Les Cris (nehiyawak en cri) constituent le peuple autochtone qui compte le plus de membres et qui est distribué sur la zone la plus vaste au Canada. Les Premières Nations cries occupent en effet des territoires dans la région subarctique allant de l’Alberta au Québec, ainsi que dans plusieurs portions de la région des Plaines en Alberta et en Saskatchewan. En mars 2015, les Premières Nations cries comptaient plus de 317 000 inscrits. Ce nombre est approximatif, certaines Premières Nations cries comptant des membres qui ne sont en fait pas cris, ou qui possèdent une identité mélangée. De plus, cet effectif n’inclut pas les personnes qui ont perdu leur statut ou qui se le sont vus refusé suite à d’une émancipation. En 2011, l’Enquête nationale auprès des ménages a permis de recenser plus de 95 000 locuteurs du cri.

Langue, géographie et population

Les Cris vivent dans plusieurs secteurs répartis entre l’Alberta et le Québec, dans les régions subarctiques et les régions des Plaines, une distribution géographique plus étendue que n’importe quel autre groupe autochtone du Canada. Si l’on se déplace d’ouest en est, les principaux groupes de Cris rencontrés, définis en fonction de l’environnement et du dialecte utilisé, sont les Cris des Plaines (Alberta et Saskatchewan), les Cris des Bois (Saskatchewan et Manitoba), les Cris des marais (Saskatchewan, Manitoba et Ontario), la Première Nation Moose Cree (Ontario), les Cris de la baie James et les Cris de l’Est (Québec). Les Cris de l’Est sont très proches, du point de vue culturel et linguistique, des Innus et des Atikamekw. De nombreuses Premières Nations cries des provinces de l’Ouest sont mixtes et comptent dans leurs rangs des Ojibwés, des Saulteaux, des Assiniboines, des Chipewyans et d’autres peuples. De plus, les Oji-Cris du Manitoba et de l’Ontario constituent un peuple distinct dont la culture et le patrimoine sont issus des Cris et des Ojibwés. La langue crie appartient à la famille linguistique de l’algonquien et, à l’origine, les Cris entretiennent des relations avec d’autres nations parlant cette langue, plus particulièrement avec les Innus (Montagnais-Naskapi), les Algonquins et les Ojibwés.

Le nom « Cri » provient d'un groupe d'Autochtones qui vivaient près de la baie James et que les Français appelaient « Kiristinons », nom qui s'est par la suite transformé en Cri (Cree en anglais). La plupart des Cris n'utilisent ce nom que lorsqu'ils parlent ou écrivent en anglais ou en français. Entre eux, ils portent des noms propres à leur région. Nehiyawak est l’appellation des Cris dans leur langue, mais ce mot est souvent utilisé pour désigner spécifiquement les Cris des Plaines. Les Cris des Plaines (paskwâwiyiniwak ou nehiyawak), les Cris des Bois (sakâwiyiniwak), les Cris des Marais (maskêkowiyiniwak), et les Cris de la baie James et de l’Est (Eeyouch) constituent les principaux groupes linguistiques et géographiques. La Première Nation Moose Cree est considérée comme un sous-groupe des Cris des Marais, dont ils partagent le dialecte. Le suffixe -iyiniwak, qui signifie gens, est utilisé pour distinguer les membres des différents sous-groupes. Par exemple, les kâ-têpwêwisîpîwiyiniwak sont les gens de la rivière Qu’appelle, tandis que les amiskowacîwiyiniwak sont les gens des collines Beaver.

Les dialectes cris sont d’autant plus mutuellement compréhensibles pour les locuteurs que ces derniers vivent dans des communautés plus rapprochées. Le dialecte des Cris de l'Est se rapproche plus de l’innu-aimun, la langue des Innus, et est donc moins intelligible pour les locuteurs de l’Ouest. Le michif, la langue des Métis, est également considéré comme un dialecte cri, et l’oji-cri, un dialecte des Ojibwés, est très influencé par le cri. En 1988, les linguistes Richard A. Rhodes et Evelyn M. Todd comptent 80 dialectes dérivés du cri (y compris l’innu-aimun). En 2011, l’Enquête nationale auprès des ménages fait état de plus de 95 000 locuteurs du cri, à ajouter à 6 000 locuteurs de l’atikamekw, 12 000 locuteurs de l’innu-aimun, 10 000 locuteurs de l’oji-cri et 1 000 locuteurs du michif.

En mars 2015, les 130 Premières Nations cries comptaient approximativement 317 000 membres inscrits, dont approximativement 170 000 (54 %) vivaient dans une réserve. C’est en Saskatchewan que les effectifs approximatifs des membres inscrits étaient les plus élevés, avec 115 000 inscrits, suivie par le Manitoba (81 000 inscrits), l’Alberta (78 000 inscrits), l’Ontario (25 000 inscrits) et le Québec (18 000 inscrits). Il est important de souligner que ces chiffres incluent plusieurs communautés mélangées qui comptent des membres non cris. De même, ces chiffres n’incluent pas les cris qui ont perdu ou se sont vus refuser leur statut, d’eux-mêmes ou par leurs ancêtres, lors d’une émancipation ou de toute autre injustice perpétrée aux termes de la Loi sur les Indiens.

Vie traditionnelle

Pendant des milliers d’années, les ancêtres des cris sont éparpillés dans presque toutes les régions boisées qu’ils habitent encore aujourd’hui. Après l’arrivée des Européens, la participation à la traite des fourrures pousse les Cris des Marais jusqu’aux Plaines. Pendant cette période, de nombreux Cris restent dans la forêt boréale et la région de la toundra, au Nord, où une culture stable perdure. Ils vivent de la chasse à l’orignal, au caribou, au petit gibier, à l’oie et au canard, ainsi que de la pêche de poissons qu’ils préservent en les séchant sur le feu.

Ils voyagent en canot d'écorce pendant l'été, en raquettes à neige et en toboggan pendant l'hiver. Ils vivent dans des huttes coniques ou en forme de dôme recouvertes de peaux d'animaux. Ils fabriquent des outils de bois, d'os, de cuir et de pierre. Plus tard, pendant la période de la traite des fourrures, ils se livrent au troc de la viande, des fourrures et d'autres produits contre des outils en métal, de la ficelle et des produits venus d'Europe. Les Cris des Plaines échangent leurs canots contre des chevaux et subsistent principalement grâce à la chasse au bison. Ils développent par ailleurs des pratiques culturelles, telles que la Danse du soleil, indépendamment de leurs paires qui vivent dans la région subarctique.

Pendant la majeure partie de l'année, les Cris vivent en petits groupes ou bandes de chasseurs et se rassemblent en plus grand nombre durant l'été pour fraterniser, troquer et participer à des cérémonies. Leur vie religieuse est fondée sur leurs relations avec les animaux et les esprits qui se manifestent à eux dans les songes. Les Cris s'efforcent de se respecter mutuellement au nom d'un idéal éthique commandant de ne pas intervenir dans les affaires d'autrui et dans lequel chacun est responsable de ses actes et de leurs conséquences. La nourriture est toujours la priorité absolue, et ils la partagent dans les moments difficiles ou lors des réjouissances où tous se réunissent autour d'un festin.

Malgré cet idéal communautaire et égalitaire, certains sont considérés comme plus puissants, tant dans les activités pratiques de la chasse que dans les activités spirituelles qui influencent d'autres personnes (voir Chaman). Les chefs détiennent une certaine autorité lors des expéditions de chasse, des attaques et du troc, mais, dans les autres activités, leur idéal se résume à diriger par l’exemple et en formulant des conseils discrets. La vision du monde des Cris incorpore le mythe du Filou (wîsahkêcâhk) et décrit les interconnexions entre les humains et la nature. (Voir aussi Religion des Autochtones.)

Contact avec les Européens

Les missionnaires jésuites font état pour la première fois de contacts avec des groupes cris dans une région située à l’ouest de la baie James, aux alentours de 1640. L’établissement de postes de traite de la fourrure après 1670 inaugure une période migratoire motivée par des motifs économiques, les bandes s’efforçant de tirer au mieux partie de la traite des fourrures qui ne cesse de s’intensifier. Pendant des années, les traiteurs européens dépendent des peuples autochtones pour s’approvisionner en viande fraîche. Progressivement, un nombre croissant de Cris s'installent près des postes, chassant, exécutant divers petits travaux et participant aux activités de l'Église, des écoles et des postes infirmiers. Les conversions commencent lorsque des marchands de fourrures tiennent des services religieux, bientôt suivis par des missionnaires chrétiens formés à la tâche.

À la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe siècle, les Cris qui ont migré vers les Plaines abandonnent rapidement et avec un succès spectaculaire leur mode de vie basé sur le piégeage et la chasse dans les bois pour devenir des guerriers à cheval et des chasseurs de bisons. Des épidémies, la destruction des troupeaux de bisons, et des politiques gouvernementales visant à forcer les Premières Nations à céder leurs territoires par la signature de traités finissent cependant par ruiner les Cris des Plaines et plusieurs autres nations de culture équine avant le début des années 1880. Le gouvernement canadien, sous la direction de sir John A Macdonald, empêche la distribution de ravitaillement et d’autres ressources afin d’affamer les Autochtones des Plaines, de les forcer à signer des traités et de les rassembler dans des réserves. Dans ces réserves, les Cris subsistent grâce à l’agriculture, l’élevage et divers petits travaux. Ils vont néanmoins être la cible d’une destruction culturelle encore plus poussée avec l’apparition du système des pensionnats qui va les traumatiser pendant des dizaines d’années à venir.

Des traités ont été passés avec tous les Cris, à l’exception des Cris de la baie James et des Cris de l'Est. Le gouvernement promet, de manière générale, de protéger les droits fonciers et le style de vie traditionnel des Cris, mais les traités confèrent aux autorités fédérales et provinciales le droit d'intervenir dans la culture traditionnelle des Cris. Les services gouvernementaux, les programmes de santé et l'éducation, y compris les pensionnats, sont généralement administrés par des missionnaires et des négociants jusqu'au milieu du XXe siècle.

Les traités passés avec les Cris (nos. 1, 2, 4, 5, 6, 8 et 9).
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Vie contemporaine

Aux XXe et XXIe siècles, l’exploitation des ressources naturelles par des entreprises privées, appuyée par le gouvernement, provoque des changements radicaux au sein de nombreuses communautés cries. Au Québec, dans les années 1970, les Cris de la baie James négocient avec succès la Convention de la baie James et du Nord québécois. Cette entente est une réponse au projet hydroélectrique de la baie James, qui a été entrepris sans consultations préalables auprès des communautés qui allaient être affectées. Le projet a poussé les Cris de la baie James à agir et l’entente obtenue constitue à l’époque le premier pas vers l’autonomie gouvernementale. Depuis, plusieurs autres conventions entre les Cris du Québec, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral ont été signées. Les Cris sont aussi au cœur des négociations menées par les Nations Unies, notamment celles qui aboutissent en 2007 à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

De nombreux membres inscrits des nations cries ne vivent plus aujourd’hui dans leurs communautés à l’intérieur des réserves. Toutefois, pour de nombreuses nations, en particulier dans les régions de la baie James et des Plaines, la proportion de membres inscrits qui vivent dans les réserves est très élevée. Chez les Cris de la baie James, par exemple, le taux moyen de la population qui vit dans les réserves est de 83 % en 2015, et de 96 % chez les Whapmagoostuis.

Les grands objectifs que poursuivent actuellement les Cris sont l'autonomie gouvernementale et le développement économique. Les Cris des Premières Nations tentent de négocier avec les sociétés de développement et les gouvernements partout au Canada. La Première Nation Lubicon, en Alberta, a par exemple poursuivi devant les tribunaux les gouvernements fédéral et provincial pour obtenir une part équitable des revenus de l’exploitation du gaz naturel et faire reconnaître leurs droits issus des traités tandis qu’au Manitoba, plusieurs nations cries sont parvenues à des ententes avec les gouvernements fédéral et provincial et les entreprises de l'industrie des ressources.

Plusieurs dirigeants Cris ont joué un rôle à l'échelle nationale dans l'atteinte des objectifs des Autochtones canadiens. Parmi eux, on peut citer les chefs de l'Assemblées des Premières Nations Noel Starblanket, Ovide Mercredi, Matthew Coon Come et Perry Bellegarde ainsi que la chef Attawapiskat Theresa Spence, qui s’est acquise une réputation nationale par sa participation au mouvement Idle No More, en 2012 et 2013.

Voir aussi Autochtones : les Plaines; Autochtones : la région subarctiqueet les articles généraux concernant lesAutochtones.