Course automobile

 Au Canada, la course automobile doit beaucoup au CYCLISME, fort populaire au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle. Les efforts déployés alors pour trouver un mode de transport personnel qui remplacerait le cheval mènent à une série d'innovations technologiques. Le pneumatique et l'arbre de transmission, qui apparaissent sur les premières bicyclettes, se retrouveront plus tard sur l'automobile. Les adeptes du cyclisme forment des clubs, participent à des randonnées et à des courses et font campagne pour obtenir de meilleures routes. Plusieurs vont saluer avec enthousiasme l'arrivée de l'automobile au XXe siècle.

Les toutes premières courses automobiles consistent en essais de vitesse et en rallyes. En 1900, F.S. Evans établit un record en franchissant en 3 h 20 min les 60 km qui séparent Toronto de Hamilton. À la même époque, à Toronto et à Winnipeg, les propriétaires de voitures prennent part à des « randonnées », mais la première course automobile a lieu à Winnipeg. C'est dans cette ville, en 1901, que le conducteur d'une Ford de 12 chevaux-vapeur remporte la première course automobile au Canada. Quatre ans plus tard, le Winnipeg Automobile Club organise régulièrement des courses, en soirée, pour les voitures particulières et les petites voitures de tourisme.

C'est vers cette époque que Pete Henderson, l'un des premiers pilotes de course automobile connus du Canada, entame sa carrière. En 1914, il descend aux États-Unis, où il se joint aux plus grandes équipes dans les séries de courses sur « board-track » (concours des premières « sprint cars » se déroulant sur un circuit en planches). Ce natif de Fernie, en Colombie-Britannique, participe à sa première épreuve de championnat de l'AAA en 1915 au circuit de Des Moines. Il est membre de l'équipe Duesenberg. En 1916, Henderson sera le coéquipier de Rickenbacker dans l'équipe Prest-O-Lite et finira deuxième à Des Moines au volant d'une Maxwell. En octobre 1917, il remporte l'épreuve board-track de Chicago. De 1916 à 1920, il finit parmi les 10 premiers à Indy.

À Toronto, la première course automobile se déroule dans le cadre de l'EXPOSITION NATIONALE CANADIENNE (ENC), en 1913. Une forme de polo en automobile y est présentée comme spectacle et, les années suivantes, on y ajoute des courses ordinaires et à obstacles pour en accroître la popularité. En 1917, au volant de son automobile, Gaston Chevrolet remporte une course contre un avion piloté par la célèbre Ruth Law et, en 1919, Ralph De Palma est invité à conduire la voiture la plus rapide du monde dans une épreuve contre la montre sur la piste de l'exposition. De 1920 à 1928, on organise une série de courses dont les prix totalisent 9000 $.

Malgré ses débuts précoces, la course automobile n'a pas toujours été le sport le plus populaire au Canada. C'est seulement depuis la dernière décennie, avec l'avènement des courses de la série CAN-AM et la présentation annuelle du Grand Prix du Canada de Formule 1, qu'elle suscite un intérêt marqué. Pendant de nombreuses années, le sport avait été confiné à des pistes ovales d'asphalte ou de terre, d'une longueur d'un quart ou d'un huitième de mille. Les véhicules utilisés étaient des voitures de série modifiées, ou « stock cars ». Les compétitions se déroulaient localement, et il était difficile d'organiser des courses à l'échelle nationale et encore plus des événements de classe internationale comme dans le cas des autres sports. Ce genre de course existe encore de nos jours. Récemment, des courses de stock cars sanctionnées par l'Automobile Club des États-Unis (USAC) se sont déroulées sur les pistes canadiennes, maintenant améliorées, et quelques Canadiens ont tenté leur chance sur le circuit très populaire de l'US Grand National organisé par la National Association for Stock Car Auto Racing (NASCAR).

La course d'accélération est un autre type de course pratiqué aux États-Unis et qui remporte beaucoup de succès au Canada dans les années 50 et 60. Dans cette course contre la montre, deux pilotes se mesurent sur une piste droite d'un quart de mille après un départ arrêté. En 1965, il existe une bonne dizaine de pistes d'accélération autorisées.

La course sur route, qui se déroule en circuit fermé et comprend nombre de virages et de lignes droites, est celle qui a propulsé le Canada et les pilotes canadiens sur la scène internationale. Une grande variété de voitures, divisées en catégories, y prennent part : des petites berlines et voitures sport jusqu'aux exotiques engins monoplaces à large empattement, qu'on appelle « formules ». Après la Deuxième Guerre mondiale, bon nombre de petites voitures sport sont ramenées d'Europe par les militaires et l'intérêt qu'elles soulèvent en Amérique du Nord est probablement à l'origine des courses sur route. Les pistes d'atterrissage abandonnées servent alors de circuits. La première course sur route au Canada a d'ailleurs lieu sur le terrain d'aviation d'Abbotsfield en Colombie-Britannique, en 1949.

La course automobile sur la côte ouest

Dix ans plus tard, le Sports Car Club de la Colombie-Britannique finance la construction d'un nouveau circuit de course sur route à Westwood, à 24 km à l'est de Vancouver. Celui-ci comporte un circuit pour la course automobile pouvant également servir pour les motocyclettes, ainsi qu'une installation séparée pour le karting. Avant la construction à Westwood de ce premier circuit de course sur route à l'européenne, la Colombie-Britannique compte déjà plusieurs installations destinées aux courses automobiles, notamment un circuit de course d'accélération improvisé à Abbotsford et des pistes ovales un peu partout dans la province.

À Vancouver, les activités de course automobile sont caractérisées par des échanges avec nos voisins au sud. De nombreux coureurs des États de Washington, d'Oregon et de Californie se rendent à Westwood. Pete Lovely, un pilote de Formule 1 originaire de Seattle, participe souvent aux épreuves de Westwood au volant d'une voiture de course Lotus. En Cooper-Ferrari, il obtient le record de vitesse de la piste, record qu'il conservera pendant plusieurs années. Aux côtés des Canadiens originaires de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, des centaines de coureurs américains y pilotent différentes voitures européennes, très à la mode dans les années 1960. Aux premiers jours de Westwood, les voitures sport telles que les Ferrari, Mercedes, Porsche, Jaguar, Maserati et Aston-Martin attirent les foules. En effet, 18 000 amateurs de sport automobile assistent à l'ouverture du circuit.

À la suite de la révolution de la course automobile au milieu des années 1960, de plus en plus d'engins sont dotés d'un moteur V8 américain. Stan Burnett, de Seattle, crée une voiture spéciale et Chuck Parsons, Dave Ridenour et Bill Amik pilotent de nouveaux modèles, notamment les voitures McLaren et Genie, mises au point en Californie. Vers la même époque, en 1966, l'Ontarien George Fejer fait courir sa Canadian Chinook à Westwood.. Pilotée par Nat Adams, elle se place parmi les trois premières. Toujours à Westwood, en 1966 et 1967, Eppie Wietzes, également originaire de l'Ontario, se mesurera aux pilotes américains au volant d'une Comstock Ford GT-40. Dans la catégorie des moins de 2 litres, George Chapman, de Winnipeg, et Harold Brown, d'Alberta, pilotent tous des Lotus. En 1965, Bob McLean, de Vancouver, mérite le titre de champion canadien; il meurt l'année suivante à Sebring, au volant d'une Ford GT-40.

Les années 1970 sont celles des formules : Formule B, Ford, 5000, Atlantique. En 1974, le champion de Formule 1, Gilles Villeneuve, participe à une course à Westwood. Son frère Jacques s'y mesure à Brian McLoughlin, Bob McGregor, Graeme Cameron et Bill Melnikoff, de la région de Vancouver, dans la série Formule Atlantique. L'introduction de la série Trans-Am, qui se fait à la même époque sous l'égide du Sports Car Club of America, est également un franc succès. Westwood est une piste difficile, et les courses attirent des foules très nombreuses. On pouvait y voir régulièrement l'Ontarien Ludwig Heimrath au volant de sa Porsche Turbo, ainsi que Gary Pullybank de Vancouver. Parmi les pilotes américains Bob Tullius et sa Jaguar, Peter Gregg en Corvette et Greg Pickett, qui conduit une Monza, offrent aux amateurs canadiens le spectacle passionnant de la compétition internationale. Autre série très appréciée, les courses NASCAR de berlines ont également lieu à Westwood pendant de nombreuses années.

Dans les années 1980, Westwood attire toujours les amateurs et, en plus des voitures sport et des monoplaces à large empattement, deux nouveaux types d'automobiles y font leur apparition. Il s'agit, d'une part, de courses groupées de voitures Honda Civic, Camaro et Firebird identiques. Cette série plaît au public du fait que celles-ci sont offertes sur le marché. D'autre part, on voit la réintroduction, en tant que voitures d'époque, des premières autos de course datant des époques de l'avant-guerre, de l'après-guerre, des années 1960 et des années 1970. Ainsi, la boucle était bouclée. Toutefois, Westwood fermera ses portes en 1990, car à l'expiration du bail, des promoteurs immobiliers reprennent le terrain et décident d'y ériger un ensemble résidentiel.

La course automobile sur la côte est

L'une des premières pistes en Ontario est construite à Edenvale, près de Stayner. À partir de 1955, le vieil aéroport Netley de Winnipeg accueille régulièrement des compétitions. Bien que des activités similaires se répandent dans l'ouest, le sud de l'Ontario demeure le foyer principal de la course sur route. Au début, les courses qui se déroulent sur les pistes d'atterrissage manquent quelque peu d'organisation. En 1951, on fonde le Canadian Automobile Sports Club afin de regrouper en une fédération les clubs de sport automobile du Canada.

En 1959, les divergences de vues ne cessent de s'accentuer entre ceux qui s'adonnent à la course automobile par plaisir et ceux qui croient que la seule façon de populariser le sport est d'organiser des compétitions entre pilotes renommés et de les attirer par des prix en argent. C'est ainsi que l'Association canadienne des pilotes de course est formée. En mai 1956, le British Empire Motor Club inaugure le Harewood Raceway près de Jarvis (Ontario), où plusieurs des meilleurs pilotes canadiens des années 1960 feront leurs débuts. La construction de l'autodrome de Mosport, un circuit de 4 km (2,46 milles), au nord de Bowmanville (Ontario), constitue un progrès majeur. Le 24 juin 1961, lors de la première course Player's 200, une foule de 40 000 spectateurs assiste à la victoire du Britannique Stirling Moss au dépens de pilotes de classe internationale.

Pour favoriser l'essor du sport automobile, on inaugure dans les années suivantes l'International Speedway d'Edmonton et le circuit de Saint-Jovite (Québec). En 1963, Don Hunt de Toronto propose l'idée d'une série de courses entre le Canada et les États-Unis regroupant toutes les catégories de voitures sport et, trois ans plus tard, on assiste à la première course CAN-AM. Chaque année, des courses sont organisées sur différentes pistes canadiennes et américaines. Les Américains gagnent la plupart des courses mais, en 1968, John Cannon de Montréal remporte la dernière course CAN-AM avant que cette compétition ne passe sous la domination de l'équipe McLaren de la Grande-Bretagne, championne incontestée jusqu'en 1974.

Le 27 août 1967, on assiste au premier Grand Prix du Canada de Formule 1. Avant de s'établir à Montréal à l'autodrome de Mosport, la tenue du Grand Prix se succède tour à tour entre l'autodrome et le circuit du Mont-Tremblant (Saint-Jovite). Depuis, cette course est le point culminant de la saison. En 1978, le Grand Prix se dispute à Montréal, où il est remporté pour la première fois par un Canadien, Gilles VILLENEUVE. Le circuit porte aujourd'hui son nom. Peter Ryan de Mont-Tremblant (Québec) est le premier Canadien à participer à une course de Formule 1. Pilote très prometteur, il meurt tragiquement le 2 juillet 1962 lors d'une course en Europe.

En 1969 et en 1970, George Eaton de Toronto représente l'écurie BRM dans des compétitions nord-américaines et certaines courses européennes. Gilles Villeneuve est de loin le pilote canadien qui a le mieux réussi. Après une brillante carrière en Amérique du Nord, il intègre l'écurie Ferrari en 1977. À partir de ce moment et jusqu'à sa mort en 1982, il remporte six Grands Prix comptant pour le championnat du monde, y compris la plus prestigieuse course entre toutes, le Grand Prix de Monaco, en 1981.

Parmi les autres pilotes canadiens remarquables, citons Earl Ross, recrue de l'année de la NASCAR en 1974, et Gary BECK d'Edmonton qui, la même année, remporte le championnat de course d'accélération. Les Canadiens ont l'occasion de mettre leurs talents à l'épreuve dans les séries Formule 2000 et Formule Atlantique ainsi que dans plusieurs autres courses canadiennes, dont le Player's Challenge et la série Rothman's Porsche.

Malgré le succès qu'ils connaissent dans ces courses, les pilotes canadiens se font plutôt rares sur les circuits internationaux majeurs. Le fait qu'il coûte très cher d'entretenir une voiture de course limite les chances des Canadiens de participer à des compétitions de très haut niveau. Depuis peu, cependant, une équipe canadienne a fait son entrée dans le circuit CART-Indy. Peu compétitive au début, l'équipe participe de façon régulière et, en 1992, sa voiture, pilotée par Scott Goodyear, finit au deuxième rang du prestigieux Indianapolis 500, course la plus importante en Amérique du Nord. La même année, Goodyear remporte le Marlboro 500 et Paul Tracy, aussi de Toronto, termine deuxième et figure parmi les meilleurs pilotes du circuit au classement général. Tracy a la chance de piloter pour Penske Racing, la meilleure écurie du circuit, et remporte huit courses avant de changer d'écurie en 1995.

Un troisième Canadien fait une entrée remarquée sur le circuit en 1994 : Jacques VILLENEUVE, fils du légendaire Gilles Villeneuve. Dès sa première saison, il remporte une course et termine deuxième au classement général Indy. En 1995, il est le premier Canadien à remporter les prestigieux 500 milles d'Indianapolis après avoir terminé deuxième à sa première participation. Il s'affirme ainsi comme l'un des plus brillants jeunes pilotes sur la scène internationale. La même année, il reçoit la TROPHÉE LOU-MARSH à titre de meilleur athlète canadien de 1995. Il passe ensuite au circuit plus exigeant de la Formule 1 où il connaît aussi du succès. En 1997, Jacques Villeneuve devient le troisième Nord-Américain, derrière l'Américain Phil Hill en 1961 et Mario Andretti en 1978, à remporter le Championnat du Monde de Formule 1.

Greg Moore de Maple Ridge, en Colombie-Britannique, est un autre Canadien dont les talents exceptionnels n'ont pu se développer en raison du risque de tragédies dans le sport. Né en 1975, il fait preuve de beaucoup de talent et d'enthousiasme, développant dès son jeune âge un intérêt pour les karts. En 1996 il participe aux courses de la CART, le plus haut niveau de course automobile du type en Amérique du Nord. Dès la saison suivante, il gagne sa première course, de même que quatre autres, avant de perdre la vie dans un accident à haute vitesse dans la course finale de la saison 1999. En témoignage de respect pour Moore, la CART retire en permanence le numéro 99 des compétitions.