Gauvreau, Claude

Claude Gauvreau, poète et dramaturge (Montréal, Qc, 19 août 1925 - Montréal, 7 juillet 1971). Figure singulière, visionnaire et iconoclaste, polémiste et militant du mouvement automatiste, cet écrivain, qui a laissé une œuvre immense méconnue de son vivant, a été un pionnier de la modernité théâtrale au Québec. Son existence tourmentée, marquée par la folie, l'incompréhension et le suicide, n'aura fait que retarder la découverte par un large public de la puissance du verbe de ce « poète maudit ».

Né dans une famille libérale, Claude Gauvreau, à l'instar de son frère Pierre, peintre et cinéaste, grandit dans un climat de grande liberté, profitant d'une bibliothèque bien garnie. Il s'inscrit au baccalauréat en art du Collège Sainte-Marie, mais les Jésuites le renvoient pour « incompatibilité idéologique » et pour des croquis obscènes tracés dans ses cahiers. Il obtient, en 1947, un baccalauréat en philosophie de l'Université de Montréal. La même année, il met en scène sa pièce Bien-être, écrite pour la comédienne Muriel Guilbault, sa muse, avec qui il partage la scène pour une seule et unique représentation, qui marque cependant un jalon important du théâtre moderne au Québec.

Ami de Paul-Émile BORDUAS, que son frère lui présente et dont il fréquente l'atelier dès 1942, Claude Gauvreau devient l'un des animateurs du mouvement AUTOMATISTES; il sera signataire du manifeste REFUS GLOBAL, en 1948. Après avoir écrit, dans les années 40, une série de vingt-six « objets dramatiques » réunis sous le titre Les Entrailles, le poète se consacre, en 1950 et 1951, à son recueil de poèmes, Étal mixte, puis, après le suicide de Muriel Guilbault, survenu en janvier 1952, à son unique roman, Beauté baroque, achevé la même année. Accablé par la perte de son amie, il subit de difficiles internements psychiatriques. En marge de sa création, il se fait critique de théâtre et polémiste pour plusieurs publications, et organise, en 1956, la dernière exposition des Automatistes.

Ses grandes pièces feront l'objet de productions remarquées à la scène, la plupart après sa mort. La Charge de l'orignal épormyable, écrite en 1956, est lue pour la première fois en public en 1968, et, créée en 1970, connaît un échec retentissant; il faut attendre les mises en scène de Jean-Pierre RONFARD, au THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE en 1973, et d'André BRASSARD, au Théâtre de Quat'Sous en 1989, pour que l'œuvre, dénonciation virulente de l'univers concentrationnaire, remporte le succès mérité. La création par le même Ronfard, au TNM en 1972, de la pièce Les oranges sont vertes (écrite en 1970), demeure mémorable. Lorraine PINTAL signera, en 1998, une autre production encensée de ce drame où l'auteur se peint lui-même en poète maudit en butte à une société répressive, puis elle montera, en 2004, avec un égal succès, L'Asile de la pureté (1953), toujours au TNM.

Au moment où il meurt en tombant du toit de sa demeure, sans qu'on sache s'il s'agit d'un suicide ou d'un accident, Claude Gauvreau travaille à l'édition de ses Œuvres créatrices complètes, une somme de 1500 pages qui paraîtra en 1977. Son écriture fulgurante, du symbolisme au surréalisme, en passant par l'« exploréen » qui fait exploser le langage, atteint des sommets d'abstraction lyrique, mais la plasticité du langage ne fait pas oublier le cri d'amour déchirant de l'artiste incompris. Ces dernières années, plusieurs publications et événements, tel le spectacle Rémy Girard enchansonne Claude Gauvreau, présenté à l'Usine C en avril 2008, ont ramené le poète dans l'actualité.