Si Noël se définit généralement comme la fête chrétienne (voir Christianisme) qui marque la naissance de Jésus, l'origine de la période des fêtes de Noël, elle, est incertaine et elle a des échos païens ambigus. Le mot anglais, Christmas, est dérivé du vieil anglais, Cristes mæsse, la « messe du Christ ». Le mot français, Noël, est quant à lui dérivé du latin, Dies Natalis, le « jour de la naissance ».

Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre?

Peu importe l'origine de la fête célébrée le 25 décembre, elle ne marque assurément pas le jour de naissance exact de Jésus. Cette date n'est pas connue. Par conséquent, alors que Noël est le jour où on célèbre la naissance de Jésus, le jour qui a été choisi pour commémorer cette naissance semble être davantage associé aux nombreuses fêtes qui marquent le solstice d'hiver qui, pour la plupart d'entre elles, remontent à l'époque des Romains ou des Celtes, antérieure à la naissance de Jésus. Quoiqu'on ne puisse pas affirmer que ces fêtes constituent véritablement l'origine de la fête de Noël, elles ont tout de même laissé des traces, non seulement en termes de la période de l'année à laquelle elles sont célébrées, mais aussi en termes des symboles et des traditions qui les accompagnent.

Bien sûr, les festivités rattachées au solstice d'hiver marquent le renouveau et le retour de la lumière, parfaits compliments à la naissance de Jésus qui, selon la foi chrétienne, apporta la lumière dans le monde pour chasser la noirceur des péchés et faire rayonner l'amour de Dieu. Dans l'hémisphère Nord, le solstice a lieu partout à la même période de l'année, entre le 20 et le 23 décembre, selon le calendrier grégorien, mais en raison des fuseaux horaires, il a lieu le 21 décembre dans l'ouest du Canada et le 22, dans l'est du Canada.

Les origines païennes de Noël

Les fêtes du solstice qui marquent le moment de l'année où le Soleil est à son plus bas, le jour le plus court de l'année, le jour à partir duquel les jours commencent à s'allonger et où réapparaissent les promesses de lumière et de chaleur, ont probablement lieu depuis des milliers d'années dans nos climats septentrionaux où les hivers sont plus rigoureux.

L'une de ces fêtes, la fête solaire romaine, Natalis Invicti, célébrée le 25 décembre, est peut-être la fête qui peut revendiquer d'être à l'origine de la date à laquelle nous fêtons Noël, à la fin du mois de décembre. Ce culte du soleil connut son apogée sous le règne de l'empereur Aurélien (270-275). Plus tard, des chrétiens comme Chrysostome au IVe siècle, firent le rapprochement entre cette fête romaine et la naissance de Jésus : « s'ils disent que c'est le jour de naissance du soleil, alors Il est le soleil de la justice. »

Par ailleurs, à l'époque romaine, Saturne, le dieu des semailles, faisait l'objet d'une fête. Les Saturnales étaient officiellement fêtées le 17 décembre et à l'époque de Cicéron, elles duraient sept jours, du 17 au 23 décembre. Dans le calendrier romain, les Saturnales étaient un jour saint au cours duquel de nombreux rituels religieux étaient organisés. Elles constituaient également la fête la plus populaire de l'année romaine, l'occasion de rendre visite à ses amis, de boire, d'offrir des cadeaux ‒ surtout des bougies ‒, peut-être pour traduire le retour de la lumière après le solstice. Les Saturnales continuèrent d'être fêtées à l'ère chrétienne et c'est au milieu du IVe siècle après J.-C. qu'elles furent intégrées à la fête de Noël.

En Amérique du Nord, quelques peuples des Premières nations organisaient aussi des cérémonies et des fêtes pour marquer un temps de régénération et d'introspection. Certains, les Iroquois notamment, organisaient, à la moitié de l'hiver, des fêtes qui duraient une semaine. La date de cette semaine de célébration était déterminée par la lune et les étoiles. Cette fête finit par être associée au solstice d'hiver. Parmi les coutumes associées à cette fête, il y a les rites de guérison, les offrandes de tabac, les prières, les danses et les chants de cérémonie; certaines de ces coutumes ont encore cours aujourd'hui.

Les premières dates chrétiennes de Noël

Les premières traces de la célébration de la naissance de Jésus se retrouvent à Alexandrie, en Égypte. Plusieurs théologiens, notamment Clément d'Alexandrie (vers 200 après J.-C.) ont essayé de déterminer avec exactitude le jour de la naissance de Jésus. La date reste encore à déterminer, mais Clément note que l'Épiphanie et la Nativité étaient fêtées soit le 10 soit le 6 janvier, indiquant ainsi qu'on avait atteint un certain consensus. Entre 427 et 433, les commémorations devinrent populaires en Égypte. À la fin du IVe siècle, Épiphane de Chypre affirme que Jésus est né le 6 janvier et qu'il fut baptisé le 8 novembre.

À Jérusalem, au quatrième siècle, la Naissance et le Baptême faisaient l'objet d'une même célébration. On a retrouvé des traces d'une lettre écrite par Cyril de Jérusalem (348-386) au pape Jules (337-352), dans laquelle il déclare que son clergé ne peut pas, en cette seule journée, faire une double procession, l'une à Bethléem et l'autre sur les rives du Jourdain. Il demande au pape d'attribuer la vraie date à la nativité conformément aux documents de recensement apportés par Titus à Rome. Le pape Jules décida donc que le 25 décembre serait la fête de la Nativité. Le pape Jules mourut en 352 et en 385, Cyril n'avait toujours pas apporté de modification aux célébrations qu'il dirigeait.

De ce fait, il y eut des précédents quand le pape Liberus (qui fut pape de 353 à 356) prêcha un sermon à Saint-Pierre, instituant que la fête de la Nativité aurait lieu en décembre. À la fin du IVe siècle, la fête était bel et bien entrée dans les mœurs et tous les calendriers occidentaux indiquèrent que le 25 décembre était la fête de la Nativité. La nouvelle date n'arriva aux oreilles de Constantinople qu'en 379. Dans l'église occidentale, l'Épiphanie célèbre habituellement l'époque où les Rois Mages allèrent porter leurs présents à l'enfant Jésus (Matthieu 2:1-12). L'Épiphanie qui marque le douzième jour après la naissance de Jésus est habituellement célébrée le 6 janvier, le 5 janvier marquant ainsi l'observance du Douzième jour. Puisque les traditions orthodoxes de rite oriental s'appuient sur un calendrier religieux différent, les chrétiens orthodoxes fêtent Noël le 7 janvier et observent l'Épiphanie ou la Théophanie le 19 janvier (voir Église orthodoxe).

Le second concile de Tours proclama en 566 ou 567 le caractère sacré des « douze jours » qui vont de Noël à l'Épiphanie et la nécessité de jeûner certains jours de l'avent (période qui commence le dimanche qui se rapproche le plus de la fête de Saint-André, le 30 novembre, et qui comprend quatre dimanches) pour préparer la célébration de la fête de Jésus. Il était interdit de jeûner le jour de Noël et il arriva que les réjouissances populaires prissent tellement le pas sur les aspects religieux de la célébration que « les lois du roi Canut » ordonnèrent le jeûne de Noël à l'Épiphanie.

Le sapin de Noël

Le sapin de Noël, de même que la crèche, est le principal symbole de Noël au Canada, dans les foyers, les commerces et les espaces publics. Le sapin symbolise la persistance des feuilles, la vie, les pouvoirs magiques au plus profond de l'hiver. Diverses branches à feuilles persistantes ornaient les maisons et les lieux de culte pendant les fêtes du solstice dans tout l'empire romain. Les tribus saxonnes païennes installaient, elles aussi, un sapin dans leur foyer pour accueillir les déesses de l'âtre et du foyer. Les conifères comme puissants symboles de la vie éternelle et de la longévité revêtirent un symbolisme semblable avec la fête de Noël, malgré les vaines tentatives de l'Église chrétienne d'en bannir l'usage.

Les premières traces qui témoignent de la décoration d'arbres à Noël, en fait à la veille de Noël, se retrouvent à Riga, en Lettonie (1510). La description d'arbres de Noël allemands remonte à 1531 en Alsace et à 1605 à Strasbourg où les sapins étaient décorés de roses en papier, symbolisant la Vierge, de pommes, de bonbons et de bretzels. Les cadeaux destinés aux enfants étaient posés sur les branches. La légende populaire veut que la coutume d'allumer des bougies sur l'arbre ait été créée par Martin Luther (1438-1546), qui se serait servi de bougies pour symboliser les étoiles qu'il vit une veille de Noël sans nuages.

En 1848, l'Illustrated London News publia un dessin montrant la famille royale anglaise réunie autour d'un arbre de Noël, une tradition qui rappelait l'enfance du Prince Albert en Allemagne. La coutume s'étendit à presque tous les foyers de Grande-Bretagne et l'on commença à décorer des arbres en y posant des bougies, des bonbons, des fruits, des décorations artisanales et en déposant au pied de l'arbre de menus cadeaux. Quelque soit l'origine de la tradition du sapin de Noël, sa popularité ne cessa de croître au cours des deux siècles suivants.

Les sapins de Noël au Canada

C'est à Sorel, au Québec, que l'arbre de Noël fait sa première apparition en Amérique du Nord, la veille de Noël de 1781, chez la baronne Riedesel qui reçoit un groupe d'officiers britanniques et allemands. Le pouding anglais est au menu, mais le clou de la soirée est le sapin aux branches décorées de fruits et de chandelles allumées, dressé dans un coin de la salle à manger. Après les douloureuses tribulations que sa famille a connues pendant les deux années précédentes, la baronne a décidé de marquer ainsi son retour au Canada par la traditionnelle célébration allemande (voir Germano-canadiens).

Alors que le baron Frederick-Adolphus Riedesel commandait un groupe de soldats allemands envoyés par le duc de Brunswick pour aider à défendre le Canada, sa famille et lui avaient été faits prisonniers pendant la désastreuse offensive britannique dans le nord de New York en 1777. À leur libération, en 1780 seulement, ils sont revenus à Sorel.

Il est souvent avancé que la popularité de l'arbre de Noël remonte à l'époque du prince consort Albert, époux de la reine Victoria, qui décora un sapin au château de Windsor en 1841 pour marquer la naissance de son premier fils. Toutefois, si Albert a peut-être popularisé la décoration de l'arbre de Noël, la famille royale anglaise avait commencé à décorer des arbres depuis au moins 1800, date à laquelle la reine Charlotte en avait fait pousser un à Queen's Lodge, dans le Berkshire. Ce n'est qu'en 1848, après qu'une photo d'un arbre décoré au château de Windsor fut publiée que la tradition du sapin de Noël se répandit dans les chaumières.

C'est à New York en 1882 qu'un arbre de Noël est illuminé à l'électricité pour la première fois. Edward Johnson, un collègue de Thomas Edison, décore un arbre avec un fil garni de 80 petites ampoules électriques qu'il a lui-même fabriquées. La production de ces guirlandes de lumières commence vers 1890. Au Canada, un des premiers arbres de Noël illuminés à l'électricité est érigé à Westmount, au Québec, en 1896. En 1900, de grands magasins dressent de grands sapins illuminés pour attirer les clients.

Aujourd'hui, la tradition de l'arbre de Noël est solidement implantée partout au Canada, où le paysage triste et les nuits sombres sont égayés par l'odeur agréable du conifère scintillant de lumières multicolores. Au-delà de ses origines païenne et chrétienne, l'arbre de Noël est un symbole universel de renaissance, de lumière dans la période la plus sombre, d'anges veillant sur l'humanité et de l'étoile pointant le lieu de paix (voir aussi Mon beau sapin, roi des forêts).

L'industrie des arbres de Noël au Canada

La production d'arbres de Noël au Canada est une entreprise lucrative : les conifères fraîchement coupés rapportent environ 65 millions de dollars par an (ventes au pays et à l'étranger). Près de 1,8 million d'arbres sont exportés chaque année, principalement aux États-Unis. Toutes les provinces, à l'exception de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Saskatchewan et de l'Alberta, exportent des arbres de Noël. C'est la province de Québec qui exporte le plus d'arbres de Noël vers les États-Unis, avec 827 863 arbres (en 2008). En 2008, la valeur des exportations canadiennes de conifères s'élevait à 34,2 millions de dollars. Parallèlement, la valeur des arbres de Noël artificiels importés au Canada cette année-là, en provenance en grande partie de Chine, s'élevait à 46,9 millions de dollars.

Les fermes forestières se retrouvent surtout au Québec, en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et en Ontario. La Colombie-Britannique est par ailleurs un acteur important de l'industrie des arbres de Noël fraîchement coupés. Dans les autres provinces, les fermes spécialisées en arbres de Noël constituent à peine un peu plus de 10 % de la production totale canadienne.

Aujourd'hui, les arbres de Noël les plus prisés sont le sapin baumier et le sapin de Fraser. Sont également en demande le pin sylvestre, l'épinette blanche, le pin blanc et l'épinette du Colorado.

Saint Nicolas et le père Noël

Communément accepté comme étant le prédécesseur du père Noël, on ne sait presque rien, d'un point de vue historique, de Saint Nicolas (mort le 6 décembre 345 ou 352). Selon les croyances ou les légendes, il serait né à Patara, dans le sud de la Turquie d'aujourd'hui. Il aurait fait un pèlerinage très jeune en Égypte ou en Palestine, serait devenu évêque, puis archevêque de Myre. Il aurait été fait prisonnier pendant le règne de l'empereur romain Dioclès qui persécutait les chrétiens. Il serait mort à Myre et enterré dans son église, et on dit qu’il se serait formée la manne (une eau pure aux pouvoirs de guérison, et dans ce cas-ci, une relique religieuse) dans sa tombe, donnant ainsi le signal de départ d'un culte qui lui sera voué. En 1087, des marchands italiens retirent ses reliques de Myre et les déposent à Bari, dans le sud de l'Italie.

Les histoires qui circulent sur les gestes de charité de Saint Nicolas en font tour à tour le saint patron des marins, des marchands, des boulangers, des voyageurs et des enfants dans de nombreux pays, de la Grèce et la Russie aux Pays-Bas. En Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas, il est celui qui apporte en secret des cadeaux aux enfants le 6 décembre, le jour où il est fêté par l'église et qui serait censément le jour de sa mort. En Europe, la coutume veut que l'on dépose, le 6 décembre, des noix, des pommes et des friandises dans des souliers au pied du lit, sur le rebord des fenêtres ou devant l'âtre.

Selon les croyances populaires, la coutume d'offrir des cadeaux et de faire la charité le jour de la Saint-Nicolas aurait été introduite aux États-Unis par les Hollandais quand ils fondirent la Nouvelle-Amsterdam (New York). Au début du XIXe siècle, le personnage de Saint Nicolas était dépeint plus comme un brave citoyen hollandais, plein d'entrain, que comme un saint évêque. Son nom qui faisait partie du patois hollandais, Sante Klaas, fut déformé et devint Santa Claus. Cette légende prit encore de l'ampleur avec le récit de Washington Irving, Knickerbocker's History of New York (1809), qui fait de nombreuses références à un Saint Nicolas jovial. On y ajouta des connotations au dieu scandinave de la guerre, Thor, puisque l'on vit Saint Nicolas voyager dans les airs, dans un charriot tiré par des boucs, image qui se transforma en traineau tiré par des rennes volants. La publication d'un poème anonyme, en 1823, aujourd'hui connu tout simplement par son titre, « La nuit avant Noël », renforce l'image d'un Saint Nicolas, joyeux, apparition féérique : « Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond sautait quand il riait comme un petit ballon ».

Au cours de la guerre civile américaine, le personnage du père Noël revêtit les traits qu'on lui connait aujourd'hui, dans une série de dessins en noir et blanc mais aussi en couleurs, œuvres du caricaturiste politique Thomas Nast qui les publie dans Harper's Weekly. Dans ces dessins, le père Noël est bedonnant, il a une longue barbe flottante, des souliers à boucle, un manteau rouge bordé de fourrure, un traineau et des rennes.

La tâche titanesque dévolue au père Noël, qui consiste à distribuer des cadeaux en personne en montant et en descendant le long des cheminées, tire peut-être son origine d'une tradition scandinave ou allemande selon laquelle on préparait des autels et on faisait un feu à l'aide de bois de conifères pour inciter la déesse nordique du foyer à descendre par l'âtre, dans les flammes, pour apporter chance et fortune.

Ces traditions liées à la famille, à la générosité, à la gentillesse des enfants, à la joie ont toutes permis que la légende du père Noël perdure, mais il n'en reste pas moins que la popularité de cette fête a encouragé sa commercialisation. L'un des exemples les plus célèbres de ce mercantilisme eut lieu en 1931, quand l'entreprise Coca-Cola s'appropria le père Noël pour en faire son compère. Aujourd'hui, au Canada et aux États-Unis, et en fait, un peu partout dans le monde, on encourage les enfants à « croire » que c'est le père Noël qui est leur bienfaiteur et qui leur apporte les cadeaux. Il est désormais une figure incontournable des programmes télévisés, des films, des livres et de la célébration même de la fête de Noël.

Les origines du Noël moderne au Canada

La fête de Noël qui est célébrée de multiples façons au Canada moderne est par bien des côtés, typiquement canadienne, en ce sens qu'elle n'est pas seulement le résultat de traditions françaises, britanniques et américaines, mais qu'elle résulte de nombreuses autres traditions aussi. On peut situer avec exactitude l'époque où ce Noël moderne a fait son apparition au Canada, compte tenu du fait que Noël passait presque inaperçu au début du XIXe siècle. Toutefois, dès le début du XXe siècle, la fête de Noël est la fête la plus importante de l'année et elle prend les allures qu'on lui connait aujourd'hui.

Aux premiers jours de la Nouvelle-France, Noël était surtout une fête religieuse. En 1645, les colons français se réunirent dans une église de la ville de Québec pour assister à la Messe de minuit et entonnèrent Chantons Noé, un vieux chant de Noël qu'ils avaient rapporté de France. La procession de l'Enfant-Dieu et la présentation de la crèche (la représentation concrète de la Nativité) faisaient partie des activités incontournables de cette fête.

Les premiers Noëls chez les Premières Nations

La première mention faite d'une célébration de Noël par les Autochtones remonte à 1641. Jean de Brébeuf, un missionnaire jésuite qui vivait parmi les Hurons de la baie Georgienne depuis 1626, avait composé un chant de Noël, « Jesous Ahatonhia » ou chant de Noël huron, dans la langue des Hurons, qui racontait l'histoire de la naissance de Jésus. Le père Brébeuf adapta son histoire, écrite en vers, pour qu'elle se conforme aux caractéristiques particulières de la culture autochtone. Ainsi, l'enfant Jésus était enveloppé dans une peau de lapin et non dans un drap de lin, il dormait dans un berceau d'écorce brisée et non dans une mangeoire. Les chasseurs remplacèrent les bergers, et touche finale, trois chefs des Premières nations prirent la place des Rois mages qui, au lieu d'offrir de l'or, de l'encens et de la myrrhe, offrirent à l'Enfant-Dieu des peaux de fourrure.

Le chant « Jesous Ahatonnia » (Jésus est né) de Jean de Brébeuf s'est transmis, de génération en génération, chez les descendants des Hurons qui s'installèrent à Lorette, dans les environs de la ville de Québec. Aujourd'hui, les Hurons comme de nombreux autres peuples des Premières nations, continuent de fêter la Nativité tout comme ils rendent hommage à Sainte Anne, le 26 juillet, la grand-mère de Jésus, leur sainte patronne.

Les origines victoriennes du Noël moderne

Au Canada, dans les années 1870, Noël avait perdu une grande partie de son aspect religieux, du moins au Canada anglophone et dans la haute bourgeoisie du Canada francophone. Cette fête devint synonyme d'une fête familiale et communautaire. Les coutumes, telles que l'arbre de Noël décoré, les cadeaux que l'on donne et que l'on reçoit et le réveillon (l'éveil) de Noël s'ancrèrent dans les traditions familiales.

À la fin du XIXe siècle, la plupart des caractéristiques familières du Noël moderne, y compris la figure du père Noël, la bûche de Noël, le houx et le gui, les chants de Noël et les sapins de Noël devinrent populaires. Nombreux sont ceux qui attribuent ces changements à la reine Victoria et sont convaincus que c'est son mariage au Prince Albert, né en Allemagne, qui fut à l'origine de quelques-unes des caractéristiques familières de Noël. Naturellement, les immigrants britanniques introduisirent ces coutumes au Canada. Ces nouvelles habitudes ne furent intégrées à la culture francophone que bien plus tard, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec l'ampleur que connut la publicité aux fins commerciales. Dans les années 1930, les classes ouvrières des deux groupes linguistiques du Canada avaient rejoint la « ruée » vers Noël.

Les premières cartes de Noël remontent à 1843, elles proviennent d'Angleterre et elles sont réalisées à la demande de Henry Cole. L'illustration sur la carte montre les membres d'une famille réunis dans la salle à manger, qui écoutent l'homélie de Noël. Onéreuse au départ, l'idée fit son chemin et de nombreux enfants furent encouragés à faire leurs propres cartes de Noël. À mesure que les frais de poste et d'impression baissaient, l'industrie des cartes de Noël prit son essor. Chaque année, des millions de cartes furent vendus au Canada, et ce, jusqu'à tout récemment. De toutes les traditions de Noël, celle-ci est véritablement menacée puisque les vœux électroniques envoyés par courriel, les e-cartes et les souhaits transmis par l'intermédiaire de médias sociaux remplacent peu à peu les vœux imprimés.

Le pétard est un autre élément se rapportant à Noël introduit par l'Angleterre victorienne. S'inspirant des bonbons français, des amandes pralinées enrobées dans des papillotes, le confiseur britannique, Tom Smith, inventa le pétard de Noël qui explose quand on le tire d'un côté et de l'autre, laissant apparaître la friandise qu'il renferme. De menus cadeaux et des chapeaux en papier, ce que les pétards renferment de nos jours, ont remplacé depuis les friandises de la fin de l'ère victorienne.

Traditionnellement, la remise des cadeaux avait lieu le jour de l'An en Grande-Bretagne, mais cela changea à mesure que Noël devenait de plus en plus important pour les Anglais de l'époque victorienne. Au début, de menus cadeaux, des fruits, des noix, des bonbons, des babioles, étaient accrochés à l'arbre. Au fil du temps, les cadeaux deviennent plus recherchés et sont déposés au pied de l'arbre.

La dinde rôtie est aussi une coutume qui vient de l'Angleterre victorienne, remplaçant le bœuf et l'oie d'autrefois. La dinde, suffisamment grosse pour une famille de la bourgeoisie, traduisait une meilleure aisance financière.

Ce ne sont pas les Anglais de l'époque victorienne qui sont à l'origine des chants de Noël, mais ce sont assurément eux qui ont redonné vie et souffle à cette coutume. Les paroles d'antan furent replacées sur de nouvelles mélodies et le premier recueil important de chants de Noël fut publié en 1833. Le chant de Noël prend son origine au Moyen Âge, c'est d'abord un chant latin, qui évoque principalement de la Vierge ou des saints. Il y avait différents types de chants de Noël qui étaient entonnés, y compris les caroles chantées à la cour de France, les chansons populaires religieuses comme le Corpus Christi et les hymnes. Au XVIIe siècle, les puritains limitèrent le chant des chants de Noël. Toutefois, la tradition populaire passa outre et l'on se transmit les chants oralement ou sur de grandes feuilles de papier. De nombreux chants que l'on qualifie de nos jours de chants de Noël sont en fait des hymnes de Noël : « O Come all ye Faithful», « Joy to the World» ou encore « Hark the Herald Angels Sing » (mis en musique par Mendelssohn). Ce qui pour nous constitue des chants traditionnels est en fait des chants recueillis ou composés par ceux qui espéraient redonner vie à de vieilles traditions, comme les chants qui figurent dans le recueil Christmas Carols Old and New (1871). Le premier chant de Noël canadien à être publié fut sans doute « A Canadian Christmas Carol » de James P. Clarke, qui parut dans Anglo-Canadian Magazine en 1853 (voir Musique de Noël).

Tous les pays chrétiens ont des traditions qui s'inscrivent désormais dans la saison de Noël. L'Angleterre importa le houx et le gui, les chants de Noël, les cartes de vœux, la plupart des mets au menu et l'échange de cadeaux. Le sapin de Noël est une tradition du Moyen Âge allemand et le magnifique chant « Sainte Nuit », entre autres chants, vient lui aussi d'Allemagne. Les États-Unis ont les premiers transformé Saint Nicolas en père Noël et sont principalement à l'origine la commercialisation de Noël.

Le Canada, pays multiculturel, a hérité de nombreuses traditions de plusieurs régions du monde. L'une de ces traditions, l'une des plus riches, nous vient d'Ukraine, la Sviata Vechera ou le « Souper saint ». Ce repas est au cœur des célébrations de la veille de Noël dans les foyers ukrainiens. Ce repas compte 12 plats de carême, symbolisant les 12 apôtres présents au dernier repas de Jésus et sont préparés sans viande ou dérivés animaux. Noël est précédé d'une période de jeûne pour symboliser les difficultés de Marie sur la route de Bethléem. Quelques fétus de paille sur la nappe brodée rappellent la mangeoire de Bethléem. De nombreuses familles canadiennes portent leur chemise ukrainienne brodée à cette occasion.

Quand les enfants voient la première étoile dans le ciel, à l'est, qui symbolise le parcours que les trois rois mages ont effectué, la Sviata Vechera peut commencer. Dans les communautés agricoles, le chef de famille apporte une gerbe de blé appelé le didukh (ce qui veut dire « l'esprit du grand-père »), qui représente l'importance des riches cultures de blé de l'Ukraine. Une prière est dite et le père prononce le traditionnel vœu de Noël, Khristos rodyvsya! (Le Christ est né!), et les membres de la famille lui répondent Slavite Yoho! (Rendons-lui grâce!).

Bien sûr, l'une des différences marquantes entre le Noël ukrainien et le Noël traditionnel est la date. Le rite des églises orthodoxes et orientales, comme l'église ukrainienne, a maintenu le calendrier julien à des fins ecclésiastiques, ne tenant pas compte du calendrier réformé introduit par le pape Grégoire XIII en 1528. La différence entre les deux calendriers, c'est que Noël a lieu le 7 janvier selon le nouveau calendrier et en raison de l'importance de l'église ukrainienne, cette date est désormais connue comme étant celle du Noël ukrainien. Il est à noter que les autres églises de rite orthodoxe et oriental comme l'église grecque, syrienne, serbe, bulgare et biélorusse, se conforment elles aussi au calendrier julien.

Les traditions de Noël dans le Québec contemporain

Au Québec comme partout ailleurs au Canada, les traditions de Noël sont un amalgame de traditions en évolution, venues de France, propre à la région ou adaptée de traditions britanniques ou américaines. À la fin du mois de novembre et au début du mois de décembre, les marchés de Noël surgissent un peu partout au Québec. Ils se tiennent habituellement dans les rues, mais aussi dans les centres commerciaux ou d'autres endroits précis comme le Marché de la Gare de Sherbrooke ou le Musée canadien d’histoire à Gatineau. Les artisans, participants de longue date de ces marchés, installent leur kiosque, entourant généralement un immense sapin en plein air et proposent leurs pâtisseries ou leurs ornements festifs. Traditionnellement installés devant le parvis de l'église, ces marchés de Noël proposent des chorales et des chants de saison, tant en plein air qu'à l'intérieur. On peut se réchauffer à l'extérieur grâce à un feu alimenté toute la journée, boire un chocolat chaud et goûter à toutes sortes de friandises traditionnelles. Les chorales, celles des églises comme celles des écoles, jouent un rôle essentiel dans ce paysage festif. Les élèves des écoles primaires répètent les chants de Noël qu'ils chanteront lors du concert de Noël auquel sont conviés leurs parents, réunis dans le gymnase de l'école.

Les promenades en traîneau tiré par des chevaux illuminent de leur magie la saison de Noël dans les campagnes, autour des villes et dans les villages. Emmitouflés dans des lainages et blottis sous des couvertures, une promenade en traineau, dans la journée ou en soirée, est une manière exaltante de contempler le paysage hivernal et renouer avec le Québec d'autrefois.

Traditionnellement, le réveillon (repas de minuit) avait lieu la veille de Noël, après la messe de minuit, qui est aujourd'hui célébrée un peu plus tôt, vers 22 heures. La chorale de l'église entonne des hymnes religieux transmis de génération en génération. Après la messe, les membres de la famille et les amis se réunissent pour partager le repas traditionnel. De nos jours, il est servi avant la messe la veille de Noël, parfois durant la journée même de Noël. On sert les mets traditionnels, qui reviennent chaque année. La dinde est au menu, les canneberges aussi, les tourtières, les marinades maison et bien sûr, la bûche, le dessert de Noël par excellence.

La crèche de Noël occupe aujourd'hui encore une place de choix dans les foyers du Québec moderne, tout comme dans le reste du Canada d'ailleurs. Autrefois, les enfants du village jouaient le rôle des principaux personnages, devant la congrégation prête à prendre part à la messe de minuit et c'était le plus jeune nouveau-né du village qui incarnait l'Enfant Jésus.

La musique est à l'honneur au cours de la soirée et les musiciens d'aujourd'hui n'hésitent pas à lancer leur propre album de Noël, puisant, pour ce faire, dans les chansons et les danses folkloriques d'antan.

Pendant que les membres de la famille sont à la messe, le père Noël descend dans les foyers pour y laisser ses cadeaux. Une fois les cadeaux déballés, le feu dans l'âtre s'éteint, les invités rentrent chez eux bravant le froid, et la maisonnée s'endort. Le 25 décembre marque le jour où l'on rend visite aux amis, où l'on joue une partie de hockey improvisé à la patinoire du quartier et où l'on déguste un gros bol de soupe à l'oignon bien consistante.

Une ancienne coutume, aujourd'hui disparue, est celle de la bénédiction paternelle le matin du 1er janvier. Le père de famille réunit ses enfants pour les bénir et leur souhaiter une bonne année. Aujourd'hui, la fête du Nouvel An marque le dernier jour de l'année et l'arrivée de l'année suivante, elle a lieu entre amis et membres de la famille. Une tradition du Nouvel An bien implantée est celle du « Bye Bye », une émission de télévision qui présente une rétrospective humoristique des principaux événements de l'année qui vient de s'écouler. La politique, les Québécois en mangent, et donc, cette émission souligne les hauts et les bas d'une vie politique québécoise toujours mouvementée.

La fête des Rois qui traditionnellement avait lieu le premier dimanche de la nouvelle année est encore célébrée dans certaines familles, surtout celles qui sont d'origine européenne. Aujourd'hui, la fête des Rois a lieu le 6 janvier, ce qui correspond à la douzième journée de Noël. Fêtant les cadeaux que les rois mages apportèrent à Jésus, la fête des Rois est avant tout une fête familiale qui clôture la saison des Fêtes. La galette des Rois est à l'honneur (une pâte feuilletée à la frangipane que l'on déguste dans la plupart des régions de France; dans le sud de la France, la galette est une simple brioche). La galette peut être préparée à la maison ou achetée dans une pâtisserie, elle renferme un tout petit objet, parfois un sou noir, mais traditionnellement une fève. Quiconque croque la fève est couronné roi ou reine de la journée et reçoit un menu cadeau, le dernier de cette saison de festivités.

Spectacles et divertissements

Une grande partie des traditions du Québec se rapportent aux activités et aux représentations qui reviennent année après année. La plus attendue de ces représentations est assurément le Casse-Noisette, présenté par Les Grands Ballets canadiens à la Place des Arts de Montréal. Pur enchantement artistique, la représentation du Casse-Noisette rassemble petits et grands, parfois même les adolescents. Bien entendu, le Casse-Noisette est présenté partout au Canada, chaque année. En 2014, il est présenté par le Ballet national du Canada à Toronto et à Hamilton, par le Goh Ballet à Vancouver, par l'Alberta Ballet company à Calgary et à Edmonton et par le Royal Winnipeg Ballet de Winnipeg.

Le Musée des beaux-arts de Montréal propose également une séance de décoration d'arbres de Noël. Chaque communauté culturelle de Montréal envoie une classe scolaire décorer un sapin comme elle l'entend. Installés dans la salle des miroirs du musée, les sapins traduisent ce que Noël représente pour chacun et chacune.

Enfin, depuis 1985, le programme des Lumières de Noël au Canada offre aux capitales du pays l'occasion de s'unir pour donner le coup d'envoi au temps des Fêtes. Dans la région de la capitale du Canada (Ottawa-Gatineau), des centaines de milliers de lumières multicolores égayent le paysage d'hiver. Les festivités commencent avec la cérémonie d'illumination au début de décembre et se poursuivent jusqu'au début de janvier.