Henry Procter (Proctor), officier de l'armée (né vers 1763 à Kilkenny, Irlande; mort à Bath, Angleterre, le 31 octobre 1822). Fils d'un chirurgien de l'armée britannique, considéré comme l'un des pires officiers britanniques de la guerre de 1812, Henry Procter s'engagea dans l'armée du Royaume-Uni le 5 avril 1781, fut promu lieutenant plus tard cette année-là et fut stationné à New York lors des derniers jours de la Guerre d'indépendance des États-Unis. En 1792, il fut promu capitaine et en mai 1795, major. À l'automne de 1800, il fut muté au 41st Foot avec le grade de lieutenant-colonel. Ses états de service à titre de commandant furent vantés, notamment par son supérieur, le major-général Sir Isaac Brock, qui remarqua l'excellente condition du 41st Foot et l'attribua à ses infatigables efforts. Les éloges qui pleuvaient en temps de paix allaient bien vite être ternis par ses piètres performances en temps de guerre.

Procter était au service du 41e Régiment au Canada quand la guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis éclata en 1812. Brock envoya Procter prendre le commandement d'Amherstburg, dans le Haut-Canada, région qui était menacée par les forces américaines stationnées à Detroit. En août, Procter entreprit une campagne de harcèlement contre les forces américaines, il coupa les communications entre les postes de Detroit et de l'Ohio. Les escarmouches ainsi déclenchées à Brownstown et Maguaga permirent d'isoler la garnison de Detroit et constituèrent un appui inestimable à l'attaque que Brock lança avec succès sur Detroit. Après le départ de Brock, Procter conserva le commandement de la frontière et envoya une expédition sous le commandement du capitaine Adam Charles Muir attaquer Fort Wayne, en Indiana. Au début de 1813, quand les forces américaines menées par le major-général William Henry Harrison se mirent en route pour reprendre Detroit, Procter lança une autre expédition contre l'avant-garde américaine à Frenchtown, la forçant à se rendre. Pour le récompenser, il fut promu brigadier-général, gravit rapidement les rangs et fut nommé major-général. Si le gouvernement canadien local le couvrit d'éloges pour ses exploits, il n'en fut pas de même avec les Américains qui le clouèrent au pilori pour n'avoir pas réussi à empêcher ses soldats autochtones de tuer des prisonniers américains après que la bataille eut été finie. En apprenant la défaite de son avant-garde, Harrison avait battu en retraite à Fort Meigs. Procter lança alors deux attaques contre le Fort, misant sur la capitulation des Américains avant l'arrivée des renforts. Mais ces deux attaques furent des échecs coûteux qui n'eurent pas les résultats escomptés, surtout à cause des difficultés à approvisionner Detroit qui découlaient d'une organisation contestée et d'opérations concurrentes, ce qui empêcha Procter d'atteindre son but.

Après que les Américains établirent leur suprématie sur le lac Érié à l'été 1813, les forces de Procter ne surent plus à quel saint se vouer. Un repli était nécessaire mais risqué. Les déplacements étaient non seulement difficiles, mais de plus, un repli en présence de l'ennemi menaçait les liens que l'armée britannique entretenait avec ses alliés autochtones et plus particulièrement avec leur chef, Tecumseh. Ces derniers souhaitaient se battre, mais avec le commandement du lac aux mains des Américains, toute victoire serait limitée et en fin de compte futile. Procter eut des difficultés à expliquer cette situation à ces alliés empressés. Il finit tout de même par convaincre Tecumseh du bien-fondé d'un repli, mais il dut promettre de lancer une dernière attaque. Malheureusement pour Tecumseh, cette promesse fut respectée et ce fut la bataille de Moraviantown. La conduite du repli par Procter et la bataille qui s'ensuivit furent déplorables. Procter s'enfuit, accompagné d'une poignée de survivants, mais Tecumseh fut tué. De la coalition avec les soldats autochtones, il ne restait presque plus rien.

Avant même d'atteindre Ancaster, des rapports alarmistes sur sa piètre performance avaient pour ainsi dire condamné Procter pour incompétence. Les soldats sous sa direction s'étaient certes mal comportés, mais il ne fit aucun doute que le commandement de Procter avait laissé à désirer. Sir George Prevost, gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique, refusa de lui confier un autre commandement ou d'autres missions, et ce, jusqu'à la fin de la guerre, lorsqu'il dut se présenter en cour martiale pour répondre de ses actions à Moraviantown. Procter dut faire face à cinq chefs d'accusation; il fut déclaré coupable pour quatre d'entre elles : il avait ralenti le repli en emportant trop de bagages dont certains étaient les siens, il n'avait pas pris les mesures nécessaires pour empêcher que du matériel et des munitions ne tombent aux mains de l'ennemi, il avait négligé de fortifier adéquatement ses positions le long de la Thames, il avait mal préparé l'affrontement à Moraviantown et n'avait pas réussi à rallier ses troupes et ses alliés autochtones ni à leur redonner courage avant et après le combat.

Procter fut condamné à une réprimande publique, suspendu de ses fonctions pendant six mois, sans solde et rétrogradé. Certaines accusations furent plus tard retirées, mais sa carrière militaire qui faisait autrefois l'objet d'éloges et qui avait été couronnée de succès était ruinée à jamais. Il retourna en Angleterre à l'automne 1815 où il vécut dans une demi-retraite jusqu'à sa mort. Même si son nom est devenu synonyme d'échec, les historiens continuent cependant d'analyser les échecs et les succès de Procter et de se demander s'il méritait ou non les accusations portées contre lui, et ce, malgré les failles de son commandement.