Harry Gulkin, producteur et administrateur, est né le 14 novembre 1927 à Montréal, au Québec. Charmant et malicieux humoriste, il est un producteur cinématographique et une figure importante dans le monde du cinéma au Québec. Connu pour sa coproduction avec Ján Kadár Les mensonges que mon père me contait (1975), gagnante de six prix du Palmarès du film canadien et seul film canadien à remporter un Golden Globe pour le meilleur film en langue étrangère, Harry Gulkin est également le père biologique de Sarah Polley, qui révèle cette information dans son documentaire Stories We Tell (2012).

Enfance et carrière

Harry Gulkin grandit au cœur du quartier juif à Montréal, sur le boulevard Saint-Laurent, aussi connu sous le nom de « la Main ». Il naît de Canadiens d’origine russe qui ont participé activement à la Révolution russe, ce qui lui vaut le titre d’enfant rouge. Idéaliste, il quitte la Baron Byng High School à la fin de 1944 et entre dans la marine marchande. Communiste engagé, il décroche un poste d’organisateur syndical au Syndicat des marins canadiens (SMC) et un poste de rédacteur adjoint du journal de l’association.

Après son service dans la marine marchande, Harry Gulkin revient à Montréal, où il travaille à la défense d’intérêts sociaux, et devient correspondant pour le Québec, directeur commercial et critique artistique pour l’hebdomadaire communiste Canadian Tribune. Il tourne le dos au communisme en 1956 lorsque les horreurs de l’Union soviétique de Joseph Staline sont exposées au grand jour. De la fin des années 1950 aux années 1960, il occupe divers emplois jusqu’à ce qu’il se découvre un talent en marketing, qui le conduit à décrocher un poste de direction dans une chaîne de supermarchés.

Production

Dans les années 1970, Harry Gulkin est hanté par l’impression d’être un imposteur dans le monde des affaires et décide de faire des films. Poussé par son amour pour l’humanisme du cinéma italien néoréaliste, il se lance dans la production de films qui, dans ses mots, « célèbrent l’omniprésence des valeurs dans la vie ». En même temps, il aspire à amener la fiction canadienne, longtemps ignorée des cinématographes, sur l’écran.

Le premier film d’Harry Gulkin, Les mensonges que mon père me contait (1975; V.O. Lies My Father Told Me), qui connaît le plus grand succès, est une adaptation d’une nouvelle de Ted Allan. Réalisé par Ján Kadár, le film raconte la touchante amitié entre un garçon et son grand-père juif orthodoxe dans les années 1920 à Montréal. Son succès tant auprès des critiques que du public lui rapporte le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, une mise en nomination pour l’Oscar du meilleur scénario et six prix au Palmarès du film canadien, dont ceux du meilleur scénario adapté, du meilleur film canadien et une Bobine d’or pour les meilleures recettes accumulées du film canadien de l’année. Il se glisse d’ailleurs parmi les dix meilleurs films de l’année aux États-Unis, selon le Conseil national d’examen du cinéma.

Par la suite, Harry Gulkin produit l’adaptation par Lionel Chetwynd de Deux solitudes (1978), de Hugh MacLennan, le drame fantastique pour enfants de Mordecai Richler Jacob Two-Two Meets the Hooded Fang (1978), et Bayo (1985), de Mort Ransen, tiré d’un roman de Chipman Hall. Bayo traite aussi d’une relation avec un grand-père, une expérience qu’Harry Gulkin n’a jamais connue, puisqu’il a grandi à Montréal.

La production suivante d’Harry Gulkin devait être The Incredible Mrs. Chadwick, mettant en vedette Shirley MacLaine dans le rôle de l’envoûtante arnaqueuse. Malheureusement, en raison de complications financières et d’un caillot sanguin cérébral qui manque de tuer le producteur, le projet tombe à l’eau.

Administration

De 1983 à 1987, Harry Gulkin est directeur général et directeur artistique du Centre des arts Saidye Bronfman, un centre multidisciplinaire et éducatif situé à Montréal. En 1987, il entre à l’agence gouvernementale de financement, qui devient la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). Pleinement investi dans son rôle de gestionnaire de projet, il passe les 20 années suivantes à soutenir et à encourager de nombreux jeunes cinéastes dont le travail consolide la réputation du cinéma québécois à l’échelle internationale. Après son départ à la retraite de la SODEC, en janvier 2008, il se joint au conseil d’administration de la Nunavut Film Development Corporation, au Nunavut, pour lequel il suit le développement cinématographique dans le territoire.

Au cours des années suivantes, Harry Gulkin occupe les postes de président de l’Institut canadien du film, de vice-président de la Cinémathèque québécoise et de vice-président de l’Association canadienne de production de films et de télévision (maintenant connue sous le nom de l’Association canadienne de production de média).

Distinctions

En 2008, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui remet un prix Génie spécial pour l’ensemble de sa carrière, le décrivant comme « une personne de vision et de mérite extraordinaire qui a contribué par son amour pour le cinéma à la croissance et au renforcement de la communauté cinématographique ». En 2004, l’Office national du film produit un documentaire sur Harry Gulkin, Red Dawn on Main Street, qui le décrit comme « quelqu’un qui a laissé une impression indélébile sur le cinéma québécois ».

En 2011, une comédie musicale adaptée de Les mensonges que mon père me contait est produite au Centre Segal pour les arts de la scène, à Montréal, puis près de Broadway au Baruch Performing Arts Center, à New York, en 2013.

Vie personnelle

Dans son documentaire acclamé Stories We Tell (2012), Sarah Polley, actrice et réalisatrice, révèle qu’Harry Gulkin est son père biologique. Elle affirme être issue d’une aventure entre le producteur et sa mère, actrice et directrice de distribution, Diane Polley, après avoir rencontré Harry Gulkin à Montréal en 1978.

Prix

Meilleur film en langue étrangère (Les mensonges que mon père me contait), Golden Globes (1976)

Meilleur film canadien (Les mensonges que mon père me contait), Palmarès du film canadien (1976)

Bobine d’or (Les mensonges que mon père me contait), Palmarès du film canadien (1976)

Prix spécial, prix Génie (2007)