Polanyi, John Charles

John Charles Polanyi, chimiste, professeur (Berlin, All., 23 janv. 1929). Polanyi descend d'une famille hongroise talentueuse. Son grand-père, Mihaly Pollacsek, était un important constructeur ferroviaire et sa grand-mère a participé activement à la vie intellectuelle de Budapest. Un fils, Karl (1886-1964), a été l'un des critiques influents du capitalisme de marché du siècle. Le père de John, Michael, un chimiste et un philosophe accompli, a été l'un des premiers à étudier les mécanismes des réactions élémentaires.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, pour des raisons de sécurité, John est envoyé à Toronto. Il entre à l'U. de Manchester en 1946 et obtient un doctorat en chimie en 1952, à la suite de ses travaux sur la mesure des forces des liaisons chimiques dans les composés soumis à de très hautes températures. La même année, il accepte une bourse de recherche postdoctorale au Conseil national de recherches du Canada (CNRC) à Ottawa, où il travaille avec E.W.R. Steacie et passe quelques mois dans le laboratoire du futur lauréat du prix Nobel, Gerhard Herzberg. À cette époque, Polanyi a déjà orienté ses travaux vers l'étude des mouvements des produits de réaction juste formés et les empreintes révélatrices laissées par les forces ayant participé à la formation de ces produits. Après un séjour de deux ans à Princeton, il revient au Canada en 1956 comme assistant en chimie à l'U. de Toronto, où il reste comme professeur (1962) puis comme professeur distingué (depuis 1974).

En 1958, Polanyi et son étudiant diplômé Kenneth Cashion publient leurs premières découvertes sur la chimiluminescence infrarouge (l'émission de lumière par un atome ou une molécule se trouvant dans un état excité). En introduisant de l'hydrogène atomique nouvellement formé dans un courant de gaz chloré à basse température, ils découvrent que, au lieu de dissiper leur énergie à l'occasion des collisions, les molécules d'acide chlorhydrique nouvellement formées la déchargent en une cascade de photons infrarouges. Au même moment, Arthur Schawlow (un diplômé de l'U. de Toronto) et Charles H. Townes développent le principe du laser, pour lequel ils partagent un prix Nobel en 1964. Polanyi se rend compte rapidement que ses découvertes pourraient avoir d'importantes implications pratiques dans la construction d'un laser « chimique » puissant. En 1964, J.V.V. Kasper et G.C. Pimentel parviennent à construire un tel laser dont le fonctionnement repose sur des réactions chimiques. Depuis lors, ces lasers « vibrationnels » contribuent énormément à l'avancement des sciences, de la médecine et de l'industrie.

Au-delà de leurs bénéfices pratiques considérables, les découvertes de Polanyi apportent un nouveau moyen de scruter la nature profonde des réactions chimiques elles-mêmes. Les contributions scientifiques de Polanyi sont reconnues mondialement en 1986, quand il partage le prix Nobel de chimie avec Dudley Herschenbach et Yuan T. Lee pour le développement d'« un nouveau champ de recherche en chimie [...] dans lequel on mesure l'émission infrarouge extrêmement faible d'une molécule nouvellement formée ». Ses travaux récents portent sur l'utilisation de la spectroscopie (la science qui traite de l'analyse du spectre de la lumière) pour élucider ce qu'il appelle la « danse moléculaire » des réactions chimiques, le processus par lequel les produits chimiques changent de partenaires.

L'influence de Polanyi s'étend bien au-delà de ses contributions à la chimie. Il critique verbalement les politiques gouvernementales sans vision qui jettent un regard sceptique sur la valeur de la recherche « pure ». Il a participé très activement aux mouvements de paix et de désarmement en tant que président fondateur du Groupe canadien Pugwash et comme orateur et auteur prolifique. Il a aussi beaucoup parlé de la nature de la science et de ses relations avec la créativité et les arts. Il a reçu de nombreux honneurs en plus du prix Nobel, dont celui de compagnon de l'Ordre du Canada. Il a aussi reçu le Prix commémoratif Izaak-Walton Killam (1988), la Royal Medal de la Royal Society of London (1989) et 26 doctorats honorifiques d'universités de 6 pays.