Gwendolyn MacEwen était écrivaine (née le 1er septembre 1941 à Toronto, en Ontario, décédée le 30 novembre 1987 à Toronto aussi). Écrivaine songée et sophistiquée ayant écrit sur une foule de sujets, Gwendolyn MacEwen commence sa carrière littéraire avec un recueil de poèmes, The Drunken Clock (1961), qui témoigne, tout comme ses nombreux autres recueils d’ailleurs, d’un intérêt certain pour la magie et l’histoire et une impressionnante dextérité pour le vers. À la fin de sa brève, mais prolifique, carrière, Gwendolyn MacEwen aura gagné deux prix littéraires du Gouverneur général et la médaille du jubilé d’argent de la reine.

Enfance et premières œuvres

Le premier poème de Gwendolyn MacEwen est publié par The Canadian Forum lorsqu’elle a 17 ans. Peu de temps après l’école secondaire (qu’elle a abandonné un moment avant de terminer ses études), elle autopublie ses deux premiers livres, Selah (1961) et The Drunken Clock (1961). Dans ces premiers recueils, elle introduit ses images et ses thèmes principaux, dont un personnage fétiche qu’elle transforme tout au long de sa carrière, d’un homme volant à un oiseau enflammé pour arriver à l’universel « tu ». Cette muse, parfois une voix, un personnage, parfois une « présence obscure », a créé et inspiré une langue particulière qui est la voix de l’ordre dans les poèmes de Gwendolyn MacEwen. À la même époque, plus précisément en 1962, elle épouse le poète Milton Acorn, avec qui elle divorcera quelques années plus tard.

Dans son premier recueil important, The Rising Fire (1963), Gwendolyn MacEwen donne naissance à l’une de ses métaphores préférées : « le petit déjeuner », insolente opposition au dernier souper du Christ. Gwendolyn MacEwen, en effet, fait du petit déjeuner le repas sacré de la journée, le moment où l’on s’engage dans le jour à venir et où le soleil est à portée de main. Dans « The Breakfast », elle écrit justement : « Place one hand before the sun and make it smaller, hold the spoon in your hand up to the sky and marvel at its relative size, comfort yourself with the measures of a momentary breakfast table ».

Gwendolyn MacEwen n’a jamais eu peur de la différence; bien au contraire, elle la recherche avidement au travers des mythologies et des cultures étrangères. De retour de son premier voyage au Moyen-Orient en 1962, elle s’engage dans une autre direction. Elle termine son premier roman, Julian the Magician, en 1963, exprimant sa fascination pour les anciennes pratiques de l’alchimie et de la magie. De façon autodidacte, elle apprend à lire les hiéroglyphes égyptiens et l’arabe moderne, langues qui commencent à lui inspirer des thèmes et des métaphores. Elle écrit en 1971 Kings of Egypt, King of Dreams, une fiction relatant la vie d’Akhenaton, un ancien pharaon et monothéiste. Dans le dernier chapitre, la narratrice fait ses adieux à son jeune et défunt mari : « To hear your voice like the north wind, is all I pray […] Call upon me by name forever and ever, and never shall it sound without reply ».En un seul vers, Gwendolyn MacEwen condense toute la douleur du deuil en même temps qu’un engagement envers la vie.

Déité intérieure

Dans chaque recueil, Gwendolyn MacEwen regroupe ses poèmes par thème. The Shadow-Maker (1969), recueil érudit et complexe, affirme que les humains ont besoin d’accepter leur rôle minime dans l’univers et de savoir que le seul dieu qui existe se cache à l’intérieur de soi comme une ombre ayant besoin de lumière et de noirceur pour vivre. Dans « Poem », elle écrit : « It is not lost, tell me how can you lose it?, Can you lose the shadow which stalks the sun?, It feeds on mountains, it feeds on seas, It loves you when you are most alone [...] What is here, what is with you now, is yours ».

Dès le début des années 1960, Gwendolyn MacEwen écrit des séries dramatiques pour la CBC. Au même moment, elle écrit aussi un autre recueil de poèmes, The Armies of the Moon (1972). En 1979, le St. Lawrence Theatre Company lui passe la commande de réimaginer les Troyennes,d’Euripide. La version de Gwendolyn MacEwen met en scène des Troyennes se découvrant un pouvoir propre et un instinct de guerre. La pièce, originellement montée à Toronto, récolte les applaudissements de la critique et continue à ce jour à être montée. Lorsqu’elle souffle sa 37e bougie, Gwendolyn MacEwen a déjà publié six recueils acclamés par la critique, deux romans, un recueil de nouvelles et un mémoire, Mermaids and Ikons, en plus de travailler sur une pièce de théâtre. Elle est invitée à faire des lectures aux quatre coins du Canada, et continue à être prolifique, écrivant des histoires pour enfants et de courts récits.

Choc des cultures

L’indéfectible amour de Gwendolyn MacEwen pour la culture, la mythologie et les langues moyennes orientales se mêle à une fascination pour Thomas Edward Lawrence, un héros de la Première Guerre mondiale, et donne naissance à son recueil le plus célèbre, The T.E. Lawrence Poems (1982). Gwendolyn MacEwen et Thomas Edward Lawrence ont tous deux connu des carrières couronnées de succès à un jeune âge et étaient ambitieux, en plus de partager un amour pour le monde arabe et de croire en la notion d’un « dieu intérieur ». Pour l’écrivaine, la politique est personnelle : pour trouver la paix, chaque personne doit d’abord affronter son ennemi intérieur. Gwendolyn MacEwen décrit la lutte intérieure de Thomas Edward Lawrence. En lui empruntant sa voix qui, à un certain point, fusionne avec la sienne, elle retrace l’enfance du militaire, sa montée au pouvoir et ses années dans les déserts de l’Arabie. Elle examine comment sa classe sociale a façonné un esprit que la culture militaire britannique allait manipuler et déconnecter de son âme. « The Parent » décrit ce procédé en utilisant les mœurs sexuelles de l’ère victorienne comme métaphore : « Their necessary dark did not deceive me, their furtive, Victorian midnights did not deceive me. I was the place they sold their souls in, and now I pay, For every breath I draw with the memory of their shame ».

Les poèmes de ce recueil prennent aussi la forme d’une confession, où le militaire avoue s’être joué du peuple arabe, avoir trahi son pays, avoir renié sa carrière, tout en étant trahi par les autres d’égale façon : « Everything sickened me; I had been betrayed from the moment, I was born. I betrayed the Arabs; Everything betrays everything […] ». Le poème dresse un portrait fort du conflit des cultures et mythologies contraires chez un individu qui ne demande qu’une autre mythologie où vivre.

Prix et reconnaissance

La médaille du jubilé d’argent de la reine est remise à Gwendolyn MacEwen en 1977 pour sa contribution artistique. La poète est également écrivaine en résidence pour plusieurs universités canadiennes, dont la University of Western Ontario (1985) et, par deux fois, l’Université de Toronto (1986 et 1987). Elle reçoit deux fois le prix littéraire du Gouverneur général : poésie de langue : en 1969 pour The Shadow-Maker et à titre posthume pour Afterworlds en 1987. En 1993, Margaret Atwood et Barrie Callaghanéditent un recueil complet des poèmes de Gwendolyn MacEwen, The Poetry of Gwendolyn MacEwen: The Early Years (Volume One) et The Later Years (Volume Two). La biographie par Rosemary Sullivan, Shadow Maker: The Life of Gwendolyn MacEwen (1995), gagne le prix littéraire du Gouverneur général pour une non-fiction. Le parc Gwendolyn MacEwen, près de l’Université de Toronto, est dédié à son œuvre et à sa mémoire.