Laurendeau, Joseph-Edmond-André

Joseph-Edmond-André Laurendeau, journaliste, homme politique, auteur de pièces de théâtre, codirecteur de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR LE BILINGUISME ET LE BICULTURALISME(Montréal, 21 mars 1912 -- Ottawa, 1er juin 1968). Nationaliste canadien-français de longue date, Laurendeau aide à ouvrir la voie à la RÉVOLUTION TRANQUILLE en redéfinissant les aspirations nationalistes propres à une société urbaine et industrielle. Après avoir terminé son cours classique au Collège Saint-Marie de Montréal, il s'inscrit comme stagiaire en littérature et en histoire à l'U. de Montréal où l'abbé Lionel GROULX le prend sous son aile.

Au terme d'une brève association avec un groupe de jeunes séparatistes de l'époque, Jeune-Canada, André Laurendeau fait un séjour de deux ans en France (1935-1936), où il fréquente la Sorbonne, le Collège de France et l'Institut catholique. Ses fréquentations européennes l'amènent à adhérer au CATHOLICISME social et au personnalisme d'Emmanuel Mounier, de Jacques Maritain et d'Étienne Gilson. De retour au Canada, il met en question le concept d'indépendance politique pour le peuple canadien-français, déterminé qu'il est à réorienter le NATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS vers des enjeux socio-économiques. C'est d'ailleurs l'objectif qu'il se fixe en tant que rédacteur en chef de L'ACTION NATIONALE (1937-1942).

En 1942, il s'associe à d'autres nationalistes pour fonder la Ligue pour la défense du Canada qui milite en faveur du « non » lors du référendum d'avril 1942 sur le projet de CONSCRIPTION du premier ministre Mackenzie KING. La Ligue remporte un tel succès - plus de 80 p. 100 des Canadiens français votent « non » - qu'elle donne lieu, à l'automne 1942, à la création d'un troisième parti politique nationaliste, le BLOC POPULAIRE , qui s'oppose à la conscription et exige une plus grande égalité pour les francophones dans le régime fédéral. Laurendeau obtient la direction provinciale du Bloc en février 1944 et est l'un des quatre candidats de ce parti élus à l'Assemblée nationale la même année. Il dénonce les politiques centralisatrices fédérales en matière d'économie et d'affaires sociales, et somme le gouvernement de l'Union nationale de Maurice DUPLESSIS de mettre en oeuvre les réformes socio-économiques qui s'imposent depuis trop longtemps pour permettre au Québec d'assumer son autonomie.

In En septembre 1947, Laurendeau quitte le poste de chef du Bloc populaire et, à l'invitation de son ami Gérard FILION, rédacteur en chef du journal Le Devoir, se joint au service de la rédaction de ce quotidien dont il deviendra à son tour le rédacteur en chef en 1958, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort subite en 1968. Entre 1948 et 1954, il reprend aussi les rênes de L'Action nationale, publication à laquelle il donne une nouvelle orientation qui lui vaut d'intéresser une nouvelle génération de lecteurs et de collaborateurs.

Fort de l'appui de ses collègues nationalistes Gérard Filion, Jean-Marc LÉGER et Pierre LAPORTE, il se bat contre le régime Duplessis, aux valeurs politiques et sociales rétrogrades, et fait du Devoir un véhicule de critique efficace. Laurendeau inspire une nouvelle définition du nationalisme canadien-français qui reflète avec plus de justesse les problèmes et les aspirations d'une société devenue extrêmement urbaine et industrialisée. Cette philosophie néo-nationaliste est reprise par le Parti libéral du Québec de Jean LESAGE lors des élections provinciales de 1960 qui chassent l'Union nationale du pouvoir.

Craignant les conséquences sociales et politiques de la montée du SÉPARATISME au Québec au début des années 60, Laurendeau demande aux gouvernements DIEFENBAKER et PEARSON de mener une enquête au sujet des différends qui opposent Québec et Ottawa. Le premier ministre Pearson répond à sa demande en formant la Commission B.B. en 1963, coprésidée par Laurendeau et Davidson DUNTON. Laurendeau poursuit inexorablement la lutte jusqu'en 1968, mais finit par céder au désespoir, convaincu qu'il ne parviendra jamais à faire modifier la Constitution de manière à assurer la reconnaissance des droit de la majorité canadienne-française du Québec et des minorités francophones des autres provinces.

Les autres commissaires, qui reflètent les appréhensions qui déchirent le Canada tout entier, ne réussissent pas à composer avec les conséquences éventuelles d'une politique officielle de bilinguisme et de multiculturalisme, ce qui fait avorter la parution du dernier volume du rapport de la Commission. Ces événements font toutefois prendre conscience de la problématique et amènent le gouvernement fédéral à adopter la LOI SUR LES LANGUES OFFICIELLES en 1969 (voir BICULTURALISME), laquelle confère des droits linguistiques aux Canadiens français.

Outre ces réalisations, Larendeau est une personnalité de la télévision et de la radio. Il rédige des articles, des scénarios pour la télévision, une pièce de théâtre (Deux femmes terribles, 1961) et un roman (Une vie d'enfer, 1965). Il était Membre de la Société Royale du Canada et de l'Académie canadienne-française.