Le Dominion du Canada, désigné comme la Confédération, voit le jour le 1er juillet 1867. L'union des colonies britanniques du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle‑Écosse et de la Province du Canada est la première étape de la création d’un pays qui va englober d’autres territoires et concrétiser le rêve d'une nation a mari usque ad mare (d’un océan à l’autre).

La justification d'un pays

En 1860, l'union de l’Amérique du nord britannique n'est qu'une idée, le sujet d'occasionnels propos entre commensaux. Elle est motivée en partie par la crainte d’une domination, voire de l’annexion, par les États‑Unis après la guerre de Sécession, et par l'impression que la Grande-Bretagne est de plus en plus hésitante à défendre ses colonies d’Amérique du Nord contre d’éventuelles agressions américaines. L’idée que la Confédération renforcerait les colonies grâce à l’unité s’impose de plus en plus, surtout dans le sillage de l’abrogation par les États‑Unis du traité de réciprocité en 1866 et de l'achat de l'Alaska l’année suivante.

En 1864, la Confédération devient une question sérieuse dans la province du Canada (auparavant le Haut‑Canada et le Bas‑Canada). Dans les colonies de l'Atlantique, cependant, de nombreuses pressions doivent encore être exercées pour transformer en réalité politique les idées romantiques d'une seule nation nordique s’étendant sur tout le continent.

Une série d'événements fortuits va contribuer à cette union. La Nouvelle-Écosse et le Nouveau‑Brunswick ont un certain intérêt à se réunir à nouveau, après avoir été séparées en 1784. Leur projet est favorisé par le ministère des Colonies britanniques, qui croit que l'union politique des trois colonies maritimes, y compris l'Île-du-Prince-Édouard, est souhaitable. L’Union maritime abolirait trois législatures coloniales et les remplacerait par une seule.

Au printemps 1864, les trois assemblées législatives expriment un intérêt plutôt tiède à l'idée de tenir une conférence sur le sujet et rien n'est fait. Mais quand la province du Canada dit vouloir assister à une telle conférence, les gouvernements des Maritimes bougent enfin. Si la province du Canada doit y assister, alors cela signifie qu'il y aura conférence. Charlottetown est désignée comme le lieu de la rencontre (autrement, l'Île-du-Prince-Édouard n'y participerait pas), fixée au 1er septembre 1864.

Changement dans les deux Canada

Les rivalités et les difficultés internes de la province du Canada augmentent à mesure qu'elle devient plus prospère et se développe politiquement, socialement et économiquement. La tâche de gouverner le Canada‑Ouest (l’Ontario) et le Canada‑Est (le Québec) à partir d’une seule assemblée législative indisciplinée devient ardue. La Confédération, qui entraînerait la division des deux Canada, est présentée comme solution à ces problèmes. En 1864, après la succession de quatre gouvernements éphémères, le pouvoir revient à un gouvernement de coalition promettant l’union avec les colonies de l’Atlantique.

Avec l'appui de trois des quatre principaux groupes politiques de la province du Canada, la coalition donne à la Confédération un élan qu'elle ne perdra jamais. L’alliance des deux principaux groupes politiques du Canada-Ouest, dirigés par John A. Macdonald (conservateurs) et George Brown (Clear Grits), signifie que la Confédération peut aller de l'avant avec l'appui de la région la plus populeuse de l'Amérique du Nord britannique.

Au Canada-Est, bien qu'elle se heurte à l'opposition du Parti Rouge d’A.A. Dorion, la Confédération est soutenue par le groupe politique dominant, soit celui des conservateurs de George‑Étienne Cartier, Hector Langevin et Alexander T. Galt. En 1867, ils ont l'appui essentiel de l'Église catholique. Plusieurs arguments sont utilisés pour justifier la Confédération auprès du public. Tout d'abord, les Canadiens français pourront retrouver leur identité provinciale, et Québec redeviendra leur capitale. Ensuite, la domination anglophone d’Ottawa, tant redoutée par les Canadiens français, doit être amoindrie par une forte représentation canadienne-française dans le Cabinet fédéral. Enfin, la Confédération est somme toute le moins indésirable des changements proposés.

Conférences de Québec et de Charlottetown

Le 29 août 1864, les « Canadiens » quittent Québec à bord du bateau à vapeur du gouvernement, le Queen Victoria, pour se rendre à la conférence de Charlottetown. La conférence est déjà en cours, mais les discussions en vue d’une union des Maritimes piétinent. Les Canadiens sont alors invités à présenter leurs propres propositions d’union de toutes les colonies britanniques d’Amérique du Nord. L'idée soulève l'enthousiasme, et la perspective séduisante d'un pays uniremporte l'adhésion de tous.

Un mois plus tard, les colonies convoquent une deuxième réunion pour discuter de la Confédération. À la conférence de Québec, les délégués adoptent 72 résolutions qui précisent les décisions fondamentales déjà prises à Charlottetown, y compris le cadre constitutionnel du nouveau pays. Le ton des résolutions est juridique et contractuel, délibérément différent du ton révolutionnaire de la constitution américaine rédigée un siècle plus tôt.

Les résolutions canadiennes exposent le concept du fédéralisme, où les pouvoirs et les responsabilités sont strictement divisés entre les provinces et le gouvernement fédéral. Cartier insiste pour que les provinces obtiennent le maximum de pouvoirs et de droits, tandis que Macdonald, soucieux d’éviter les erreurs qui ont conduit à la guerre de Sécession aux États‑Unis, est en faveur d’un gouvernement central fort. Entre ces deux idées, un semblant d’équilibre est trouvé.

Les résolutions esquissent aussi la forme d’un Parlement national, constitué d’une Chambre des communes élue, où la représentation est proportionnelle à la population, et d’un Sénat nommé, dont les sièges sont également divisés entre trois régions : le Canada‑Ouest, le Canada‑Est et les colonies de l’Atlantique, afin que chaque région ait une voix égale à la chambre nommée.

La perspective atlantique

Aucune des colonies atlantiques de Terre-Neuve, de l'Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick n'est aussi insatisfaite du statu quo que le Canada‑Ouest. À l'exception de Terre-Neuve, leurs économies sont prospères et elles ne sentent aucun besoin de changer. La majeure partie de la population, particulièrement en Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince-Édouard, ne voit aucune raison de modifier sa constitution parce que le Canada a découvert qu'il est devenu trop grand pour la sienne.

Même Terre-Neuve, malgré ses difficultés économiques au cours des années 1860, reporte sa décision sur la Confédération à 1865 et refuse catégoriquement d'y adhérer lors des élections générales de 1869.

Plus prospère, l'Île-du-Prince-Édouard résiste dès le début aux discussions sur la Confédération. Néanmoins, un petit groupe déterminé de partisans de la Confédération fait quelques progrès jusqu'au début des années 1870, et c’est alors que, lourdement endettée par la construction d’un chemin de fer, l’île décide d’adhérer à la Confédération en échange de la prise en charge de sa dette.

La Nouvelle-Écosse est divisée. La Confédération est vue favorablement dans les régions continentales du Nord et au Cap-Breton, mais le long du littoral sud et dans la vallée d'Annapolis (monde prospère de la navigation, de la construction navale, de la culture des pommes de terre et des pommes), l’idée apparaît peu séduisante et même dangereuse. Ambitieux, agressif et confiant, le premier ministre conservateur Charles Tupper s'engage quand même du côté de la Confédération, convaincu qu'à long terme elle se révélera la voie la plus profitable pour la Nouvelle‑Écosse… et peut-être aussi pour lui-même. Son gouvernement n'a pas besoin de déclencher des élections avant que la Confédération soit chose faite. À ce moment-là, il est trop tard pour les 65 p. 100 des Néo-Écossais qui s'opposent à l’idée (voir Mouvement sécessionniste).

Le Nouveau-Brunswick est à peine plus enthousiaste. En février 1865, le gouvernement anticonfédérationniste d’A.J. Smith est élu, mais est défait dès l’année suivante. Le nouveau gouvernement, qui est pour l’union de l’Amérique du Nord britannique, bénéficie des invasions des Fenians au printemps de 1866, qui affaiblissent grandement les positions anticonfédérationnistes.

La perspective londonienne

Redoutant le coût de la défense des colonies d’Amérique du Nord contre d’éventuelles agressions américaines, le secrétaire britannique aux Colonies Edward Cardwell est un farouche partisan de la Confédération. Il enjoint aux gouverneurs de l'Amérique du Nord d'appuyer l’idée, ce qu'ils font. La conférence de Londres, qui a lieu de décembre 1866 à février 1867, est l'étape finale de la transformation des 72 résolutions de 1864 en une loi. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 (maintenant appelé Loi constitutionnelle de 1867) en est le résultat. Cette loi est adoptée par le Parlement britannique et signée par la reine Victoria le 29 mars 1867. Elle entre en vigueur le 1er juillet 1867.

Le Dominion s'agrandit

La politique britannique en faveur de la confédération de l'Amérique du Nord se poursuit sous les successeurs de Cardwell. La Compagnie de la Baie d'Hudson vend la Terre de Rupert au Canada en 1870, et le jeune pays intègre le Manitoba et le Territoire du Nord‑Ouest la même année. La Colombie-Britannique entre dans la Confédération en 1871, suivie de l’Île‑du‑Prince‑Édouard en 1873. Le territoire du Yukon est créé en 1898, puis les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan en 1905. Après avoir rejeté la Confédération en 1869, Terre‑Neuve‑et‑Labrador y adhère enfin en 1949. Le Nunavut est détaché des Territoires du Nord‑Ouest en 1999.

La vision de Macdonald

Bien que la Confédération ait été le produit, dans les années 1860, de trois conférences et de discussions de délégués venus de cinq colonies, les idées concrètes sur la façon de la réaliser viennent de John A. Macdonald, avec l'aide d’A.T. Galt et l'insistance de G.-E. Cartier pour qu'on prenne en compte un minimum de droits provinciaux essentiels. À l'origine, la Confédération n'est pas une idée de Macdonald, mais c'est lui qui la mène à terme. C'est donc vers Macdonald et ses idées que les Canadiens doivent se tourner pour comprendre la nature de l'union de 1867.