Le fleuve Mackenzie, d'une longueur de 4241 km (à la source de la rivière Finlay), est le deuxième plus long fleuve de l'Amérique du Nord, après le Mississippi. Son bassin hydrographique total de 1,8 million de km2 est le plus grand de tout le pays et, son débit moyen étant de 9910 m3/s, seul le fleuve Saint-Laurent le dépasse sur ce plan. C'est en juin que se produit le débit de pointe du fleuve, mais son cours reste en général assez régulier, en raison du terrain plat et dénudé à l'est et de plusieurs grands lacs qui entrecoupent le fleuve. Les rivières et les lacs alimentant le fleuve Mackenzie, ainsi que ses tributaires, sont libres de glaces de la mi-juin au 1er novembre dans les régions plus au nord.

Le bassin du fleuve étant peu peuplé, c'est une des rares grandes régions du monde qui soit restée à l'état naturel. Les principaux cours d'eau nourriciers du fleuve sont la rivière de la Paix et la rivière Athabasca, alors que le cours principal tire sa source des marais peu profonds et des bancs de vase du bras occidental du Grand lac des Esclaves. Le fleuve coule à l'ouest vers Fort Providence et Head-of-the-Line, où des chalands, des canots et des barges d'York sont tirés en amont du fleuve. À Fort Simpson, la turbulente rivière liard déverse ses eaux boueuses dans la rive Sud. Près de la rivière North Nahanni, le fleuve Mackenzie se dirige vers l'ouest-nord-ouest à travers une plaine ondulante et dévie vers le nord, au-delà d'un escarpement des monts Mackenzie qui sont parallèles au fleuve. Les rivières Redstone et Keele, de même que d'autres cours d'eau, traversent les montagnes et se déversent dans les basses terres à travers de profonds canyons.

À Tulita, les eaux claires et bleu verdâtre de la rivière Great Bear coulent sur un banc de gravier peu profond. Au-delà de Norman Wells, le fleuve Mackenzie poursuit sa route à travers des passages herbeux et au pied d'escarpements striés, s'élargissant jusqu'à 5 km, tressant son chemin parmi d'innombrables îles. Puis, rendu aux rapides Sans Sault, une pointe rocheuse se dresse dans le milieu du courant, y provoquant la turbulence des eaux et rendant la navigation dangereuse. À quelques kilomètres en amont de Fort Good Hope, le fleuve s'élargit, puis il se resserre entre les falaises de calcaire appelées The Ramparts et reprend ses ondulations vers le nord-ouest, à travers ses chenaux obstrués par les îles et les barres de sable qui se déplacent. Enfin, à 270 km de la mer, le Mackenzie reçoit la rivière Arctic Red et le delta commence à Point Separation.

Le delta

Le delta du Mackenzie est un vaste éventail d'îles alluviales de faible relief, recouvertes d'épinettes noires, plus clairsemées vers le nord. Ces arbres sont assez gros pour servir à la construction de bâtiments en bois rond et sont beaucoup utilisés comme bois de chauffage. Le delta est un labyrinthe de chenaux, de lacs en croissant et d'étangs circulaires abritant d'importantes populations de rats musqués. Le delta, d'une largeur de 80 km, est délimité à l'ouest par les monts Richardson et à l'est par les collines du Caribou. À partir de Point Separation, le fleuve se divise en trois principaux chenaux navigables : l'East Channel, qui coule au-delà d'Inuvik, sur la côte Est du delta; le Peel Channel, qui coule au-delà d'Aklavik, à l'ouest du delta; et le Middle Channel, qui porte le courant principal dans la mer de Beaufort. Tuktoyaktuk, au nord-est du delta, est le point de correspondance des cargos du fleuve et de l'océan, et ce port est ouvert de juillet à la fin de septembre.

Les Basses-Terres

Les Basses-Terres du fleuve Mackenzie sont un vaste prolongement des plaines centrales vers le nord. À l'ouest s'élèvent les monts Mackenzie et, à l'est, les affleurements rocheux du Bouclier canadien. Le sous-sol de la vallée est fait de roches sédimentaires, mais en surface on trouve surtout du gravier, du sable et de l'argile glaciaires. Les plaines de Muskeg sont parsemées d'épinettes et de sapins rabougris, de tourbières, de marécages et de lacs. Une bonne partie du sous-sol est constituée de pergélisol, ce qui n'est pas sans poser de défis pour la construction d'édifices et le transport.

Historique

En 1778, Peter Pond traverse le Portage La Loche reliant les routes de la traite des fourrures de la baie d'Hudson au bassin du Mackenzie. En 1789, Alexander Mackenzie parcourt le fleuve d'un bout à l'autre et c'est à juste titre que le nom de Mackenzie lui est donné. Suivent d'autres marchands de fourrures qui établissent des postes de traite le long de la route. À partir des années 1820, des barges d'York transportent les approvisionnements. Le premier bateau à vapeur navigue sur la rivière Athabasca en 1884 et, en 1886, il se rend au nord de Fort Smith. De 1920 à 1940, des vapeurs à roue arrière à fond plat circulent le long du fleuve mais, à partir de 1945, ils sont remplacés par des remorqueurs et des chalands. Les remorqueurs sont maintenant équipés de radars et de sondes mécaniques.

Les Basses-Terres sont encore peu peuplées. C'est la traite des fourrures qui a dominé l'économie jusqu'aux ruées vers l'or de Yellowknife et de Grand lac de l'Ours et au projet Canol de la Deuxième Guerre mondiale. Le commerce des fourrures demeure important pour les résidants. L'exploitation minière a été prédominante, bien qu'elle ait subi des variations durant les années 80. Les activités minières étaient concentrées à l'est, dans la région du bouclier. Les principaux centres sont Yellowknife, où l'on trouve de l'or, Echo Bay (autrefois Port Radium), où l'on trouve de l'uranium, Uranium City, Flat River, où l'on trouve du tungstène, Norman Wells, où l'on trouve du pétrole et du gaz, et Faro. Les sables bitumineux de l'Athabasca, à l'extrémité sud, de même que la mer de Beaufort, au nord, offrent un potentiel d'exploitation considérable. Le sol argileux serait propice à l'agriculture, mais la rigueur du climat ne permet pas une telle activité. Les seuls barrages hydroélectriques sont situés sur les rivières Snare et Talston et ils alimentent la région, mais des travaux prêtant à la controverse sont actuellement en cours sur la rivière des Esclaves. La rivière et le fragile environnement du Nord ont éveillé la conscience nationale lors du débat au sujet du pipeline de la vallée du Mackenzie.