Les pensionnats sont des écoles religieuses financées par l’État créées pour assimiler les enfants autochtones dans la culture eurocanadienne. Bien que les premiers établissements résidentiels aient été installés en Nouvelle-France, le terme renvoie en général aux écoles de garde établies après 1880. Conçues à l’origine par les Églises chrétiennes et le gouvernement canadien dans une tentative d’éduquer et de convertir les jeunes autochtones et de les intégrer à la société canadienne, les pensionnats perturbaient des vies et des communautés, entraînant des problèmes à long terme chez les Autochtones. Depuis la fermeture du dernier pensionnat en 1996, d’anciens élèves ont fait pression pour qu’ils soient reconnus et restitués menant à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens en 2007 et des excuses publiques officielles de la part du premier ministreStephen Harper en 2008. En tout, on estime à 150 000 enfants des Premières nations, Inuits et Métis qui auraient fréquenté les pensionnats.

Premiers pensionnats en Nouvelle-France et au Haut-Canada

Bien que les pensionnats soient généralement considérés comme faisant partie des politiques d’assimilation des autochtones mises en œuvre par le gouvernement canadien à partir des années 1880, leur origine remonte bien plus loin. Les premiers pensionnats sont créés en Nouvelle-France par des missionnairescatholiques dans le but d’offrir des soins aux jeunes Autochtones et de les scolariser. Ces premières tentatives, tout comme celle tentée au Nouveau-Brunswick échouent lamentablement. Puisque les Premières nations sont très autonomes et que les Européens dépendent d’eux aux niveaux économique et militaire, l’administration coloniale n’est pas en mesure de forcer les Autochtones à participer dans les écoles. Cependant, les pensionnats deviennent un phénomène durable avec la création d’établissements anglicans et méthodistes et catholiques romains dans le Haut‑Canada (Ontario) à partir de 1830. Ces expériences coloniales donnent le ton aux politiques mises de l’avant après la Confédération.

La création de pensionnats après 1880

gouvernement fédéral, les nations des Plaines désirent inclure des dispositions relatives à l’éducation dans les traités des années 1870 et ultérieures, mais pas pour les mêmes raisons. Les chefs amérindiens espèrent que la scolarisation eurocanadienne permettra à leurs jeunes d’acquérir les habiletés de la société des nouveaux arrivants et de s’adapter à un monde dominé par des étrangers. Avec l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867 et la mise en œuvre de la Loi sur les Indiens (1876), le gouvernement est responsable de l’éducation des jeunes Autochtones et de leur intégration dans la société canadienne. Pour sa part, le gouvernement voit dans la scolarisation un moyen de rendre les Premières nations autosuffisantes sur le plan économique, son objectif sous-jacent étant de diminuer la dépendance des Autochtones à l’égard des fonds publics. Il s’associe avec des missionnaireschrétiens (voir Missions et missionnaires), qui souhaitent aussi encourager l’autosuffisance économique et la conversion religieuse et s’assurer que la politique d’éducation des Autochtones élaborée après 1880 repose en grande partie sur des écoles de garde. Ceci ne représentait pas les écoles que les dirigeants autochtones avaient envisagées.

Après l’établissement, en 1883, de trois écoles industrielles dans les Pairies, le gouvernement fédéral et les églises mettent sur pied, au cours des 50 années suivantes, un réseau de pensionnats s’étendant dans la plus grande partie du pays. En 1884, on modifie la Loi sur les Indiens pour obliger les Indiens inscrits de moins de 16 ans à aller dans des pensionnats. La plupart de ces écoles se trouvent dans les quatre provinces de l’Ouest et les Territoires, mais il y en a aussi un bon nombre dans le nord-ouest de l’Ontario et, plus tard, dans le nord du Québec. Trois des quatre provinces de l’Atlantique, Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, ne disposent pas de telles écoles parce que, semble-t-il, le gouvernement estime que les Amérindiens y sont suffisamment acculturés.

À son apogée, vers 1930, le réseau de pensionnats regroupe en tout 80 établissements. L’Église catholique administre les trois cinquièmes d’entre eux, l’Église anglicane le quart, et l’Église Unie et les Églises presbytériennes, le reste. Avant 1925, l’Église méthodiste administre aussi des pensionnats. Toutefois, lorsque l’Église unie du Canada est fondée en 1925, la plupart des écoles presbytériennes et toutes les écoles méthodistes deviennent des écoles de l’Église unie.

La vie dans les pensionnats

De leur création jusqu’à la fin des années 1950, les pensionnats fonctionnent selon un système de demi-journées : les élèves passent la moitié de la journée en classe et l’autre moitié au travail. Cette pratique vise en principe à permettre aux élèves d’acquérir diverses habiletés grâce auxquelles ils pourront gagner leur vie une fois adultes, mais en réalité leur travail a pour effet de gérer l’école à peu de frais bien plus que de leur procurer une formation professionnelle. Le financement des pensionnats est une préoccupation importante. Des années 1890 aux années 1950, le gouvernement cherche constamment à transmettre le fardeau des écoles aux églises et aux élèves, dont le travail est une contribution. D’ici les années 1940, il devient évident pour plusieurs que le système de demi-journées ne réussit pas à fournir aux pensionnaires une éducation et une formation adéquates. Cependant, ce n’est qu’avec la prospérité de la fin des années 1950 que le financement s’accroît et que le système de demi-journées est aboli.

La journée des élèves commence de bonne heure, généralement au son d’une cloche qui les somme de s’habiller et de se rendre à la chapelle. Comme tous les autres repas, le déjeuner est frugal et englouti en vitesse dans un réfectoire lugubre. Il est suivi de trois heures de classe ou d’une période de travail. À la fin de l’après-midi, les élèves peuvent parfois profiter d’une courte période de jeu avant le souper. En soirée, les loisirs sont limités et les élèves doivent se coucher tôt. Les fins de semaine apportent un changement à la routine, car il n’y a pas de classes, mais les élèves consacrent habituellement plus de temps aux pratiques religieuses du dimanche. Jusqu’aux années 1950, les vacances se résument, pour bien des élèves, à des périodes de travail et de jeu à l’école. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que les écoles prennent l’habitude d’envoyer les enfants à la maison pour les vacances.

Isolement, dénigrement et abus

Même si certains élèves n’en repartent qu’avec de bons souvenirs, l’expérience générale des pensionnaires s’avère plus néfaste que constructive. La nourriture est de mauvaise qualité et insuffisante, et sa préparation ne contribue aucunement à la rendre plus appétissante. Tous les élèves détestent leurs vêtements, usés, trop petits ou trop grands et, en hiver, mal adaptés à la saison. Le programme pédagogique, tant scolaire que professionnel, est déficient. Les élèves sont aux prises avec des enseignants généralement mal préparés ainsi que des plans d’études et du matériel inadéquats, conçus par et pour une culture étrangère. Les cours sont donnés en français ou en anglais, langues que la plupart des élèves ne parlent pas. Au travail, les surveillants se montrent souvent sévères, et les tâches sont dénuées de l’objectif formatif qu’elles sont censées viser. Les missionnaires prodiguent leur temps et leur attention aux pratiques religieuses en faisant souvent fi des traditions spirituelles autochtones.

Leur culture étant dénigrée, les élèves sont isolés, retirés de leur foyer et séparés de leurs parents et de certains de leurs frères et sœurs (les écoles étaient séparées par genre) et dans certains cas, on leur interdisait de parler leur langue maternelle, même dans les lettres qu’ils adressaient à leurs parents. Malgré les efforts de certains membres du personnel soucieux d’être de bons professeurs et parents de substitution, le cadre institutionnel et la charge de travail viennent à bout des meilleures intentions. L’impatience et les corrections donnent trop souvent lieu à des punitions corporelles excessives y compris les mauvais traitements. Certains membres du personnel sont des prédateurs sexuels et plusieurs élèves sont abusés sexuellement.

Santé, mort et maladie

Selon la Commission de vérité et de réconciliation, au moins 4000 enfants autochtones meurent dans les pensionnats surchargés. Ne mangeant pas à leur faim et souffrant de sous-nutrition, les élèves sont particulièrement vulnérables devant des maladies telles la tuberculose et la grippe (y compris l’épidémie de grippe espagnole de 1918-1919).

En 2013, des recherches menées par l’historien de la nourriture, Ian Mosby, révèlent que les élèves fréquentant les pensionnats dans les années 1940 et 1950 sont sujets à des expériences nutritionnelles sans leur consentement ou le consentement de leurs parents. Ces études, approuvées par divers ministères du gouvernement fédéral et menées par de grands experts en nutrition, mentionnent le fait de restreindre à certains élèves l’accès à des éléments nutritifs essentiels et à des soins dentaires pour évaluer les effets des améliorations de la diète pour d’autres élèves. De façon générale, les expériences ne semblent pas avoir eu aucun bénéfice à long terme.

Résistance et fermeture

Un régime aussi sévère suscite naturellement de la résistance de la part des élèves et de leurs parents. Les enfants refusent de collaborer, sabotent les opérations de la cuisine ou de la classe, dérobent de la nourriture et tout ce sur quoi ils peuvent faire main basse, fuguent ou, dans des cas extrêmes, mettent le feu aux écoles. Leurs parents et les chefs politiques autochtones protestent contre les conditions austères et les lacunes pédagogiques des écoles, mais leurs objections sont longtemps ignorées. Cependant, dans les années 1940, le gouvernement et la plupart des communautés missionnaires se rendent à l’évidence que les écoles sont inefficaces. En ce sens, les protestations des Autochtones aident à obtenir un changement de politique. En 1969, le système des pensionnats est pris en charge par le ministère des Affaires indiennes ce qui met fin à la participation de l’Église. Le gouvernement décide d’éliminer les écoles, mais cette décision se heurte à la résistance de l’Église catholique qui croit que l’éducation ségrégative constitue la meilleure approche pour les enfants autochtones. Des communautés autochtones résistent aussi à la fermeture des écoles, affirmant que les écoles confessionnelles devraient demeurer ouvertes ou encore qu’elles devraient être sous leur contrôle. En 1986, la plupart des écoles étaient soient fermées ou elles avaient été transférées aux bandes locales. Dix ans plus tard, le pensionnat Gordon à Punnichy, en Saskatchewan ferme enfin ses portes.

Relèvement, réparations et réconciliation

Les collectivités autochtones, souvent avec le soutien des églises et, depuis 1998, avec l’aide financière du gouvernement, assument la tâche difficile de mettre fin à la tradition d’éclatement familial, de violence et de désœuvrement que les pensionnats ont contribué à instaurer. À la fin des années 1990, d’anciens élèves tentent avec acharnement, et souvent au moyen de procès, d’obtenir reconnaissance de leurs souffrances et une indemnisation. En 2005, le gouvernement fédéral établit un accord d’indemnisation de 1,9 milliard de dollars pour les survivants des pensionnats pour Autochtones, et, en 2007, le gouvernement fédéral et les églises qui étaient responsables des écoles s’entendent pour indemniser les anciens élèves dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats.

Le 11 juin 2008, le premier ministre Stephen Harper présente, de la part du gouvernement du Canada, ses excuses à tous les anciens élèves de pensionnats pour les Indiens au Canada. Le premier ministre reconnaît ouvertement que la politique d’assimilation sur laquelle les écoles étaient fondées était « erronée, qu’elle a fait beaucoup de mal et qu’elle n’a aucune place dans notre pays ». Il reconnaît également les effets profondément destructeurs et durables des écoles sur la culture, le patrimoine et la langue autochtones. Ces excuses constituent l’une des premières étapes entreprises par le gouvernement pour bâtir de nouvelles relations avec les peuples autochtones au Canada.

Voir aussi Éducation des Autochtones.