Les inondations résultent généralement de variations naturelles du niveau des rivières, des lacs et des océans. La région de la rivière Rouge, au Manitoba, est l’une des plus grandes zones inondables du pays. Toutefois, on enregistre d’importantes inondations dans les Prairies et au Québec.

Causes

La principale cause d’inondations fluviales est le débit excessif d’un cours d’eau à la suite de fortes pluies. Cependant, les travaux d’urbanisation (p. ex., transformation de terrains à découvert en surfaces résistantes à l’absorption d’eau, comme les routes et les bâtiments) et l’élimination ou la modification du couvert végétal (l’eau s’écoule plus vite des terres en cultures que des terres forestières) augmentent aussi le débit de l’écoulement. La fonte des neiges au début du printemps contribue aussi à augmenter le débit des cours d’eau et, dans presque tout le Canada, c’est en cette saison qu’on connaît le plus d’inondations.

Les inondations peuvent aussi être causées par des embâcles lorsque les cours d’eau sont bloqués en amont par l’accumulation de glaces, souvent à l’étranglement d’une rivière, par exemple près d’un pont ou d’un chenal étroit. Durant l’été, les orages peuvent aussi causer des inondations, notamment dans les petits bassins hydrographiques.

Dans les cas d’inondations provoquées par la fonte des neiges et l’écoulement printanier, la rivière monte généralement lentement, ce qui donne suffisamment de temps pour aménager une protection temporaire ou évacuer les lieux. Au contraire, dans les cas d’inondations dues à des orages, le niveau d’eau peut augmenter assez vite, et celui-ci monte encore plus rapidement lorsqu’un embâcle se brise.

Des problèmes de haut niveau d’eau surviennent aussi sur les lacs, mais la hausse et la baisse du niveau y sont généralement beaucoup plus lentes que sur les rivières. Des dommages aux installations et aux chalets lacustres sont fréquents sur le bord des Grands Lacs et d’autres lacs (p. ex., le lac Winnipeg).

Les inondations côtières sont parfois provoquées lorsqu’une tempête vient gonfler les hautes eaux saisonnières, ou lorsqu’un tsunami, provoqué par des tremblements de terre, se dirige vers la côte. Elles se produisent occasionnellement sur la côte ouest. Les inondations côtières produites par des ouragans frappent parfois la côte de l’Atlantique.

Zones inondables

La rivière Rouge, au Manitoba, est l’une des régions les plus inondables au Canada. Les eaux de fonte montent des États-Unis vers le nord, à travers une plaine large et plate (le lit du lac Agassiz, un ancien lac glaciaire), et sur leur chemin, de fortes inondations bouleversent parfois considérablement plusieurs petites communautés et même Winnipeg. La zone enregistre de grandes inondations en 1776 et en 1826, et d’autres importantes en 1950, en 1966 et en 1979.

Inondations historiques

Des inondations catastrophiques se produisent chaque année au Canada. Mesurées par le nombre de personnes touchées et par l’ampleur des dommages causés, les pires inondations de l’histoire du pays sont décrites ci-dessous.

Manitoba

La rivière Rouge dans le sud du Manitoba déborde fréquemment. Bien qu’on enregistre d’importantes inondations en 1826, en 1852 et en 1861, de pires surviennent au XXe siècle, soit en 1950, en 1979 et en 1997.

En mai 1950, une inondation touche plusieurs villes et villages de la vallée de la rivière Rouge et un sixième de Winnipeg; plus de 100 000 personnes sont évacuées. On construit de larges canaux de dérivation pour détourner la crue printanière de la capitale. Cependant, les zones rurales demeurent vulnérables aux eaux.

Environ 30 ans plus tard, les canaux construits sont mis à l’épreuve en avril et mai 1979 lorsque la rivière Rouge inonde la vallée à quelques centimètres près des niveaux atteints en 1950. Cette fois, Winnipeg n’est presque pas touchée par le phénomène. Par contre, 7 000 personnes sont évacuées des communautés de la vallée.

L’inondation qui survient de la mi-avril au début de mai 1997 se mérite le nom d’« inondation du siècle » en termes de volume d’eau déversé par la rivière Rouge. Il s’agit alors de la plus grande inondation depuis 1826, il y a près de deux siècles. L’inondation se produit sur plus de 1 800 km2 engendrant l’évacuation de 33 000 Manitobains. Quelque 8 600 troupes se mobilisent pour aider les autorités locales.

Prairies

Au printemps 2005, des averses amènent de nombreuses rivières du sud de l’Alberta à sortir de leur lit, dont les rivières High, Bow, Elbow, Oldman et Red Deer. Plus de 7 000 personnes sont évacuées. Avec des dommages évalués à 400 millions de dollars, il s’agit de la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l’histoire de la province.

En 2010, la même zone albertaine et des régions au sud de la Saskatchewan et du Manitoba enregistrent des précipitations printanières et estivales inouïes. Par exemple, Saskatoon reçoit 645 mm de pluies d’avril à septembre, fracassant son record de 1923, soit 420 mm. Entre l’Alberta et la Saskatchewan, au cours des deux saisons, on évacue un peu plus de 2 000 personnes selon Sécurité publique Canada. Les pluies abondantes nuisent énormément à l’agriculture dans les Prairies; Statistique Canada rapporte 15 % moins de blé qu’en 2009.

Au printemps 2013, des inondations se produisent dans le sud de l’Alberta, dont Calgary. On évacue 100 000 personnes de la zone touchée par le débordement de la rivière Bow provoqué par des précipitations et un écoulement printaniers anormalement abondants. De plus, quatre personnes meurent noyées. À Calgary, 3 000 bâtiments sont inondés et leur infrastructure, détruite. Avec des dommages qui s’élèvent à six milliards de dollars, la catastrophe s’inscrit comme la plus coûteuse du Canada.

Québec

Au printemps 1974, plus de 300 municipalités sont touchées par une inondation panprovinciale causée par le débordement des rivières Gatineau, des Outaouais, Richelieu, Châteauguay, Saint‑Maurice et Chaudière, et du fleuve Saint‑Laurent. On évacue alors plus de 7 000 personnes, dont 3 000 de Maniwaki.

La région du Saguenay, au Québec, subit d’importantes inondations les 20 et 21 juillet 1996. Une forte tempête estivale, jumelée à l’incapacité de certains barrages à contenir le trop-plein d’eau, provoque des inondations partout dans la région. Les dommages sont majeurs; un grand nombre de maisons et de développements se trouvent dans la zone touchée par les inondations, zone prétendument à l’abri de tels sinistres. Quelque 16 000 personnes sont évacuées temporairement, alors que 10 personnes perdent la vie lors de cette catastrophe.

Colombie‑Britannique

Un important risque d’inondation menace aussi la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique. Au printemps 1948, 16 000 personnes doivent évacuer leur maison, et les dommages enregistrés sont très grands. À la suite de cet événement, la région de Richmond se développe et sa population augmente. Bien que des digues soient érigées, il serait imprudent de négliger le risque qu’elles soient un jour submergées.

Ontario

En 1954, à la suite de fortes pluies associées au passage de l’ouragan Hazel, les rivières Don et Humber de Toronto sortent de leur lit et causent la mort de 81 personnes et lourds dommages. Depuis ce temps, la plupart des propriétés exposées aux dommages ont été déplacées loin des zones inondables, et une réglementation sur l’aménagement du secteur est en place.

Autres régions

Des inondations désastreuses surviennent également à Red Deer, en Alberta (rivière Red Deer); à Swift Current et à Moose Jaw, en Saskatchewan (ruisseau Swift Current et rivière Moose Jaw); à Fredericton, au Nouveau-Brunswick (fleuve Saint-Jean); le long des rivières Châteauguay, Richelieu, Yamaska, Saint‑François et Chaudière, au Québec; ainsi qu’à de nombreux autres endroits au Canada.

Protection contre les inondations

Traditionnellement, on tente de prévenir les inondations en construisant des barrages, des digues et des canaux de dérivation. S’il n’existe aucune statistique précise et complète sur les dommages causés par les inondations au pays, il semble évident que ces ouvrages de génie civil n’empêchent pas leur augmentation partout au pays. Dans plusieurs régions, en ville et en périphérie des villes, on construit des établissements résidentiels, industriels et commerciaux dans les zones inondables, derrière les digues ou en aval des réservoirs artificiels de retenue. Aujourd’hui, lorsque surviennent des inondations extrêmes, à faible probabilité, elles peuvent déborder des ouvrages de protection et produire plus de dommages qu’auparavant, puisqu’il se trouve un plus grand nombre de propriétés sur le passage des eaux.

Pour renverser cette tendance, le gouvernement fédéral a invité les provinces à collaborer à un programme conjoint qui aborde de manière plus globale la question des dommages dus aux inondations. En 1975, on annonce un programme qui vise la réduction des dommages. Son principal élément est la préparation de cartes qui indiquent les régions les plus sujettes aux inondations. Ces cartes, associées à l’élaboration de règlements provinciaux et municipaux sur l’utilisation des zones inondables, visent à dissuader la population de poursuivre tout autre aménagement dans ces secteurs. Quelque 300 localités partout au Canada sont inscrites sur les cartes. Ces dernières sont distribuées aux individus qui s’occupent de la gestion des zones inondables, aux urbanistes, aux responsables de l’aménagement urbain et à la population.

C’est à partir de ces cartes que les provinces et les municipalités établissent leurs politiques, leurs règlements et arrêtés, ainsi que leurs campagnes d’information. Le programme dissuade les gens (mais l’objectif n’est pas entièrement atteint) de construire de nouvelles habitations et entreprises dans les zones inondables et préconise plutôt l’utilisation de ces terres pour en faire des parcs et autres espaces verts, des installations récréatives et un habitat pour les animaux sauvages. Le programme réussi à attirer l’attention des gouvernements provinciaux et municipaux sur la nécessité d’une approche globale pour réduire les dommages dus aux inondations qui mise sur des actions préventives comme le suivi des prévisions météorologiques, la détection des signes avant-coureurs, la mise en place de mesures d’urgence et de maîtrise, et l’élaboration de directives pour l’aménagement du terrain.

En 1996-1997, le programme administré par le fédéral est éliminé progressivement durant une période de restrictions financières, mais le concept d’adapter l’emplacement, le mode et le type d’établissements humains aux dangers des inondations supplante celui de tenter de contenir ces dernières.

Les inondations sont des phénomènes naturels qui continueront de se produire. Cependant, il est possible que ces sinistres (et d’autres inondations majeures aux États-Unis) soient liés aux changements climatiques et qu’à l’avenir, le Canada et d’autres pays connaîtront des inondations encore plus dévastatrices et plus fréquentes.

Voir aussi Réchauffement planétaire.