Commonwealth

 Le Commonwealth est une association souple et volontaire de la Grande-Bretagne et de la plupart de ses anciennes colonies. En 1971, 49 pays indépendants, soit environ le quart de la population mondiale, s'engagent, dans une déclaration de principe, à se consulter et à coopérer pour favoriser la paix mondiale, la conscience sociale, l'égalité raciale et le développement économique. Le Secrétariat du Commonwealth (fondé en 1965) administre les programmes de coopération, organise les réunions et fournit des services spécialisés aux pays membres. Le monarque britannique est le chef du Commonwealth, rôle purement symbolique.

On fait souvent remonter les origines du Commonwealth jusqu'au RAPPORT DURHAM (1839) et au GOUVERNEMENT RESPONSABLE, dans les années 1840. En 1867, les provinces de l'Amérique du Nord britannique ainsi que les autres colonies britanniques de Terre-Neuve, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'Afrique du Sud sont déjà autonomes en ce qui a trait aux affaires internes. Avec la CONFÉDÉRATION, en 1867, le Canada devient la première fédération de l'Empire britannique. Sa superficie, sa force économique et son ancienneté en font un chef de file de l'expansion de l'autonomie coloniale et de la transformation de l'Empire en une communauté de nations égales.

Des contingents de toutes les colonies autonomes participent de leur plein gré à la GUERRE DES BOERS (1899-1902). Le Canada n'envoie que des volontaires, et le premier ministre, sir Wilfrid LAURIER, proclame lors des conférences coloniales et impériales de 1902, de 1907 et de 1911 que la participation du Canada à la défense de l'Empire se fera toujours à ses propres conditions. En 1914, le roi déclare la guerre au nom de tout l'Empire, mais chacun des dominions (terme qui s'applique au Canada en 1867 et est utilisé durant la première moitié du XXe siècle pour désigner les autres membres autonomes de l'Empire) décide de la nature et de l'envergure de sa participation. Ils contribuent généreusement : plus d'un million d'hommes des dominions et 1,5 million de l'Inde s'enrôlent dans les forces armées de l'Empire. Les contributions en nourriture, en argent et en munitions sont aussi considérables. Malgré que les nationalistes de l'Afrique du Sud (Afrikaners) et de nombreux Canadiens français refusent de participer à une lointaine guerre britannique, l'unité de l'Empire dans la PREMIÈRE GUERRE MONDIALE est impressionnante.

Au début, en dépit de l'envergure de leur participation à la Première Guerre mondiale, les dominions ne prennent aucune part dans l'élaboration des grandes politiques. Mais le premier ministre canadien, sir Robert BORDEN, se montre particulièrement critique quand la guerre prend une mauvaise tournure. Lorsque David Lloyd George devient le premier ministre de la Grande-Bretagne, à la fin de 1916, il convoque immédiatement une Conférence impériale de guerre et crée un Cabinet impérial de guerre, deux organismes séparés qui se rencontrent en 1917 et en 1918. Le premier passe à l'histoire principalement en raison de la Résolution IX, qui stipule que les dominions sont « les nations autonomes d'un Commonwealth impérial » avec « droit [...] à une voix adéquate en matière de politique étrangère et de relations extérieures [...] ». Attribuable surtout à l'initiative du premier ministre Borden, la résolution est adoptée à la conférence avec l'appui du général J.C. Smuts de l'Afrique du Sud et marque la première mention officielle du terme « Commonwealth ».

Le Cabinet de guerre impérial fournit aux dirigeants des dominions et de l'Inde l'occasion d'être informés et consultés et de sentir qu'ils prennent part à l'élaboration des grandes politiques. Un organisme semblable, la Délégation de l'Empire britannique, est formé lors de la Conférence de la paix, à Paris. Borden et le premier ministre australien, W.M. Hughes, réussissent à obtenir que les dominions soient représentés séparément à la conférence et signent individuellement le TRAITÉ DE VERSAILLES. Constitutionnellement, toutefois, l'empire demeure une entité unique : seule la signature de Lloyd George est celle qui compte. Les dominions, maintenant membres de la SOCIÉTÉ DES NATIONS, demeurent des créatures ambiguës - à la fois nations, colonies et partenaires impériaux.

La guerre entraîne les dominions dans des directions qui semblent opposées : les espoirs largement répandus d'une plus grande unité impériale se heurtent aux sentiments de fierté et de distinction nationales, intensifiés par les sacrifices et les réalisations de temps de guerre. Borden, nationaliste désireux d'améliorer le statut international grandissant du Canada par un engagement dans un grand commonwealth impérial, tente de réconcilier les deux tendances. Il préconise une étroite association de nations égales qui se consulteraient sur les grandes questions d'intérêt commun et agiraient de concert. La Résolution IX prévoyait une conférence d'après guerre pour rajuster les relations constitutionnelles dans ce sens. Cette conférence n'aura jamais eu lieu.

C'est un nationalisme bien différent de celui de Borden qui prévaut dans le Commonwealth des années 20. Le premier ministre du Canada, Mackenzie KING, hérite de la politique de « non-engagement » de Laurier. L'AFFAIRE TCHANAK et le TRAITÉ DU FLÉTAN donnent le ton et King sort gagnant de la Conférence impériale de 1923. On abandonne l'idée de l'unité diplomatique au sein de l'Empire et on tend vers l'établissement de relations autonomes entre la Grande-Bretagne et les dominions. King croit que les liens avec la Grande-Bretagne ne peuvent être maintenus que s'ils permettent aux Canadiens, particulièrement à l'importante minorité d'ascendance non britannique, de se concentrer sur la formation d'une forte nation nord-américaine. Il n'est pas seul à insister sur l'autonomie diplomatique, bien que les raisons diffèrent. Les Britanniques hésitent à établir en collaboration avec les dominions une politique étrangère qui obligerait le Foreign Office à s'engager dans de longues consultations avec des puissances de moindre importance. L'Afrique du Sud et l'État libre d'Irlande, dotés en 1921 d'un statut de dominion sur le modèle canadien, sont encore plus radicaux que King dans leurs revendications en faveur de la décentralisation.

À la Conférence impériale de 1926, le premier ministre de l'Afrique du Sud, le général J.B.M. Hertzog, exige que les dominions soient officiellement déclarés États indépendants dotés d'un statut égal à celui de la Grande-Bretagne et reconnus individuellement sur le plan international. King s'oppose à l'utilisation du terme « indépendant » qui, selon lui, peut évoquer des souvenirs malheureux de la guerre de l'Indépendance américaine dans les régions probritanniques du Canada, mais il appuie, sur le fond, la revendication de Hertzog. La conférence adopte la DÉCLARATION DE BALFOUR, qui mène à l'adoption du STATUT DE WESTMINSTER, en 1931, lequel établit en théorie le droit des dominions à une entière autonomie législative.

Dans les années 30, le Commonwealth est un modèle de contradictions, un mélange d'aspirations nationales et impériales qui déroutent les étrangers. Jusqu'à un certain point, les pays du Commonwealth mènent leurs propres affaires extérieures et assurent leur défense, mais ils continuent d'avoir un chef d'État commun, une citoyenneté commune et une législation commune assez substantielle. L'association avec un empire vaste et puissant en apparence (alors à son apogée, il couvre plus de 31 millions km2) apportent aux dominions prestige, prospérité et protection. Les ACCORDS D'OTTAWA de 1932, bien que loin de créer l'entité autosuffisante dont certains rêvent, lient plus étroitement les pays du Commonwealth par une série d'ententes commerciales bilatérales. De plus, une collaboration importante sur le plan militaire se révèle avantageuse aux FORCES ARMÉES naissantes des dominions. Terre-Neuve, fière d'être « la plus vieille colonie de la Grande-Bretagne », a depuis longtemps un gouvernement responsable et est représentée aux conférences coloniales et impériales. Elle s'est distinguée en combattant durant la Première Guerre mondiale, mais la crise financière provoque le retour de l'administration britannique (voir COMMISSION DE GOUVERNEMENT) de 1934 à 1949, l'année de son entrée dans la Confédération canadienne.

La dépendance et la gratitude ne mènent pas nécessairement à l'engagement et, en temps de paix, les dominions se méfient de l'implication dans les conflits européens. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne, en septembre 1939, l'Australie et la Nouvelle-Zélande n'hésitent pas à s'engager dans la DEUXIÈME GUERRE MONDIALE. Au Canada, une semaine s'écoule avant que le Parlement n'appuie la décision de King de prendre part au conflit. L'Afrique du Sud est divisée à ce sujet et le premier ministre Hertzog démissionne, mais la réponse finale est affirmative. Seule l'Eire (nom adopté par l'État libre d'Irlande, en 1937) demeure en dehors du conflit. Un apport immense en hommes (plus de 2 millions pour les 4 dominions et 2,5 millions pour l'Inde) et en matériel est assuré. Le PROGRAMME D'ENTRAÎNEMENT AÉRIEN DU COMMONWEALTH, qui permet l'entraînement de 131 553 hommes d'équipage, est une contribution canadienne importante. De tels efforts sont d'autant plus importants et appréciés que seuls les dominions combattent aux côtés de la Grande-Bretagne, du début à la fin du conflit. Mais il n'y a pas de Cabinet de guerre impérial, cette fois, ni de consensus au sein du Commonwealth sur la nécessité de resserrer les liens. La puissance britannique décline et la confiance des dominions augmente, ce qui affaiblit les liens traditionnels. Les peuples d'Afrique et d'Asie comptent de plus en plus sur leurs propres moyens pour résoudre leurs problèmes.

Dès 1949, le Commonwealth est complètement transformé. L'Eire a quitté ses rangs en 1948. L'Inde, qui titube depuis des décennies vers un gouvernement responsable et un statut de dominion, obtient son indépendance en 1947, mais à prix fort : elle est divisée pour des motifs religieux en deux dominions, celui de l'Inde et celui du Pakistan. Les pays voisins, le Ceylan (maintenant Sri Lanka) et la Birmanie (Myanmar depuis 1989) accèdent à l'indépendance en 1947-1948; le premier des deux obtient le statut de dominion et devient membre du Commonwealth. En 1949, l'Inde est autorisée à demeurer dans le Commonwealth après s'être déclarée république. Le monarque britannique devient « le symbole de la libre association des nations membres et, à ce titre, le chef du Commonwealth ». Désormais, le Commonwealth n'est plus une association où prédominent les Blancs et les Britanniques; l'allégeance à une couronne commune n'est plus une condition à l'adhésion et le concept de citoyenneté commune disparaît rapidement.

On fonde de grands espoirs sur un Commonwealth « multiracial ». Beaucoup croient qu'il peut devenir une force et un modèle de compréhension entre les peuples. Plus il y a de membres, cependant, plus il est difficile d'en assurer la cohésion, surtout lorsqu'ils prennent plus que jamais des directions différentes, en partie en réaction à un monde dominé par la GUERRE FROIDE entre les États-Unis et l'URSS. La Grande-Bretagne entreprend son long cheminement vers une participation (1973) à la Communauté économique européenne, à la consternation de plusieurs des membres les plus anciens du Commonwealth. Le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande considèrent de plus en plus les États-Unis comme une nation alliée et un partenaire commercial. L'Inde prêche une doctrine de non-engagement avec les grandes puissances. La CRISE DU CANAL DE SUEZ, en 1956, qui divise profondément le Commonwealth, marque le déclin de la puissance britannique et soulève bien des interrogations sur le jugement de ses dirigeants et son intégrité dans cette affaire.

Cependant, le Commonwealth n'en meurt pas. À mesure que les anciennes colonies britanniques accèdent à l'autonomie gouvernementale et prennent en main leurs affaires extérieures, il devient courant de dire qu'elles ont « acquis leur indépendance » et peuvent si elles le veulent « se joindre au Commonwealth » en qualité de monarchies ou de républiques. C'est ce que font la plupart d'entre elles. La décennie 1957-1967 est une période de croissance exceptionnelle : presque toutes les colonies britanniques d'Afrique, quatre colonies antillaises, une asiatique et deux méditerranéennes obtiennent leur indépendance et deviennent membres du Commonwealth. Le Bangladesh fait de même, après s'être séparé du Pakistan en 1971; le Pakistan quitte alors le Commonwealth.

La composition multiraciale du Commonwealth d'après-guerre influe à la fois sur la vie politique et sur les orientations du Royaume-Uni. Les pressions exercées par ses partenaires du Commonwealth au sujet de ses politiques raciales (particulièrement celles du premier ministre du Canada, John DIEFENBAKER) provoquent le retrait de l'Afrique du Sud, en 1961. Jusqu'à la fin des années 60, la Grande-Bretagne est amenée par ses liens avec le Commonwealth à maintenir une politique d'accueil envers les immigrants des pays asiatiques et antillais du Commonwealth. En 1965, lorsque la Rhodésie déclare unilatéralement son indépendance afin de maintenir la suprématie des colons blancs, les États membres du Commonwealth exercent beaucoup de pressions sur la Grande-Bretagne pour que la reconnaissance internationale ne lui soit pas accordée tant que le gouvernement de la majorité noire ne sera pas reconnu. Ce n'est qu'une fois cette condition remplie, en 1980, que l'indépendance de la Rhodésie est légalisée. Elle devient membre du Commonwealth sous le nom de Zimbabwe.

L'idée même d'une institution aussi amorphe soulève un cynisme facile au Canada, pour peu qu'on y pense. P.E. TRUDEAU partage ce cynisme quand il devient premier ministre en 1968, mais il devient rapidement partisan du Commonwealth. En 1971, Trudeau joue un rôle important à la rencontre des chefs de gouvernement, au moment où l'avenir du Commonwealth est remis en question parce que la Grande-Bretagne veut vendre des armes à l'Afrique du Sud. Dans les années 80, le Commonwealth a sa part de crises, dont la guerre des Malouines (1982), le coup d'État militaire au Nigeria (1983) et l'invasion de Grenade (1983). L'Afrique du Sud continue d'être une pomme de discorde, comme en témoigne l'importance qui lui est accordée lors de la réunion des chefs du Commonwealth, en octobre 1987, à Vancouver. Les dirigeants et les diplomates canadiens jouent un rôle de premier plan dans l'histoire du Commonwealth (Arnold SMITH, par exemple, en est le premier secrétaire général), non seulement en contribuant à la création d'une institution internationale, mais en en maintenant l'unité en périodes de tension.

Un des grands attraits du Commonwealth est qu'il offre à ses membres une tribune qui leur permet de se faire connaître et de défendre leurs positions, et leur donne accès à un réseau grandissant de programmes éducatifs, sociaux et économiques sans que ne soit exigée en retour l'uniformité de vues ou d'objectifs. Le PLAN COLOMBO de 1950 est un effort innovateur dans le domaine de l'aide au développement. Le Fonds du Commonwealth pour la coopération technique (créé en 1971) demeure actuellement le principal moyen d'aider les pays en développement et le Canada fournit plus de 40 p. 100 du budget. Les diverses initiatives de coopération du Commonwealth n'auraient jamais été possibles à l'époque de l'Empire. Aujourd'hui, il existe des milliers de liens officiels et non officiels, depuis les réunions régulières des chefs de gouvernement, de ministres et de fonctionnaires aux activités comme celles du Programme du Commonwealth pour la jeunesse, le Programme des bourses d'études du Commonwealth et les JEUX DU COMMONWEALTH.

Voir aussi RELATIONS EXTÉRIEURES; CANADA ET AUSTRALIE; FRANCOPHONIE.