Louis-Joseph Papineau, avocat, seigneur et homme politique (Montréal, 7 oct. 1786 -- Montebello, (Qc), 25 sept. 1871), fils de Joseph Papineau, seigneur et député libéral modéré de l'Assemblée. Il étudie au Petit Séminaire de Québec et se prépare à faire carrière en droit. Il est avocat par intervalles après 1810. Représentant de l'influence grandissante des professions libérales au Canada français, il est d'abord élu à l'Assemblée du Bas-Canada en 1809, durant le « règne de terreur » du gouverneur général sir James Craig. Grâce à son assurance, son éloquence et sa popularité, il émerge d'un groupe de jeunes nationalistes comme chef du parti canadien (plus tard, le parti patriote) et est élu président de l'Assemblée en 1815.

Il en vient à se voir comme le défenseur du patrimoine national des Canadiens-Français, et il mène la lutte en faveur de l'autonomie des institutions politiques du Bas-Canada. Au début de sa carrière, il est un modéré, admirateur des institutions parlementaires britanniques mais, dans les années 1820, il se radicalise, pratique l'obstruction comme tactique parlementaire et utilise les recettes et la liste civile dont l'Assemblée a le contrôle pour lutter contre les politiques de la classe commerciale anglaise, qu'il considère une malédiction pour les intérêts du Canada français.

En 1823, il va en Angleterre mener sa campagne d'opposition au Projet d'union de 1822, qui a été déposé dans le but de contourner son contrôle de l'Assemblée. Le projet d'union est rejeté et sa victoire raffermit sa volonté de réformer les institutions politiques du Bas-Canada, surtout le Conseil, dominé par la clique du Château. Vers 1830, il intensifie ses attaques virulentes à l'endroit du Conseil législatif non électif et se déclare républicain. Il devient le champion de l'indépendance du Bas-Canada et critique de plus en plus l'autorité impériale. Après l'écrasante victoire électorale de 1834, il redouble d'efforts pour paralyser le système politique. Aiguillonné par les éléments révolutionnaires de son parti, il intensifie sa politique de boycottage et d'obstructionnisme politique de façon à obliger le gouvernement britannique à permettre les réformes qui donneront le pouvoir aux représentants de la nation canadienne-française.

Soutenu d'un petit comité, ils feront état de leurs demandes dans les « Quatre-vingt-douze résolutions ». Ils réclament que l'Assemblée législative ait le contrôle des recettes, et que le Conseil exécutif soit responsable et électif. Lorsque l'Angleterre rejette catégoriquement ces demandes en 1837, la crise s'aggrave. Le mécontentement populaire, déjà attisé par les crises sociale et économique, s'enflamme et Papineau commence à perdre la maîtrise des événements qu'il a tant contribué à déclencher. Le 23 octobre 1837, il adresse la parole à 4000 citoyens rassemblés à St-Charles, où les Patriotes ont plus ou moins déclaré l'indépendance des Six-Comtés et leur volonté de recourir aux armes si cela s'avérait nécessaire. Lorsqu'il devient évident, après la défaite de Saint-Charles, que les Patriotes seront écrasés, il s'enfuit aux États-Unis et, après l'échec de la deuxième insurrection, il s'embarque pour la France, en 1839.

La carrière de Papineau et, surtout, son comportement au cours des rébellions de 1837, n'ont jamais cessé d'être source de controverse et de conjectures. Il prétend n'avoir aucunement participé aux insurrections, mais les preuves démontrent pourtant qu'il a agi en commandant en chef jusqu'à la bataille de Saint-Denis, d'où il a disparu avant que le combat ne s'engage. Plus tard, bon nombre de ses compagnons patriotes l'accusent de lâcheté, même s'ils continuent à l'appuyer comme seul chef du nationalisme canadien-français susceptible de réussir. Il se déclare libéral et républicain, mais défend avec acharnement le régime seigneurial, de nature féodale, comme base de l'économie agricole du Canada français. Il est lui-même propriétaire de la seigneurie de la Petite Nation, qu'il achète de son père en 1817, et au dire de tous, il exige pleines mesures de ses habitants. En matière d'économie, il est conservateur, et hostile aux innovations en matière de commerce et de transport que les marchands considèrent essentiels à l'essor du Bas-Canada. Bien que déiste et violemment anticlérical, il craint néanmoins que l'affaiblissement de l'Église catholique ne fasse le jeu des ennemis protestants anglophones du Canada français.

Amnistié en 1844, il rentre d'exil à sa seigneurie en 1845. Il profite amplement de ses concessions de forêts et, avec l'aide de ses censitaires endettés, se construit un grand manoir à Montebello. En 1848, il revient à la politique, mais il est en désaccord avec la nouvelle direction de Louis LaFontaine. Il s'oppose avec véhémence à l'Acte d'Union et préconise l'annexation aux États-Unis. Un nouveau groupe de jeunes nationalistes se rassemble autour de lui et devient plus tard le parti rouge. Papineau quitte la politique en 1854. Tout complexe et contradictoire qu'il soit, il est néanmoins le premier véritable chef politique de son peuple. Faute d'être le « héros national » que celui-ci recherche, il est un symbole acceptable du mécontentement populaire.