Entre le 4 et le 10 janvier 1998, trois tempêtes successives frappent certaines parties de l'est de l'Ontario et de l'ouest du Québec On a qualifié cet événement de pire désastre naturel de l'histoire du Canada. Ces tempêtes auront perturbé considérablement et pendant une bonne période la vie quotidienne des habitants et eu des conséquences économiques importantes. Les précipitations totales, qui tombent sous forme de pluie verglaçante, de grésil et de neige, dépassent 73 mm à Kingston, 85 mm à Ottawa et 100 mm au sud de Montréal. Les tempêtes de verglas les plus importantes jamais enregistrées au Canada, soit celles survenues à Ottawa en décembre 1986 et à Montréal, en février 1961, avaient laissé une couche de 30 à 40 mm de verglas.

La tempête de verglas commence par l'arrivée simultanée d'un front chaud dépressionnaire venu du Texas et d'un front froid arctique de haute pression. Quand les masses d'air se rencontrent, l'air chaud monte et maintient l'air froid en dessous. La neige fond à mi-hauteur dans sa chute; n'ayant pas assez de temps pour geler en tombant, elle gèle au sol. Il n'y a pas assez de vent pour enrayer ce processus et pas de soleil pour faire fondre la glace entre les averses.

L'accumulation de la glace finit par faire tomber les lignes électriques, ce qui oblige 100 000 personnes à chercher refuge dans des hôtels, chez des parents ou amis ou dans des abris mis en place à la hâte. Plusieurs milliers de lignes électriques et de câbles téléphoniques deviennent hors d'usage. Du personnel provenant de 14 électricité de 6 provinces et de 8 États américains travaille à rétablir le service. L'état d'urgence est proclamé. Les forces armées mobilisent près de 16 000 hommes pour mener à bien l'opération Récupération, le plus grand déploiement jamais vu en temps de paix. En comparaison, les inondations de la rivière Rouge en 1997 et celles du Saguenay en 1996 ont requis l'aide de seulement 8700 et 450 soldats, respectivement.

L'impact économique de la tempête de verglas est estimé à plus de un milliard de dollars. Le Bureau d'assurance du Canada signale qu'un nombre de 535 200 réclamations d'assurance ont été déposées à la suite de la tempête, ce qui représente un total d'environ 790 millions de dollars de dommages aux maisons, autos et autres propriétés. La production économique canadienne diminue de 0,7 % en janvier, en conséquence de l'interruption des affaires dans plusieurs secteurs. Les variations survenant dans les secteurs combinés de la production de l'énergie électrique et de la construction comptent pour près du tiers de la baisse globale du PIB en janvier. Les systèmes d'énergie électrique enregistrent à eux seuls des pertes économiques de 14,2 %. Au total, les industries de production de biens subissent une diminution de 1,4 %.

La tempête sévit dans la région géographique où se trouvent près du quart de toutes les vaches laitières du Canada. Il y a 274 000 vaches laitières dans les zones où surviennent ou risquent de survenir des coupures de courant, dont 60 % au Québec. Sans électricité pour faire fonctionner les trayeuses, on ne peut pas traire les vaches qui risquent alors de développer une mastite, une inflammation du pis. Là où on peut traire les vaches, les usines de traitement ont peu ou pas du tout de courant; les fermiers doivent donc jeter plus de 10 millions de litres de lait, évalués à 5 ou 6 millions de dollars. Certains fermiers canadiens réussissent à envoyer 1,5 million de litres de lait à des installations américaines, qui les retournent ensuite au Canada sous forme de produits de consommation. Bien que la baisse de la production laitière ait été relativement faible, il y a toujours lieu de se demander si les vaches laitières affectées retrouveront jamais leurs niveaux de productivité d'avant la tempête.

L'industrie du sirop d'érable est aussi sérieusement touchée. Plus de 22 % de toutes les entailles d'érables à sucre du Canada, dont plus de 23 % des 21 millions d'entailles du Québec et des 285 000 de l'Ontario, doivent supporter le poids de plus de 40 mm de verglas. L'industrie du sirop d'érable du Québec fournit 70 % de la production mondiale. Le nombre d'entailles se trouve brutalement réduit. Des millions de branches d'arbre sont endommagées, ce qui réduit sérieusement le débit des entailles. Les érables à sucre cultivés sont plus grands que les spécimens qu'on trouve dans la nature, ce qui les rend plus susceptibles d'être endommagés par la glace. Les branches qui tombent et l'accumulation de glace endommagent en grand nombre les tubulures qui transportent la sève. L'Association des producteurs de sirop d'érable de l'Ontario estime qu'il pourrait falloir jusqu'à 40 ans pour que la production de l'est de l'Ontario revienne à la normale.

Voir aussi Temps, Valeurs extrêmes de la pluie et Désastres. Consulter Statistique Canada pour obtenir les statistiques et les cartes des régions touchées.