Longue de 1271 km, la rivière des Outaouais est le principal affluent du FLEUVE SAINT-LAURENT. Elle prend sa source dans une chaîne de lacs dans les HAUTES TERRES LAURENTIENNES et poursuit son cours dans le réservoir Dozois, le Grand lac Victoria, le lac Granet, le réservoir Decelles, le lac Simard et le lac Témiscamingue, dans lesquels elle pénètre lentement mais qu'elle évacue de façon précipitée. Au sud du lac Témiscamingue, elle augmente de largeur et de puissance, s'élargissant dans des lacs marécageux pour ensuite se rétrécir dans des rapides tumultueux. À Saint-André-Est, l'Outaouais s'élargit pour former le lac des Deux-Montagnes, par lequel elle pénètre dans le Saint-Laurent en passant, à l'est, par les rivières des Prairies et des Mille-Îles et, au sud, par un chenal vers le lac Saint-Louis. Les affluents, souvent rapides et sauvages, du côté des hautes terres du Nord sont les rivières DUMOINE (129 km), Coulonge (217 km), Gatineau (386 km), du Lièvre (330 km), Petite Nation (97 km) et Rouge (185 km). Au sud, les rivières Petawawa (187 km) et Madawaska (230 km) traversent aussi des terrains accidentés, mais les rivières Mississippi (169 km), Rideau (146 km) et South Nation (161 km) s'écoulent sur des terrains plus plats.

Après la fonte du dernier glacier, l'Outaouais a drainé l'eau des Grands Lacs jusqu'à ce que la terre se soulève et creuse un nouveau chenal en passant par le Saint-Laurent. Le sol argileux de la vallée du Sud a été déposé par la rivière des Outaouais au cours de son voyage vers la mer, formant une longue intrusion fertile dans le BOUCLIER canadien, par ailleurs inculte. Du lac Témiscamingue à Montréal, la rivière sert de frontière entre l'Ontario et le Québec, mais cette division est plus que politique : au sud, on trouve des fermes opulentes et des petites collines, au nord, les forêts des Laurentides.

Pendant plusieurs centaines d'années, l'Outaouais est la principale route intérieure vers l'ouest. Les Algonquins sont les premiers maîtres de la rivière et un groupe d'entre eux, jouissant d'une position stratégique sur l'île Alumette, où ils cultivent le maïs et le tabac, exigent un tribut. Ils surnomment la rivière Kich esippi, ce qui signifie « la grande rivière ». Jacques CARTIER l'a probablement aperçue du haut du mont Royal, mais Étienne BRÛLÉ est sans doute le premier Européen à y naviguer en 1610. En 1613, pour se rendre à la baie Georgienne en passant par les rivières Mattawa et DES FRANÇAIS, CHAMPLAIN emprunte cette route qui servira pendant les 200 ans suivants au transport des fourrures. La rivière constitue un rude défi pour les voyageurs, nécessitant 18 portages, dont les plus difficiles sont ceux de Long Sault, Deschênes, lac des Chats, Chenaux, Portage-du-Fort, chutes Chaudière, Rocher Fendu, des Joachims, la Cave et des Érables.

Les Français ont laissé peu de traces de leur passage dans la vallée fluviale, bien qu'ils aient construit quelques postes et même fait le transport du bois dans les années 1740. La seigneurie L'ORIGNAL, accordée en 1674, est la première seigneurie de l'Ontario actuel, mais elle n'est mise en valeur que 100 ans plus tard. HAWKESBURY est fondée en 1798, et Thomas Mears y construit le premier moulin à broyer le grain, la première scierie et, plus tard, l'Union, le premier bateau à vapeur à naviguer sur la rivière des Outaouais. Le premier moulin à papier du Canada est construit, de 1803 à 1805, à Saint-André-Est, et l'Américain Philemon WRIGHT fonde Wrightsville (plus tard HULL) en 1800 avec des compatriotes. Des loyalistes, ayant à leur tête sir John JOHNSON, s'établissent dans la vallée en 1814, alors que des colons français s'installent dans la seigneurie Petite Nation. En 1817, des terres le long de la rivière Rideau sont cédées à 1000 vétérans britanniques, et, en 1825, Archibald MCNAB conduit un groupe d'Écossais à l'embouchure de la rivière Madawaska.

Des radeaux de bois descendent l'Outaouais bien avant qu'elle ne cesse d'être la route principale de la traite des fourrures après 1821. En 1807, Wright démontre que cette route peut servir au transport du bois. La demande de la Grande-Bretagne pour le pin augmente et, dès 1830, le commerce du bois de la vallée domine l'économie canadienne. Après 1850, la demande britannique pour le bois d'oeuvre équarri diminue, mais le traité de RÉCIPROCITÉ de 1854 donne au bois canadien libre accès au marché américain. Le commerce du bois d'oeuvre envahit la vie sociale des habitants de la vallée. Des centaines d'hommes vivent dans des chantiers rudimentaires pendant l'hiver et, au printemps, retournent à la civilisation sur leurs radeaux. La concurrence entre les chantiers et entre les Français et les Irlandais conduit à des querelles et à des affrontements violents (voir GUERRE DES SHINERS). Après l'achèvement du CANAL RIDEAU (1832), Bytown (plus tard OTTAWA) devient le plus grand centre de bois d'oeuvre sur la rivière.

Bien qu'un petit nombre de magnats du bois d'oeuvre fassent fortune, comme E.B. EDDY et J.R. BOOTH, de nombreux bûcherons et manoeuvres irlandais vivent dans la pauvreté et l'insalubrité. La coupe du bois fait des ravages tout le long de la rivière et de ses affluents. En 1828, une scierie s'élevait déjà à l'emplacement futur de PEMBROKE. Après 1850, la coupe du bois atteint la rivière Madawaska et, dans les années 1870, le lac Témiscamingue. Dans les années 1850, les chemins de fer longent la rivière, transportant du bois à BROCKVILLE et à Ogdensburg, dans l'État de New York. Dans les années 1870, les lignes de chemin de fer atteignent déjà CARLETON PLACE, RENFREW, ALMONTE et Pembroke. Un canal à Carillon permet aux bateaux à vapeur de transporter des passagers et des marchandises sans interruption de Montréal à Ottawa. Ce genre de transport cesse vers 1900.

En 1910, la plupart des peuplements de pins sont déjà décimés. Les fermiers s'installent là où la terre est fertile. Partout ailleurs, il ne subsiste que des terres couvertes de souches et de débris de bois susceptibles de s'enflammer. Une partie de ces étendues sauvages est sauvée de la coupe du bois par la création du PARC PROVINCIAL ALGONQUIN, en 1893, et, en 1918, la première station de recherche en foresterie est établie à Petawawa pour étudier les effets de l'exploitation forestière, des maladies et des feux. La plupart des gros arbres étant disparus, la majorité des scieries optent pour les pâtes et papier, une industrie encore importante le long de la rivière. Sauf pour la région agricole de la vallée inférieure, l'héritage du commerce du bois se traduit par une économie en déclin, une industrie faible et un taux de chômage élevé. Une grande partie de l'énergie hydroélectrique obtenue par l'aménagement de la rivière des Outaouais est destinée à Toronto ou ailleurs. Ottawa, qui a été choisie comme la capitale du Canada en 1857, est sans contredit le centre urbain le plus important, mais sa prospérité dépend du gouvernement fédéral et non des ressources de la vallée ou de ses liens fluviaux. Surnommée au départ la Grande Rivière des Algonquins, la rivière tire son nom d'un groupe d'intermédiaires dans le commerce des fourrures, les Outaouais.