Le Nouveau Parti démocratique (NPD) est fondé à Ottawa en 1961, à l'occasion d'un congrès réunissant la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), les syndicats affiliés du Congrès du Travail du Canada(CTC) et les clubs du New Party. Le NPD a formé le gouvernement dans plusieurs provinces mais jamais sur le plan national. En 2011, ce parti fait une percée électorale historique en devenant pour la première fois l’opposition officielle au parlement

Tommy Douglas et ses successeurs

Le chef fondateur du NPD Tommy Douglas (1961-1971), pasteur baptiste, est pendant longtemps premier ministre CCF de la Saskatchewan. C’est un champion de la démocratie sociale. Tommy Douglas est mieux connu comme le père de l’assurance-maladie après avoir introduit en Saskatchewan la première assurance-maladie canadienne financée par le gouvernement au Canada (voir Politique sur la santé). Il dirige le premier gouvernement socialiste élu au Canada et, après avoir été premier ministre pendant 17 ans, il marque de nouveau l’histoire en devenant le premier chef du NPD. En 2004, il est élu le plus grand Canadien lors d’un concours national à la télévision de la CBC.

Après Tommy Douglas, six autres chefs ont dirigé le parti : David Lewis (1971-1975), Ed Broadbent (1975-1989), Audrey McLaughlin (1989-1995), Alexa McDonough (1995-2003), Jack Layton (2003-2011) et Thomas Mulcair (élu en mars 2012).

Parti fédéral

Depuis sa création jusqu’en 2008, le NPD remporte en moyenne 15,6 % des votes aux élections fédérales. Un tel pourcentage est suffisant pour influencer la politique canadienne, tout particulièrement pendant un gouvernement minoritaire, mais ne suffit pas pour former un gouvernement national ou même l'opposition officielle. Mais en raison du système électoral, le pourcentage de sièges obtenus par le NPD au Parlement a toujours été plus faible que le pourcentage des voix qu'il recueille, comme c'était aussi le cas pour la CCF. En 1988, il obtient le nombre record de 43 sièges à la Chambre des communes, mais aux élections suivantes, en 1993, il connaît une baisse vertigineuse, ne remportant que neuf sièges. En 2004, grâce à Layton, ancien conseiller municipal de Toronto, le parti retrouve le niveau de soutien habituel de la part des électeurs, un soutien qui augmente lentement avec 29 sièges obtenus en 2006 et 37 en 2008. Aux élections de 2011, Jack Layton mène le parti à une victoire écrasante (on parle de « vague orange » d’après la couleur du NPD) remportant le nombre sans précédent de 103 sièges (30,6 % des votes). Layton et sa femme Olivia Chow, également députée du NPD, emménagent à Stornoway, résidence officielle du chef de l’opposition.

Bon nombre de sièges de députés obtenus en 2011 sont remportés au Québec, ce qui est inhabituel. Par le passé, l'Ouest fournissait le plus fort niveau d'appui électoral ainsi que le plus grand nombre de membres et de députés fédéraux, la majorité des votes accordés au NPD provenant en général de l'Ontario. Mais jusqu’en 2011, le NPD n'arrive pas à faire élire de députés au Québec aux élections générales, à l'exception d’un siège temporaire acquis à la faveur de la défection d’un député d’un autre parti en 1986, ou d’une élection partielle en 1987.

Victoires provinciales

Un certain nombre de branches provinciales du NPD ont formé des gouvernements : en Colombie-Britannique, notamment avec Dave Barrett (1972-1975), Mike Harcourt (1991-1996), Glen Clark (1996-1999), Dan Miller (1999-2000), Ujjal Dosanjh (2000-2001).

Le parti a aussi eu du succès en Saskatchewan avec Tommy Douglas (1944-1961), Woodrow Lloyd (1961-1964), Allan Blakeney (1971-1982), Roy Romanow (1991-2001), Lorne Calvert (2001-2007).

Au Manitoba, il a gouverné avec Ed Schreyer (1969-1977), Howard Pawley (1981-1988), Gary Doer (1999-2009) et Greg Selinger (depuis 2009).

En Ontario, Bob Rae a été premier ministre de 1990 à 1995. En Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter a été premier ministre de 2009 à 2013. Enfin, au Yukon Tony Penikett (1985-1992) et Piers McDonald (1996-2000) ont dirigé le territoire en tant que chefs du NPD.

Politique

Sur le plan de la politique intérieure, le NPD milite pour un socialisme modéré et une économie mixte. Il favorise la planification gouvernementale et la propriété publique (y compris les sociétés d’État et les coopératives), lorsqu'elles sont nécessaires pour créer des emplois et offrir des services. Le NPD a toujours considéré les mesures de sécurité sociale, telles que les soins de santé universels, les pensions de vieillesse, les indemnités aux travailleurs et l'assurance-chômage, comme un bon moyen de réduire les inégalités sociales. Il réclame des programmes de soins dentaires et des garderies, une hausse d'impôts pour les sociétés et les bien nantis, et préconise l'accroissement des dépenses gouvernementales pour améliorer les services sociaux.

Au cours des dernières années, le NPD fédéral, dirigé par Layton et Mulcair, cible les grandes banques et les frais facturés aux consommateurs. À titre de porte-parole officiel des travailleurs, le NPD encourage les organisations syndicales et milite en faveur de meilleures conditions de travail. Alors que le CCF prônait un gouvernement central fort, le NPD est plus réceptif aux droits des provinces.

En matière de politique étrangère, le NPD est essentiellement pacifiste. Prônant un pacifisme plutôt allégé dans les années 50 et au début des années 60, il s'oppose à l'engagement du Canada au sein de l'OTAN et du NORAD, et il demande que le pays devienne une zone dénucléarisée. Le NPD s'est aussi montré inquiet devant la possibilité d'une plus grande intégration militaire avec les États-Unis, croyant que cela mettrait en péril la souveraineté du Canada. Il met en garde les Canadiens contre les dangers de la militarisation de l'espace et du lobbying américain visant à forcer le Canada à participer au bouclier antimissiles nord-américain. Le NPD critique fortement l'unilatéralisme américain et sa tendance à intervenir militairement dans le monde, et favorise un plus grand déploiement d'efforts internationaux en faveur de la paix par l'entremise des Nations unies.

À travers son histoire, le NPD a critiqué le taux élevé de propriété étrangère, particulièrement américaine, de l'industrie canadienne. Sous la pression du NPD, le gouvernement minoritaire libéral de Pierre Trudeau dans les années 1970 a présenté l'Agence de l'examen de l'investissement étranger (AEIE). Lorsque les conservateurs de Brian Mulroney ont fait campagne pour l'intégration économique avec les États-Unis en vertu de l'Accord de libre-échange et de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le NPD s'est opposé à ces deux accords.

Reconstruction après 1993

Après son échec électoral de 1993, le NPD entreprend la réorganisation du parti et parraine des conférences d'orientation destinées à régénérer sa plateforme électorale. Une nouvelle mesure, utilisée en 1995, consiste à élire son prochain chef grâce à un processus en deux étapes : l'envoi par la poste d'un bulletin de vote à tous les membres du parti et aux syndicats affiliés, puis un congrès national. La nouvelle chef, Alexa McDonough, qui mène le parti durant la campagne de 1997 a pour mission de recouvrer le statut parlementaire du parti. L'objectif est atteint, mais le NPD conserve toujours sa lointaine quatrième position à la Chambre des communes. Lors de l'élection de 2000, le parti perd à la fois des votes et des sièges, conservant de justesse son statut officiel au Parlement. Après plusieurs élections aux résultats décevants, les membres du parti discutent à nouveau du futur de la social-démocratie, de la structure organisationnelle du parti et de sa relation avec le mouvement ouvrier. Pour faciliter le renouvellement du processus, McDonough se retire. En 2003, Jack Layton est élu nouveau chef du NPD, à la suite d'une élection tenue à l'échelle nationale, par l'ensemble des membres du parti et des syndicats affiliés.

La victoire de Layton indique que les membres du NPD veulent un chef avec une plus grande visibilité et mieux équipé pour s'attaquer aux enjeux urbains et favoriser des liens entre le parti et les nouveaux mouvements sociaux. Menant le parti lors de la campagne de 2004, l'énergique Layton attire l'attention des médias et le parti monte dans les sondages. Certains journalistes à Ottawa ont déclaré dans la presse, en plaisantant, que Layton ne s’est jamais placé devant une caméra qu’il n’aimait pas. Lors de l'élection de 2004, le NPD enregistre sa meilleure performance en plus de dix ans (doublant pratiquement le nombre des voix reçues, à 15,7 %), mais le nombre de sièges remporté n'augmente que jusqu'à 19, soit considérablement moins que ce qu'espérait le parti.

Parlements minoritaires

Néanmoins, au sein du Parlement minoritaire de 2004-2005, le NPD est en mesure de jouer un rôle important. La modification proposée par le NPD au budget du gouvernement libéral permet de générer plus de dépenses pour les infrastructures et les programmes sociaux. Le NPD réussit à exercer des pressions sur le gouvernement libéral de Paul Martin pour empêcher la participation du pays dans le système antimissile américain et pour adopter la loi en faveur du mariage entre personnes de même sexe. Lors des élections de 2006, le NPD, dirigé par Layton, continue à faire des gains en termes de votes et de sièges. Étant donné la diffusion du pouvoir dans un autre Parlement minoritaire, le rôle que joue le NPD continuera à être important.

Une des plus grandes difficultés organisationnelles du NPD est la loi sur le financement public des partis politiques (2004) qui, dans la pratique, élimine presque complètement toute possibilité de contribution financière des syndicats au parti, alors que ce sont des travailleurs qui en sont les cofondateurs. Une autre difficulté voit le jour lors des élections de 2006 lorsque le président des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) Buzz Hargrove demande aux membres de voter de façon stratégique. Il demande avec instance aux syndicalistes et à autrui, lorsque c'est nécessaire, de ne pas voter NPD, mais de voter plutôt libéral en vue de compromettre la victoire du Parti conservateur. Le débat continue sur la place du parti travailliste du Canada et le rôle des membres de l'organisation ouvrière dans l'action politique et le jeu des partis.

Le parti ne cesse d'enregistrer des progrès dans les domaines du maintien de la paix à l'étranger, des enjeux environnementaux et des amendements à la Loi sur la lutte contre la pollution atmosphérique ainsi que dans le domaine des pensionnats indiens où ses avancées finiront par amener le gouvernement fédéral à présenter ses excuses en juin 2008. Cette même année, à la suite des élections fédérales, le NPD retourne à Ottawa avec une solide équipe prête à se mesurer à l'imposante équipe libérale qui forme l'opposition officielle et à exercer des pressions sur le Parti Conservateur. Il malmène les conservateurs sur le temps d'attente en matière de soins médicaux, sur le réchauffement climatique, sur les emplois et sur la capacité financière. Au mois de mai 2010, la Chambre des Communes promulgue la Loi sur la responsabilité en matière de changements climatiques du NPD qui fait du Canada le premier pays à fixer des cibles scientifiques en vue de réduire les émissions responsables de la variabilité du climat de 80 pour cent avant 2050. Le projet de loi a été rejeté par le Sénat au mois de novembre suivant mais a été présenté une nouvelle fois par le NPD en 2011.

Tentative de coalition

À la suite des élections de 2008, le gouvernement conservateur annonce, dès l'ouverture de la session parlementaire, la suspension temporaire du droit de grève des fonctionnaires fédéraux et l'interdiction pour les partis politiques de recevoir des subventions monétaires. Les chefs des trois autres partis réagissent en déclarant qu'il leur est impossible d'appuyer de telles mesures. Jack Layton, de même que le chef du parti libéral Stéphane Dion et le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, entament des négociations pour former une coalition visant à remplacer les conservateurs à la Chambre. Au début du mois de décembre 2008, les trois chefs signent une entente officielle visant à former un gouvernement de coalition. Les trois chefs s'attendent à ce que la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean remplace les conservateurs par un gouvernement de coalition, mais pas à ce qu'elle dissolve le Parlement et annonce de nouvelles élections. À l'exception de l’intérieur du Québec, l’opinion populaire partout au pays s'oppose à une coalition. Le premier ministre Stephen Harper demande alors à la gouverneure générale de proroger le Parlement jusqu'en janvier, mois au cours duquel il compte présenter un nouveau budget. Le 4 décembre, Michaëlle Jean acquiesce à sa demande.

Avant même que la question d'un gouvernement de coalition ne soit réglée, Stéphane Dion est remplacé par Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral. Jack Layton, opposé au budget des conservateurs, presse le parti libéral de déloger les conservateurs avant que l'entente de coalition cesse d'être en vigueur, mais le 28 janvier 2009, Michael Ignatieff accepte d'appuyer le budget, mettant ainsi un terme à toute possibilité de coalition.

L’opposition officielle

Lors des élections suivantes en mars 2011, Jack Layton réussit à mener son parti à une victoire qui fera date puisqu'un nombre inégalé de députés NPD sont élus à la Chambre des Communes et que le nouveau parti démocratique forme l'opposition officielle. Le NPD fait aussi une percée au Québec. Ayant commencé la campagne avec un seul siège dans cette province, il finit par remporter 59 des 75 sièges de la province.

En février 2010, Jack Layton avait annoncé qu'il souffrait d'un cancer de la prostate. Malgré sa maladie, il fait campagne dans le cadre des élections de 2011 avec la même vigueur et le même enthousiasme qu'il a manifestés tout au long de sa carrière. En juillet 2011, il annonce qu'il quitte temporairement son poste pour se consacrer à sa lutte contre un deuxième cancer et annonce que Nycole Turmel sera cheffe par intérim. Jack Layton s'éteint un mois plus tard.

Thomas Mulcair est élu à la tête du parti en mars 2012.