Causes de la guerre de Sécession

Plusieurs facteurs sont à l’origine de la guerre, mais le principal est l’esclavage. La Déclaration d’indépendance américaine de 1776 proclame que tous les hommes ont été créés égaux, mais la Constitution de 1787 assure la perpétuation de l’esclavage, soit la propriété privée d’êtres humains et leur travail forcé. L’économie des États du Nord repose avant tout sur de petites fermes et des villes en croissance qui n’ont pas besoin de main d’œuvre servile, et c’est pourquoi beaucoup d’entre eux abolissent graduellement l’esclavage. Les États du Sud, toutefois, comportent de grandes plantations de coton dont la cueillette est effectuée par des esclaves. Pour ces États, l’esclavage n’est pas seulement un problème moral, mais une nécessité économique.

Des milliers d’esclaves s’échappent et entreprennent un périlleux voyage jusqu’à ce qui constitue aujourd’hui le Canada, espérant jouir de la liberté dans un lieu où l’esclavage a été aboli (voir Abolition de l’esclavage, Loi de 1833). Beaucoup de ces fugitifs atteignent le Nord par leurs propres moyens, tandis que d’autres sont nourris, logés et guidés par des Américains qui entretiennent un réseau de fuite secret et illégal surnommé le Chemin de fer clandestin. Les Sudistes sont furieux parce que les colonies de l’Amérique du Nord britannique leur offrent un sanctuaire, et ils font adopter une loi pour arrêter les esclaves fugitifs. Tout cela contribue à accroître les tensions entre les États du Nord et ceux du Sud (voir Loi des esclaves fugitifs de 1850).

En 1860, Abraham Lincoln est élu président, notamment en promettant que tous les nouveaux États créés seront libres, c’est-à-dire sans esclavage. Cet engagement permettra, croit-il, d’abolir graduellement l’esclavage. Les Sudistes perçoivent son idéal anti-esclavagiste comme une menace à leur mode de vie. Entre l’élection d’Abraham Lincoln, en novembre, et son investiture, en mars suivant, sept États du Sud font sécession des États-Unis.

Les États du Sud créent leur propre pays, les États confédérés d’Amérique. Abraham Lincoln déclare que la sécession est illégale et refuse de reconnaître le nouveau pays. Après que les troupes du Sud (Confédérés) et du Nord (Union) aient échangé des tirs à Fort Sumter, au large des côtes de Charleston, en Caroline du Sud, quatre autres États du Sud font sécession et se joignent aux Confédérés. Abraham Lincoln demande la formation d’une armée d’Union pour attaquer les rebelles et réunir le pays. Le président des Confédérés, Jefferson Davis, crée aussi une armée, invoquant la nécessité de défendre son nouveau pays contre une agression étrangère. La première grande bataille a lieu en juillet 1861, à côté de Washington, DC, près de Manassas, en Virginie.

Réactions à la guerre de Sécession au Canada

Au début de la guerre, ce qui est aujourd’hui le Canada comprend les colonies britanniques du Canada-Ouest et du Canada Est (aujourd’hui l’Ontario et le Québec) ainsi que celles des Maritimes, soit la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve. L’Angleterre se dit neutre, c’est-à-dire qu’elle ne soutient ni l’Union ni la Confédération. Par le fait même, le Canada et les Maritimes sont également neutres.

Malgré cette position officielle, la majorité des journaux du Canada et des Maritimes sympathisent avec le Sud, non parce qu’ils appuient l’esclavage, mais parce qu’ils y voient un petit État défiant une puissance distante, qui ne protège pas ses intérêts. Beaucoup de gens s’opposent à Abraham Lincoln parce qu’il a déclaré que l’objet de la guerre n’était pas de libérer les esclaves mais de réunir son pays ou, comme il le dit, de sauvegarder l’union. Beaucoup de marchands du Canada et des Maritimes vendent des armes ou offrent d’autres formes de soutien aux deux côtés à la fois.

La tenue des registres étant peu développée, les chiffres ne sont pas connus avec exactitude, mais on estime que près de 40 000 habitants du Canada et des Maritimes combattent pendant la guerre. Malgré les sympathies affichées à l’égard des Confédérés, la plupart d’entre eux combattent pour le Nord. Certains travaillent aux États-Unis quand la guerre éclate et se portent volontaires dans des régiments locaux. D’autres quittent le Canada pour s’enrôler. Certains se font piéger, soudoyer ou même kidnapper par les brutaux recruteurs américains appelés crimpers (pinces à sertir). Des soldats et des marins du Canada et des Maritimes combattent dans presque toutes les batailles de la guerre de Sécession. À la fin de la guerre, beaucoup deviennent officiers et 29 d’entre eux reçoivent la Médaille d’honneur du Congrès, la plus haute distinction militaire des États-Unis.

Conflits transfrontaliers

Affaire du Trent

L’Affaire du Trentmenace de plonger directement le Canada dans la guerre. Le 8 novembre 1861, dans les eaux internationales, près de Cuba, un vaisseau de l’Union arraisonne le Trent, un navire marchand et postal britannique. Deux émissaires confédérés sont enlevés du Trent et arrêtés. L’Angleterre menace de déclarer la guerre aux États-Unis à moins que les hommes ne soient libérés et qu’Abraham Lincoln présente ses excuses. La Grande-Bretagne envoie des milliers de soldats au Canada et dans les Maritimes en préparation de la guerre qui pourrait éclater si les Américains marchent vers le nord. On conseille à Abraham Lincoln d’envahir le Canada, mais il répond qu’il ne combattra qu’une guerre à la fois. Il ne s’excuse pas, mais les hommes sont libérés et la crise s’apaise.

Affaire du Chesapeake, 1863

Les sympathies canadiennes à l’égard des Confédérés se manifestent en décembre 1863, quand un petit groupe de Confédérés, soutenus par des habitants des Maritimes, s’emparent du Chesapeake, un vapeur de l’Union, près de la côte de Cape Cod, et le détournent vers Saint Jean, au Nouveau-Brunswick, pour se ravitailler. Les pirates sont rejoints par deux hommes de Halifax, mais peu après un vaisseau américain reprend le Chesapeake et le remorque dans le port de Halifax. Il est reçu par une foule qui crie des injures aux Américains. Profitant de la mêlée, les deux habitants de Halifax s’enfuient tandis qu’on les conduit à terre. L’incident, appelé Affaire du Chesapeake, rend furieux beaucoup d’Américains, qui y voient une violation de la neutralité britannique et de la clause d’extradition du traité américano-britannique de Webster-Ashburton.

Menaces et agents secrets

À la fin de 1863, l’Union remporte des batailles majeures tandis que les Confédérés manquent de recrues, d’armes et d’argent. Pour harceler l’Union et tenter d’obtenir une paix négociée assurant leur survie, le président confédéré Jefferson Davis charge le lieutenant colonel Jacob Thompson d’ouvrir un deuxième front à partir du Canada. Celui-ci établit des quartiers généraux à Montréal et Toronto. Il organise des raids pour libérer des Confédérés des camps de prisonniers de l’Union, attaque les vaisseaux de l’Union sur les Grands Lacs, perturbe la convention du Parti républicain, qui se prépare à reporter Abraham Lincoln candidat au poste de président, et envoie même des agents mettre le feu aux théâtres et hôtels de New York. John Wilkes Booth se rend aussi à Montréal, où il passe un certain temps à planifier l’assassinat d’Abraham Lincoln.

Raid de St. Albans

Le plus grand succès de Jacob Thompson est le raid de St. Albans. Le 19 octobre 1864, des agents confédérés quittent Montréal pour St. Albans, au Vermont, où ils se regroupent et terrorisent les résidents de la ville à la pointe du fusil, dévalisent des banques puis retraversent la frontière. Ils sont poursuivis par un détachement de St. Albans qui ignorent la frontière, mais un soldat britannique intervient et arrête les 14 participants du raid. Un juge canadien libère les assaillants, à qui l’argent volé est même remis. Les Américains sont outragés, et beaucoup de journaux du Nord réclament qu’Abraham Lincoln envahisse le Canada. Une nouvelle série de jugements et d’arrestations permet toutefois d’apaiser la colère. Beaucoup des participants du raid sont encore détenus quand la guerre tire à sa fin, en avril 1865.

La guerre de Sécession et la Confédération canadienne

À la fin des années 1850, les colonies du Canada et des Maritimes sont en difficulté. Leur économie est fragile et leurs dettes élevées. Leur perspectives semblent encore plus sombres quand la Grande-Bretagne met fin à ses traités commerciaux avec les colonies, et que les États-Unis annoncent leur intention de faire de même (voir Réciprocité). Les gouvernements coloniaux sont peu structurés et inefficaces, et leur capacité d’assurer leur défense est pratiquement nulle. Plusieurs leaders britanniques influents préconisent que l’on coupe les liens avec les colonies, coûteuses et problématiques, et qu’on les encourage à devenir moins dépendantes. Les colonies du Canada et des Maritimes sont aussi conscientes des menaces d’annexion ou d’invasion américaine, à cause de la popularité de l’idéologie de la Destinée manifeste, selon laquelle les États-Unis sont destinés à posséder toute l’Amérique du Nord. Ces facteurs conduisent les hommes politiques du Canada et des Maritimes à essayer de fortifier les colonies, petites et vulnérables, en les rassemblant dans une entité plus importante, plus prospère et défendable, mais rien n’a encore été fait en ce sens.

Avec l’élection d’Abraham Lincoln, en 1860, un des plus ardents propagandistes de la Destinée manifeste, William Henry Seward, arrive au poste influent de secrétaire d’État. La menace d’une invasion américaine devient encore plus envisageable avec l’éclatement de la guerre de Sécession, au moment même où de plus en plus de dirigeants britanniques sont impatients de retirer leur soutien aux colonies nord-américaines. Le temps de l’unification coloniale, la Confédération, est arrivé.

Des représentants de la Province du Canada et des colonies maritimes se réunissent en septembre, puis à nouveau en octobre 1864, d’abord à Charlottetown puis à Québec. Le raid de St. Albans se produit pendant que les délégués sont réunis à Québec, soulignant l’importance de leurs délibérations. Finalement, bien que Terre-Neuve et l’Île-du-Prince-Édouard décident de ne pas s’y joindre, les autres délégués s’entendent pour créer un nouveau pays réunissant l’Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Le nouvel État est basé sur les principes britanniques de monarchisme et de gouvernement par un système parlementaire avec une chambre basse élue (Chambre des communes) et une chambre haute nommée (Sénat). S’inspirant des États-Unis, ils adoptent une constitution écrite et un système fédéral, c’est-à-dire comprenant un gouvernement central fédéral et des gouvernements infranationaux provinciaux. John A. Macdonald et les autres Pères de la Confédération croient qu’une des causes de la guerre de Sécession est que les gouvernements des États américains étaient trop puissants. C’est pourquoi ils attribuent davantage de pouvoirs au gouvernement fédéral du Canada.

La guerre de Sécession prend fin en 1865, alors que beaucoup de Canadiens et d’habitants des Maritimes n’ont pas encore décidé s’ils appuieront la Confédération. En 1866, des groupes d’Irlandais vétérans de la guerre de Sécession, les fenians, franchissent la frontière dans le but de prendre le Canada en otage par les armes pour forcer la Grande-Bretagne à accorder son indépendance à l’Irlande. Bien que les raids des fenians soient un échec, ils viennent rappeler que les États-Unis représentent une menace pour la souveraineté canadienne. En ce sens, ils contribuent à renforcer l’appui à la Confédération (voir Exposition Les raids des fenians). Le 1er juillet 1867, la Confédération est proclamée, et le Canada devient un pays indépendant.

Washington Treaty, 1871

Traité de Washington, 1871

La guerre de Sécession continue à toucher le Canada pendant de nombreuses années après la fin du conflit, en 1865. Beaucoup d’Américains demeurent irrités par les actions du Canada et des Maritimes pendant la guerre, et par le fait que beaucoup de généraux confédérés, ainsi que le président Jefferson Davis lui-même, s’y sont réfugiés après la guerre. Les Américains sont encore plus furieux de l’aide que l’Angleterre a apportée aux Confédérés, de plusieurs manières, par exemple en permettant que l’on construise en Angleterre des bateaux par la suite intégrés à la marine des Confédérés. Les États-Unis affirment que la Grande-Bretagne doit payer pour ses agissements pendant la guerre, et le président du Comité des relations internationales du Sénat évalue la réparation au montant astronomique de 2,125 milliards de dollars. La poursuite est connue sous le nom de Réclamation de l’Alabama, du nom du plus meurtrier de ces vaisseaux construits en Angleterre pour la marine confédérée, qui ont détruit ou capturé près de 60 bateaux de l’Union (voir Alabama).

Les représentants britanniques et américains discutent de la possibilité que les États-Unis prennent le territoire canadien au lieu de l’argent. L’idée est appuyée par le président américain Ulysses S. Grant qui, comme beaucoup d’Américains, adhère à l’idéologie de la Destinée manifeste. Une conférence a lieu à Washington en 1871 pour régler la question. Le Canada y est représenté par le premier ministresir John A. Macdonald. La conférence se conclut par la ratification du Traité de Washington.

Le talent de négociateur exceptionnel de John A. Macdonald permet au Canada d’obtenir plusieurs concessions commerciales des États-Unis, une compensation de l’Angleterre plutôt que des États-Unis pour les dommages causés par les raids des fenians et l’abandon du projet de donner le Canada en règlement des réclamations de l’Alabama. Autre point important, le traité n’entrera en vigueur qu’après avoir été ratifié par les gouvernements britannique et américain, et, fait significatif, par le gouvernement canadien. En ce sens, le Traité de Washington représente la dernière bataille de la guerre de Sécession mais aussi une première reconnaissance de l’indépendance du Canada.

Personnalités canadiennes ayant combattu dans la guerre de Sécession

Calixa Lavallée, compositeur de la musique du « Ô Canada », s’enrôle à titre de « musicien, première classe » dans le Fourth Rhode Island Regiment de l’armée de l’Union en septembre 1861. On croit qu’il est blessé à la jambe à la bataille d’Antietam, dans le Maryland. Il est démobilisé en octobre 1862 et revient au Canada-Est l’année suivante.

Edward P. Doherty, de Wickham, au Bas-Canada, dirige le détachement du 16th New York Cavalry qui trouve et tue l’assassin de Lincoln, John Wilkes Booth, en Virginie.

Anderson Abbott, le premier Noir né au Canada ayant reçu un diplôme de médecine, sert dans l’armée de l’Union en tant que chirurgien civil, dans plusieurs hôpitaux de Washington, DC.

Sarah Edmonds (alias Franklin Thompson), déguisée en homme, travaille en tant qu’infirmier masculin dans l’armée de l’Union. Selon son autobiographie, elle accomplit de nombreuses missions d’espionnage derrière les lignes confédérées.