Compagnie Seagram Limitée, La

La Compagnie Seagram Limitée est un producteur de spiritueux distillés et de vins, dont le siège social se trouve à Montréal. En 1928, l'entreprise est constituée en société de portefeuille, sous le nom de Distillers Corporation-Seagrams Ltd., pour acquérir le capital-actions de Distillers Corp. Ltd. et de Joseph E. Seagram & Sons Ltd. Elle acquiert une certaine notoriété à l'époque de la PROHIBITION et jouit d'une certaine célébrité grâce à la personnalité pittoresque de son propriétaire, Samuel Bronfman (voirFAMILLE BRONFMAN).

Débuts

La famille Bronfman est à l'aise lorsqu'elle quitte la Russie en 1889, mais en arrivant au Canada, elle découvre que le climat ne se prête pas à la culture du tabac, qui avait fait sa richesse, et elle n'a plus de source de revenus. Le patriarche, Ekiel, qui travaille comme manœuvre pour la Canadian Northern Railway, est forcé de laisser sa famille pour vivre dans un petit hangar qu'il a pu acheter. Il trouve bientôt un meilleur emploi dans une scierie et ses fils et lui commencent à vendre du bois de chauffage et du poisson congelé en hiver. Ils pratiquent ensuite le commerce des chevaux, pour passer ensuite à l'hôtellerie et aux débits de boissons.

Lorsque la prohibition de l'alcool entre en vigueur au Canada, les lois varient d'une province à l'autre, mais en général, les débits de boissons sont fermés et la vente d'alcool en tant que boisson, sa possession et sa consommation deviennent illégales, sauf en privé. Quelques provinces exemptent les vins locaux. Il est possible d'acheter de l'alcool à des fins industrielles, scientifiques, mécaniques, artistiques, religieuses et médicinales et les distilleries, brasseries et producteurs autorisés peuvent vendre leurs produits à l'extérieur de la province. Comme les lois sont imprécises, les Bronfman voient l'occasion de faire des profits. Ils délaissent le commerce hôtelier au profit de la vente d'alcool au détail et achètent la Bonaventure Liquor Store Company, proche de la gare du centre-ville de Montréal.

Au début des années 1920, les Bronfman ouvrent leur première distillerie à La Salle et constituent une société du nom de Distillers Corporation Limited. En 1926, l'entreprise vend 50 % de ses parts à Distillers Company, un conglomérat de distilleries britanniques qui détient plus de la moitié du marché mondial du scotch. En même temps, la distillerie fondée en 1883 et appartenant à Joseph E. Seagram s'introduit en bourse. En 1928, la Distillers Corporation acquiert toutes les actions de l'entreprise Seagram et devient une société ouverte, la Distillers Corp-Seagram Limited. Pendant l'époque de la prohibition, l'entreprise grandit en vendant de l'alcool aux États-Unis, où les lois sur la prohibition sont plus strictes qu'au Canada. Toutefois, en 1930, les bénéfices ont diminué et il devient de plus en plus dangereux de transporter de l'alcool vers les États-Unis.

Après la prohibition

La prohibition prend fin aux États-Unis en 1933 et en 1934, une enquête sur la contrebande d'alcool entraîne l'arrestation des Bronfman. L'affaire est classée un an plus tard. Sam Bronfman avait prévu la fin de la prohibition et stocké du whisky pour le faire vieillir. En 1933, sa société détient la plus grande réserve privée de vieux whisky, ce qui lui permet de prendre de l'expansion, de monopoliser le marché et d'établir la Joseph E. Seagram & Sons Inc pour exploiter son entreprise américaine.

Bronfman s'efforce d'effacer l'image douteuse que la consommation de whisky a acquise à l'époque du commerce illicite en lui donnant un air plus respectable et raffiné. L'assemblage et le vieillissement en viennent à caractériser les alcools de Seagram. Les frères Bronfman révolutionnent la mise en marché de l'alcool en vendant leur produit en bouteilles plutôt que dans des barils consignés; ils peuvent ainsi garder la maîtrise du produit qui parvient aux consommateurs. Cette pratique devient la norme de l'industrie et, à la fin de 1936, le chiffre d'affaires de Seagram atteint les 60 millions de dollars dans le marché américain et les 10 millions au Canada. En 1948, le chiffre d'affaires total dépasse les 438 millions de dollars et le bénéfice de l'entreprise est de 53,7 millions.

Expansion et diversification

Dans les années 1940, la compagnie Seagram étend son commerce au vin et elle prend une orientation radicalement différente dans les années 1950 lorsque Bronfman investit dans le pétrole de l'Alberta. Ce sera suivi, dans les années 1960, de l'acquisition de la Texas Pacific Coal and Oil Company, qu'il fusionne avec la Frankfort Oil Company, achetée auparavant, pour créer la Texas Pacific Oil Company Inc, dont le fils aîné de Sam Bronfman, Edgar, devient le président. Pendant que Seagram accroît ses activités dans le pétrole et le charbon, Edgar étend les gammes de rhum, de scotch et de cocktails en bouteille de l'entreprise et commence à importer du vin blanc. À la fin de 1965, la société a des activités dans 119 pays et son chiffre d'affaires dépasse le milliard de dollars.

Pendant les années 1960, le whisky mélangé est en perte de vitesse dans le marché des alcools forts, mais la croissance des produits haut de gamme de Seagram (Crown Royal, Chivas, V.O.) se poursuit. Vers la fin de cette décennie, Edgar emprunte une nouvelle direction en achetant des actions de MGM. Il devient président du studio en 1969 et en 1970, MGM perd 25 millions de dollars. Bronfman démissionne.

En 1975, l'entreprise devient La Compagnie Seagram Limitée et ses revenus diminuent de 9 %, se chiffrant à 74 millions de dollars. Edgar réorganise son administration et nomme son frère Charles BRONFMAN à la tête du nouveau comité de direction. En 1977, Seagram déclare un profit net de 84 millions de dollars. La société poursuit son expansion dans le commerce de l'alcool ainsi que dans d'autres secteurs, mais, en 1980, elle vend ses propriétés dans le pétrole, le gaz et les domaines connexes à Sun Co. Inc., aux États-Unis.

À la fin des années 1980, Edgar Bronfman désigne son fils cadet, Edgar, pour lui succéder. En 1988, Seagram acquiert Tropicana, le fabricant de jus de fruits et boissons aux fruits, qu'elle revend à PepsiCo en 1998. Edgar Bronfman fils ramène l'entreprise dans l'industrie du divertissement en 1993 en achetant 15 % du géant américain des médias Time-Warner. Dans ce domaine, Seagram devient une entreprise importante par l'acquisition, en 1995, de 80 % de MCA Inc, aujourd'hui Universal Studios Inc. La transaction comprend les studios de cinéma d'Universal Pictures, le MCA Television Group (renommé Universal Television Group), la maison d'édition Putnam Berkley Group (revendue en décembre 1996 pour 330 millions de dollars), MCA Music Entertainment Group (qui prendra par la suite le nom d'Universal Music Group), les parcs thématiques Universal, et Spencer Gifts, une chaîne de boutiques de cadeaux spécialisés. Toujours en 1995, Seagram vend sa participation de 24 % dans E.I. DuPont de Nemours and Co, la plus grande entreprise chimique d'Amérique du Nord. En 1998, Seagram annonce qu'elle va acquérir le géant de la musique PolyGram N.V.

Vente à Vivendi

En 2000, Edgar Bronfman fils annonce la prise de contrôle de Seagram par le conglomérat français Vivendi au terme d'un échange d'actions; Vivendi verse une somme de 42 milliards de dollars principalement liée à l'achat d'actions. Les Bronfman demeurent propriétaires de 25 % de l'entité fusionnée, Vivendi-Universal, qui a pour président Jean-Marie Messier. La publicité entourant la fusion fait passer pratiquement inaperçue la vente des établissements de distillerie de Seagram à Pernod Ricard et Diageo. La nouvelle entité se révèle instable et il faut peu de temps pour qu'une hémorragie d'argent suive. Malgré les objections des Bronfman, Messier fait l'acquisition d'autres sociétés. En moins d'un an, il est démis de ses fonctions et la valeur des actions de Vivendi Universal chute de 77 dollars par action à moins de 25 dollars. En 2003, alors que l'entreprise Seagram n'est plus, Vivendi vend l'immeuble Seagram et met aux enchères la collection d'œuvres d'art dite collection Seagram pour payer ses dettes.

Voir aussiDISTILLERIE.