvement d'émigration vers les « Boston States ». La ville reste à l'écart de l'arrivée massive d'immigrants à la fin du XIXe siècle : ceux-ci ne lui jettent qu'un coup d'oeil en débarquant des navires transatlantiques et avant de monter à bord des trains du Canadien Pacifique (CP) à destination de l'intérieur du continent. Toutefois, certains des nouveaux arrivants, surtout des juifs d'Europe de l'Est et des Libanais de l'Empire ottoman, choisissent de demeurer à Saint John, enrichissant ainsi le profil culturel de la ville.

Ce n'est qu'en 1901 qu'un redressement s'ébauche, causé partiellement par l'arrivée d'habitants des communautés du fleuve Saint-Jean et par la reprise de l'économie mondiale après 1895. Dès lors, le blé des Prairies remplace le bois du Nouveau-Brunswick comme principal produit d'exportation dans le port.

 Pendant les années 1880, les leaders municipaux et du monde des affaires font pression sur Ottawa afin d'assurer une place à Saint John parmi les villes naissantes du Canada. À cette fin, ils font des investissements importants dans la modernisation des installations portuaires et convainquent le CP d'établir une gare terminus dans le port en 1889. La même année, Saint John absorbe la ville voisine de Portland. Ainsi, les leaders de Saint John commencent à jouer un rôle à l'intérieur du Canada en comptant sur le transport par eau, auquel s'est joint le chemin de fer.

Les élévateurs à grains, érigés depuis peu à Saint John, deviennent le « grenier d'hiver » du blé canadien. L'activité commerciale engendrée par la déclaration de la Première Guerre mondiale contribue à cette nouvelle prospérité. Après la guerre, l'économie connaît cependant un important recul qui se poursuit jusqu'à la CRISE DES ANNÉES 30.

Gouvernement

Après la Deuxième Guerre mondiale, Saint John, avec certains de ses quartiers parmi les plus anciens et les plus vétustes de l'Amérique du Nord, entreprend des travaux de rénovation urbaine. Les efforts de modernisation du paysage urbain s'accompagnent de changements dans l'administration. Sauf pour la période allant de 1912 jusqu'au milieu des années 30, pendant laquelle Saint-John est administrée par une commission, la structure municipale de la ville se compose d'un maire et d'un conseil.

Malgré sa taille modeste, la zone urbaine de Saint John connaît bon nombre des changements entrepris dans les municipalités canadiennes de plus grande envergure. Son service de police, l'un des plus vieux du Canada, se syndique en 1918-1919, époque où la syndicalisation des policiers est sujet à débats partout en Amérique du Nord. Lors de la Crise, le service de police joue un rôle indispensable dans l'administration des mesures d'assistance, tout en relevant les défis posés par la circulation automobile et par l'introduction de systèmes de signalisation routière mécanisés. Après la Deuxième Guerre mondiale, on assiste à une progression dans la professionnalisation des employés municipaux et notamment des policiers. Leurs négociations contractuelles avec la ville deviennent plus intenses, tandis que la population soumet ses policiers à une surveillance accrue.

En 1963, la ville change de formule. L'exercice du pouvoir et la responsabilité politique continuent d'être de la compétence du maire et du conseil, mais la responsabilité administrative est du ressort d'un directeur nommé par le conseil. En 1967, Saint John annexe la ville de Lancaster, la paroisse de Lancaster et une partie de la paroisse de Simonds. Cette restructuration municipale contribue à favoriser la rénovation urbaine entreprise dans les années 60. Dans les années 70, les communications avec les régions voisines s'améliorent grandement grâce à la construction d'un réseau de voies d'entrée et de sortie comprenant le nouveau Harbour Bridge.

Économie

 Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le profil économique de Saint John maintient l'accent sur ses industries traditionnelles au moyen de la diversification du fret dans le port, de la revitalisation de la construction navale grâce au Projet des frégates canadiennes et de l'agrandissement des usines de pâtes et papiers. Depuis les dernières années, bon nombre d'entreprises de télécommunications s'installent à Saint John en raison des efforts déployés par les administrations provinciale et municipale en faveur du développement de centres d'appels. L'industrie touristique est en plein essor depuis peu, grâce à la construction d'installations pour les Jeux d'été du Canada de 1985 au centre-ville, de même que sur le campus de l'UNIVERSITÉ DU NOUVEAU-BRUNSWICK, à Saint John, qui connaît une croissance rapide.

Paysage urbain

  Le paysage de la ville est en grande partie dominé par le port et le fleuve. Les fameuses Chutes réversibles se trouvent à environ 1 km du centre-ville. À marée haute, les eaux de l'océan envahissent le fleuve par une gorge étroite, qui les refoule ensuite à marée basse.

 Pendant les années 80, le centre-ville est l'objet d'importants travaux de rénovation autour de la Place du marché; une section du port est conservée et améliorée afin d'aménager des mails intérieurs et extérieurs, un centre de commerce et de congrès, et un nouvel hôtel. Un chemin piétonnier relie toutes ces nouvelles installations à l'historique City Market de Saint John. Une importante partie des zones résidentielles rénovées de la haute-ville s'intègre maintenant à un quartier de préservation du patrimoine appelé Trinity Royal. Ce quartier et d'autres secteurs du centre-ville abritent de nombreux édifices victoriens qui ont retrouvé leur élégance d'antan et qui, depuis peu, font de Saint-John une destination de plus en plus populaire des paquebots de croisière.

 En 1993, l'ouverture du Harbour Station amène à Saint-John les Flames, de la Ligue américaine de hockey, et permet la tenue de diverses activités de divertissement. La rénovation tant attendue de l'Imperial Theatre est terminée en 1994. Le parc de la nature Irving, situé dans l'Ouest de la ville, est le paradis des amants de la nature. Le théâtre et le parc témoignent tous deux de l'évolution des goûts des citoyens de Saint John en matière de loisirs. Jusque dans les années 60, en effet, la ville était dotée de clubs de boxe et d'événements soulignant la culture de sa classe ouvrière. Saint John accueille donc son troisième centenaire en célébrant son passé et en assurant son avenir en conservant et en restaurant son héritage architectural, en assurant le développement de ses industries de l'information et l'expansion de ses installations récréatives et de ses aménagements culturels.