Joseph Albert Maurice Blackburn, compositeur, chef d’orchestre, monteur de son, facteur d’instruments de musique, est né le 22 mai 1914 à Québec, au Québec, et est mort le 29 mars 1988 à Montréal, au Québec. Compositeur d’une grande diversité stylistique, Maurice Blackburn a composé la musique de quelque 150 films, dont des documentaires, des œuvres de fiction et des animations. Il a également composé des symphonies, des opéras, des concertos et des pièces pour piano solo primés, dont plusieurs ont été joués régulièrement en concert. Sa carrière au sein de l’Office national du film a duré 40 ans, pendant lesquelles il a composé la trame sonore de quelques-uns des grands films du développement du cinéma québécois, comme Alexis Tremblay : Habitant (1943) de Jane Marsh, Tit-Coq (1953) de Gratien Gélinas, À tout prendre (1963) de Claude Jutra, J.A. Martin, photographe (1977) de Jean Beaudin, et Mourir à tue-tête (1979) d’Anne Claire Poirier. Il est également bien connu pour sa longue collaboration avec l’animateur Norman McLaren, laquelle a produit les films La Poulette grise (1947), A Phantasy (1952), Blinkity Blank (1955) ainsi que A Chairy Tale (1957) et Pas de deux (1968), deux films nommés aux Oscars. Maurice Blackburn a gagné le prix Albert-Tessier en 1983.

Enfance et formation

Maurice Blackburn, le fils d’une mère canadienne-française et d’un père d’ascendance écossaise, grandit à Québec dans le quartier St-Roch. De 1937 en 1939, il fréquente l’Université Laval, où il étudie le piano et la composition avec Jean-Marie Beaudet, l’orgue et l’improvisation avec Henri Gagnon, la théorie avec Robert Talbot, et l’orgue et le piano avec J.-Arthur Bernier. Il étudie également à titre individuel avec Claude Champagne (composition) et Georges-Émile Tanguay (harmonie, contrepoint).

En 1938, sa suite orchestrale Les Petites Rues du vieux Québec gagne le deuxième prix du concours de composition Jean Lallemand. En 1939, il obtient une bourse du Gouvernement du Québec pour étudier à Paris, mais, à cause de l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale, il se rend plutôt au New England Conservatory à Boston (1939-1941), où il étudie la composition et le contrepoint avec Quincy Porter, et l’orchestration et la direction avec Francis Findlay. En 1940, il assiste à des conférences données par Igor Stravinsky à l’Université Harvard, dirige l’Orchestre symphonique du Québec pour jouer sa Fantaisie en mocassins, et remporte le prix Phillip R. Allan pour sa Sonatina pour piano.

Carrière à l’ONF

En 1941, à la demande de l’ONF, il compose sa première trame sonore pour Maple Sugar Time. De 1942 à 1948, il compose ou arrange la musique de quelque 30 documentaires, y compris Alexis Tremblay : Habitant (1943) et Science Goes Fishing (1946). Avec Norman McLaren, il perfectionne la technique du compositeur belge Arthur Hoérée de graver le son et l’image directement sur la pellicule.

Entre 1949 et 1964, Maurice Blackburn compose la musique de plus de 40 documentaires sur des sujets aussi variés que l’immigration (Passport to Canada, 1949), la musique (Youth and Music, 1956) et l’exploration de l’Arctique (Alexander Mackenzie: The Lord of the North, 1964). Son œuvre le plus remarquable de cette période est la musique pour un film de McLaren, Blinkity Blank (1955), lequel reçoit douze prix, y compris la Palme d’or pour le meilleur court métrage au Festival de Cannes. (Voir aussi Musique de film.)

Dans le numéro de mars 1969 de la revue Canadian Composer, Maurice Blackburn décrit sa musique comme semi-improvisée : « Nous avions discuté avec McLaren d’une façon d’enregistrer la musique sans partition, à partir d’une esquisse du trame dans laquelle les musiciens pouvaient choisir les notes qu’ils voulaient – soit graves, moyennes ou aiguës –, mais le rythme était fixe. Nous avons enregistré beaucoup de pièces courtes, dont un choral et des pièces rapides. Après mon départ, McLaren a choisi ce qui lui plaisait pour son film. »

En 1956, Maurice Blackburn déménage d’Ottawa à Montréal quand l’ONF y déménage son siège social. Pendant les années 1950, il se concentre également sur l’art de fabriquer des instruments à cordes. Il fabrique des instruments sur mesure pour produire les sons spécifiques qu’il désire enregistrer. Pour Expo 67, il compose la musique pour des films présentés dans plusieurs des pavillons, y compris celui du Québec et des Jeunesses musicales du Canada (JMC). Maurice Blackburn reçoit une subvention d’études du Conseil des arts du Canada en 1967.

Il s’essaie seulement une fois à la production, avec Ciné-crime (1969), un film animé sur écran d’épingle qu’il a également réalisé. En tant que chef d’orchestre, il réalise ses propres œuvres ainsi que ceux d’autres compositeurs de l’ONF. En 1971, il crée un atelier de conception sonore et de création dans le studio d’animation française de l’ONF. Son dernier œuvre est la musique pour Narcisse, de McLaren, dont la première est au Festival des Films du Monde de Montréal, en 1983.

Compositions en dehors de l’ONF

Les nombreuses œuvres symphoniques de Maurice Blackburn sont jouées en concert pendant sa carrière à l’ONF. La première de son poème symphonique, Charpente, est créé par Jean-Marie Beaudet sur les ondes de la CBC dans la série Canadian Music in Wartime, en 1944, et est représentée de nouveau par Beaudet au Festival de Prague en 1946, par l’Orchestre philharmonique de Londres en 1946 et par l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal en 1948.

Grâce à une deuxième bourse du Gouvernement du Québec, Maurice Blackburn poursuit ses études en composition avec Nadia Boulanger à Paris (1946-1948). En 1951, son Ouverture pour un spectacle de marionnettes obtient le premier prix pour la composition dans l’émission Opportunity Knocks de la CBC. Une bourse de la Société royale du Canada lui permet d’effectuer un deuxième séjour à Paris (1954-1955). En poursuivant ses études en composition, il s’associe au Groupe de Recherche de Musique Concrète, dirigé par Pierre Schaeffer, à l’Office de la Radiodiffusion-Télévision Française. En 1954, il est invité par l'UNESCO à participer au congrès des compositeurs de musique de film au Festival de Cannes.

Maurice Blackburn compose également deux opéras ovationnés, Une mesure de silence (1956) et Pirouette (1960), dont les livrets sont écrits par sa femme et dont les JMC donnent plus de 100 représentations lors d’une tournée pancanadienne en 1960-1961.

Traits caractéristiques

La musique de Maurice Blackburn, inspirée en partie par la musique folklorique, en partie par la musique contemporaine, est connue pour son caractère entrainant et coloré. Beaucoup de ses œuvres, y compris Concertino in C pour piano et vents (1948), possède certains des caractéristiques de la musique française du début du XXe siècle, notamment le rythme propulsif, rappelant surtout Honegger et Poulenc. Dans son livre Musique (Montréal, 1945), Léo-Pol Morin décrit Blackburn comme étant « imaginatif, impulsif, un poète vif et caustique dont le premier souci est d’exprimer les réactions de son esprit à travers la musique. Un créateur d’images, il est doué pour la couleur et le design, et les histoires qu’il nous raconte sont originales, vivantes et spontanées. »

Vie privée

Le jour de son 29e anniversaire, en 1943, Maurice Blackburn épouse l’écrivaine et scénariste Marthe Morisset. Leur fille, Esther Rochon, deviendra une auteure à succès de la science-fiction.

Distinctions et héritage

Plusieurs des compositions musicales de Maurice Blackburn se trouvent dans Musique de l’ONF : Volume 1, sorti en vinyle en 1977 et sur CD en 2006. Il est membre de la Ligue canadienne des compositeurs et son statut de compositeur associé est maintenu par le Centre de musique canadienne.

En 1983, le Gouvernement du Québec lui accorde le prix Albert-Tessier pour l’œuvre de sa vie. En 1989, à l’occasion du 50e anniversaire de l’ONF, un hommage posthume lui est accordé pour son travail de pionnier comme compositeur de musique de film. En 2014, des organismes comme l’Orchestre symphonique de Québec, les Petits Chanteurs de Trois-Rivières, le Centre de musique canadienne, la Cinquième salle de la Place des Arts, le Ciné Campus Trois-Rivières et la Cinémathèque québécoise organisent des événements à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal pour commémorer le centenaire de la naissance de Maurice Blackburn, qui coïncide avec le 75e anniversaire de l’ONF.

Une version de cet article a d’abord été publiée dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.

Prix

Deuxième prix (Les Petites Rues du vieux Québec), Compétition de composition Jean Lallemand (1938)

Premier prix (Sonatina pour piano), Prix Philip R. Allen pour composition, New England Conservatory of Music (1940)

Premier prix, Composition(Ouverture pour un spectacle de marionnettes), Opportunity Knocks (1951)

Prix Albert-Tessier, Gouvernement du Québec (1983)

Œuvres choisies

Compositions pour la scène

Rose Latulippe, ballet, orchestre (1953). Trame sonore.

La Chasse au corbeau, musique de scène, paroles d’Eugène Labiche (1962). Trame sonore.

Hyménée, violons, balalaïka, accordéon, télévision, paroles de Nicholas Gogol (1965). Trame sonore.

Célimare le bien-aimé, chansons, musique et paroles de Maurice Blackburn, télévision, paroles originales d’Eugène Labiche (1967). Trame sonore.

La Mercière assassinée (4 épisodes), musique de scène, télévision, paroles d’Anne Hébert (1958). Trame sonore.

Douze autres morceaux de musique de scène, surtout enregistrés par Radio-Canada.

Voir aussi Pirouette et Une mesure de silence. Trame sonore.

Cinéma

En 1985, la CAPAC inscrit dans son catalogue 414 titres de longs et de courts métrages, de documentaires et de films animés dont la musique est écrite par Maurice Blackburn, soit seul (environ 200) ou en collaboration avec d’autres personnes. On peut citer parmi ces titres La Poulette grise (arrangement, 1947); Le Gros Bill (1949); A Phantasy (1948-1952), Trame sonore; Tit-Coq (1953); Blinkity Blank (1955), enregistré sur CD 4-ACM 37, Trame sonore; Le Festin des morts (1965), Trame sonore; J.A. Martin, photographe (1976; Mourir à tue-tête (1979); Cordelia (1979); Narcisse/Narcissus (1983), Éditrice Louise Cloutier, Publications Ordi Vidéo Plus, 2014.

Orchestre

Les Petites Rues du vieux Québec (1938). Trame sonore.

Fantaisie en mocassins (1940). Éditrice Louise Cloutier, Publications Ordi Vidéo Plus, 2014.

Bal à l'huile, string orchestra (1940). Trame sonore.

Symphonie en un mouvement (1942). Trame sonore..

Charpente, « Canadian Forest » (1944). Éditrice Louise Cloutier, Publications Ordi Vidéo Plus, 2014.

Mazurka (1949). Trame sonore.

Suite from Le Gros Bill (1949). Trame sonore.

Pantomime, string orchestra (vers 1950). Trame sonore.

Petite Suite (vers 1950). Trame sonore.

Ouverture pour un spectacle de marionnettes (1951). Trame sonore.

Promenade (1951). Trame sonore.

Suite for strings, orchestre à cordes(1960). Trame sonore.

CBC Expo-15 (Hart House Orchestra). Éditrice Louise Cloutier, Publications Ordi Vidéo Plus, 2014.

Soliste avec orchestre

Nocturne, flûte, orchestre à cordes (1940, revue en 1947). Trame sonore. disque vinyle 78 Champion. WABC N.Y. (1940) et RCI (1947) (Hervé Baillargeon, flûte)

Concertino in C, piano, bois (1948). Éditions CMCentre. RCI 2 (Yvon Barette, piano).

Rigaudon, violon, orchestre de chambre (1949). Trame sonore. RCI 1 (Jean-Marie Beaudet, chef d’orchestre).

Nocturne, flûte, orchestre à cordes (vers 1950). Trame sonore.

Chambre

Marine, cordes, harpe (vers 1950). Trame sonore.

Six Formes musicales/Six Musical Forms; « Six Drawings of Norman McLaren Set to Music », narration, quatuor de bois, trio à cordes, piano, orgue, paroles de M. Morisset Blackburn (1967). Éditions JMC, 1967 (préface d’Andrée Desautels), avec disque CD-JMC-7 (Jean-Paul Major, flûte; Melvin Berman, haut-bois; Rafael Masella, clarinette; Rodolfo Masella, basson; Calvin Sieb, violon; Leslie Malowany, alto; André Mignault, violoncelle; William Stevens, piano; Kenneth Gilbert, orgue; Jean Faubert, Yvonne Roy, et J. Houde, narrateurs; Maurice Blackburn, chef d’orchestre). Éditions Louise Cloutier Publications OVP, 2014.

Piano

Valse ivre (1938). Trame sonore.

Cinq Digitales (1939). (No 2; No 5) FH, 1955. RCI 397 (Julie Holtzman, piano).

Sonatina pour piano (1940). Trame sonore.

Marche funèbre (1941). Trame sonore.

Cinq morceaux pour Yvon Barette, pianiste (1942–1949). Trame sonore.

Trois Danses (1949). Trame sonore.

Étude (vers 1950). Trame sonore.

Marionnettes (vers 1950). Trame sonore.

Polka (vers 1950). Trame sonore.

Rose Latulippe, piano (1954). Trame sonore.

Rose Latulippe, pour deux pianos (1954). Trame sonore.

Choeur ou voix

Notre Père [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (vers 1949). Trame sonore.

Mass, voix d’enfants (1949). Trame sonore.

Trois poèmes d'Émile Nelligan, baryton, piano (1949). Éditions du NTM (Nouveau Théâtre Musical), 2014.

La Rose blanche [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (1951). Éditions Louise Cloutier Publications OVP, 2014.

Sur la rue Chiffonnier [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (1951). Éditions Louise Cloutier Publications OVP, 2014.

Le Cotillon racheté [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (1952). Éditions Louise Cloutier Publications OVP, 2014.

« Chanson du gars perdu » baryton, piano, paroles d’Éloi de Grandmont (1953). Publié dans Plaisirs (Montréal, 1953). Éditions du NTM, 2014.

Mon oncle a bien mal à sa tête [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (1954). Trame sonore.

Garde notre amour, baryton, piano, aroles d’Éloi de Grandmont (1957). Jacques Labrecque, 1957.

Ramenez-moi chez moi, baryton, piano, paroles d’Éloi de Grandmont (1957). Éditions Archambault, 1958.

La Belle au bois dormant (Pirouette), ténor (1960), paroles de Marthe Morisset. Trame sonore.

L'Âne de p'tit Jean [traditionnel, arrangement], soprano, alto, ténor, basse (1977). Éditions Alliance des chorales du Québec, 1977.

Plusieurs autres chansons pour voix et piano pour les poèmes d’Aimé Plamondon, d‘Éloi de Grandmont, de Maurice Blackburn, et de Marthe Morisset, entre autres, Soir d'hiver enregistré par D. Mills (Master MA-377), L’Idiote aux cloches, Le Perroquet/The Parrot de Charles Jordan (T-13744-45) et Bruno Laplante (Office national du film), 2014.