Chaque année, le 11 novembre, l’anniversaire de l’accord d’armistice ayant mis fin à la Première Guerre mondiale en 1918, est l’occasion pour les Canadiens de se rappeler ceux et celles qui ont perdu la vie durant leur service militaire et d’honorer les anciens combattants ayant servi en temps de guerre.

Jour de Paardeberg

Avant qu’éclate la Première Guerre mondiale, le Canada rend hommage chaque année à ses soldats tombés outremer le 27 février, jour de Paardeberg, soit l’anniversaire de la bataille de Paardeberg ayant eu lieu en 1900 durant la guerre des Boers et la première victoire militaire du Canada en sol étranger.

De 1901 jusqu’au début de la Grande Guerre en 1914, donc, les Canadiens d’un océan à l’autre du pays se rassemblent dans les places publiques, où sont construits des monuments commémorant la guerre d’Afrique du Sud, pour saluer leurs soldats. Le jour de Paardeberg, toutefois, est moins l’occasion de regretter les âmes défuntes qu’une célébration de la victoire du Canada et une déclaration de la loyauté des Canadiens anglais envers l’Empire britannique.

Première Guerre mondiale

Les massacres et les horreurs de la Première Guerre mondiale, qui a fauché la vie de millions de personnes dans les champs de bataille partout en Europe — dont celle de 61 000 Canadiens —, changent du tout au tout la perception que les Canadiens se font de la guerre. Ainsi, bien que le Canada a combattu du côté victorieux, les cris de victoire sont remplacés par une commémoration solennelle ; le peuple comprend la dette immense qu’il a envers les soldats ordinaires, majoritairement de jeunes hommes, qui ont offert leur vie à leur pays.

Cette dette à perpétuité serait payée, décide le peuple, et par lui et par les générations suivantes.

Jour de l’Armistice

Le 6 novembre 1919, soit un peu moins d’un an après la fin de la Première Guerre mondiale, le roi George V lance un appel à tout l’Empire britannique, en vertu duquel l’Armistice qui a mis fin aux échanges de tirs serait souligné par l’arrêt de toute activité et par l’observation de deux minutes de silence le 11 novembre à 11 h sonnantes — le moment exact de la ratification de l’accord.

Plutôt cette année‑là, toutefois, le député du Parlement Isaac Pedlow présente une motion à la Chambre des communes pour instituer un « jour de l’Armistice » officiel, non pas le 11 novembre, mais le deuxième lundi de novembre.

En mai 1921, une loi du Parlement canadien décrète que le jour de l’Armistice aura lieu chaque année le lundi de la semaine du 11 novembre. Étrangement, les célébrations de l’Action de grâce, une journée caractérisée par du sport, des loisirs et un repas de dinde, finissent par empiéter sur le jour de l’Armistice. Cette situation, évidemment, provoque la confusion auprès du public et la colère des vétérans de la Première Guerre mondiale. Dès le 18 mars 1931, le tir est rectifié par le député Alan Webster Neil, qui propose une motion pour que le jour de l’Armistice ait toujours lieu le 11 novembre.

Un autre député, C. W. Dickie, suggère que l’on change le nom de la célébration pour « jour du Souvenir » afin de mettre l’accent véritablement sur les soldats qui sont morts au combat. Le Parlement adopte les deux résolutions dans la Loi modifiant la Loi du jour de l’Armistice et, dès le 11 novembre 1931, le Canada célèbre son premier jour du Souvenir. Les Lois instituant les jours de fête légale de 1970 et de 1985 reconnaissent également le 11 novembre comme une fête nationale.

En France et en Belgique, le 11 novembre est demeuré le jour de l’Armistice, tandis qu’en Angleterre le dimanche du Souvenir a lieu annuellement le deuxième dimanche du mois de novembre. Aux États‑Unis, on célèbre les anciens combattants à l’occasion du Veterans Day, aussi tenu le 11 novembre.

Autres guerres

Au Canada, le jour du Souvenir, modulable mais durable, est devenu l’occasion de souligner le sacrifice des soldats de plusieurs conflits historiques, notamment de la Deuxième Guerre mondiale, de la guerre de Corée et en Afghanistan, ainsi que durant les missions de maintien de la paix et autres engagements militaires internationaux du Canada. En tout, plus de 1,6 million de Canadiens ont servi dans les Forces armées canadiennes, et plus de 118 000 sont morts dans des conflits à l’étranger.

Coquelicot rouge

Le symbole du jour du Souvenir est le coquelicot rouge, qui pousse dans les champs de bataille de la Première Guerre mondiale en Flandre, en Belgique, et au nord de la France. En fait, le coquelicot est un symbole de mort et de renaissance bien avant la Guerre. Les graines de cette fleur peuvent rester en dormance dans la terre pendant des années, mais elles fleuriront en abondance lorsque le sol est ameubli. À force d’être piétinés et dérangés par l’artillerie qui investit le territoire à la fin de 1914, les champs de la Flandre et du nord de la France se garnissent d’un nombre incalculable de ces petites fleurs rouges.

La première personne à utiliser le coquelicot comme symbole du Souvenir est Moina Michael, une membre d’American Overseas YMCA, qui est inspirée par le poème de John McCrae intitulé « Au champ d’honneur ».

John McCrae compose son fameux poème de guerre en 1915 à un poste de secours canadien au nord d’Ypres, en Belgique, s’inspirant de sa vue du champ de bataille parsemé de coquelicots :

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Madame Anne Guérin, de France, est également inspirée par le poème de John McCrae et devient une militante engagée pour faire du coquelicot le symbole du souvenir des vétérans. En 1921, elle se rend même en Angleterre et au Canada pour convaincre la Légion britannique et la Great War Veterans Association of Canada (précurseure de la Légion royale canadienne) de suivre son exemple.

Les deux pays revêtent le coquelicot pour la première fois le 11 novembre 1921. La première année, le Canada achète les coquelicots que l’organisation d’Anne Guérin, fabriqués en France. Dès 1922, toutefois, le coquelicot de revers est fabriqué au Canada et distribué par les vétérans. La Légion royale canadienne, formée en 1925, s’occupe de la collecte de fonds associée au coquelicot depuis sa création. De nos jours, ce sont des millions de Canadiens qui portent la fleur écarlate en célébration du jour du Souvenir, le 11 novembre.

Autres symboles

Les cérémonies publiques et les messes du jour du Souvenir comprennent souvent l’écoute de la pièce The Last Post, la lecture de la quatrième strophe du poème Ode of Remembrance ainsi qu’une période de silence de deux minutes observée à 11 h. Des couronnes sont également posées sur les monuments commémoratifs et aux assemblées tenues dans les écoles.

Les Livres du Souvenir, qui sont gardés dans la Chapelle du Souvenir de la Tour de la Paix sur la Colline du Parlement à Ottawa, conservent également une trace des guerres auxquelles le Canada a participé. En effet, les sept ouvrages contiennent les noms de plus de 118 000 soldats canadiens morts durant leur service militaire ou dans la marine marchande. Chaque ouvrage traite d’un conflit étranger, de la guerre de l’Afrique du Sud et l’Expédition du Nil aux conflits du XXIe siècle, en passant par les guerres mondiales et la guerre de Corée. Un autre Livre du Souvenir est également gardé à Terre‑Neuve et inclut les noms des Terre‑Neuviens tombés durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, lorsque la province ne faisait pas encore partie du Canada. Un huitième livre est actuellement développé pour inclure les Canadiens morts lors de la guerre de 1812, avant que le Canada soit une nation indépendante.

Les monuments commémorant les vies canadiennes perdues lors des conflits outremer occupent une place importante dans les villages et villes partout au Canada. Érigés pour la plupart dans les années 1920 et 1930 à la suite de la Première Guerre mondiale (les noms des autres guerres ont souvent été ajoutés sur les mêmes monuments), ces monuments représentent l’engagement des communautés, grandes ou petites, à ne jamais oublier le sacrifice des soldats canadiens.

Chaque année, la Légion royale canadienne choisit la mère d’un soldat des forces armées tombé au combat pour représenter toutes les mères qui ont perdu un enfant à la guerre. Cette mère « nationale », décorée de la Croix d’argent, est ensuite invitée à la cérémonie du Souvenir à Ottawa.

Monument commémoratif de guerre du Canada

Le monument de guerre le plus important du Canada est situé à Ottawa, où, chaque année, une célébration télévisée a lieu en compagnie du gouverneur général, du premier ministre, de plusieurs cadres supérieurs de la Légion et d’une parade d’anciens combattants.

La tombe du Soldat inconnu est placée au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa. Elle contient les restes d’un soldat canadien non identifié tué lors de la Première Guerre mondiale qu’on a rapatrié d’un cimetière près de la crête de Vimy, en France. La tombe représente tous les Canadiens morts à l’étranger et enterrés dans des tombes sans nom.

Le jour du Souvenir est un jour férié fédéral, c’est‑à‑dire un jour de repos payé pour tous les employés fédéraux. Certaines provinces et certains territoires observent aussi ce jour de repos.