Orgues, musique et facture d'

  C'est dans une église de Québec (1660-1661) que le son d'un orgue se fait entendre pour la première fois en Amérique, quelque 60 ans plus tôt que chez nos voisins américains. Selon les archives, la cathédrale de Québec possède déjà deux orgues en 1663-1664. Les compositions pour orgue jouées à l'époque sont vraisemblablement courtes et divisées en sections, comme la plupart des créations françaises pour orgue. Cela facilite la pratique française qui consiste à entrecouper les morceaux d'orgue de passages chantés par le choeur. Selon le Livre d'orgue de Montréal (découvert récemment et réédité en 1981), apporté à Québec en 1724 par Jean Girard (1696-1765), cette tradition française aurait fait partie de la vie liturgique en Nouvelle-France.

Le Britannique Healy WILLAN, arrivé au Canada en 1913, exerce une énorme influence sur la musique d'orgue. Son Introduction, passacaille et fugue (1916) devient la norme canadienne dont s'inspirent les compositions originales pour orgue. De plus, sa musique liturgique permet d'établir une liste d'innombrables compositions bien pratiques, essentiellement basées sur des hymnes pouvant servir aux organistes amateurs. Issues de cette tradition anglaise, de belles compositions originales convenant à l'usage liturgique ont enrichi le corpus d'oeuvres canadiennes pour orgue. Les compositeurs anglo-canadiens sont, entre autres, Gerhard Wuensch, Gerald Bales, Barrie Cabena, Derek Healy, Bengt HAMBRAEUS, Gerhard Krapf et Jacobus Kloppers.

Les contributions franco-canadiennes perpétuent la tradition romantique française de compositeurs tels que César Franck et Louis Vierne. Parmi les oeuvres importantes qui ont enrichi la musique pour orgue, mentionnons les oeuvres de Raymond DAVELUY, François MOREL, Rachel Laurin, Jean Lebuis, Jean Morissette, Bernard Piché, Antoine Reboulot, Gilles Rioux et Denis Bédard.

Au XVIIe siècle, tous les orgues de Nouvelle-France viennent d'Europe. Ils sont de petite taille et répondent aux besoins liturgiques de l'époque. L'importation d'orgues de style français se poursuit durant tout le siècle. Le seul orgue fabriqué en Nouvelle-France à l'époque est celui d'un jeune menuisier de Montréal, Paul-Raymond Jourdain, qui termine son premier instrument, qui semble être aussi son dernier, en 1723. L'influence anglaise dans la facture d'orgues commence en 1786 lorsqu'un instrument, ou du moins un rajout à un orgue qui existe déjà, est importé pour l'église St. Paul, à Halifax. Plusieurs autres orgues sont importés par la suite, mais Jean-Baptiste Jacotel, un immigrant français, établit dès 1824 une tradition canadienne pour la fabrication d'orgues. Le premier facteur d'orgues né au Canada est Joseph Casavant (1807-1874). Ses fils, Claver et Samuel, fonderont la société CASAVANT FRÈRES LTÉE qui existe toujours et figure parmi les grands facteurs d'orgues. Les autres facteurs importants du XIXe siècle et du début du XXe siècle sont, entre autres, Samuel Russell Warren, Louis Mitchel et Napoléon Déry, de Québec, dont les orgues susciteront le mouvement de reviviscence de l'orgue au Canada.

Tous les premiers facteurs d'orgues utilisent la méthode mécanique traditionnelle ou la traction mécanique. Cependant, dès la fin du XIXe siècle, les orgues qui utilisent l'électricité d'une façon ou d'une autre ont tôt fait d'envahir le marché. À partir de 1893, les frères Casavant s'emploient à mettre au point un orgue électropneumatique et ils terminent la construction de leur dernier instrument à traction mécanique en 1902.

Le mouvement qui tend à restaurer les méthodes traditionnelles de fabrication d'orgues (mécanique ou à traction mécanique) et à encourager le retour à la sonorité baroque naît en Allemagne peu après la Première Guerre mondiale, mais ne se manifeste au Canada que trente ans plus tard. En 1959, le premier orgue à traction mécanique, fabriqué en Allemagne par Rudolf von Beckerath selon l'ancienne tradition, est installé à Montréal. Stimulés par ce nouvel orgue traditionnel, quelques organistes enthousiastes du Québec forment, en 1960, un groupe nommé Ars Organi, qui se voue à l'interprétation de musique pour orgue sur les meilleurs spécimens d'orgues à traction mécanique. En grande partie grâce à leurs initiatives, Casavant Frères recommence à fabriquer des orgues à traction mécanique en 1963. Plusieurs petits fabricants de renom se consacrent alors à construire des orgues en respectant l'idéal du mouvement de réforme. Parmi les facteurs d'orgues les plus connus figurent Hellmuth Wolff, André Guibault, Guy Thérien, Karl Wilhelm, Fernand Létourneau, Gerhard Brunzema (décédé en 1992), Adrian Koppejan, Gabriel Kney (retraité en 1996), Denis Juget, Halbert Gober et K. Leslie Smith. Inspirés par de solides traditions historiques, les facteurs d'orgues canadiens jouissent, dans les années 80, d'une réputation qui rivalise avec celle des plus grands fabricants d'orgues au monde.