Journaux

Le premier journal canadien, le Halifax Gazette de John Bushell, paraît en 1752. Comme la plupart des journaux coloniaux d'Amérique du Nord, il est annexé à une entreprise d'impression commerciale. De plus, il est tributaire des largesses du gouvernement colonial au chapitre de l'impression et de la commandite. Cette dépendance financière des journaux canadiens par rapport aux gouvernements, aux partis politiques et à la PUBLICITÉ est l'un de leurs traits caractéristiques.

Premiers journaux

Il n'y a pas de journal en Nouvelle-France, en partie à cause du refus de l'administration française d'établir des presses typographiques dans la colonie. La Conquête des Anglais et la fin de la GUERRE DE SEPT ANS en 1763 suscitent la venue de quelques imprimeurs des colonies américaines. En 1764, William Brown et Thomas Gilmore, deux imprimeurs de Philadelphie, lancent à Québec la Gazette de Québec, un journal bilingue. En 1785, Fleury Mesplet, imprimeur français qui avait été emprisonné pour avoir tenté de persuader le Québec de participer à la Révolution américaine, publie la Gazette de Montréal (le plus ancien des journaux toujours publiés).

En 1793, sous les auspices du premier gouverneur du Haut-Canada, un imprimeur de Québec lance à Newark (aujourd'hui Niagara-on-the-Lake) l'Upper Canada Gazette, premier journal de ce qui est aujourd'hui l'Ontario. Comme le Halifax Gazette, ces premiers journaux, établis dans des colonies à faible taux démographique, dépendent totalement du gouvernement. Dans le Haut-Canada, William Lyon MACKENZIE presse l'Assemblée de subventionner la première papetière de la province, en partie pour assurer l'approvisionnement en papier de son journal. Cela est un exemple criant des liens douteux qui existent entre les journaux et la caisse du gouvernement, qui s'évite ainsi les foudres d'une presse trop démocratique.

La création d'assemblées législatives en Amérique du Nord britannique favorise les factions politiques. Parallèlement, à Halifax, à Saint John, à Montréal, à Kingston et à York (aujourd'hui Toronto) en particulier, on assiste à l'ascension d'une classe de commerçants s'intéressant tant à la lecture d'information commerciale qu'à la publicité. Avec les mouvements politiques et les divers intérêts commerciaux et agricoles, les hebdomadaires se multiplient.

Dans le Bas-Canada, le Mercury (1805) de Québec et le Herald (1811) de Montréal se font les porte-parole des commerçants anglophones de la province, alors que Le Canadien (1806) et La Minerve (1826) reflètent les intérêts de la classe professionnelle émergente chez les Canadiens français.

Dans le Haut-Canada, William Lyon Mackenzie se sert de son journal, le Colonial Advocate (1824), pour soutenir la cause des réformateurs en général et des fermiers en particulier contre les groupes professionnels et commerciaux dominants. Dans les Maritimes, des journaux comme le Novascotian (1824) d'Halifax de Joseph HOWE défient l'autorité des oligarchies coloniales.

Journaux, politique et État

Au début du XIXe siècle, la plupart des journaux sont alliés soit au Parti réformiste (devenu le Parti libéral), soit au Parti conservateur. Loin d'être un simple instrument des partis qu'ils prétendent appuyer, ces premiers journaux constituent l'organe de factions ou de chefs particuliers au sein de ceux-ci. Ainsi, le Globe (1844) de Toronto est l'outil personnel de son éditeur, le réformateur George BROWN. Bien que le Mail (1872) de Toronto ait été fondé pour faire entendre la voix de l'ensemble du Parti conservateur, la faction dominante menée par John A. MACDONALD s'en empare rapidement.

En fait, il n'est pas rare qu'un journal s'écarte de la ligne du parti. Le Mail, par exemple, rompt avec les conservateurs de Macdonald dans les années 1880, obligeant le parti à fonder l'Empire en 1887. La relative indépendance des journaux par rapport aux partis politiques et aux gouvernements varie d'un endroit à un autre. Règle générale, le degré de dépendance diminue au fur et à mesure de la croissance des revenus tirés de la vente des journaux et de la publicité. Bien qu'ils ne soient pas toujours l'instrument des partis, les journaux demeurent étroitement liés aux factions politiques, même au XXe siècle. Impatient d'offrir un média au nouveau premier ministre libéral Wilfrid LAURIER, un consortium commercial réorganise le TORONTO STAR en 1899. Les conservateurs de l'Ontario achètent le News de Toronto en 1908 afin d'en faire l'organe du parti. Au cours de la première décennie du XXe siècle, le Herald de Calgary se sert du Parti conservateur de l'Alberta pour vendre des abonnements. Dans les années 1930 encore, la plupart des grands journaux québécois sont parrainés par le gouvernement provincial.

La politisation des journaux se poursuit dans une certaine mesure parce que les lecteurs la réclament. Au XIXe siècle, on prend la POLITIQUE canadienne au sérieux et on s'attend à ce que les journaux prennent parti. C'est d'ailleurs ce qui explique le phénomène de la dualité des journaux dans les villes. Dès 1870, toute ville assez importante pour soutenir un journal en a deux, l'un libéral et l'autre conservateur. En outre, les journaux ne se libèrent jamais complètement du parrainage du gouvernement. Depuis 1867, ce dernier subventionne les journaux en leur accordant des tarifs postaux spéciaux. La première agence internationale de nouvelles par câble du pays, la Canadian Associated Press (1903), reçoit des subventions du gouvernement fédéral, tout comme l'agence coopérative de nouvelles intérieures, la PRESSE CANADIENNE, au cours des premières années suivant sa fondation en 1917.

Les relations entre les journaux canadiens et l'ÉTAT ont toutefois un côté moins reluisant. Les premiers éditeurs, que l'on considère trop critiques envers les actions gouvernementales, se voient non seulement menacés de prison, mais parfois même emprisonnés. On fait appel aux lois contre la diffamation et le libelle criminel pour réduire au silence les rédacteurs gênants. Au XXe siècle, le gouvernement s'en prend surtout aux journaux de gauche; le PARTI COMMUNISTE DU CANADA est proscrit et ses publications sont interdites à diverses reprises. Le gouvernement québécois de Maurice DUPLESSIS (1936-1939 et 1944-1959) utilise la LOI DU CADENAS pour interdire ce qu'il considère comme des journaux communistes. En 1970, le gouvernement fédéral impose une CENSURE restreinte à la suite de l'enlèvement de deux hommes lors de la CRISE D'OCTOBRE.

Montée de la publicité

Le sectarisme politique demeure, mais la dépendance financière des journaux envers les gouvernements et les partis politiques diminue au cours du XIXe siècle. L'aspect financier de la publication des journaux ainsi que la croissance économique dans son ensemble n'y sont pas étrangers. Les journaux font face à des frais généraux élevés. En effet, qu'ils tirent à 1 ou à 10 000 exemplaires, les dépenses initiales pour le matériel, la composition et le contenu rédactionnel sont les mêmes. Au cours des années 1860, époque où les tirages quotidiens ne dépassent habituellement pas 5000 exemplaires, ces frais généraux sont couverts par les partis politiques ou les gouvernements. Toutefois, à mesure que la population s'accroît et que le degré d'alphabétisation s'élève, les éditeurs répartissent ces frais entre un plus grand nombre de lecteurs. De plus, quand le tirage d'un journal augmente, les commerçants sont plus enclins à y faire paraître leur publicité. Comme la capacité de production progresse dans toutes les industries, il devient capital de recourir à la publicité pour persuader les gens d'acheter.

Les premiers annonceurs sont des grossistes qui tentent d'attirer l'attention d'autres commerçants. Cependant, dès les années 1880, les détaillants dominent la publicité, alors axée sur le marché de masse. En 1900, les consommateurs sont inondés d'annonces publicitaires les invitant à acheter des articles comme du savon, des spécialités pharmaceutiques ou des ceintures chauffantes. Les quotidiens des grandes villes tirent de 70 à 80 p. 100 de leurs revenus de la publicité.

Les progrès technologiques de l'industrie de la presse et de l'économie en général accélèrent l'évolution des journaux à grand tirage orientés vers la publicité. Grâce à l'essor du TÉLÉGRAPHE, au cours des années 1850, et à l'installation du câble transatlantique, en 1866, les journaux ont plus facilement accès aux nouvelles internationales. Néanmoins, leurs frais généraux s'en trouvent haussés. Dans les années 1880, les presses rotatives et la stéréotypie permettent aux journaux d'accroître leur tirage afin d'améliorer leurs revenus pour couvrir ces frais. En 1876, le tirage combiné des quotidiens de neuf centres urbains importants totalise 113 000 exemplaires. Sept ans plus tard, il a plus que doublé. À partir du milieu du XIXe siècle, la construction de chemins de fer permet aux quotidiens et aux hebdomadaires de rejoindre une plus grande partie de la population. Pendant les années 1890, des fondeuses de caractères, telle que la Linotype, promettent aux quotidiens d'augmenter leur format, qui passe de 4, 8 ou 12 pages à 32 ou 48 pages (voirIMPRIMERIE). Évidemment, cela ajoute considérablement à l'espace réservé à la publicité. À la même époque, la mise au point d'un papier journal fabriqué à partir de pulpe assure une source d'approvisionnement économique. Le prix du papier journal dégringole, passant de 203 $ la tonne en 1873 à 50 $ en 1900.

Quotidiens

Les premiers journaux sont des hebdomadaires, bien que quelques-uns paraissent deux ou trois fois la semaine. En 1833, on lance le premier quotidien canadien, le Daily Advertiser de Montréal, qui fait faillite en moins d'un an. La publication quotidienne commence pour de bon dans les années 1840 lorsque deux autres journaux montréalais, la Gazette et le Herald, sont publiés tous les jours pendant la période commerciale de pointe de l'été. L'augmentation de la population, l'alphabétisation et l'urbanisation accélèrent la conversion des hebdomadaires en quotidiens. En 1873, le Canada compte 47 quotidiens et en 1900, 112. Les principaux quotidiens utilisent les services postaux et ferroviaires pour offrir partout au pays leurs éditions hebdomadaires et, dès le XXe siècle, leurs suppléments du week-end, dont le STAR WEEKLY de Toronto et le Family Herald de Montréal.

Des journaux, d'abord hebdomadaires, puis quotidiens, sont créés dans l'Ouest à mesure que la population blanche s'accroît. Le British Colonist de Victoria paraît en 1858, le Manitoba Free Press (voirWINNIPEG FREE PRESS) en 1872, le Saskatchewan Herald en 1878 et le Edmonton Bulletin en 1880.

L'essor d'une nouvelle classe ouvrière dans les grandes villes, en particulier Toronto et Montréal, favorise l'apparition de journaux de genres différents qui mettent l'accent sur les nouvelles locales, la grande diffusion, les petites annonces et, dans certains cas, les scandales. Parmi ces journaux, qui se vendent un cent l'exemplaire (soit la moitié ou le tiers du prix des quotidiens établis), figurent LA PRESSE (1884) et le Montreal Star (1869) de Montréal, le Toronto Telegram (1876), le Toronto News (1881), le Toronto World (1880) et le Toronto Star (1892) ainsi que le Hamilton Herald (1889) de Hamilton. Afin d'attirer de nouveaux lecteurs, les journaux plus anciens augmentent leur tirage. En 1872, à Toronto, chaque famille achète en moyenne un journal; en 1883, la famille torontoise moyenne en achète deux par jour.

Au Québec, toutefois, la croissance des journaux est entravée par le faible taux d'alphabétisation. En 1871, seulement 50 p. 100 des francophones adultes du Québec savent lire et écrire, comparativement à 90 p. 100 des adultes d'Ontario. Par ailleurs, on trouve uniquement dans la province québécoise des quotidiens qui poursuivent des objectifs religieux, notamment le journal catholique ultramontain Le Nouveau Monde (1867) et le journal protestant Daily Witness (1860). Au Québec, les journaux associés à l'Église, au nationalisme et à la cause canadienne-française prospèrent jusqu'au XXe siècle. En 1910, le nationaliste Henri Bourassa fonde LE DEVOIR pour promouvoir les intérêts du Québec. Bien qu'à faible tirage, des journaux comme Le Devoir conservent une grande influence auprès de l'élite intellectuelle du Québec (voirNATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS).

Les quotidiens travaillistes sont plutôt rares au Canada. En 1892, forts de l'appui du mouvement syndical local, des imprimeurs en grève lancent le Toronto Star, qui fait faillite moins d'un an plus tard et est cédé à d'autres intérêts n'ayant pas la même allégeance. En 1948, le Citizen de Winnipeg paraît grâce au soutien des travailleurs; à court de capitaux, il ferme lui aussi ses portes la même année.

Le nombre de quotidiens s'élève à 138 en 1913. Dès lors, les pressions visant à restreindre la concurrence et à concentrer les propriétés se font sentir. À l'intérieur de chaque ville, les journaux rivalisent les uns avec les autres pour augmenter leur tirage et s'attirer la publicité. Comme la concurrence est coûteuse, les perdants fusionnent avec des journaux plus puissants ou ferment leurs portes. À Toronto, par exemple, le Mail fusionne avec l'Empire en 1895; puis, en 1936, le Mail and Empire se joint au Globe (voirGLOBE AND MAIL). En 1949, deux anciens journaux indépendants de Halifax, chacun possédant deux éditions quotidiennes - The Chronicle (matin) et The Star (après-midi) ainsi que The Herald (matin) et The Mail (après-midi) - s'unissent en une seule entreprise produisant deux éditions quotidiennes : The Chronicle-Herald (matin) et The Mail-Star (après-midi.)

L'essor de la radio dans les années 1930 et de la télévision dans les années 1950 brise le monopole de la presse en matière de publicité. En 1953, le pays n'a plus que 89 quotidiens. Vers 1986, ce nombre passe à 110. À la fin des années 1980, toutefois, seules huit villes canadiennes sont desservies par deux quotidiens ou plus appartenant à des propriétaires différents. Étant donné que les lecteurs attachent moins d'importance au sectarisme politique, le système de dualité des journaux dans les villes n'a plus sa raison d'être (voirDROIT ET PRESSE; MÉDIAS, PROPRIÉTÉ DES).

THOMAS WALKOM

Aujourd'hui

À la fin des années 1980, les quotidiens ont une part réduite mais encore importante de l'industrie des communications de masse. La plupart des journaux appartiennent directement ou par l'entremise de chaînes à des conglomérats qui ont aussi des intérêts dans d'autres médias ou secteurs d'activité. Des éditeurs importants optent pour la diversification avec l'impression électronique; ils offrent soit des services en direct accessibles au moyen des ordinateurs de bureau ou de résidence, soit des services vidéotex accessibles avec des terminaux de télévision adaptés dotés d'un clavier numérique. Entre autres, le Globe and Mail de Toronto établit le service en direct Infoglobe qui possède une base de données contenant des informations amassées pendant plusieurs années et conclut un partenariat avec la chaîne de librairies Chapters. SOUTHAM INC., propriétaire de la chaîne de journaux Southam, et TORSTAR CORPORATION, propriétaire du Toronto Star, lancent Infomart, une société de commercialisation du vidéotex qui joue un rôle important dans le développement du système canadien TÉLIDON. Le Star s'en retire plus tard. LE SOLEIL de Québec et La Presse de Montréal participent dès le début aux essais. Le London Free Press est parmi les premiers à utiliser le vidéotex pour créer une publicité informationnelle dans les centres commerciaux.

On s'attend à ce que l'impression électronique fasse baisser les revenus de publicité des journaux et même leur clientèle de lecteurs lorsque les progrès technologiques permettent de mettre au point des portables minces et d'offrir une plus haute définition pour les textes et les graphiques. Toutefois, le quotidien semble fait pour durer parce qu'il constitue une source d'information complète pour les nouvelles, les renseignements généraux et les divertissements, et qu'il est facile à lire et à transporter. Les premiers services électroniques sont nombreux à subir de grandes pertes; les perfectionnements électroniques sont intégrés plus lentement que prévu.

Les journaux font l'objet de deux études : l'une en 1969-1970, par le Comité spécial du Sénat sur les moyens de communications de masse, sous la présidence du sénateur Keith DAVEY; l'autre en 1980-1981, par la Commission royale sur les quotidiens, composée du président Tom KENT, de Laurent Picard et de Borden Spears. Les deux études portent sur la grande concentration de la propriété des journaux et la diminution de la concurrence. La Commission Kent met l'accent sur le conglomérat des journaux et d'autres types d'entreprises. Ces études font valoir que la liberté de presse inclut la libre diffusion de l'information et des opinions provenant de sources diverses, principe qui pourrait être mis en péril par une concentration excessive. La recommandation du rapport Davey voulant que le gouvernement fédéral instaure un Conseil de surveillance de la propriété de la presse n'est pas retenue.

Celle du rapport Kent déclarant que les propriétaires de journaux ne devraient pas posséder de licences de radiodiffusion ou de télédiffusion à l'intérieur du même marché est acceptée, en principe, par le gouvernement Trudeau. Elle n'est appliquée que de façon restreinte par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) et abandonnée par le gouvernement Mulroney. Ottawa exerce une pression sur les journaux pour qu'ils adhèrent aux conseils de presse. À la fin des années 1980, des conseils de presse sont en place dans toutes les provinces sauf en Saskatchewan. On rejette les recommandations Kent visant à réduire les pires cas de concentration et à compenser les effets des conglomérats par des mesures prévoyant l'indépendance et la responsabilité publique des journaux. Les propriétaires s'y opposent énergiquement en alléguant qu'elles entravent la liberté de presse.

Au XXe siècle, les fusions et les fermetures de quotidiens des grandes villes contrastent avec l'apparition de nouveaux journaux publiés chaque jour dans les petites villes en expansion. À partir de 1960, on assiste à l'émergence des tabloïds dans les grandes zones urbaines; ce qui constitue un changement important. Avant leur arrivée, presque tous les quotidiens des grandes villes sont des journaux ou des fusions de journaux déjà établis au début du siècle. Les tabloïdes reprennent la stratégie des premiers quotidiens à grand tirage de la fin du XIXe siècle en s'adressant à une clientèle populaire (La Presse à Montréal et le Toronto Star à Toronto). Au Canada, le pionnier des créateurs de tabloïdes est Pierre PÉLADEAU, qui lance, dans les années 1960 et avec un succès phénoménal, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. Le Sun de Toronto renaît de ses cendres sous le nom de Telegram en 1971 et reprend la formule gagnante au Canada anglais. Il ajoute le populisme de droite à la recette des « 3 S » : sexe, scandale et sport, propre aux tabloïdes. De plus, il forme une chaîne avec les Sun d'Edmonton et de Calgary. L'autre innovation importante dans le domaine des journaux survient dans les années 1980 dans ce qu'on pourrait appeler le marché haut de gamme, quand le Globe and Mail de Toronto, propriété du THOMSON GROUP depuis la prise de contrôle des FP Publications, utilise la nouvelle technologie de la télématique pour publier une édition nationale. Cette édition est transmise par satellite vers des imprimeries de l'Atlantique, du Centre et de l'Ouest du Canada (voirSATELLITE, COMMUNICATION PAR).

Ces diverses améliorations procurent aux Canadiens, selon la région où ils habitent, quatre types de quotidiens : 1) le quotidien national haut de gamme, représenté par le Globe and Mail de Toronto en anglais et par Le Devoir de Montréal en français; 2) les tabloïdes bas de gamme; 3) les quotidiens des petites villes comme les journaux du groupe Thomson établis avant 1980 et les plus petits journaux de Desmarais, en français et 4) les volumineux quotidiens du marché intermédiaire, qui ont le plus important tirage, qui exercent un monopole dans la plupart des grandes villes et qui font concurrence aux tabloïdes dans les autres. Les quotidiens de la chaîne de journaux Southam comme le Herald de Calgary et la Gazette de Montréal, en anglais, et Le Soleil d'UNIMÉDIA à Québec, en français, en sont des exemples typiques. Une cinquième catégorie est constituée de quotidiens de langue chinoise, le Toronto Chinese Express et le Shing Wah Daily News de Toronto ainsi que le Vancouver Chinese Voice et le Vancouver Chinese Times de Vancouver.

Une étude réalisée par Statistique Canada à la fin des années 1980 révèle que 80 p. 100 de la population adulte lit au moins 3 ou 4 numéros de quotidiens par semaine. Le pourcentage de gens qui lisent des journaux régulièrement suit de près la proportion de la population qui bénéficie de services rapides de livraison de journaux. Le nombre des lecteurs est un peu plus bas au Canada français qu'au Canada anglais.

À cette époque, le marché francophone représente 18 p. 100 du tirage national, réparti entre 11 journaux : 9 publiés au Québec, 1 à Ottawa et 1 à Moncton. Quatre-vingt-dix p. 100 du tirage des journaux francophones revient à trois chaînes : le Groupe QUEBECOR inc. de Pierre Péladeau (avec près de la moitié du tirage des chaînes), Gesca de Paul DESMARAIS (voirPOWER CORPORATION DU CANADA) et Unimédia de Jacques Francoeur.

Dans les marchés français et anglais réunis, seulement le quart des journaux et moins du quart du tirage sont aux mains d'indépendants. Plusieurs de ces derniers, comme le Toronto Star et le London Free Press, appartiennent à des consortiums de multimédias. La concentration touche les régions éloignées puisque dans toutes les provinces sauf trois (Ontario, Québec et Nouvelle-Écosse), une chaîne contrôle les deux tiers ou plus du tirage provincial. Statistique Canada donne les pourcentages du tirage national contrôlés par les quatre plus grands propriétaires canadiens : en 1950, 37,2 p. 100; en 1955, 34,3 p. 100; en 1960, 35,7 p. 100; en 1965, 43,6 p. 100; en 1970, 52,9 p. 100; en 1975, 62,7 p. 100; en 1980, 65,1 p. 100 et en 1986, 67 p. 100. Un autre facteur concourt à l'homogénéité en matière de JOURNALISME au Canada : l'agence de presse principale, la Presse canadienne, qui fournit une grande partie des nouvelles à la radio et à la télévision, est la propriété commune des propriétaires de quotidiens.

La commission Kent révèle que la stratégie d'exploitation de l'industrie des journaux favorise une diminution de la concurrence sur les marchés locaux et une concentration de la propriété. Les journaux tirent environ 80 p. 100 de leurs revenus de la vente de 50 à 60 p. 100 de leur espace à des annonceurs. Cela signifie qu'à peu près 20 p. 100 seulement de leurs revenus proviennent de la vente des journaux aux lecteurs. Dans la plupart des marchés, il est généralement plus économique pour les annonceurs de recourir à un seul journal plutôt qu'à deux ou trois. Par conséquent, la concurrence acharnée entre les journaux de même type disparaît dans beaucoup de villes. Il n'est possible d'avoir un choix de journaux analogues que là où le marché est assez gros pour être fractionné entre des clientèles distinctes.

À cause du coût élevé de lancement ou de rééquipement d'un journal et des économies réalisables par une centralisation efficace, les chaînes sont favorisées au détriment des indépendants. Quand un journal a le monopole d'un marché, ou d'un segment de marché, il est plus rentable qu'une entreprise ordinaire. Il est la source d'argent frais qui est investi dans les autres entreprises du consortium.

Le caractère local du quotidien demeure son trait distinctif. Malgré la segmentation relativement récente du marché canadien et la tendance au journalisme dit métropolitain, le journal national ou régional doit conserver une base solide là où il est publié. Selon des sondages d'opinion, même si les auditeurs préfèrent la télévision pour les nouvelles nationales de même qu'internationales et la considèrent comme le média le plus crédible, ils lisent encore leur quotidien pour connaître les événements locaux et régionaux. En moyenne, deux tiers ou plus du budget rédactionnel d'un journal sont affectés aux ressources internes, plutôt qu'aux agences d'information et de reportage externes. Les journaux cultivent les intérêts et les causes qu'ils ont en commun avec leurs lecteurs.

Dans les années 1990, grâce surtout aux efforts de la Presse canadienne, de Southam News, du Globe and Mail et du Toronto Star, on remarque dans les journaux canadiens une nette amélioration de la couverture nationale pour mieux décrire la scène fédérale et les régions par rapport aux années 1960. Après les critiques formulées dans les rapports Davey et Kent, on permet graduellement aux journalistes de mieux suivre les nouvelles internationales. En ce qui a trait à la couverture des affaires publiques, qui continue d'être la première responsabilité sociale des journaux, elle est de plus en plus calquée sur les scénarios de la télévision, le média préféré des politiciens, particulièrement au niveau national et dans les plus grandes provinces. Généralement, les études sur le contenu des journaux en viennent à la conclusion que le journal continue de jouer un rôle important en établissant les nouvelles priorités du débat public.

À mesure que le nombre de quotidiens des grandes villes diminue et que les journaux restants cessent la livraison non rentable à l'extérieur des villes, les journaux communautaires connaissent une vague de prospérité. De 1971 à 1980, la somme du tirage hebdomadaire des journaux communautaires passe de 3,8 à 8,8 millions d'exemplaires, soit d'un huitième environ à plus du quart du tirage total des quotidiens.

Au cours de cette période, on note une tendance soutenue vers la concentration des journaux communautaires dans des chaînes et vers leur acquisition par des propriétaires de quotidiens. Selon Statistique Canada, la diffusion totale des journaux communautaires se chiffre à 9,5 millions d'exemplaires en 1985. Ce nombre comprend les journaux français et anglais de même que les journaux bilingues, surtout au Québec, avec un tirage total de 2,8 millions. Les hebdomadaires ethniques ont un tirage total de 954 000 exemplaires. De nombreux journaux communautaires sont distribués gratuitement et leurs revenus proviennent exclusivement des recettes publicitaires.

Dans les années 1980, en réponse aux besoins du marché, les quotidiens des grandes villes ont tendance à passer de la publication du soir à celle du matin (ou de toute la journée) et à présenter une édition du dimanche. Les quotidiens semblent s'être taillé une place auprès des autres médias, en profitant du morcellement de l'auditoire de la radio et de la télévision dû à la multiplication des stations et des canaux.

La croissance du marché des journaux des années 1980 prend fin avec la démocratisation accélérée d'Internet au cours des années 1990. Dès lors, la presse écrite et le marché des journaux connaissent une importante baisse de leurs revenus, du nombre de lecteurs et d'annonceurs. Le nombre de faillites de quotidiens augmente sérieusement en Amérique du Nord à cause de la concurrence croissante des médias sur Internet qui attirent de plus en plus les dollars publicitaires. Bien que la profitabilité de l'industrie de la presse écrite ait toujours été cyclique, le développement fulgurant d'Internet à partir de 1990 augmente le nombre de médias au point d'attaquer l'hégémonie historique de l'industrie de la presse en tant que fournisseur de nouvelles. La télévision et Internet présentent des nouvelles en temps réel et des actualités en direct sans avoir à se soucier de l'impression et de la distribution de leur produit.

L'industrie est confrontée à des problèmes croissants de rentabilité, mais la demande pour les produits de l'information demeure forte. Bien que les entreprises journalistiques à grand tirage soient de moins en moins rentables, elles peuvent compter sur un large lectorat. Pendant que la demande pour les produits d'information explose, les portails d'actualité sur le web gagnent en popularité et même les grands journaux nord-américains y sont présents. Les consommateurs peuvent désormais lire gratuitement les nouvelles en ligne. Bien que les fournisseurs d'actualités en ligne expérimentent la formule d'utilisateur-payeur, leurs recettes proviennent en grande partie de la vente de publicité.

Il est fort probable que l'industrie de la presse écrite développe différents formats de produits d'actualité : une combinaison d'informations imprimées et en ligne ou des nouvelles offertes exclusivement en ligne. L'apparition de nouveaux produits technologiques, dont le livre électronique et les téléphones intelligents à accès internet, encouragent un nombre croissant de lecteurs à accéder aux nouvelles en ligne au détriment des journaux imprimés. Toutefois, l'article de fond et d'actualité demeure toujours la référence. Voir aussiMAGAZINES.

TIM CREERY Révision : JESSICA POTTER

Auteurs ayant contribué à cet article:

TIM CREERY, THOMAS WALKOM, JESSICA POTTER