Participation politique

La participation politique peut se définir comme un acte volontaire visant à influencer des élections ou des prises de décisions politiques (voir GROUPE DE PRESSION). Se prévaloir de son droit de vote, se présenter comme candidat, tenter d'influencer les grandes lignes d'une politique ou chercher à obtenir des avantages pour quelqu'un, dans un but très précis (voir FAVORITISME), sont autant d'exemples de participation politique. Ces actes peuvent même être illégaux (voir CONFLIT D'INTÉRÊTS et CORRUPTION). Payer ses impôts n'est généralement pas considéré comme un acte politique en soi, mais refuser de les payer peut l'être. Faire la grève pour régler des questions salariales ou pour améliorer des conditions de travail, tout en étant généralement un acte accompli sur une base volontaire, n'est pas considéré comme une forme de participation politique, même si certaines grèves sont très politiques. Signalons à ce chapitre le vaste mouvement de protestation du 14 octobre 1976 contre les mesures prises par la Commission de lutte contre l'inflation.

Le taux de participation politique dépend de plusieurs facteurs. Environ 90 p. 100 des Canadiens se sont prévalus au moins une fois de leur droit de vote. Aux ÉLECTIONS fédérales, le taux de participation se situe généralement un peu au-dessus de 75 p. 100. Bien que le taux de participation aux élections au Canada soit considérablement plus élevé qu'aux États-Unis, il se situe néanmoins dans le troisième tiers inférieur des démocraties reconnues, avec un taux de participation de 5 p. 100 sous la moyenne des pays où l'exercice du droit de vote n'est pas obligatoire. Le taux de participation aux élections est généralement un peu plus faible dans les provinces, quoique l'on remarque plutôt le contraire au Québec et dans quelques autres provinces canadiennes (voir COMPORTEMENT ÉLECTORAL). Le taux de participation aux élections municipales est généralement le plus bas de tous.

Le taux de participation aux activités plus exigeantes, lors des CAMPAGNES ÉLECTORALES, diminue considérablement. D'après les sondages, environ une personne sur cinq essaie de persuader un ami de voter pour un parti ou une personne en particulier et environ une personne sur six assiste à un rassemblement, une assemblée politique, place une affiche sur son terrain ou pose un autocollant sur sa voiture. Entre 5 p. 100 et 10 p. 100 de la population fait de la sollicitation de suffrages, participe à des tournées électorales, achemine par courrier de la documentation politique, fait des appels téléphoniques se rapportant à la campagne ou agit comme conducteur ou scrutateur le jour du scrutin. Moins d'une personne sur vingt donne de l'argent à un parti, à un candidat (voir PARTIS POLITIQUES, FINANCEMENT DES), ou est membre d'un parti. Moins nombreux encore, sont ceux qui se présentent comme candidats ou s'engagent dans des activités politiques illégales.

Le coût de la participation politique constitue un facteur important. Certaines actions politiques entraînent des dépenses et les gens financièrement à l'aise sont plus susceptibles de s'y engager. D'autres actions politiques exigent avant tout d'avoir des temps libres. D'autres encore, très nombreuses, exigent des qualités sociales, des compétences en administration, une bonne maîtrise de la langue et de la facilité à traiter de l'information. Dans ces cas, le niveau de scolarisation entre en ligne de compte. D'autres différences en matière de participation politique, comme celles qui se retrouvent entre des groupes professionnels ou des catégories de revenus, se reflètent en partie dans les niveaux d'instruction, encore que de telles différences puissent être compensées par l'expérience. Ainsi, quel que soit leur niveau d'instruction, les personnes âgées sont plus actives en politique que les jeunes. Les habiletés acquises dans des activités non politiques, par exemple dans la BUREAUCRATIE, dans du travail pour les églises ou au sein d'associations de bénévoles, se révèlent souvent utiles sur le plan de la participation politique.

Les coopératives rurales, administrées suivant les fondements de la démocratie, jouent depuis toujours un rôle politique important. En effet, les membres y acquièrent des compétences qui peuvent être utilisées en politique, d'où une participation supérieure dans les milieux ruraux à celle des milieux urbains comparables. Les femmes, qui ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales de 1918, et qui ont été traditionnellement exclues des rôles sociaux favorisant l'acquisition de connaissances en politique, ont toujours pris une part moins active que les hommes à la politique. Cependant, la participation des femmes aux scrutins est maintenant plus élevée que celle des hommes et les études démographiques laissent croire que cette tendance s'étendra à d'autres champs d'activités politiques.

Les bénéfices que l'on peut tirer d'activités politiques jouent un rôle déterminant dans le taux de participation à ces activités, tout comme le sont les coûts qui s'y rattachent. Ainsi, la population est plus susceptible de voter et de participer activement aux campagnes électorales lorsque la lutte est serrée que lorsqu'un seul parti est en lice. Certains groupes de travailleurs sont davantage touchés par les décisions gouvernementales que d'autres et sont donc plus sujets à s'engager politiquement, quel qu'en soit le prix à payer. Les employés de la FONCTION PUBLIQUE, dont les revenus sont liés à des décisions politiques, votent dans une proportion beaucoup plus élevée que les autres catégories de la population. Les agriculteurs, dont les revenus sont étroitement liés aux prix fixés et aux décisions prises en matière de gestion des approvisionnements par le gouvernement, sont beaucoup plus actifs que d'autres groupes dont les revenus et la scolarité sont comparables, et qui ont suivi le même cheminement au plan organisationnel.

Le degré de participation aux activités politiques varie considérablement d'une province à l'autre, reflet de la compétitivité propre au SYSTÈME DE PARTIS. Traditionnellement, l'Alberta et Terre-Neuve, qui votent toujours à sens unique au fédéral, ont le plus faible taux de participation électorale au pays, tandis que l'Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan ont le plus fort. Au Québec, le taux de participation est généralement plus élevé aux élections provinciales, où la concurrence est très forte, qu'aux élections fédérales où le vote a plutôt été à sens unique jusqu'en 1984. Depuis 1984, cependant, au Québec la participation aux élections fédérales est plus élevée en moyenne que dans le reste du pays.

Certaines actions politiques procurent des avantages aux citoyens, peu importe leurs conséquences sur la politique ou les résultats électoraux. La sollicitation des suffrages et le travail à la permanence des partis, parce qu'ils donnent l'occasion de rencontrer des gens, sont surtout prisés des participants qui se plaisent en compagnie des autres. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup d'entregent pour donner de l'argent. Poser des autocollants sur sa voiture ou placer des affiches dans sa cour ne requiert ni argent ni grandes qualités sociales. Ces gestes impliquent cependant un engagement envers un parti ou un candidat, puisque leur auteur doit s'attendre éventuellement à subir les critiques de ses voisins. Les sondages révèlent qu'il y a peu de recoupement entre les différents types d'action politique. Les gens préfèrent généralement s'engager dans une même action politique, tant aux élections fédérales que provinciales, plutôt que dans plusieurs actions à l'un des deux ordres.

Certains observateurs soutiennent que le niveau actuel de participation des Canadiens est suffisant. Les sondages donnent d'ailleurs à penser que ceux qui participent peu ne se soucient guère de la politique, qu'ils n'en connaissent pas les enjeux et accordent peu d'importance aux valeurs démocratiques. D'autres observateurs soutiennent que la participation est valable en soi et qu'elle devrait être encouragée, car c'est le meilleur moyen de se sensibiliser aux valeurs démocratiques. L'engagement démocratique relativement faible de certains est en grande partie attribuable à leur exclusion de la vie politique, même si cette exclusion est volontaire.

Pour accroître la participation de la population à la vie politique, il faudrait accroître les avantages ou réduire les coûts inhérents à l'action politique. Au chapitre des avantages, citons notamment les changements qui pourraient être apportés à la loi électorale ou à la réglementation fiscale. L'inutilité des votes individuels et des efforts fournis dans les circonscriptions où le candidat est certain de l'emporter pourrait être contrecarrée par l'adoption d'une formule électorale basée sur la représentation proportionnelle, même si cette formule peut entraîner d'autres conséquences indésirables. L'allocation de crédits d'impôts à ceux qui participent aux campagnes électorales des partis ou des candidats peut transformer les coûts de participation en avantages. C'est précisément ce qui s'est passé aux élections fédérales et provinciales ces dernières années. Les citoyens contribuent maintenant plus que jamais au financement des partis politiques canadiens.

La possibilité de voter par anticipation et à des scrutins spéciaux semble favoriser le taux de participation, tout comme ce serait le cas si on tenait les élections un jour de congé, le dimanche par exemple. Cependant, la hausse du niveau d'instruction ne s'est pas traduite par une augmentation correspondante du taux de participation, même si l'on sait depuis toujours qu'il y a une corrélation entre le niveau d'instruction et le taux de participation.

Les partis politiques doivent donner l'exemple et réduire le coût des campagnes électorales, par un recrutement plus soutenu de bénévoles, par exemple. D'après les sondages, un nombre beaucoup plus élevé de citoyens seraient intéressés à participer aux campagnes électorales, mais l'importance croissante des mass médias électroniques laisse croire que les partis auront de plus en plus tendance à remplacer la main-d'oeuvre par le capital et non l'inverse. Des lois qui restreindraient l'accès des partis aux médias forceraient peut-être les partis à faire appel aux bénévoles, mais ces lois pourraient par ailleurs empiéter sur d'autres libertés politiques. Le meilleur moyen d'encourager la participation aux campagnes électorales et à d'autres formes d'action politique consiste peut-être à donner davantage d'occasions à la population de participer à des activités qui ne sont pas d'emblée associées à la politique mais plutôt à la démocratisation de la vie de tous les jours.