La crosse est l'un des premiers sports organisés en Amérique du Nord. Bien qu'il soit d'abord pratiqué comme jeu ou rituel par les Premières nations, ce sport fait de plus en plus d'adeptes au milieu du XIXe siècle. Lorsque l'Association canadienne de crosse est créée en 1867, elle constitue la première organisation sportive du dominion du Canada. En 1994, la crosse est nommée sport national d'été du Canada. Les équipes nationales canadiennes de crosse, masculines comme féminines, se classent parmi les meilleures au monde, autant au champ qu'en enclos.

La crosse est un sport d'équipe lors duquel les joueurs passent, attrapent et transportent une balle en caoutchouc à l'aide de bâtons avec un filet au bout. Le but de la crosse est d'accumuler le plus de points possible en lançant le ballon dans le but de l'équipe adverse. Les premières parties de crosse mettent en jeu de larges équipes de guerriers autochtones sur un terrain d'une longueur qui peut aller jusqu'à un kilomètre. Depuis, la crosse a changé de façon significative, et il existe maintenant quatre disciplines distinctes au Canada : la crosse au champ masculine, la crosse au champ féminine, la crosse en enclos et l'intercrosse.

Histoire de la crosse

L'histoire de la crosse est difficile à retracer, puisque les faits se mélangent souvent aux histoires et aux mythes, et de nombreux aspects de l'histoire de ce sport sont associés au folklore. L'une des légendes de la crosse les plus célèbres date de la rébellion de Pontiac de 1763 : le chef d'Ottawa aurait organisé une partie afin de distraire les soldats britanniques et pouvoir pénétrer dans le Fort Michilimackinac, dans le Michigan actuel. Les guerriers autochtones jouent toutefois à des sports similaires depuis des siècles.

Origines autochtones

Les membres de divers groupes algonquiens nomment les jeux de balles anciens baggataway. Des similarités frappantes entre la massue de guerre, le bâton de crosse et même la baguette sur des photos d'artefacts Ojibwés prouvent qu'il y a des liens entre les jeux de balles anciens et le développement subséquent de la crosse. Il y a également un lien entre la crosse et le jeu de balle mohawk connu sous le nom de tewaarathon. Comme la plupart des jeux de balles autochtones, le tewaarathon remplit de nombreuses fonctions : puisque le jeu est pratiqué sur un terrain pouvant faire un kilomètre de long par des équipes de guerriers, il garde les hommes forts et en forme pour la guerre et pour la chasse. On y joue également pour entretenir les alliances diplomatiques, encourager la conformité aux normes sociales, promouvoir l'égalité économique et honorer les dieux. En règle générale, les femmes autochtones sont exclues de ces jeux, bien que dans certaines exceptions les femmes pratiquent les jeux de balle entre elles, ou même avec les hommes (voir Hall).

Découverte par les Européens

L'une des premières références écrites à l'activité de la crosse se trouve dans le journal du missionnaire jésuite Jean de Brébeuf en 1637. Celui-ci y écrit que des villages entiers s'affrontent dans des parties de « crosse » (voir Fisher). Bien que certains auteurs avancent que c'est Brébeuf qui aurait donné son nom au sport parce qu'il trouve que le bâton ressemble à la crosse d'un évêque, les écrits de Brébeuf eux-mêmes ne mentionnent nulle part cette similarité. De plus, ce dernier ne fournit pas une description assez précise du jeu pour permettre de déterminer si les jeux de balles qu'il décrit correspondent à la crosse.

L'historien Douglas Fisher soutient que les origines de la crosse moderne remontent au jeu mohawk le tewaarathon. Au lendemain de la Révolution américaine, de nombreux Iroquois s'installent sur les rives du fleuve Saint-Laurent et de la Grande rivière. Alliés de la Grande-Bretagne pendant la guerre, ils se voient forcés de quitter leurs terres traditionnelles lorsque les États-Unis gagnent leur indépendance. Les Mohawks de Saint-Régis, une mission Jésuite près de Montréal, s'adonnent si fréquemment à des jeux de balles que les missionnaires se plaignent du taux d'absentéisme à l'église. Dans les années 1830, des Montréalais anglophones de passage remarquent les parties et apprennent à jouer avec leurs voisins mohawks, adoptant le terme français « la crosse » pour faire référence à leur nouveau passe-temps. Le premier match officiel entre des anglophones et des Mohawks se tient le 29 août 1844. En 1856, des adeptes du sport forment le Montreal Lacrosse Club, puis les clubs Hochelaga et Beaver. Lorsque le prince de Galles visite Montréal en 1860, les citadins organisent une grande foire de jeux amérindiens, qui présente notamment une partie de crosse entre des équipes iroquoise et algonquienne de trente joueurs, puis une autre entre une équipe autochtone et une équipe non autochtone.

Évolution du sport moderne

En septembre 1860, un mois après la visite du prince de Galles, un jeune dentiste du nom de William George Beers écrit une brochure qui définit certaines règles et instructions pour le sport, qui, jusque-là, n'avait aucun règlement écrit. Celui que l'on considère comme le père de la crosse moderne pond non seulement un ensemble de règles pour le jeu, mais remplace également la balle en cuir de chevreuil par une balle en caoutchouc.

En 1867, le sport fait son apparition en Angleterre, où le capitaine W. B. Johnson voyage avec une équipe de seize joueurs pour une démonstration à Fulham, près de Londres; la plupart des joueurs sont d'origine iroquoise, mais d'autres Premières nations sont également représentées dans l'équipe. En 1876, deux équipes du Canada (l'une autochtone, l'autre non autochtone) s'affrontent devant la reine Victoria au Château de Windsor. Une troisième tournée suit en 1863.

La crosse, sport national du Canada?

La mythologie entourant la crosse abonde toujours, en particulier en ce qui a trait à son statut de sport national du Canada. William George Beers est tellement passionné de ce sport qu'il veut à tout prix en faire le sport national, même si, à l'époque de la Confédération, le criquet est le sport d'été le plus pratiqué au pays. En 1867, la première organisation sportive du dominion, l'Association canadienne de crosse, est créée, adoptant comme devise « Notre pays, notre jeu ». William George Beers fait campagne pour que la crosse soit nommée sport national et prétend que le Parlement reconnaît officiellement sa requête en 1867. Nombreux sont ceux qui le croient, mais il n'y a à ce jour aucune preuve que le Parlement a jamais reconnu officiellement la crosse en tant que sport national à cette époque.

Pourtant, c'est sans aucun doute le sport national de facto pendant des décennies. En 1994, toutefois, un ardent amateur de hockey et membre du Parlement, Nelson Riis, introduit un projet de loi d'initiative parlementaire qui déclare que le hockey est le sport national du Canada. Après un long débat, le projet de loi est modifié afin de proclamer le hockey sport national d'hiver et la crosse, sport national d'été. La Loi sur les sports nationaux du Canada reçoit l'accord royal en mai 1994.

Pour les amateurs de crosse, cette activité restera toujours le sport national. Ceux qui visitent le Temple de la renommée de la crosse à New Westminster, en Colombie-Britannique, remarqueront que les plaques de bronze sont toujours engravées d'un « Canada's National Game » (en français, sport national du Canada).

La crosse au Canada aujourd'hui

De nos jours, on pratique quatre disciplines distinctes : la crosse au champ masculine, la crosse au champ féminine, la crosse en enclos et l'intercrosse.

Crosse au champ masculine

La crosse masculine oppose deux équipes de dix joueurs sur un terrain extérieur. La différence majeure entre la crosse au champ et les autres disciplines est l'utilisation par les trois défenseurs de chaque équipe d'un bâton beaucoup plus long. Le Canada a une riche histoire en crosse au champ, et une équipe canadienne, les Nationals d'Hamilton, joue dans la Ligue majeure de crosse, une ligue professionnelle nord-américaine.

L'équipe nationale canadienne est l'une des meilleures au monde et s'illustre aux Championnats du monde de crosse qui ont lieu tous les quatre ans. En 2006, le Canada gagne son premier championnat en près de trente ans lorsqu'il défait les États-Unis 15 à 10. Au championnat de 2010 à Manchester, en Angleterre, le Canada perd de justesse en finale contre les États-Unis.

En 2010, l'une des meilleures équipes au monde, les Iroquois Nationals, est absente au Championnat du monde. Les Iroquois Nationals représentent les Haudenosaunee (voir Iroquois) du Canada et des États-Unis; ils constituent la seule équipe des Premières nations à avoir l'autorisation de participer à des compétitions sportives internationales. L'équipe voyage normalement avec des passeports haudenosaunees, mais les douanes britanniques leur refusent l'entrée au pays, prétendant que leurs passeports ne sont pas une forme d'identification valide. Les Iroquois Nationals participent pourtant aux championnats du monde depuis 1998, décrochant la quatrième place en 1998, en 2002 et en 2006. Néanmoins, puisqu'ils ne jouent pas en 2010, ils sont automatiquement classés au dernier rang mondial. L'équipe présente deux requêtes, et la Fédération internationale de crosse annonce en juin 2013 que les Iroquois Nationals vont participer aux Championnats de la division bleue élite en 2014.

Crosse au champ féminine

Contrairement à la crosse masculine, la crosse féminine est un sport sans contact opposant deux équipes de douze joueuses. Le mouvement de la balle ainsi que le maniement du bâton sont des éléments clés du jeu. La petite superficie du filet du bâton rend la balle beaucoup plus difficile à attraper et à maîtriser. La toute première partie de crosse féminine a lieu en Écosse en 1890, et le premier échange international a lieu à Richmond (près de Londres, en Angleterre) en 1913, entre l'Écosse et le Pays de Galle. Le sport féminin s'étend des îles britanniques à l'Amérique du Nord, et il semble au début y avoir une plus grande opposition au Canada qu'aux États-Unis (voir Hall).

L'équipe canadienne se classe aujourd'hui parmi les meilleures au monde. À la coupe du monde de la Fédération internationale de crosse à Oshawa, en Ontario, en 2013, l'équipe féminine senior du Canada se rend jusqu'en finale pour la première fois de son histoire, s'inclinant toutefois devant les championnes américaines. Sa médaille d'argent lui vaut un prestigieux deuxième rang mondial. L'équipe des moins de 19 ans est quant à elle classée troisième au monde en 2013.

Crosse en enclos

La crosse en enclos voit le jour au Canada dans les années 1930 afin de tirer profit des arénas de hockey qui sont inutilisés pendant l'été. C'est dorénavant le type de crosse le plus populaire au Canada, chez les hommes comme chez les femmes. En fait, beaucoup d'athlètes de crosse au champ pratiquent aussi la crosse en enclos. Considérée comme le sport le plus rapide sur deux pieds, la crosse en enclos oppose deux équipes de six joueurs. Les rebondissements sur les murs en font un sport très excitant à regarder, et le chronomètre de tir de 30 secondes, qui exige des équipes qu'elles tirent au but toutes les trente secondes, donne lieu à des scores très élevés. La crosse en enclos est normalement pratiquée sur une surface en ciment. Cependant, la crosse intérieure professionnelle (fort semblable à la crosse en enclos) est jouée sur gazon synthétique. Un grand nombre d'équipes canadiennes jouent dans la Ligue nationale de crosse, une ligue intérieure professionnelle nord-américaine. En 2012, la Ligue canadienne de crosse est créée.

La crosse en enclos est énormément pratiquée au Canada et l'équipe nationale gagne chaque Championnat du monde de crosse intérieure depuis le premier en 2003. Les Iroquois Nationals se classent deuxièmes chaque fois, perdant de justesse en période supplémentaire à la finale de 2007.

Intercrosse

L'intercrosse est la nouvelle version du jeu de crosse. C'est une activité à faible risque conçue pour les programmes récréatifs et les activités scolaires. Facile à jouer, c'est un jeu pratiqué à l'intérieur avec des bâtons en plastique moulé et une balle légère et molle. Les participants apprennent les techniques fondamentales de la crosse : récupérer la balle, la transporter, la passer et l'attraper.

Voir aussi Histoire des sports, Édouard Lalonde.