Enfance et famille

James Campbell Clouston — surnommé Campbell — est le fils aîné de William Stewart Clouston et d’Evelyn Campbell, membres d’une famille montréalaise influente dans les secteurs commercial et financier, ainsi que dans le milieu du sport amateur. À la fin du 18e siècle, l’arrière-grand-père de James, qui travaille comme agent à la Compagnie de la Baie d’Hudson, arrive au Canada depuis Orkney, en Écosse. Son grand-père, James Stewart Clouston, est facteur principal du poste de Lachine, tandis que son père et son oncle, sir Edward Seaborne Clouston, travaillent tous deux à la Banque de Montréal. D’ailleurs, sir Edward participe à ce que l’on considère comme la première partie organisée de hockey intérieur à la patinoire Victoria, à Montréal, le 3 mars 1875. La sœur de James Campbell Clouston, Edith Campbell, est matrone (infirmière en chef) au sein du Service de santé de l’Armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale, ce qui lui vaut la Médaille militaire et la Croix-Rouge royale, entre autres récompenses.

James Campbell Clouston grandit à Pointe-Claire, où on croit qu’il fréquente la Selwyn House School peu de temps après sa fondation en 1908. Après avoir obtenu son diplôme du Lower Canada College, il passe l’année 1917-1918 à étudier l’ingénierie à l’Université McGill. Il quitte ensuite le Canada pour rejoindre la Marine royale.

Il n’est pas le seul membre de sa famille à prendre la mer. En effet, un de ses frères, William Stratford Clouston, s’enrôle dans la Marine royale en 1926 et commande quelques contre-torpilleurs au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Son plus jeune frère, John Douglas Clouston, rejoint la Réserve de la Marine royale du Canada en 1940, mais meurt au combat deux ans plus tard.

Carrière au sein de la Marine royale

En 1918, James Campbell Clouston est admis dans la Marine royale à titre de cadet. Il devient aspirant de marine en 1920, puis, dans les années qui suivent, gravit les échelons de sous-lieutenant (1921), de lieutenant (1922), de lieutenant commandant (1930) et de commandant (1934). Il défend une foule de mandats partout sur la planète, notamment dans la mer Méditerranée, en Amérique du Nord et dans les Antilles et dans l’océan Atlantique. Il sert également à l’école de mitrailleurs de la Marine royale, à bord du HMS Excellent à Portsmouth.

Des officiers haut placés décrivent James Campbell Clouston comme un homme « passionné et fervent » ayant une « personnalité agréable », bien qu’il soit parfois, selon l’un d’eux, « un peu dur avec [les] soldats ». James Campbell Clouston est également un athlète accompli : il pratique en effet « la plupart des sports avec talent », selon les notes du capitaine McKinnon. L’historien Walter Lord offre une description semblable dans Le miracle de Dunkerque : « Clouston était l’archétype du Canadien — imposant, robuste, athlétique, amusant. Il était un bon joueur de hockey sur glace et, à Portsmouth, il enrôlait souvent le personnel dans son équipe. »

En 1935, James Campbell Clouston épouse Gwyneth Lilian Vanderpump, une jeune femme originaire du Berkshire. En 1937, il devient commandant du contre-torpilleur HMS Isis. Le navire est toutefois endommagé lors d’une campagne en Norvège et envoyé en réparation, et James Campbell Clouston est envoyé d’abord à Douvres, puis au port français de Dunkerque (Dunkirk en anglais).

Officier de port à Dunkerque

À partir du 10 mai 1940, les forces militaires allemandes commencent leur invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du nord de la France. Le 14 mai, l’armée hollandaise capitule, tandis que la résistance belge s’effondre le 27 mai. À ce moment-là, les divisions belges, françaises et britanniques sont repoussées vers la côte, pourchassées par les armées allemandes. Afin de contrer la chute potentielle du Corps expéditionnaire britannique et de milliers d’alliés français et belges, le gouvernement britannique lance l’opération Dynamo, une gigantesque mission de sauvetage à Dunkerque. Du 26 mai au 4 juin, près de 198 000 troupes britanniques et environ 140 000 soldats français et belges sont évacués. En plus des navires de guerre, environ 700 embarcations appartenant à des civils (dont des yachts et des bateaux de pêche) sont utilisées pour transporter les militaires de part et d’autre de la Manche, le tout sous les tirs des aéronefs ennemis.

Le saviez-vous ?
Il n’y a pas que des humains à bord des navires de sauvetage à Dunkerque. En effet, on évalue qu’au moins 170 chiens sont également évacués.

C’est l’amiral Bertram Ramsay, basé à Douvres, en Angleterre, qui dirige les activités de l’opération Dynamo. À Dunkerque, le capitaine William Tennant, de la Marine royale, s’occupe des évacuations. William Tennant est nommé officier supérieur de la marine à Dunkerque le 26 mai; il quitte Douvres le lendemain avec une équipe de 12 officiers et de 160 marins, dont James Campbell Clouston. Les hommes naviguent à bord du contre-torpilleur Wolfhound, qui est éventuellement coulé par les Stukas allemands pendant sa traversée de la Manche. À bord, William Tennant distribue les mandats; il donne à James Campbell Clouston la responsabilité de maintenir la communication avec la flotte d’évacuation et d’organiser le chargement et le départ des bateaux. Lorsqu’ils arrivent à destination, à 19 h, Dunkerque est un véritable brasier, allumé par les aéronefs ennemis.

Comme les bombardiers allemands ont détruit la majorité du port, les Britanniques n’ont d’autre choix que de trouver une autre voie pour embarquer leurs milliers de troupes. Les navires sont forcés d’attendre au large, tandis que de petits bateaux vont et viennent de la plage. Le processus est long et fastidieux. Le soir venu, ils changent de tactique : ils pensent pouvoir utiliser le brise-lames du port, qui s’étend sur 1,6 km, comme quai de fortune. Après avoir réussi à faire monter des centaines d’hommes sur le St. Seiriol et le Queen of the Channel, le brise-lames devient la zone d’embarquement principale. Des troupes continuent également d’être évacuées par la plage.

Il faut un sens de l’organisation à toute épreuve et beaucoup de sang-froid pour coordonner les allées et venues des milliers de soldats et des centaines de navires. À titre d’officier de port, James Campbell Clouston doit composer avec des troupes désorganisées, découragées et parfois confuses qui, sous les tirs ennemis, doivent monter depuis le brise-lames à bord de navires qui se succèdent sans cesse. Du 27 mai au 2 juin, il supervise l’évacuation de près de 200 000 hommes à Dunkerque, un nombre quatre fois plus élevé que ce qui était prévu.

Décès

Le matin du 2 juin 1940, après avoir guidé sans repos les troupes pendant six jours et six nuits, James Campbell Clouston quitte Dunkerque pour assister à une conférence à Douvres en compagnie de l’amiral Ramsay, commandant de l’opération Dynamo. Sur le chemin du retour ce soir-là, son bateau, le RAF Seaplane Tender no 243, est attaqué par un aéronef allemand près de Gravelines, non loin de Dunkerque. Le RAF Seaplane Tender no 276 à proximité tente d’aider les survivants qui sont à l’eau, mais James Campbell Clouston leur ordonne de poursuivre leur chemin vers Dunkerque et d’éviter les continuels tirs ennemis. Seuls deux soldats du no 243 survivent. Les autres, y compris James Campbell Clouston, meurent noyés.

Selon des documents détenus par la Commonwealth War Graves Commission, le corps de James Campbell Clouston est retrouvé le 3 juin et enterré à Cuxhaven, en Allemagne. Les circonstances entourant la découverte du corps et son enterrement demeurent mystérieuses. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en décembre 1946, on exhume James Campbell Clouston pour l’enterrer au cimetière de guerre Becklingen à Niedersachsen, en Allemagne.

À sa mort, James Campbell Clouston laisse dans le deuil son jeune fils, Dane, ainsi que sa femme Gwyneth, alors enceinte de leur deuxième fils Moray. En juillet 1940, on nomme James Campbell Clouston dans les dépêches à titre posthume, en reconnaissance de son service et de sa bravoure.

Reconnaissance et commémoration

Lorsqu’arrive le 4 juin, dernier jour de l’opération Dynamo, près de 240 000 soldats ont été évacués du port. Avec les sauvetages depuis la plage, ce sont environ 340 000 vies britanniques, françaises et belges qui ont été protégées. C’est d’ailleurs le succès de l’opération qui permet au Royaume-Uni de poursuivre son combat contre les forces hitlériennes.

Dans les ouvrages Dunkirk (1945) et The Nine Days of Dunkirk (1959), l’auteur David Divine — qui a pris part à l’opération Dynamo – parle de la mort de James Campbell Clouston comme « l’une des grandes tragédies de Dunkerque » :

Le commandant Clouston a été responsable du trafic sur le brise-lames dès les débuts de l’opération. Sous son autorité, 200 000 hommes ont marché le long des planches étroites pour se rendre en sécurité. Il est impossible de surestimer l’importance de son travail. Il a agi dans des conditions qui auraient découragé la personne la plus déterminée. La noirceur, le vent, la mer, les tirs ennemis et les bombardements incessants sont autant d’éléments qui ont compliqué l’embarquement des troupes sur le brise-lames. Les planches le long de ce dernier sont d’ailleurs trouées par les balles, tandis que les quais de charge sont bloqués par les navires échoués. Le flot des troupes est irrégulier, et la difficulté de composer avec des hommes peu habitués aux mouvements de la mer et las par l’épuisement de la défaite est indescriptible. Malgré tout, le commandant Clouston a su maintenir les plus hautes traditions de la Marine royale. Son service au sein du Corps expéditionnaire britannique et pour son pays est incommensurable.

James Campbell Clouston est également louangé dans The Nine Days Wonder (1941), de John Masefield : « Le commandant Clouston a joué un rôle de la plus haute importance dans le sauvetage de près de deux cent mille hommes sous des conditions épuisantes et dangereuses. Nombreux sont ceux qui déplorent le fait qu’il n’ait pas pu mener sa mission jusqu’à la fin. » De façon semblable, Walter Lord crédite à James Campbell Clouston et à son sens de l’organisation le fait que l’évacuation a sauvé « beaucoup plus d’hommes […] du brise-lames que quiconque aurait pu espérer ». We Shall Fight on the Beaches!,un documentaire de la CBC produit en 1990, inclut un long segment sur James Campbell Clouston, y compris des entrevues avec sa famille et des anciens combattants qui se rappellent son mandat d’officier de port.

L’intérêt pour James Campbell Clouston connaît un renouveau en 2017 avec la sortie du film Dunkirk, réalisé par Christopher Nolan et mettant en vedette Kenneth Branagh dans le rôle d’un officier de port nommé commandant Bolton. Les membres de la famille Clouston sont déçus d’apprendre que leur ancêtre est remplacé par un personnage fictif et que son travail n’est pas crédité dans le film. Les artisans du film maintiennent toutefois que le commandant Bolton est un amalgame de plusieurs personnages réels, et que tous les personnages du film sont fictifs. Même si James Campbell Clouston n’est pas mentionné dans le film, Dunkirk ravive un intérêt pour l’histoire de l’évacuation au Canada et à l’international, ce qui mène à l’érection d’une plaque commémorative sur les rives du lac Saint-Louis à Lachine, Montréal, en septembre 2017.

Remerciements

Nous remercions Jeffrey Street pour ses conseils et son soutien.