Les Chemins de fer nationaux du Canada, société constituée le 6 juin 1919, représentent le plus long réseau ferroviaire d'Amérique du Nord, comprenant plus de 30 000 km de voies ferrées au Canada et aux États-Unis. Aujourd'hui appelée le Canadien National (CN), cette ancienne société de la Couronne a élargi ses opérations dans les années 20 et détient maintenant des intérêts dans le transport maritime, l'hôtellerie, les télécommunications et dans les industries d'exploitation des ressources. Toutefois, le noyau du CN demeure toujours son réseau ferroviaire, créé par la fusion de cinq compagnies ferroviaires en difficultés financières au cours des années 1917-1923 : le Grand Trunk et sa filiale, le Grand Trunk Pacific, l'Intercolonial, le Canadian Northern et le National Transcontinental.

Prédécesseurs du CN

Le Grand Trunk est lui-même né de la fusion de plusieurs petites lignes de chemins de fer : le Champlain and Saint Laurence Railroad (1836), qui comptait 23,2 km de voies reliant Montréal et le port de New York par le réseau maritime du lac Champlain; le Great Western Railway, qui reliait Niagara, Hamilton et Toronto à Windsor et Sarnia; et le St. Lawrence and Atlantic Railroad, qui permettait à Montréal d'avoir accès au port toutes-saisons de Portland dans l'État du Maine. Le Grand Trunk devient ainsi le plus long chemin de fer du centre du Canada, mais ses actionnaires anglais n'acceptent pas d'assumer la construction en sol canadien d'une ligne reliant Québec à Halifax, ni même d'étendre le réseau vers l'Ouest sur les 1600 km du bouclier laurentien. Ces défis ne sont relevés qu'après la Confédération par l'Intercolonial, propriété gouvernementale, pour la section Québec-Halifax, et par le Canadien Pacifique (CP), largement subventionné.

Même si au cours des années 1890 le CP traverse le Canada d'un océan à l'autre, l’immigration et la production agricole croissantes dans l’Ouest mènent au développement de nouveaux projets de chemin de fer transcontinentaux, dont plusieurs sont soutenus financièrement par le gouvernement fédéral. Le Canadian Northern, fondé par William Mackenzie et Donald Mann, naît de la fusion de deux petites lignes au Manitoba en 1899, et deviendra un réseau de chemin de fer transcontinental de plus de 16 000 km. En 1903, sir Wilfrid Laurier autorise le Grand Trunk Pacific à construire une ligne vers l'ouest, de Winnipeg à Prince Rupert. Il autorise aussi le National Transcontinental à faire même vers l'est, de Winnipeg à Moncton.

La construction de toutes ces lignes est financée par d'importants emprunts, surtout à des banques britanniques; lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le crédit des banques n’est plus disponible. Une commission royale fondée par le gouvernement recommande en 1917 la nationalisation de tous les chemins de fer, à l’exception du CP, afin d’absorber la dette des compagnies ferroviaires.

Nationalisation

En 1919, l’Intercolonial, le Canadian Northern, le National Transcontinental et le Grand Trunk Pacific font partie d’un système ferroviaire gouvernemental que l’on appelle les Chemin de fer nationaux du Canada (CNR). En janvier 1923, la Grand Trunk Railway s’ajoute au réseau. À la même époque, sir Henry Thornton est nommé président du CN. Malgré une dette de 1,3 milliard de dollars, des recettes brutes qui couvrent à peine les dépenses d'exploitation et un gouvernement qui a une tendance à l'ingérence, Thornton réalise peu à peu des profits annuels et s'assure un appui remarquable de la part des 99 000 employés du CN. Il favorise le service aux localités en appuyant la construction de lignes secondaires et en créant des wagons-écoles et des unités de la Croix-Rouge pour desservir les enfants et les malades des régions éloignées des centres urbains.

Entre 1923 et 1932, il permet l'utilisation des installations du CN pour développer un réseau de stations de radio, ce qui inaugure la diffusion d'émissions comme la Soirée du hockey et mène à la création de la Société Radio-Canada (voir Radiodiffusion et télédiffusion). Toutefois, le favoritisme politique provoque la démission de Thornton en 1932.

La crise économique

La crise économique des années 30 réduit le trafic ferroviaire et entraîne des réductions de salaires et des licenciements. Au même moment, le transport aérien et routier empiète sur le transport ferroviaire. Cependant, en 1937, alors que C. D. Howe est ministre des Transports, le CN met sur pied les Lignes aériennes Trans-Canada (aujourd'hui Air Canada) et, en 1938, le gouvernement fédéral réduit de plus d'un milliard de dollars la dette du CN. Cela permet au CN d'acheter une grande quantité de locomotives à vapeur de fabrication canadienne, surtout de type Northern 4-8-4, dont il assure la finition et l'entretien dans ses immenses ateliers de Pointe-Saint-Charles, à Montréal. Ces locomotives transporteront des millions de tonnes de marchandises et des milliers de soldats durant la Deuxième Guerre mondiale.

Modernisation et diversification

Au cours des années 50 et 60, l'organisation du CN, sous la présidence dynamique de Donald Gordon, se modernise, et un processus de rationalisation et de réorganisation réduit le nombre de ses filiales de 80 à 30. C'est aussi sous l'administration Gordon qu'on remplace les locomotives à vapeur par des locomotives diesel, qu'on adopte la signalisation électronique et que le siège social est transféré à Montréal.

À la fin des années 70, la fusion des systèmes de télécommunications du CN et du CP est chose faite, donnant naissance au CNCP Telecommunications, et la construction de la Tour CN à Toronto est terminée. La Société immobilière du CN réaménage ses propriétés dans plusieurs centres-villes, dont le Toronto Convention Centre Complex.

En 1981, la Société d'exploration du CN est créée pour développer les droits miniers de l'entreprise dans l'Ouest canadien. Dans le domaine du transport routier, le CN fusionne toutes ses filiales de camionnage en une seule, CNX/CN Trucking, dont les remorques sont transportées sur de longues distances par des wagons ferroutiers.

Retour aux rails

Vers la fin des années 1970, CN commence à se départir des entreprises non ferroviaires, parmi lesquelles l’immobilier, l’hôtellerie et CNCP Telecommunications. C’est vers cette époque qu’Air Canada et VIA Rail, les filiales de CN consacrées aux trains de voyageurs, s’en séparent pour devenir des sociétés de la Couronne (peu de temps après son incorporation, VIA s’empare également du service voyageurs du Canadian Pacific). En 1989, les services de chemin de fer du CN s’occupent surtout du transport de marchandises.

CN abandonne en outre des milliers de kilomètres de lignes secondaires, peu rentables, ainsi que des réseaux entiers de chemin de fer à Terre-Neuve et sur l’Île-du-Prince-Édouard.

Privatisation

Au milieu des années 80, privatiser le CN semble de plus en plus envisageable. Politiquement, son statut de société d'État, donc liée au gouvernement fédéral, fait souvent en sorte que la nomination de ses cadres supérieurs est influencée au moins autant par des critères de favoritisme politique que par un souci de non-intervention.

Au Canada, comme en Bretagne sous la première ministre Thatcher, la récession des années 1980 mène à la privatisation de plusieurs compagnies nationales. Dans les années 1980 et 1990, plus de deux douzaines de sociétés de la Couronne sont vendues à des investisseurs privés, parmi lesquelles Air Canada (1988) et Petro-Canada (1991). En novembre 1995, le CN est privatisé lui aussi, et plusieurs des parts sont achetées par des investisseurs américains. Selon le CN Commercialization Act de 1995, le siège social de la compagnie doit demeurer à Montréal, afin de s’assurer que le CN demeure une société canadienne.

Après sa privatisation, le CN se départit d'une bonne partie de ses voies ferrées et de son personnel et augmente sa rentabilité. En février 1998, il acquiert la société ferroviaire américaine Illinois Central Corp. pour 2,4 milliards de dollars. Il fera plus tard l’achat de Wisconsin Central (2001), des avoirs ferroviaires et maritimes du Great Lakes Transportation (2004), des parts du BC Rail (2004), ainsi que le Elgin, Joliet & Eastern Railway (2009).

Plus vaste réseau de chemins de fer au Canada, CN est aussi le seul réseau transcontinental en Amérique du Nord. Il assure le transport de centaines de milliards de dollars en biens et, en 2013, génère des profits de plus de 10 milliards de dollars.