Le Parti libéral, qui a dominé la scène politique fédérale durant une bonne partie de l'histoire du Canada, a d'abord élaboré sa formule politique gagnante sous la direction de sir Wilfrid Laurier, premier ministre de 1896 à 1911. Si le Parti libéral du 20e siècle exerce le pouvoir sous le signe du pragmatisme, son histoire, au 19e siècle, est marquée par des décennies d'opposition et d'efforts en vue de faire adopter des réformes.

L'opposition politique commence à s'organiser dans les colonies de l'Amérique du Nord britannique, avec l'établissement d'assemblées représentatives en Nouvelle-Écosse (1758), au Nouveau-Brunswick (1784) et dans le Haut et le Bas-Canada (1791). Le pouvoir étant détenu dans ces colonies par une oligarchie composée de représentants nommés, qui n'ont pas à répondre de leurs actes devant les assemblées élues, les réformistes en appellent au principe du parti whig qui prône la suprématie du Parlement, et militent en faveur de l'adoption d'un gouvernement responsable. Dans les Maritimes, Joseph Howe lutte pendant dix ans pour l'établissement d'un gouvernement responsable et y parvient finalement en 1848. Cette année-là, une coalition réformiste dirigée par Robert Baldwin, au Canada-Ouest, et par Louis-Hippolyte LaFontaine, au Canada-Est, accomplit la même percée.

Les réformistes d'avant la Confédération croient aux principes du libéralisme britannique. Opposés à la protection tarifaire que les gouvernements conservateurs tendent à préconiser (voir Protectionnisme), les réformistes se font, au milieu du siècle, les promoteurs du libre-échange avec leurs voisins du Sud. Le traité de réciprocité signé avec les États-Unis en 1854 est le couronnement de l'administration réformiste de Francis Hincks et d'Augustin-Norbert Morin.

Le mouvement réformiste commence à se démanteler au début des années 1850. Au Canada-Ouest, les fermiers radicaux du sud-ouest de l'Ontario, connus sous le nom de Clear Grits, s'opposent au gouvernement réformiste qu'ils jugent trop conservateur. Inspirés par le radicalisme de William Lyon Mackenzie, ils attaquent farouchement les réserves du clergé qui leur apparaissent comme une institutionnalisation de la domination du Pacte de Famille et un déni de liberté à l'égard des protestants. Dans cette offensive, les Grits jouissent d'un ferme appui de la part du Globe, dont l'éditeur, George Brown, deviendra le chef. Au Canada-Est, le radical parti rouge milite pour le suffrage universel et l'abolition du système seigneurial.

En 1854, les réformistes modérés forment un gouvernement de coalition avec les conservateurs, laissant ainsi dans l'opposition les Clear Grits et le Parti rouge, avec Antoine-Aimé Dorion à sa tête. Bien qu'ils soient divisés sur certaines questions comme « la représentation selon la population », ils forment une alliance précaire jusqu'à ce que Brown se joigne à la Grande Coalition, en 1864.

À l'aube de la Confédération, les Clear Grits et les Rouges se joignent aux réformistes des Maritimes pour former un parti sous le nom de Libéral. Ils font difficilement face aux ruses politiques du premier ministre conservateur, sir John A. Macdonald, et à sa puissante coalition au fédéral. Les libéraux réussissent toutefois à mettre sur pied de solides organisations dans les provinces. Sir Oliver Mowat, premier ministre de l'Ontario de 1872 à 1896, mène le combat des provinces contre le pouvoir du gouvernement central pour défendre les droits de celles-ci, un principe qui sera cher au Parti libéral pendant plusieurs décennies.

Après l'effondrement du gouvernement de Macdonald, provoqué par le scandale du Pacifique, Alexander Mackenzie, un austère maçon, forme le premier gouvernement libéral de la fédération en 1873. Cependant, une grave récession économique et l'absence de vision politique de Mackenzie aboutissent, en 1878, à la réélection de Macdonald, dont la campagne est basée sur le protectionnisme. Il s'ensuit une Politique nationale de protection tarifaire âprement contestée par Edward Blake, avocat de Toronto et ancien premier ministre de l'Ontario, qui dirige le Parti libéral de 1880 à 1887 (Blake est le seul chef libéral à n'avoir jamais été premier ministre au fédéral). Blake et Mowat font des pressions pour obtenir de nouvelles réformes du système électoral et parviennent à détourner leurs partisans ontariens de leur anticatholicisme, qu'ils ont hérité des Clear Grits et de George Brown.

Pendant ce temps, au Québec, Wilfrid Laurier détourne les Rouges de l'anticléricalisme en défendant les principes du libéralisme du premier ministre britannique William Gladstone et les vertus de la conciliation raciale. Laurier, choisi chef de parti par un caucus fédéral libéral réticent en 1887, sur la recommandation de Blake, consolide progressivement les assises du parti au Québec.

Exploitant la maladresse des conservateurs sur la question des écoles du Manitoba, Laurier remporte l'élection de 1896 avec une plate-forme portant sur les droits des provinces. Il remporte les trois élections suivantes en s'inspirant de la formule gagnante de Macdonald : une coalition des forces à l'échelle nationale, une politique gouvernementale expansionniste et un esprit de conciliation entre Canadiens anglais et Canadiens français. Par ailleurs, il modère les principes du réformisme libéral par son pragmatisme et en usant du favoritisme. Il forme sa coalition électorale au Canada anglais, appuyé par les organisations libérales des premiers ministres provinciaux qui, nommés au sein de son cabinet, seront d'influents intermédiaires dans leurs régions. Il appuie la politique d'immigration dynamique préconisée par le ministre du Manitoba, Clifford Clifford Sifton, pour la colonisation de l'Ouest. Favorable à la construction d'une ligne de chemin de fer transcontinentale, il établit avec le Grand Tronc et le Canadien Nord le même type de collaboration qu'avait dénoncée son caucus, dans les années 1880, lorsque Macdonald s'en faisait le défenseur.

Les principes des libéraux de Laurier diffèrent néanmoins de ceux de leurs rivaux conservateurs. Dans le domaine des affaires extérieures, les libéraux créent la Marine royale du Canada plutôt que de contribuer à la marine britannique (voir Loi du Service naval), démontrant ainsi leur affinité avec les principes anti-impérialistes de Gladstone. En matière de politique commerciale, Laurier réussit à conclure une entente de réciprocité avec les États-Unis, un objectif auquel aspiraient les libéraux depuis longtemps. Cette victoire mènera toutefois le Parti libéral à sa perte. L'entente de réciprocité détourne les milieux d'affaires qu'il s'était allié et qui étaient favorables au protectionnisme, d'où la défaite des libéraux aux élections de 1911 face à un Parti conservateur hostile aux États-Unis. Laurier, qui demeure à la direction du parti, observe avec désespoir son parti se déchirer au sujet de la conscription militaire de la Première Guerre mondiale, qui ébranle temporairement l'alliance qu'il avait forgée entre anglophones et francophones.

Son successeur, William Lyon Mackenzie King, est probablement le plus grand chef libéral. D'abord fonctionnaire, il terminera sa carrière avec le record de longévité de l'histoire politique canadienne. Il fut premier ministre de 1921 à 1948 (sauf en 1926 et de 1930 à 1935, années durant lesquelles il siégea dans l'opposition). On attribue la longévité de King à son talent incroyable pour embrouiller les questions politiques dans le but de conserver l'appui de groupes aux idéologies diamétralement opposées, comme les fermiers de l'Ouest, favorables au libre-échange, et les manufacturiers du Centre, favorables au protectionnisme. Il reconnaît également avec perspicacité l'importance de conserver l'appui du Québec, particulièrement durant la Deuxième Guerre mondiale. Il manifeste par ailleurs un talent pour attirer dans son Cabinet des ministres influents ayant de solides appuis régionaux et utiliser au mieux leurs talents et leurs relations. Enfin, il réussit à présenter à l'électorat une image progressiste et à mettre graduellement de l'avant des programmes sociaux, tout en apaisant les milieux d'affaires. À l'échelle internationale, King investit le Canada d'un rôle indépendant. Au pays, il est centriste, bien qu'il ait des penchants pour la gauche. Sa propension à l'ambiguïté, illustrée par le slogan de sa campagne électorale de 1935 « King ou le chaos », et sa célèbre phrase sybilline, « Pas nécessairement la conscription, mais la conscription si nécessaire », lui permettront de se frayer un étroit chemin entre les militants canadiens-anglais et les isolationnistes du Québec, durant la Deuxième Guerre mondiale.

Le successeur de King, qu'il a d'ailleurs choisi, Louis Saint-Laurent, est admiré par les bureaucrates et les milieux d'affaires plus que King. Toutefois, en raison de son indifférence pour l'organisation du parti et de sa dépendance envers la bureaucratie fédérale, son régime sera témoin de l'effondrement de la grande alliance libérale de King et du détachement progressif et persistant de l'Ouest canadien. À partir du moment où John Diefenbaker l'emporte de peu sur Saint-Laurent, en 1957, le Parti libéral ne cessera de lutter pour retrouver le haut niveau de sa popularité dans l'Ouest.

Lester Pearson, Prix Nobel de la paix, ancien diplomate et secrétaire d'État aux Affaires extérieures, élu chef du Parti libéral au début de 1958, doit se présenter à trois reprises avant de prendre le pouvoir, en 1963. C'est en bonne partie grâce aux talents d'organisateur et aux convictions réformistes de son proche conseiller, Walter Gordon, qu'il peut bâtir l'organisation du parti. Toutefois, les réformes organisationnelles apportées par Gordon ne font qu'accentuer le détachement de l'Ouest vis-à-vis de ce qui est devenu un parti d'obédience torontoise. On attribue à Gordon le mérite d'avoir porté au pouvoir un gouvernement minoritaire aux élections de 1963, mais on lui reprochera par la suite d'avoir recommandé la tenue d'une autre élection, en 1965, qui s'est soldée par l'avènement d'un autre gouvernement minoritaire libéral. Même s'il n'est jamais majoritaire, le gouvernement accomplit beaucoup au cours des cinq années où il est au pouvoir; il crée notamment un programme national d'assurance-maladie, le Régime de pensions du Canada et un drapeau canadien distinct.

En 1968, Pierre Elliott Trudeau succède à Pearson à l'issue d'une campagne à la direction extrêmement contestée. Sous la houlette de Trudeau, les Canadiens français se taillent une place plus grande qu'ils n'ont jamais connue au sein du Parti libéral et du gouvernement canadien. L'attachement de Trudeau à la défense du fédéralisme et son souci de combattre les forces séparatistes du nationalisme québécois expliquent à la fois la forte attirance qu'il a exercée auprès du public à ses débuts et la grande animosité qu'il suscitera plus tard parmi l'électorat anglo-canadien. Malgré l'instabilité marquée de sa popularité, le parti réussit à demeurer au pouvoir jusqu'en 1979, et de 1980 à 1984, en raison de sa force au Canada central, et continuera de lutter, sans succès, pour reprendre sa place dans l'Ouest. Le style controversé de Trudeau et l'inertie politique causée par un ralentissement économique qui débute en 1973 ont fait de sa personnalité le principal enjeu de la scène politique, en dépit du succès considérable que représente la réalisation d'un large consensus à l'extérieur du Québec en faveur du « rapatriement » de la constitution et de l'adoption d'une Charte canadienne des droits et libertés, en 1982.

Trudeau se retire en tant que chef en 1984 et est remplacé par John Turner, son ancien ministre des Finances. Assermenté le 30 juin, Turner déclenche rapidement des élections générales, espérant profiter de la brève poussée de popularité des libéraux dans les sondages. Sans plate-forme ni organisation adéquates, et dénué d'un style électoral engageant sur le plan personnel, il mène le parti à la pire défaite de son histoire. Les résultats des élections donnent 211 sièges aux progressistes-conservateurs, 40 sièges aux libéraux, 30 aux néo-démocrates et 1 indépendant. Au cours des quatre années qui suivent, le parti est rongé par des problèmes organisationnels et idéologiques. Lors de l'élection de 1988, Turner mène une forte campagne qui fait appel au nationalisme, misant sur l'inquiétude générée par le projet des conservateurs de signer un accord de libre-échange avec les États-Unis. Il redonne au parti une place respectable à la Chambre des communes en remportant 82 sièges, mais son succès n'est que de courte durée.

Lorsque Jean Chrétien devient chef en 1990, il hérite d'un parti désorganisé et au bord de la faillite. Son soutien pour l'Accord de Charlottetown négocié par les conservateurs coûte au parti l'appui du Québec; mais en se concentrant sur l'élaboration de nouvelles politiques et sur l'organisation, les libéraux arrivent bien préparés à l'élection d'octobre 1993. En effet, ils mettent l'accent sur la création d'emplois et présentent leur plate-forme de façon détaillée dans un livre qui répond efficacement aux critiques selon lesquelles le parti risque de se lancer à nouveau dans les dépenses extravagantes des précédents gouvernements libéraux. La campagne réussit et les libéraux remportent une majorité absolue avec 177 sièges. Avec l'anéantissement presque complet du Parti conservateur (qui passe de 154 sièges à 2), puis l'effondrement du NPD (qui ne conserve que 9 sièges sur 43) et la montée du Bloc Québécois (qui remporte 54 sièges), le Parti libéral de Chrétien est le seul parti au pays à augmenter sa représentation à la Chambre des communes dans chaque province. Lors des deux élections générales qui suivent, le Parti libéral est réélu avec une majorité, remportant 155 sièges en 1997 et 172 sièges en 2000.

Une fois en place, le gouvernement Chrétien se lance dans un vigoureux effort, mené par le ministre des Finances Paul Martin, pour équilibrer le budget fédéral. Il élimine ainsi le déficit de 42 milliards de dollars dont il a hérité, mais au prix d'importantes réductions dans les programmes sociaux et les paiements de transfert aux provinces. Chrétien ignore largement les nationalistes québécois, persuadé qu'il est de diriger un bon gouvernement et convaincu que cela servirait de réponse efficace aux appels à la souveraineté du Québec. La faille que recèle cette approche se fait sentir lors du référendum de 1995, où le camp fédéraliste l'emporte par une marge des plus minces. Chrétien réplique avec la Loi sur la clarté stipulant que le gouvernement fédéral ne négocierait la séparation du Québec que dans le cas de l'obtention d'une forte majorité du oui à une question claire.

Face à une opposition croissante au sein même de son parti de la part des partisans de Martin, son rival de longue date, et craignant de perdre le vote de confiance au congrès du parti, Chrétien annonce sa retraite en 2002. Le 14 novembre 2003, Paul Martin devient le chef du parti et premier ministre du Canada le 12 décembre suivant, promettant de renforcer le système de santé, d'améliorer la position du Canada dans les affaires internationales et de régler ce qu'il appelle le « déficit démocratique » du pays en augmentant le pouvoir des députés ordinaires. Le gouvernement Martin est toutefois immédiatement assailli par un scandale sur la distribution de fonds de commandites au Québec pendant les années où Jean Chrétien était premier ministre. Le nouveau premier ministre tente de prendre ses distances par rapport à l'affaire en nommant la Commission Gomery pour enquêter, mais l'appui aux libéraux continue à régresser. Lors de l'élection du 28 juin 2004, ils sont réduits à une minorité, ne remportant que 135 des 308 sièges aux Communes. Martin continue à s'occuper de priorités multiples, mais les médias le présentent comme un homme incapable de prendre des décisions. Le rapport de la Commission Gomery l'exonère de tout acte répréhensible dans l'affaire des commandites, mais confirme les allégations de corruption à la fois au sein de la bureaucratie et de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. L'appui aux libéraux baisse encore et ils sont défaits à l'élection du 23 janvier 2006, remportant 103 sièges contre 124 pour les conservateurs. Le soir de l'élection, Martin annonce qu'il se retire comme premier ministre et chef du parti.

En décembre, Stéphane Dion, qui a servi dans les deux gouvernements de Chrétien et de Martin, est élu comme nouveau chef du parti. Il hérite d'un parti désorganisé, fortement endetté et dont le moral a été miné par la longue querelle entre Chrétien et Martin et par la défaite électorale de 2006. En 2007 et 2008, les libéraux renoncent à déclencher des élections qui auraient pu leur permettre de défaire le gouvernement conservateur minoritaire. Le premier ministre Stephen Harper prend les choses en main et déclenche des élections pour le 14 octobre 2008. Le pivot de la campagne libérale est le « Tournant vert », qui promet une hausse des taxes sur les émissions de gaz à effet de serre et une baisse des impôts sur le revenu. Les électeurs ne suivent pas et les libéraux n'obtiennent que 77 sièges à la Chambre des communes. Le 20 octobre, Dion annonce qu'il quitte ses fonctions de chef de parti.

Lorsque le Parlement se réunit en novembre, les partis d'opposition conviennent de voter contre le gouvernement et demandent à la gouverneure générale de nommer Dion premier ministre. Pour éviter la défaite, Harper fait proroger le Parlement jusqu'en janvier. Les libéraux agissent rapidement pour remplacer Dion et nomment Michael Ignatieff chef de parti intérimaire, fonction qu'il occupe jusqu'au mois de mai 2009, où un congrès du parti le confirme dans son rôle de chef.

Malgré les attaques vigoureuses sur le gouvernement Harper, les libéraux ne parviennent pas à gagner du terrain sous le leadership d'Ignatieff. En mars 2011, le parti s'allie avec l'autre parti d'opposition pour forcer une élection, même si les sondages d'opinion les placent dix points derrière les conservateurs. Dans les premiers jours de la campagne, il semble que les libéraux gagnent du terrain sur les conservateurs, mais leur espoir est anéanti par les débats télévisés de chefs. Le chef du NPD, Jack Layton, éclipse Ignatieff en se montrant terre-à-terre, en attaquant le chef libéral pour son manque d'assiduité à la Chambre des communes et en appuyant Harper au sujet des réductions de l'impôt des sociétés. Dans les derniers jours de la campagne, les libéraux sont en chute libre. Le 2 mai, jour de l'élection, les conservateurs l'emportent avec une nette majorité et les libéraux se placent derrière les néodémocrates avec 34 sièges, la représentation en chambre la plus faible de l'histoire du parti. Quand Ignatieff annonce le lendemain sa volonté de quitter ses fonctions de chef du parti, les libéraux entrent dans une période de questionnement profond concernant l'organisation, le leadership et la faiblesse des politiques qui ont conduit le parti, autrefois dominant, à une lointaine troisième place.

Disputes internes

Dans toute grande formation politique, il y a des groupes, restreints mais influents, qui s'opposent à l'idéologie dominante. En Colombie-Britannique, durant les années 1950, de nombreux libéraux provinciaux forment une coalition électorale avec le Crédit social, un mouvement politique de droite, au grand dam du parti fédéral. Dans les années 1960, Ross Thatcher, premier ministre libéral de la Saskatchewan, s'oppose énergiquement au libéralisme et aux politiques sociales du premier ministre Lester Pearson. Ces deux conflits minent la crédibilité du parti fédéral dans l'Ouest. Depuis les années 1960, la plupart des partis libéraux provinciaux forment des organisations séparées et mènent souvent des politiques qui entrent en conflit avec celles du Parti libéral fédéral.

Tout au long de l'histoire du Parti libéral, des tensions se font sentir dans ses rangs entre les forces du continentalisme et celles du nationalisme. Elles deviennent encore plus manifestes dans les années 1960, alors que Walter Gordon s'efforce de restreindre la mainmise des étrangers sur l'économie (voir Investissement étranger). Bien qu'il essuie de nombreux revers, Gordon continue de faire valoir ses idées au sein du parti, contrairement à d'autres dissidents comme les ministres James Richardson et Eric Kierans, qui démissionnent du gouvernement Trudeau en raison d'enjeux politiques (linguistique dans le cas de Richardson et économique dans le cas de Kierans).

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, il existe encore des tensions entre la gauche et la droite au sein du parti, surtout entre Pierre Trudeau, John Turner et leurs partisans respectifs. Bien que Turner, ancien ministre des Finances sous Trudeau, démissionne du Cabinet en 1975, il joue le rôle de dauphin libéral en exil pendant près d'une décennie.

Les récentes disputes qu'a connues le parti ont davantage à voir avec le leadership qu'avec les politiques. Les conflits internes se développent après le congrès à la direction du parti en 1984 lors duquel Turner ravit la première place à Chrétien. Les partisans de Turner accusent alors Chrétien de miner en coulisse la crédibilité du nouveau chef. Des accusations semblables surgissent du camp Chrétien après la défaite de Martin lors de la course à la chefferie de 1990. Les tensions se poursuivent durant le mandat de Chrétien en tant que premier ministre, aboutissant à l'annonce de son retrait en 2002.

Soutien financier

Traditionnellement, les fonds des campagnes électorales des libéraux proviennent de grandes entreprises et, dans une moindre mesure, de petits entrepreneurs (voir Financement des partis politiques). Après l'adoption de la Loi sur les dépenses d'élection en 1974, les fonds recueillis auprès des milieux d'affaires ont été réduits et remplacés par des dons des membres, déductibles d'impôt, et par des contributions directes de la population (voir Système de partis). Les contributions des entreprises ont presque disparu en 2004 avec l'adoption d'une nouvelle loi sur le financement des partis, qui limite la contribution financière des entreprises et des syndicats à un parti politique à 1000 $ par année. Pour compenser l'insuffisance, les partis bénéficient d'un financement public en fonction du nombre de votes reçus lors de la précédente élection générale.

Élections et appui populaire

Sur le plan de l'idéologie, le Parti libéral demeure au centre, modulant ses positions selon les régions pour essayer d'obtenir un large appui national. Dans les provinces de l'Atlantique, où les sociaux-démocrates ont toujours eu beaucoup de difficulté à percer comme troisième force politique, les libéraux et les conservateurs se livrent habituellement une lutte à deux, qu'ils gagnent à tour de rôle. De 1896 à 1980, un fort appui au Québec aboutit généralement à une écrasante majorité de sièges dans cette province. En 1984, les conservateurs de Brian Mulroney remportent 58 sièges sur 75 au Québec, défaisant ainsi le bastion libéral dans la province. Depuis l'effondrement du Parti conservateur en 1993, les libéraux ont remporté de 20 à 40 des 75 sièges au Québec, la majorité du reste étant occupé par le Bloc québécois. En Ontario, le parti remporte pratiquement tous les sièges de 1993 à 2000, grâce à l'effondrement du NPD et au fractionnement du vote conservateur par les réformistes. En 2004, le Parti conservateur unifié réussit à remporter plusieurs circonscriptions rurales de l'Ontario, les libéraux enlevant 75 des 106 sièges de la province. Depuis 1957, le parti termine deuxième ou troisième dans les provinces de l'Ouest, n'obtenant la majorité qu'une seule fois, en 1968. Il remporte 14 des 92 circonscriptions de l'Ouest aux élections de 2004.

Le Parti libéral domine la politique canadienne durant la plus grande partie du 20e siècle. Il prospère dans les années 1920, à une époque où son homonyme s'effondre en Grande-Bretagne, et dans les années 1990, alors que « libéral » est un terme péjoratif aux États-Unis. Son succès reflète sa capacité à chevaucher le centre politique tout en faisant preuve de souplesse idéologique. Cette flexibilité lui permet de prôner une augmentation des dépenses du gouvernement dans un secteur et un équilibre des budgets dans un autre, d'appuyer le libre-échange à certains moments et de le condamner vigoureusement à d'autres. Au cours des dernières années, l'accent qu'il met sur la tolérance séduit les immigrants et les électeurs urbains et lui permet de dépeindre ses opposants dans le Canada anglais comme des gens étroits d'esprit. Au Québec, la montée du Bloc représente un défi majeur et rend difficile aux libéraux la tâche de rétablir leur traditionnelle emprise sur la province.