Conversion au système métrique

La conversion au système métrique est le processus d'adoption des unités métriques, soit le mètre (m), le litre (l), le kilogramme (kg) et le degré Celsius (oC), comme unités de mesure au Canada. Malgré la légalisation du système métrique d'abord au Canada par le premier ministre John A. Macdonald en 1871, le système impérial britannique, soit la verge, la livre, le gallon, etc. est resté prédominant pendant longtemps. Dans les années 60, la croissance technologique et la globalisation des marchés fait ressortir le besoin croissant d'un système de mesure international. Le gouvernement britannique décide de se convertir au système métrique et les États-Unis envisagent de faire de même.

Plusieurs associations canadiennes représentant divers groupes, tels les consommateurs, les enseignants ou les professionnels, font pression sur le gouvernement pour qu'il adopte le système métrique. En janvier 1970, le livre blanc sur la conversion au système métrique au Canada présente les politiques du gouvernement canadien. Il établit qu'un seul système de mesure, fondé sur les unités métriques, devrait être utilisé pour toute mesure, y compris dans les lois. Dans la même lignée, la Loi sur les poids et mesures est modifiée au Parlement en 1971 afin de faire du Système International (SI), la toute dernière évolution du système métrique, l'usage courant au Canada. De plus, en 1971, le Parlement vote la Loi sur l'emballage et l'étiquetage des produits de consommation, selon laquelle les étiquettes doivent indiquer des unités métriques sur la majorité des produits de consommation.

Pour implanter la conversion au système métrique, le gouvernement met sur pied, en 1971, la Commission préparatoire, qui devient par la suite Commission du système métrique Canada. Le rôle de la Commission est d'assurer la planification et la coordination de la conversion dans tous les secteurs de l'économie canadienne et de transmettre à la population l'information sur la conversion au système métrique. Dès 1973, la commission organise une centaine de comités sectoriels, dont les membres appartiennent à des associations nationales ou à des organisations importantes, et qui représentent le milieu des affaires et de l'industrie, les consommateurs, les travailleurs, la santé, l'éducation et le gouvernement. Chaque comité sectoriel à la charge de préparer un plan de conversion et de suivre son implantation. La commission se charge d'approuver les plans de conversion que chaque groupe met au point par consensus.

Le remplacement des unités impériales par les unités du SI sur tous les documents, les instruments de mesure, les procédés de fabrication, les produits et les emballages, implique une multitude de tâches. Le cadre technique pour ce changement est établie à partir de 2 normes canadiennes : le Système international d'unités (SI) et le Guide de familiarisation au système métrique, publiés en 1973 par l'Association canadienne de normalisation et approuvé par le Conseil canadien des normes.

Une fois les unités SI appropriées choisies, les comités sectoriels débattent de l'aspect pratique de l'implantation. Chaque secteur détermine les politiques et les stratégies qui lui conviennent le mieux. Le choix entre la conversion en douceur (conversion arithmétique de mesures préexistantes) ou la conversion radicale (valeurs entières et rationnelles en unités métriques, même si cela demande de modifier le format d'un produit) pose un problème important. L'utilisation simultanée des deux systèmes (impérial et métrique) demeure un sujet de controverse. Pour certains secteurs qui dépendent des États-Unis pour de nombreuses pièces ou produits, cela impose des contraintes. Les efforts soutenus de l'industrie canadienne permettent de procéder à la conversion, sans problèmes importants. Toutefois, cela prend de 2 à 5 ans de plus que prévu.

Il faut mettre au point des programmes de sensibilisation et de formation pour s'assurer que le public comprenne et accepte le changement d'unités. Avec la coopération de toutes les provinces, les écoles se préparent à enseigner principalement le système métrique. Une série d'événements ayant trait à la conversion vers le système métrique met le public en contact avec des unités métrique simples. Des campagnes d'information importantes accompagnent chaque changement. Le premier changement a lieu dans le domaine des prévisions météorologiques : à partir du 1er avril 1975, la température n'est donnée qu'en degrés Celsius. Dès septembre 1975, les précipitations, sous forme de pluie ou de neige, sont calculées respectivement en millimètres et en centimètres. Le prochain changement important se produit en septembre 1977 : les panneaux de signalisation indiquent la distance en kilomètres et la vitesse en kilomètres/heure. Parallèlement, apparaissent des voitures avec des compteurs de vitesse et des compteurs kilométriques gradués en unités métriques.

En janvier 1979, les stations services commencent à vendre l'essence et le diesel au litre. En décembre 1980 (date limite d'utilisation des unités de longueurs impériales), les commerces de meubles et de tissus doivent annoncer et vendre leurs produits au mètre et au centimètre uniquement. La conversion des balances dans les épiceries provoque une controverse politique. Après la conversion complète de trois régions pilotes au cours de l'été 1979 (Kamloops, Peterborough et Sherbrooke), la conversion du reste du pays est retardée par le gouvernement de l'époque. Elle reprend en janvier 1982. Les dates limites dépendent des régions et s'étendent jusqu'à décembre 1983. Après cette date, les épiceries ne doivent afficher les prix des produits qu'au kilogramme ou aux 100 grammes et vendre les produits selon le système métrique. La conversion touche quelque 35 000 épiceries au Canada. Petit à petit, les unités du système métrique deviennent la norme pour la plupart des produits et des services, à l'exception du domaine de l'immobilier et des sports (hormis l'athlétisme et la natation).

La conversion au système métrique se fait sur une base volontaire dans bon nombre de secteurs, mais d'autres nécessitent l'intervention des gouvernements provinciaux et fédéral. Les règlements régissant l'utilisation des unités du système métrique pour les POIDS ET MESURES dans le commerce de détail sont établis et mis en application par le gouvernement, et ce, pour protéger les consommateurs et les détaillants contre les pratiques déloyales et éviter la confusion lors de la comparaison des produits. Malgré tout, le gouvernement n'échappe pas à la critique pour l'imposition du système métrique et l'exclusion de l'ancien système. Ceux qui s'opposent à la conversion contestent les coûts d'une telle opération en pleine période d'inflation et de faiblesse économique, et dénoncent le danger de s'éloigner des pratiques américaines, ainsi que les méfaits de l'intrusion d'un système étranger de mesure sur notre héritage canadien basé sur le système impérial. Certains porteront même leur cause devant les tribunaux.

Le gouvernement conservateur de Brian Mulroney reste fidèle au système métrique, mais il permet aussi d'utiliser plus d'un système dans certains cas, notamment pour l'essence et le diesel, ainsi que dans l'ameublement. En 1985, certains petits commerces sont exemptés de l'installation obligatoire des balances métriques. Les défenseurs du système métrique citent de nombreux bénéfices, outre les avantages commerciaux et la normalisation internationale : le SI est simple du fait de sa nature décimale et de l'absence d'une multitude d'unités qui nécessitent des facteurs de conversion. L'universalité des symboles du SI (quelle que soit la langue) et le côté pratique de n'avoir qu'une seule unité pour une quantité physique améliore la communication. La mise à jour de nombreuses normes techniques et la rationalisation de la grosseur des produits et des contenants sont aussi très bénéfiques. Tout cela permet de réaliser des économies à long terme et ce, malgré les coûts initiaux de la conversion. En bout de ligne, la conversion était inévitable au Canada du fait des pressions imposées par la technologie et les marchés.