Robert Baldwin, avocat, homme politique, titulaire de charge (York [Toronto], 12 mai 1804 -- id., 9 déc. 1858). Fils aîné de William Warren Baldwin, il est admis au barreau en 1825. Timide, introspectif, d'une intelligence et d'un tempérament différents de ceux de son père, qui est très doué, Robert Baldwin entre en politique en 1829 comme réformiste, après avoir été élu à l'Assemblée lors d'une élection partielle. Défait l'année suivante, il quitte la vie publique. Homme mélancolique, renfermé, torturé par les doutes et les démons, sa vie et son bonheur sont centrés sur sa famille, et très particulièrement sur sa femme, qu'il a épousée en 1827. La mort de celle-ci, le 11 janvier 1836, le bouleverse profondément et peut expliquer la grave maladie dépressive qui l'affligera plus tard. Malgré son chagrin et sa profonde aversion pour la vie publique, son sens chrétien du devoir le pousse à accepter un poste au Conseil exécutif le mois suivant.

La démission, en mars 1836, de Baldwin et des autres conseillers devant le refus du lieutenant-gouverneur Francis Bond Head de les consulter plonge la colonie dans la crise politique et constitutionnelle la plus grave avant la Rébellion de 1837. Baldwin demeure neutre pendant le soulèvement. L'année suivante, lui et son père ont un bref entretien avec lord Durham quand ce dernier visite Toronto en juillet 1838. Baldwin soumet alors à Durham un mémoire détaillé sur le principe du Gouvernement responsable qui a probablement influencé Durham à adopter ce principe dans son fameux rapport. Après la révolte, Baldwin se fait rassembleur dans la reconstruction de l'opposition réformiste et conclut une alliance avec L.H. LaFontaine et les libéraux du Bas-Canada.

Ni politicien de nature ni grand intellectuel, Baldwin commande le respect et exerce un leadership moral en raison de son caractère. Dans une société préindustrielle qui révère le code du gentilhomme, il incarne les vertus fort appréciées que sont l'honneur, le devoir et le principe. Chaque fois qu'il est nommé à un poste, il démissionne plutôt que de renier ses principes. Solliciteur général dans le ministère du gouverneur général, lord Sydenham, et conseiller exécutif en 1841, Baldwin démissionne en juin de la même année, lorsque le gouverneur refuse de mettre en oeuvre un gouvernement responsable.

À l'Assemblée, Baldwin et LaFontaine continuent de rallier des membres à la cause de la responsabilité ministérielle jusqu'à ce qu'ils obtiennent une majorité. Ils forment le gouvernement de 1842 à 1843 et de 1848 à 1851, période au cours de laquelle le gouvernement est surnommé « grand ministère ». Leur premier gouvernement est actif et couronné de succès, mais un conflit avec le gouverneur Metcalfe qui refuse de les consulter sur la question du favoritisme entraîne leur démission en novembre 1843. Dans ces deux gouvernements, Baldwin est copremier ministre et Procureur général du Haut-Canada.

Ses grandes réalisations dans le second ministère sont la création officielle de la responsabilité ministérielle et sa mise en pratique au cours de la crise de 1849 provoquée par la proposition d'indemniser les personnes qui avaient subi des pertes durant les rébellions (voir Bill des indemnités), la fondation de l'Université de Toronto, la réforme du système judiciaire du Haut-Canada et la mise sur pied d'un système de gouvernement municipal efficace dans le Haut-Canada. Son emprise sur le pouvoir est cependant affaiblie par une révolte de la gauche du parti (les Clear Grits), le déclin de sa santé et ses désaccords sur la politique économique avec Francis Hincks.

Découragé et miné par la dépression, Baldwin démissionne le 30 juin 1851. Au cours de la même année, il se présente de nouveau, mais il est défait. Cet être tourmenté se retire chez lui, où il se voue à des pratiques rituelles à la mémoire de son épouse. Comme homme, Baldwin a été peu compris ou aimé de ses contemporains et des historiens. Il n'a pas réussi à maintenir l'ordre social qu'il cherchait à défendre, mais il a sauvé sa réputation en prenant l'initiative de populariser le principe d'un gouvernement responsable et en étant l'un des premiers, sinon le premier, à préconiser une nation biculturelle.