Neutres

Les iroquoiens neutres du début du XVIIe siècle vivaient dans le district de Hamilton-Niagara, dans le sud-ouest de l'Ontario, et, par-delà la rivière Niagara, dans l'ouest de l'État de New York. Les HURONS les appelaient Attiwandaronk, ce qui signifie « gens dont la parole est de travers ou un peu différente », mais ils se nommaient eux-mêmes Chonnonton (« Peuple du chevreuil »). En 1615, Samuel de CHAMPLAIN les appelle « la Nation neutre » parce qu'ils sont alors en paix avec les Cinq-Nations et les Hurons.

De 1615 à 1650, les Neutres comptent environ 40 000 membres et constituent la plus importante société autochtone dans le Nord-Est. Avant les ÉPIDÉMIES de variole de 1638-1640, leur armée se compose de 4000 à 6000 guerriers. Leurs quelque 40 communautés, concentrées surtout dans un rayon de 32 km autour de Hamilton, en Ontario, comprennent de grandes villes entourées de palissades, des villages et des hameaux saisonniers à usage spécialisé, et ils habitent des MAISONS LONGUES.

Agriculteurs, les Neutres cultivent le maïs, les haricots et les COURGES, mais chassent aussi intensément le chevreuil, le raton laveur, l'OURS NOIR et la tourte, aujourd'hui disparue. Poissons et noix agrémentent leur régime, et ils cultivent aussi le tabac à des fins rituelles et commerciales.

Les hommes sont très tatoués et, en été, très peu vêtus, sinon nus. Ils sont extrêmement habiles dans l'art de tailler les pointes de flèches et les grattoirs en silex. Les femmes fabriquent des poteries qui sont graduellement remplacées par les contenants en cuivre européens, et ces objets servent souvent de matériel funéraire.

Les Neutres concluent des alliances commerciales et guerrières avec leurs voisins de langues iroquoiennes, particulièrement avec les PÉTUNS, les Hurons, les Wenros, les Kakwas, les Ériés, les Andastes, les Massawomeks et les IROQUOIS, plus au sud. Ils sont aussi alliés aux OUTAOUAIS contre leurs ennemis acharnés et de longue date, les Mascoutens, de langue algonquienne, vivant dans les États du Michigan et de l'Ohio. En 1643, l'armée des Neutres capture et ramène 800 prisonniers mascoutens, hommes et femmes, dont certains sont torturés. Il s'agit de guerres massives, et c'est habituellement leur chef à la fois prêtre et guerrier, Tsouharissen (« Enfant du Soleil »), qui les mène au combat.

Leur armée sert aussi à protéger et à transporter leurs précieuses peaux de cerfs et autres sous-produits vers la chefferie des Powhatans, dans la baie Chesapeake, où ils les troquent contre les non moins précieuses coquilles de buccin. Afin d'assurer un approvisionnement constant en peaux de cerfs de Virginie et le maintien de cette activité économique profitable, les Neutres commencent à parquer les cerfs, donc à en gérer l'élevage.

Contrairement aux Iroquoiens du Nord-Est à la même époque, les Neutres évoluent sur les plans politique, économique et démographique au-delà d'un régime confédératif pour former une nouvelle chefferie. Leur chef suprême, Tsouharissen, regroupe avec son conseil 10 bandes au sein de la société des Neutres, laquelle est manifestement hiérarchisée. Dans la capitale, Ounontisaston (située à 9,6 km au sud-est de la ville actuelle de Brantford), où il est entouré de sa cour, le grand chef adopte personnellement, en 1626, le frère récollet français Joseph de la Roche Daillon. Celui-ci fait état de trois grands enclos de cerfs près de cette communauté. Quatorze ans plus tard, les Jésuites Jean de BRÉBEUF et Joseph Marie Chaumonot se rendent chez les Neutres, où ils sont mal reçus. Après la mort de Tsouharissen vers 1646, la chefferie échoue et, en 1651, les Iroquois réussissent à disperser les Neutres et à les anéantir en tant qu'entité culturelle. Dans les écrits des Français, la dernière allusion aux Neutres remonte à 1671.

Voir aussi AUTOCHTONES : LES FORÊTS DE L'EST et les articles généraux sous la rubrique autochtones.