Les Innus (parfois appelés les « Montagnais » ou les « Naskapis »), un peuple autochtone, vivent dans les régions subarctiques et boréales du Québec et de Labrador. Membres de la famille algonquine, ils sont généalogiquement liés aux Cris du Nord du Québec. Les Innus occupent un vaste territoire boréal de la péninsule du Labrador, appelé « Nitassinan ». Pour eux, qui étaient jadis des chasseurs nomades, l’expansion de la traite des fourrures et son déclin ont profondément bouleversé leur mode de vie. Vers le milieu du XXe siècle, le gouvernement fédéral impose aux communautés de s’installer dans des réserves sédentaires. En 2014, la population innue recensée se compose de plus de 22 000 personnes, dont près de 90 % vivent au Québec.

Communautés

Innu, un mot qui signifie « être humain » en innu-aimun, est le démonyme employé pour désigner tous les Innus. Certains groupes ont toutefois conservés l’un des deux noms ancestraux, parfois uniquement dans un contexte légal. « Montagnais » (littéralement « peuple des montagnes ») s’applique habituellement aux groupes vivant dans les régions plus boisées du sud, tandis que le terme « Naskapi » désigne les communautés installées très au nord, sur les terres arides de la région subarctique.

Les Innus forment un peuple distinct, mais sont apparentés de près aux Cris de l’Est, qui occupent la partie occidentale de la péninsule de Labrador. Bien que les Innus soient à l’origine un peuple nomade, les communautés contemporaines sont majoritairement sédentaires; c’est là le résultat des politiques du gouvernement visant à intégrer les Autochtones à l’activité économique du pays au moyen de transferts forcés. Les différents groupes sont dispersés sur un très vaste territoire; plusieurs communautés sont donc très éloignées, tout en demeurant relativement accessibles. Par exemple, les réserves d’Uashat et Mani-utenam sont situées dans la région québécoise de Sept-Îles et juste en dehors, sur la rive nord du Saint-Laurent. D’autres sont encore bien plus éloignées, telles que les communautés de Matimekush-Lac-John et Kawawachikamach, près de Schefferville, au Québec, au nord de Labrador.

On trouve au Québec les communautés de Pessamit, Kawawachikamach, Unamen Shipu, Essipit, Uashat mak Mani-utenam (nom qui désigne les deux communautés de Sept-Îles réunies), Mashteuiatsh, Ekuanitshit, Natashquan, Pakua Shipi et Matimekush-Lac-John (Schefferville). Les deux plus importantes communautés de Labrador sont les Mushuau Innu de Natuashish et les Sheshatshiu Innu de Tshishe-Shastshit. Deux conseils tribaux représentent les groupes innus du Québec : le Conseil Tribal Mamuitun (constitué en personne morale en 1991) représente Mashteuiatsh, Essipit, Pessamit, Uashat, Mani-utenam et Matimekush, et le Conseil tribal Mamit Innuat (fondé en 1982, constitué en personne morale en 1988) est porte-parole d’Ekuanitshit, Natashquan, Pakua Shipi et Unamen Shipu. La Innu Nation représente les deux communautés de Labrador. Les Naskapis de Kawawachikamach bénéficient de l’autonomie gouvernementale, selon les termes de la Convention du Nord-Est québécois de 1978.

Langue

La langue innue, l’innu-aimun, fait partie de la famille linguistique algonquine. L’innu-aimun est surtout parlé chez ceux que l’on nomme traditionnellement les « Montagnais », et le lyuw lyimuun est le dialecte des Naskapis. Cette langue est très utilisée parmi les différentes communautés et soutenue par des projets tels que le projet de langue innue, qui diffuse la langue et la culture innues au moyen de ressources d’apprentissage. En 2011, l’Enquête nationale auprès des ménages révèle que l’innu-aimun est encore parlé par plus de 11 000 locuteurs, tandis que le lyuw lyimuun en a près de 700. Les deux langues se ressemblent, mais il existe entre des variantes dialectales et orthographiques. Par exemple, certaines communautés emploient l’écriture syllabique et d’autres, l’alphabet latin. Les communautés innues d’aujourd’hui maîtrisent également, pour la plupart, le français ou l’anglais.

Mode de vie traditionnel

Traditionnellement, les Innus s’adonnent à la chasse et la pêche sur le vaste territoire boréal de Nitassian, sur la péninsule de Labrador. Les Innus chassent le gibier, par exemple le caribou, dans les zones de l’est et du nord, l’orignal dans l’ouest, ainsi que le castor, l’ours, les poissons lacustres et le saumon. Ils se déplacent sensiblement de la même manière que leurs parents algonquins, soit en canot pendant l’été, et à l’aide de raquettes ou de toboggans pendant l’hiver. De plus, ils vivent dans des wigwams, faits d’écorce de bouleau au sud, ou de peau de caribou au nord.

Les techniques de chasse traditionnelles permettent d’utiliser toutes les parties d’un caribou; des artisans décorent les peaux avec des motifs peints ou des dessins de plumes pour en faire des vêtements de toutes sortes ou des tambours pour les célébrations et la musique sacrée. Les fentes et les fissures qui apparaissent sur une omoplate de caribou brûlée auraient le pouvoir de révéler l’emplacement du gibier. Les esprits animaliers occupent d’ailleurs un rôle central dans la chasse. La capacité d’offrir de la viande en offrande à d’autres peuples permet à un groupe d’établir son statut. Après la chasse, on tient un festin cérémonial (un makushan) composé de graisse et de moelle de caribou. Le festin est accompagné de tambours et de chants destinés aux esprits animaliers. D’importantes parts de la religion ancestrale ont par ailleurs été conservées par des légendes ou des chansons.

En plus de chasser le gibier, les Innus pêchent anguilles et poissons, font la chasse aux phoques, et récoltent des racines, des baies et de l’eau d’érable. Avant le tout premier arrivage européen, un réseau de commerce entre les Innus et les autres peuples autochtones, comme les Wendat, est établi. Les groupes sociaux varient selon les saisons. Plusieurs familles s’unissent pendant l’hiver pour former des campements de chasse, et des groupes plus importants se forment pendant l’été, favorisant les échanges sociaux et permettant des festivités.

La religion est vécue et encourage le respect des animaux. Les caribous, qui fournissent tout ce dont on a besoin, sont des animaux vénérés. Les chamans pratiquent le rite de la tente tremblante, et les chasseurs apaisent les esprits animaliers en plaçant des offrandes faites d’os et de crânes dans des arbres ou sur des plateformes surélevées.

Contact

L’arrivée des commerçants, des soldats et des missionnaires européens bouleverse en profondeur le mode de vie des Innus. Très tôt, des textes chrétiens sont traduits en innu-aimun, et les missionnaires s’impliquent activement dans la vie culturelle et spirituelle des Innus. Au XVIIIe siècle, les missionnaires, de concert avec d’autres membres de la communauté, mettent au point une orthographe standardisée pour l’innu-aimun, qu’ils ajoutent à leurs efforts pour convertir la population à la chrétienté. Plusieurs communautés innues d’aujourd’hui retiennent encore ces affiliations religieuses.

Bien qu’ils aient combattu pendant un temps les Inuits, les Haudenosaunee, les Mi’kmaq et les Abénaquis, le peuple innu n’est pas porté à faire la guerre; leurs réactions hostiles sont au moins en partie un effet du contact européen. Dans la région de Tadoussac, les Innus sont des alliés militaires des Français dans leur guerre contre les Britanniques et leurs alliés autochtones (voir Guerres iroquoises). Samuel de Champlain a conclu une alliance avec un groupe de Montagnais en 1603, jetant les bases des relations futures entre Français et Autochtones.

Pendant deux siècles, la traite des fourrures a été au centre des relations entre les Innus et les Européens. La traite pratiquée dans les postes du golfe du Saint-Laurent a été le monopole d’abord de la France, puis de la Grande-Bretagne, avant de passer entre les mains de commerçants privés. Vers le milieu du XIXe siècle, la plupart des régions subissent les effets d’une chasse excessive, et les Innus du Sud ont besoin du support des missionnaires et du gouvernement pour assurer leur subsistance. Bientôt, l’industrie forestière ajoute à leurs problèmes; ils sont chassés des rivières à saumons, que louent désormais des clubs ou des particuliers.

Avant le XIXe siècle, la plupart des contrats entre les Innus du Nord et les Européens sont indirects, et se font généralement par le commerce avec les Cris voisins ou les Innus du Sud en tant qu’intermédiaires. La vie dépendait des mouvements migratoires des caribous de la toundra. Dès 1830, toutefois, la Compagnie de la Baie d’Hudson installe des postes dans cette région nordique, approvisionnée d’abord par Fort Chimo, puis par North West River, à Labrador. La traite des fourrures a des conséquences désastreuses chez les Innus; en effet, le nouveau mode de vie de trappeur ne permet pas la flexibilité nécessaire pour suivre les hordes nomades de caribous.

Comme c’est le cas de nombreux peuples autochtones lors de leurs premiers contacts avec les Européens, la population innue est dévastée par la petite vérole, la grippe espagnole, la tuberculose, la syphilis, la scarlatine, la coqueluche, la rougeole et d’autres maladies. De plus, un grand nombre d’individus meurt de faim; abandonner les modes d’alimentation traditionnels signifie aussi dépendre d’une économie basée sur les salaires et de l’intervention gouvernementale. Pour plusieurs d’entre eux, c’est l’équivalent d’un transfert forcé, vers des réserves où les problèmes sociaux ne font que s’envenimer.

Bien que les Innus aient été « placés » dans des réserves, ils ne sont inclus dans aucun traité de négociations, et leurs droits autochtones sur leurs terres ne leur sont pas reconnus.

Vie contemporaine

Même si de nombreuses circonstances ont pressé les Innus de renoncer à leur mode de vie nomade, la chasse et la pêche demeurent des activités importantes au sein de la communauté. En réponse à l’installation forcée dans des réserves, plusieurs communautés innues ont mis sur pied des organismes visant à défendre leurs droits ancestraux. Dès le milieu du XXe siècle, le gouvernement fédéral force les Innus et les Inuits à s’installer dans des réserves permanentes, ce dont découlent plusieurs difficultés sociales et économiques.

Au début des années 1970, les Innus s’allient politiquement au Conseil attikamek-montagnais, au Québec, et avec la Naskapi Montagnais Innu Association, à Labrador. La NMIA négocie les revendications territoriales, l’éducation, l’assurance-maladie et d’autres services sociaux. En 1990, elle change son nom pour devenir la Innu Nation.

En 1975, la Innu Nation se voit exclue de l’accord de principe menant à la Convention de la Baie-James, mais négocie un accord indépendant en 1978, connu comme la Convention du Nord-Est québécois, ce qui procure aux Naskapis de Schefferville des concessions d’autonomie gouvernementale et 9 millions de dollars répartis sur 20 ans en échange de droits de développement. Aujourd’hui, la Innu Nation représente les Innus de Labrador, tandis que les Innus du Québec sont représentés par Mamuitun et Mamit Innuat. Ces groupes continuent de faire pression pour que soient reconnues leurs revendications territoriales et qu’ils soient protégés des impacts de l’industrie forestière, des barrages hydroélectriques et des vols militaires à basse altitude, comme ceux de Voisey’s Bay, au Labrador.

Les communautés les plus isolées ont souffert de hauts taux d’alcoolisme, d’abus de substances et de suicides. En 1993, les Innus de Davis Inlet (Utshimassits) ont attiré l’attention médiatique de partout dans le monde sur une épidémie d’inhalation d’essence. Les jeunes impliqués dans l’affaire se sont rétablis, mais l’incident est vu comme représentatif des conditions de vie déplorables des communautés autochtones au Canada. En 2001, le gouvernement canadien, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et les Innus de Labrador mettent sur pied la Stratégie globale à long terme pour la guérison des Innus du Labrador pour traiter quelques-uns des problèmes des communautés innues. En 2002, environ 680 résidents de Davis Inlet déménagent à Natuashish, à l’ouest de leur réserve d’origine. En 2008, les résidents de Natuashish votent pour interdire l’alcool sur leur réserve.

En 2002, la Innu Nation se bat avec succès contre le gouvernement pour faire reconnaître leur statut d’Indiens, leur donnant accès à plusieurs programmes et services fédéraux selon la Loi sur les Indiens. Les communautés de Natuashish et de Sheshatshiu, toutes deux situées à Terre-Neuve-et-Labrador, sont constituées en réserves respectivement en 2003 et en 2006.

De nombreux programmes promeuvent la survie de la vie culturelle innue. Nametau Innu, par exemple, est un projet qui vise à transmettre des compétences et des connaissances traditionnelles, des personnes âgées aux plus jeunes. Les livres de l’auteur montagnais An Antane Kapesh et les morceaux en langue innue du duo pop Kashtin prouvent que la culture innue continue à s’adapter, et même à briller. Depuis 1985, Uashat mak Mani-Utanem accueille chaque été un festival de musique autochtone, Innu Nikamu. Plus de 10 000 festivaliers s’y rendent annuellement pour célébrer et retrouver la musique traditionnelle et ses artistes.

Depuis 2005, Transport Ferroviaire Tshiuetin, que possèdent et exploitent les réserves de Matimekush-Lac-John, Kawawachikamach et Uashat mak Mani-utenam, fournit un chemin de fer passager entre Sept-Îles et Schefferville. Les trains font le trajet entre chaque emplacement deux fois par semaine.

Voir aussi Autochtones : la région subarctique et les articles généraux de la section Peuples autochtones – zones culturelles.