La Loi du Service Militaire de 1917 était une loi controversée autorisant la conscription d’hommes canadiens durant les dernières années de la Première Guerre mondiale. Bien que politiquement explosive, la Loi du Service Militaire s’est avérée d’une utilité contestable sur le plan militaire : alors que seulement 24 132 conscrits se rendent jusqu’aux champs de bataille du front de l’Ouest pendant la guerre, plus de 400 000 volontaires y parviennent de leur plein gré.

Besoin de renforts

Plus de 300 000 Canadiens s’enrôlent pour combattre outre-mer dans les premières années (1914-1915) de la Première Guerre mondiale, un nombre remarquable pour un pays de seulement 8 millions d’habitants. Cependant, à la fin de 1916, le nombre de volontaires est en chute libre. Le pays peine à trouver des recrues pour renforcer le Corps expéditionnaire canadien, qui subit de lourdes pertes en France et en Belgique.

Au retour d’un voyage en France au printemps 1917, le premier ministre Robert Borden, bouleversé par l’énormité du conflit et résolu à faire en sorte que le Canada joue un rôle important dans la guerre, annonce que le service obligatoire est devenu nécessaire.

Débat sur la conscription

Le débat sur la conscription fait bientôt rage partout au pays et engendre la division : même si certains Canadiens français sont pour la conscription et quelques Canadiens anglais sont contre, la majorité du Canada anglais se range avec Robert Borden. Ses opposants sont pour la plupart des fermiers (qui ont besoin de leurs fils pour cultiver la terre), des syndicalistes, des immigrants non britanniques, des pacifistes et la majorité du Canada français, y compris presque tous les députés fédéraux francophones. Au Québec, où la guerre n’avait jamais été très populaire, des émeutes éclatent.

Quand Robert Borden appelle à la création d’un gouvernement de coalition unifié sur la question, il se heurte à l’opposition du chef de l’opposition libérale, Wilfrid Laurier. Robert Borden parvient cependant à faire adopter la Loi du Service Militairepar le Parlement, et celle-ci entre en vigueur le 29 août 1917. Elle stipule que tous les citoyens de sexe masculin âgés de 20 à 45 ans peuvent être appelés au service militaire pour la durée de la guerre.

Robert Borden dit au Parlement : « Si nous n’adoptons pas cette mesure, si nous ne fournissons pas de renforts, si nous perdons la foi en ces temps difficiles, avec quelle contenance pourrons-nous accueillir [les soldats) à leur retour? »

Quelques semaines plus tard, Robert Borden rassemble tant bien que mal un gouvernement d’union en prévision d’une élection fédérale. Les conservateurs, libéraux et indépendants qui forment cette coalition sont pour la plupart des anglophones. La conscription est l’enjeu principal de l’élection de décembre cette année-là. Les unionistes remportent quand même cette lutte acharnée et reçoivent une importante majorité à la Chambre des communes.

Pas assez de conscrits

La Loi sur le Service Militaire est appliquée de façon inconsistante : il y a de nombreuses désertions parmi les recrues appelées et plusieurs exemptions sont accordées. Des milliers de jeunes hommes refusent de s’inscrire pour le processus de sélection, et de ceux qui se donnent la peine de le faire, 93 % demandent des exemptions.

La mobilisation commence en janvier 1918. Sur environ 400 000 hommes qui s’étaient inscrits pour la conscription, seulement 100 000 sont mobilisés. De ceux-là, seulement 24 132 serviront sur le front en Europe. Malgré le petit nombre de soldats conscrits parmi les 425 000 Canadiens qui servent outre-mer pendant la guerre, les conscrits s’avèrent indispensables pour renforcer les divisions décimées du Corps expéditionnaire canadien pendant les dernières batailles décisives de 1918.

En fin de compte, la Loi sur le Service Militaire était d’une valeur discutable sur le plan militaire, mais ses conséquences politiques sont évidentes : elle pousse Robert Borden à créer un gouvernement d’union, mais la plupart de ses partisans canadiens-français sont gravement insultés par cette tentative de les obliger à participer à ce qu’ils considèrent une guerre impériale et rejoignent l’opposition. En gros, la Crise de la conscription divise amèrement le pays entre francophones et anglophones.