Les femmes du Canada ont obtenu le droit de vote de façon sporadique. Le gouvernement fédéral le leur accorde en 1918, plus de deux ans après que les Manitobaines deviennent les premières à voter sur la scène provinciale. Les femmes du Québec ont dû lutter plus longtemps que les autres, puisque les législateurs masculins et les chefs de l’Église catholique leur ont refusé le droit de vote jusqu’en 1940.

Par comparaison avec les campagnes des suffragettes en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis, marquées par des coups d’éclat et une violence occasionnelle, celle du Canada, paisible, discrète et raisonnable, a été menée avec une touche d’humour et avec une persévérance tranquille.

Premiers droits de vote

Au XIXe siècle, les femmes propriétaires peuvent demander le droit de vote municipal selon le principe « pas de taxation sans représentation ». Au Québec, les femmes propriétaires votent sans restriction entre 1809 et 1849, jusqu’au moment où le mot « homme » est inséré dans la loi électorale. Ce que les Québécoises perdent, les Ontariennes le gagnent peu après; dès 1850, les femmes propriétaires, mariées ou célibataires, peuvent élire les commissaires d’école. Dès 1900, le droit de vote aux élections municipales est généralement accordé aux femmes propriétaires partout au Canada. Mais la plupart des Canadiens du XIXe siècle, les femmes comme les hommes, croient que les sexes sont assignés à des sphères distinctes par les lois naturelles et divines qui prédominent sur les lois humaines, ce qui empêche pendant longtemps les femmes d’obtenir le droit de vote en tant que droit démocratique.

Débat en Ontario

Sur la scène provinciale, en Ontario, les membres du Toronto Women’s Literary Club lancent un débat public. Ce groupe, qui sert de couverture aux initiatives des suffragettes, est créé en 1876 par la docteure Emily Howard Stowe, la première femme médecin au Canada. Elle et sa fille, la docteure Augusta Stowe-Gullen, mènent la campagne ontarienne en faveur du droit de vote des femmes pendant 40 ans. En 1883, le Club devient la Toronto Women’s Suffrage Association et, en 1889, la Dominion Women’s Enfranchisement Association; un groupe qui n’a toutefois de national que le nom.

Malgré les nombreux projets de loi et pétitions, les législateurs ontariens, sûrs d’être soutenus par l’opinion publique, s’opposent continuellement au changement. Les groupes de suffragettes doivent donc travailler à informer le public pendant de longues années. Dans les années 1890, le mouvement reçoit un appui important de la part de la Woman's Christian Temperance Union (WCTU), dont les dirigeantes considèrent le vote des femmes nécessaire pour obtenir la prohibition. En 1910, le très respecté et influent Conseil national des femmes se prononce en faveur du suffrage.

Suffrage dans l'Ouest

La WCTU est aussi active au Manitoba, où le suffrage féminin est proposé pour la première fois dans les années 1870 par la communauté islandaise. Parmi les premières dirigeantes manitobaines figurent Mmes M. J. Benedictssen, A. V. Thomas, J. A. McClung et Amelia Yeomans. La bru de Mme McClung, Nellie McClung, écrivaine de renom et membre du Women’s Press Club, deviendra par la suite une figure de proue du mouvement dans les Prairies. Entre 1912 et 1915, une campagne mouvementée et concertée bat son plein, amorcée par la naissance de la Political Equality League en mars 1912. En 1914, la ligue présente un spectacle populaire où elle simule une séance du Parlement en y inversant les rôles, et la vente des billets aide à financer d’autres campagnes des suffragettes. Pendant la soirée au Walker Theatre à Winnipeg, des femmes jouent des rôles de politiciens, avec Nellie McClung dans le rôle du premier ministre provincial, débattant si les hommes devraient avoir le droit de voter ou non. Il va sans dire que l’événement attire l’attention partout au pays.

Victoires dans l'Ouest et en Ontario

Les femmes des Prairies obtiennent le droit de vote principalement grâce à leur participation dans la colonisation du pays. Le 28 janvier 1916, les Manitobaines deviennent les premières Canadiennes à obtenir le droit de vote et celui d’occuper un poste électif au gouvernement provincial. La Saskatchewan suit le 14 mars, et l’Alberta le 19 avril. La Colombie-Britannique sanctionne à son tour le vote des femmes le 5 avril 1917, et une semaine plus tard, soit le 12 avril de la même année, les suffragettes ontariennes célèbrent enfin une victoire chèrement acquise, après de nombreuses années de lutte.

Droit de vote aux élections fédérales

Pendant ce temps, la pression se fait sentir sur les politiciens fédéraux, qui veulent rester au pouvoir, mais qui craignent le vote des citoyens d’origine non britannique, surtout d’origine « étrangère ennemie », qui s’opposent à la conscription. En 1917, dans la controversée Loi des Élections en temps de guerre, le droit de vote fédéral est accordé aux femmes membres des forces armées et aux parentes de soldats. En même temps, des milliers de loyaux citoyens naturalisés après 1902 perdent leur droit de vote. Bien que les suffragettes s’appuient sur la participation des femmes à la guerre pour obtenir le droit de vote, la Loi des élections en temps de guerre n’est pas, somme toute, une victoire complète pour les Canadiennes.

Le 24 mai 1918, toutes les « citoyennes » de 21 ans ou plus obtiennent le droit de vote aux élections fédérales, peu importe si elles peuvent voter dans leur province. Cependant, le site Web d'Élections Canada précise les critères d'admissibilité : « être âgée d'au moins 21 ans, être née au Canada et satisfaire, le cas échéant, aux critères de propriété de la province. » En juillet 1919, elles obtiennent le droit complémentaire d’être candidates à la Chambre des communes, bien qu’elles ne puissent être nommées au Sénat avant l’affaire « Personnes » (voir Affaire des femmes non reconnues civilement) de 1929. Au cours de tous ces débats, l’argument irréfutable en faveur des femmes faisait état de leur service, de leur sacrifice, et de leur compétence durant la Première Guerre mondiale. Bien que le droit démocratique joue un rôle dans l’argumentation, le service rendu est encore plus important.

Suffrage dans les Maritimes et au Québec

Les Néo-Écossaises obtiennent le droit de vote provincial le 26 avril 1918, après une campagne terne. La cause est encore moins populaire au Nouveau-Brunswick, qui approuve le vote des femmes le 17 avril 1919. L’Île-du-Prince-Édouard, où l’agitation populaire est pratiquement nulle, modifie sa loi électorale le 3 mai 1922. Les Terre-Neuviennes obtiennent à leur tour le droit de vote le 13 avril 1925. Les femmes de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve obtiennent le droit de se présenter à un poste électif dans leur province en même temps que le droit de vote. Le Nouveau-Brunswick, pour sa part, retarde cette étape radicale jusqu’au 9 mars 1934. Au Québec, sous la courageuse direction de Thérèse Casgrain, la lutte se poursuit jusqu’au 25 avril 1940, date à laquelle les femmes obtiennent finalement la contrepartie provinciale au vote fédéral qu’elles exerçaient depuis plus de 20 ans.

Femmes et politique

De plus en plus de femmes se lancent aujourd’hui en politique, mais c’est seulement à partir des années 1970 que les Canadiennes commencent à envisager sérieusement une telle carrière. En effet, elles ont découvert au cours des 50 années précédentes que l’obtention du droit de vote n’est que la première étape d’un mouvement qui, loin d’être terminé, a pour but d’apporter des changements politiques et sociaux fondamentaux. En 2011, un nombre record de femmes sont élues à la Chambre des communes (76) et, en 2013, sont nommées au Cabinet (12). Au total, 38 femmes ont été nommées au Sénat. Enfin, en 2013, 6 femmes gouvernent plus de 85 % de la population canadienne à titre de premières ministres de leur province.

Femmes autochtones

Les femmes ayant le statut autochtone sont exclues des activités politiques en rapport avec les gouvernements locaux des bandes jusqu’en 1951, lorsque des amendements à la Loi fédérale sur les Indiens retire les barrières sur le droit d’être élues ou de voter des femmes dans les bandes. Les femmes autochtones sont autorisées à voter aux élections fédérales en 1960, lorsqu’Ottawa étend finalement le droit de vote à tous les autochtones ; hommes et femmes.